Diversité et démocratie

16 Avr

La fin du néo-libéralisme n’entraînera pas la fin du «Multiculturalisme» et de la mondialisation. De plus, vouloir restreindre la diversité dans nos sociétés au nom du respect de la démocratie et des droits universels ne peut que les affaiblir.

L’origine de la diversité 

Les façons de concevoir la diversité au sein des démocraties libérales se sont grandement transformées au cours de l’histoire, mais la diversité telle que vécue aujourd’hui est le produit des politiques de Multiculturalisme implantées depuis les années soixante. Les États-nations d’alors, aux prises avec la montée des mouvements sociaux des minorités, ont adopté des régimes de citoyenneté permettant de reconnaître des différences, sans pour autant remettre en question le pouvoir de la Majorité. Au Canada, ces politiques étaient des réponses au mouvement souverainiste québécois et aux revendications des peuples autochtones qui étaient dorénavant reconnus de la même façon que les communautés issues de l’immigration.

On peut dire qu’en reconnaissant tout le monde, la reconnaissance n’a plus vraiment de valeur et en ne faisant pas de concession aux groupes nationaux minoritaires, la domination ethnique était ainsi maintenue.

Car reconnaître les Italiens, les Ukrainiens, les Polonais, les Haïtiens, les Pakistanais, etc. dans le Canada de Trudeau père, ça remettait quoi en question? À part aider les libéraux et prévenir la séparation du Québec, les groupes minoritaires n’avaient que des bénéfices marginaux.

Mais le multiculturalisme n’est pas entièrement mauvais, il permet à des individus et des groupes vulnérables d’avoir des moyens pour se défendre de l’abus de la Majorité.  Il donne une valeur à l’individu quelque soit son origine, son genre, son orientation sexuelle, en plus de l’aider à faire partie de la communauté politique si nécessaire à la démocratie.

Nous sommes actuellement à la croisée des chemins au niveau de la reconnaissance identitaire. La réaction des nationalistes conservateurs est du même ordre que la réaction économique, elles sont liées au refus de participation, ou du moins au refus de participation significative des gens « vulnérables », des minorités qui grâce aux politiques de multiculturalisme ont pris pleinement possession de leur place dans l’espace public.

Aujourd’hui, on peut passer outre les canaux officiels et prendre sa place. Toute cette reconnaissance s’est implantée dans la structure sociale et a forgé l’identité nationale, donnant au plus jeune une plus grande ouverture à ces différences.

La diversité, c’est le multiculturalisme où tous participent pleinement selon ses envies et ses capacités (comme les carrés rouges), sans entraves d’institutions qui voudraient la contrôler. Ni État, ni religion, ni entreprise privée, ni médias; c’est le régime de citoyenneté des citoyens, pour les citoyens, par les citoyens.  La véritable démocratie participative ne passera pas par l’économie, mais par l’identité. En gros, il faut savoir ce que l’on est, avant de savoir ce que l’on va faire…

L’Autoritarisme à la Trump s’est imposé, car certains voyaient dans la diversité une menace à leurs acquis économiques. D’un autre côté, toutefois, la diversité à la Trudeau fils propose une reconnaissance, mais sans pour autant remettre en question l’ordre établi.

Une nécessité économique

Les Réseaux sociaux peuvent être perçus simultanément tant comme des outils de contrôle que de libération.  Le marketing à l’ère du 2.0 permet désormais de mieux définir les individus, de comprendre leurs envies, leurs opinions et leurs comportements. Pourtant, ceux qui semblent le plus faciles à contrôler avec ces nouveaux outils de communications, ceux sont qui les rejette le plus et qui les utilise avec le moins d’habiletés. Entre d’autres mots, dans les réseaux sociaux comme dans les autres domaines, « le savoir c’est le pouvoir».

On a désormais plus de chance de vendre un bien ou un service à quelqu’un en le faisant participer, en l’intégrant dans une communauté de personnes ayant les mêmes goûts et les mêmes valeurs. Un même produit pourra même être décliné en plusieurs marques qui auront une image plus adaptée à chacune de ces communautés, c’est ce qu’on appelle la segmentisation.

Sauf qu’une identité nationale forte, basée sur la participation peut contrer ses divisions qui agissent au sein d’une société et c’est de ça que le Marché a peur…

Réalisme identitaire

Les échanges économiques ont emmené des échanges culturels entre individus. Nous ne formons pas pour autant une même famille. Nous sommes tous dans la même piscine, mais on reste entre amis, chacun dans notre coin.

La langue et la culture sont les seules véritables frontières du XXIe siècle. Les autres frontières, archaïques, doivent être redéfinies.

De son côté, l’autodéfinition multiculturaliste est en quelque sorte une erreur.  Pour participer, il te faut les outils pour échanger avec les individus et les institutions. Si dans un Marché, il faut de l’argent et évidemment ceux qui en ont moins sont désavantagé, il en va de même avec ceux maitrisant le mieux la langue et les codes sociaux dans la société auxquels ils se retrouvent.

Il n’y a personne qui choisi de se placer en position de vulnérabilité, si c’était qu’un choix rationnel, tout le monde prendrait l’identité de la Majorité, au lieu de perdre temps et énergie à faire valoir ses droits collectifs.  Tu ne choisis pas une identité, tu l’acceptes, tu te rends à celle-ci. Le seul véritable choix avec une identité, c’est d’en renier une…

C’est l’erreur des démocraties libérales que de se définir que par des droits individuels. Il est vrai que sans droits universels, il ne peut y avoir de démocratie. Toutefois, sans culture, sans langue commune et identité nationale, on ne peut pas exercer les droits universels qui font une démocratie.

Imposer une langue n’empêche pas de conserver celle que l’on utilisait auparavant, en plus qu’elle permet à ceux qui l’apprenne de mieux s’intégrer à sa société d’accueil et d’échanger avec ses nouveaux concitoyens.

Oui, on peut protéger des valeurs, mais ces valeurs ne peuvent être culturellement exclusives. Pour être conforme à l’idéal démocratique, toute «Charte des Valeurs» se doit de respecter les libertés individuelles ainsi que d’avoir des institutions publiques qui permettent à ces mêmes libertés individuelles de s’exprimer. C’est là toute la différence entre protéger une langue et protéger des valeurs.

Post-vérité : la peur comme besoin

9 Avr

Dans ma réflexion sur le printemps Érable, j’ai sous-estimé la capacité des plus vieilles générations de se servir des nouveaux outils de communications. Cependant, on peut remarquer qu’ils n’utilisent pas les réseaux sociaux comme l’ont fait les carrés rouges, par exemple.

Le capitalisme est malin, sa capacité d’adaptation est une de ses plus grandes forces.  Des entreprises ont vu là un outil de manipulation des masses (l’expression semble un peu forte, mais c’est exactement ça) et en ont profité. Le Brexit et l’élection de Donald Trump ont changé la donne au niveau stratégique avec l’utilisation des Fake News.

La communauté participative

Auparavant, la communauté politique était une communauté d’échange où les relations « économiques » prévalaient. Les électeurs votaient ou militaient pour le parti qui répondaient le plus adéquatement à leurs besoins, habituellement d’ordre matériel. L’information était contrôlé par des institutions, tels les partis politiques, les Médias, les communautés religieuses, les syndicats, qui exerceraient une autorité sur les individus. En bref, on offrait un choix aux électeurs qui décidaient au mieux de leur connaissance, souvent influencés par les rapports de force au sein de leur milieu social.  Les individus composaient des blocs assez homogènes et stables au niveau de leur nombre, rendant la joute politique assez prévisible.

Aujourd’hui la communauté politique est participative. Tout le monde est désormais producteur de contenus, qu’ils soient d’ordre économique, politique, médiatique… Et ces nouvelles structures amènent de nouvelles normes «sociales».

Cependant, cette production de contenu ne se fait pas dans le monde «réel», mais dans un espace virtuel, les réseaux sociaux, dans une communauté parallèle à l’ancienne communauté d’échange qui n’a pas encore été totalement remplacée.

Si dans la réalité la diversité n’a pas encore été pleinement acceptée il en est tout autre dans le monde virtuel, où tout le monde peut produire de l’information, des produits culturels, de l’opinion et trouver d’autres individus qui vont l’accepter pour la diffuser à son tour, créant ainsi une nouvelle communauté « virtuelle ».  Évidemment, une telle façon de faire va entraîner une diversité et une multiplication des reconnaissances dans ce Nouveau Monde virtuel…

Entre autres mots, la diversité entraine une obligation d’une reconnaissance.  Par contre, la diversification des communautés ne signifie pas pour autant que celles-ci sont ouvertes et amèneront plus de tolérance au sein de la société.

Tu agis dans une communauté ouverte, tant et aussi longtemps que tu participes et que tu n’empêches personne de participer… Soustraire des individus à la participation, dans une «communauté participative», c’est inéluctablement pousser cette communauté à vouer un culte au mensonge.

Nécessité d’échanger dans un climat sain

C’est quelque chose que la plupart des universitaires comprennent, nous formons une communauté de recherche.  La critique, le débat, la démonstration que l’on fait a tort fait avancer le groupe.  Dans une telle dynamique , il y a une différence entre le chercheur et la personne.  On peut louanger les recherches de quelqu’un que l’on déteste, et d’un autre côté fortement critiquer les conclusions de notre meilleur ami, car on doit se concentrer uniquement sur «l’oeuvre».  En bref, on tire sur le message, pas sur le messager.

La plupart du temps, on ne débat pas sur les réseaux sociaux avec la société dans son ensemble, mais plutôt dans un groupe composé de gens partageant essentiellement les mêmes valeurs que nous, où la surenchère fait avancer les idées les plus radicales, poussant à délaisser le rationnel au profit des émotions.

On peut être en désaccord avec des idées, on peut même haïr certaines d’entre elles, mais il ne faut pas pour autant tenir des propos haineux ou agir violemment envers ceux qui les proposent. Ce n’est pas parce qu’une personne écrit quelque chose avec quoi nous sommes en désaccord ou qui nous heurte violemment, que tout son matériel est non pertinent ou qu’elle est une folle enragée…

Nous sommes sur les réseaux sociaux un avatar, un personnage public. Pour que le débat reste sain, les gens doivent savoir sur nous seulement ce qui est pertinent au débat dans lequel on s’inscrit.

Sauf que les gens d’extrême-droite n’agissent pas comme ça… Ils forment une communauté d’émotions; ils sont fans de haine, comme des jeunes filles sont fans de Taylor Swift (malgré que les suprémacistes blancs sont aussi d’avides fans de Taylor Swift… pour une raison qui me dépasse). Ils agissent de façon anonyme en tant que trolls, ne distinguant aucunement la sphère publique de la sphère privée, par l’acharnement et l’intimidation.

Le vrai coupable

Auparavant, les individus étaient disciplinés par les structures sociopolitiques. Dans les démocraties libérales, les discours haineux étaient découragés par l’État, les médias ainsi que par les Élites.  Les individus étaient foncièrement passifs, même dans la révolte le message provenait d’une entité extérieure. Ce genre de révolte peut être attribué aux «Radio poubelles» qui s’inscrivent dans un courant alternatif. Si elles pouvaient jeter des flots de haine et peuvent avoir été des précurseurs de la montée des mouvements d’extrême-droite actuels, elles ne sont que des entreprises commerciales, visant un style de vie de «white angry men» pour faire du profit.

Ce sont les réseaux sociaux qui ont façonné ces nouveaux groupes d’extrême-droite, de la même façon qu’ils ont créé les carrés rouges. Et ce qui est arrivé durant le printemps Érable, c’est une tentative d’imposition dans la réalité d’un projet né dans un espace virtuel.

Au-delà des propos démagogiques et des controverses médiatiques, tout va passablement bien au Québec, les changements qui doivent avoir lieu sont de l’ordre des ajustements. Par contre, lorsque tu t’es abreuvé quotidiennement de fausses nouvelles t’annonçant catastrophe sur catastrophe, tu veux voir cet état de fait dans la réalité. Et lorsqu’un candidat, comme Donald Trump, propose des actions radicales à des problèmes qui n’existent pas réellement, les gens qui y croient vont appuyer ces actions avec un enthousiasme démesuré.

Nous avons dorénavant un besoin toxique de certitude dans un monde qui se fragmente de plus en plus.  Cependant, la seule certitude qui a une réelle valeur n’est même pas certaine, car elle peut être remise en question par des faits vérifiables. S’abandonner à assemblage de faussetés même si cela nous réconforte n’est évidemment pas une solution.

Critique constructive du Multiculturalisme politiquement correct

16 Mai

Le multiculturalisme est devenu l’idéologie dominante dans les sociétés occidentales, il est en quelque sorte l’application politique du « politiquement correct ». C’est à dire, un régime doux et caressant visant à ne heurter personne.  Auparavant, le Multiculturalisme était plus un constat sociologique qu’une politique initiée par les Élites. Et ne vous trompez pas, je suis totalement d’accord avec le Multiculturalisme lorsqu’on réfère à lui dans le sens de « Pluralisme », la société pluraliste c’est bon pour la démocratie.  Cependant, le Multiculturalisme a intégré peu à peu les préceptes du politiquement correct, lui enlevant du même coup toute son essence réformatrice.  Dans le contexte actuel, le Multiculturalisme est devenu le gardien du statu quo sous un masque de progressisme.

On voit deux chemins pris par les États lors des vingt dernières années, le premier est un capitalisme autoritaire concentré uniquement sur la croissance économique et où les droits fondamentaux n’ont plus une grande valeur.  L’autre voie est celle du multiculturalisme, on impose un contrôle de la population sous couvert du respect de l’intégrité des plus vulnérables, toujours en fonction des droits, en oubliant trop souvent la situation socioéconomique des individus.

C’est un peu ce que la « culture du politiquement correct » essaie de gommer, souvent très maladroitement. En bref, elle essaie de ne heurter personne dans un régime où l’on ne peut plaire à tout le monde. Car ce n’est pas les gens insatisfaits qui manquent… Au-delà des « accommodements », il existe une source de tensions bien plus grave,  les inégalités sociales. Inconsciemment ou non, on essai d’éviter cette question dans les lieux officiels du pouvoir, en essayant de faire croire à tout le monde que « tout va bien », « tout le monde il est fin », « tout le monde il est gentil »… baliverne !

C’est alors que provient une critique assez virulente du polititcly correct, face à cette culture politique artificielle, on se met à frapper sur des commandements tout aussi artificiels. Le problème ce n’est pas les minorités qu’on nous « force » à aimer, mais plutôt le fait qu’on nous force à aimer ses minorités.  On met alors les véritables laissés pour compte dans un cercle vicieux duquel ils ne peuvent se sortir, s’ils attaquent les minorités que l’État libéral et démocratique défend, ils sont des racistes, des fascistes, des réactionnaires, des monstres; et s’ils sont du côté de l’État, ils se voilent les yeux sur « les causes de leur misère »…

Ne soyons pas hypocrites, je n’ai pas d’amis noirs, musulmans, autochtones, transgenres, homosexuels ou handicapés. Et vous savez quoi ? Ça ne change rien. Je peux me foutre mon prochain comme je le veux, mais je ne peux pas atteindre aux droits de mes concitoyens. Mais les humains resteront des humains, ils veulent toujours laisser leur indignation glissée vers l’irrationnel. Si un régime démocratique pour être vraiment démocratique doit favoriser le conflit, donc l’indignation, cette indignation doit être responsable.  L’indignation et la colère sont une bonne chose en démocratie, mais sans rationalité, elle se transforme en violence.

Oui, le fanatisme religieux est mauvais pour la démocratie, mais opprimer la liberté de conscience l’est tout autant. T’as le droit de croire en l’astrologie, mais j’ai le droit de te dire que ce n’est que de la superstition. Si tu ne veux pas louer ton logement à des noirs, l’État a le droit d’intervenir.  T’as le droit d’écrire des commentaires haineux sur Facebook ou en dessous d’un article du Journal de Montréal , mais on a le droit d’enquêter sur toi, car tu es une menace à la démocratie. Tu as le droit de manifester, de bloquer le trafic, de même le faire masqué si tu veux et même de botter le bumper d’un char qui s’approche trop près de toi, mais tu n’as pas le droit de brûler un poste de police ou de mettre une bombe dans le Métro.

Est-ce si grave que certains ne veulent pas s’intégrer à un niveau que tu trouves satisfaisant ?  Oui, les juifs hassidiques ne veulent pas se mélanger aux autres et apprendre le français, reviens-en ! Dalida Awada te fait chier avec son voile, deal avec !

Tu ne peux pas forcer quelqu’un à s’intégrer. Tout ce que tu peux, c’est les forcer à respecter les lois. En démocratie, les gens peuvent faire ce qu’ils veulent tant et aussi longtemps qu’ils ne portent pas atteinte à tes droits fondamentaux.  Si l’on n’atteint pas ton intégrité physique ou morale, tu ne peux rien faire.

Nous n’avons pas vraiment besoin d’un régime de citoyenneté venu « du haut » pour s’accepter et se tolérer. Comme on a pu le voir par exemple lors du printemps Érable, dans un mouvement politique si « tu veux te battre avec moi, tu mon frère/ma soeur », c’est tout ce qui compte.  L’accroissement de la démocratie au sein de nos institutions politiques, de nos lieux de travail ou d’enseignement ferait à lui seul un travail d’inclusion, mais les Élites n’en veulent pas.  Pour eux, il faut une belle histoire attendrissante pour tenir les gens tranquilles.

Ce qu’il manque dans nos démocraties ce n’est pas de la tolérance ou de l’acceptation, mais bien du conflit.  Toute identité par ses critères d’adhésion, va créer de l’exclusion.  On peut créer des identités plus ouvertes que d’autres,  on ne peut pas toutefois créer des identités totalement ouvertes. C’est malheureux, mais c’est la vie…

Jamais la démocratie n’ordonne d’accepter les gens tels qu’ils sont, elle ordonne de respecter leurs droits (nuance, fuckin’ grosse nuance !).  Car, en démocratie toucher aux droits fondamentaux d’un citoyen, c’est toucher aux droits de tous les citoyens. Dès qu’une personne voit ses droits réduits, l’ensemble devient moins libéral, moins démocratique, et petit à petit, on se rend compte que si tous les humains sont égaux, certains le sont plus que d’autres…

 

Cours de Politique : Qu’est-ce que la politique ?

20 Avr

Bonjour,

Voici mon nouveau projet.  Un cours complet de politique en mode podcast et sur le ton d’un talk radio.  Une sorte de radio poubelle avec du contenu et qui instruit, on pourrait peut-être nommer ça de la Radio-Compost ? 😉

Comme quoi mes études en Science politique et en pédagogie devaient bien servir à quelque chose…

Voici le « premier cours » qui essaie de clarifier le terme de « politique » et explique le concept de désignation de l’ennemi chez Carl Schmitt.

Bonne écoute.

Le paradoxe des droits universels

31 Mar

Un système démocratique doit pour être véritablement démocratique avoir des lois et une constitution se basant sur les droits universels.  Mais pour que ceux-ci soient réels, ils ne doivent pas se réduire qu’à des mots en s’exerçant pleinement dans un cadre délibératif qui, pour être efficace, doit avoir une langue et une culture commune. En d’autres termes, il faut que les gens se comprennent en ayant les mêmes référents au niveau social, économique et politique. Sans culture propre un régime démocratique n’est qu’un organe consultatif et non une « cité », il est réduit qu’à une fonction administrative.

Donc, une entité démocratique doit promouvoir :

•Les droits universels (lois, chartes, politiques publiques, etc.)

•Une culture commune (langue, culture, patrimoine, etc.)

Toutefois, posséder une culture commune dans un groupe est plus facile à dire qu’à faire.  On retrouve dans la plupart des pays des minorités ethniques ou linguistiques qui vont avoir de la difficulté à utiliser ces codes ou, s’ils sont en mesure de les utiliser, avoir de la difficulté à intégrer les milieux décisionnels.  Ces « murs culturels » tendent à créer des sous-entités politiques au sein de l’arène politique.  Les institutions démocratiques deviennent alors des organes administratifs n’ayant qu’une fonction consultative.

Les nationalistes identitaires ou conservateurs veulent sauvegarder quelque chose qui est mort, qui n’existe plus, qui précèdent l’arrivée d’un groupe (ici les musulmans) pour en exclure leurs membres du processus démocratique, car seuls ceux qui possèdent les codes et le langage de la Majorité peuvent être habileté à diriger une nation.

Une nation démocratique a besoin de lieux communs où tous sont invités à participer.  La loi 101 permet cela, en forçant les gens à se servir d’une langue publique commune  pour participer à la « vie de la cité ».  C’est aussi le moyen de préserver la culture, en augmentant les participants.  Cependant, il n’y a pas une façon unique d’être francophone ou de parler français.

Les inclusifs s’égarent en misant en premier lieu sur les droits individuels; les identitaires que sur la culture.  L’un sans l’autre, il ne peut y avoir de véritable démocratie.

On peut rêver d’un monde sans frontière, mais on ne peut rêver d’un monde démocratique et libre sans nation, ou du moins des groupes de cultures communes qui rendent la démocratique une réalité.

L’acceptation aveugle des différences n’entraîne pas une plus grande liberté, équité ou égalité, mais de nouvelles contraintes à celles-ci.  Toutefois, promouvoir une culture politique commune qui n’accepte pas les changements sociologiques, économiques et démographiques d’une nation va également amener de nouvelles contraintes à ces mêmes principes.

Il faut accepter que sa culture change et on ne peut pas forcer nos successeurs à préserver notre héritage une fois que nous serons plus là.  Toutefois, notre héritage est la seule chose qui nous appartient en tant que groupe et c’est par celui-ci que l’on peut créer les liens qui nous unissent.  Une culture, c’est en quelque sorte faire du « neuf avec du vieux » en quelque sorte.  Toutes les tentatives de faire table rase du passé n’ont donné que des résultats désastreux.  Si les quantités de passé dont une nation peut priver sont plus grandes que l’on croit pour survivre.  Il nous faut une attache avec le passé pour avoir une direction avec l’histoire qui explique le présent et prédit un avenir meilleur.

Si on continue comme ça, à se faire administrer et diriger par une autre nation, présenté comme un groupe inférieur et arriéré, où la seule façon de révéler notre nationalisme doit être faite conformément à cette image qu’à de nous cette autre Majorité qui nous dirige avec compassion et ouverture d’esprit.  On peut bien rester dans le Canada, si on le désire, mais tant qu’on se constituera comme nation au sein de celui-ci, on sera un groupe dépendant des voeux de la Majorité anglo-canadienne.

Pourtant, les minorités du Québec ont peut-être raison de s’accrocher au Parti libéral du Québec et à la fédération canadienne, sachant pertinemment qu’ils n’auraient plus rien pour les protéger une fois dans un Québec indépendant.

La solution au dilemme pourrait provenir d’un endroit inattendu. Par exemple, ces dernières années, il y a eu une certaine controverse avec le « show bilingue » de Sugar Sammy comme étant une atteinte à la culture québécoise et la langue française.  Dans le contexte des années soixante, cela aurait peut-être été vrai, mais en 2016, ce l’est sûrement moins.  Un tel spectacle crée un espace commun où se rassemblent différentes communautés qui ne font pas habituellement.

Nationaliste ou pas, toute activité permettant à tous d’y participer renforce l’identité nationale. Un événement nationaliste dans le sens convenu du terme, renforce qu’une de ces parties, lui donnant préséance sur les autres. Celui-ci en vient à sanctionner le contrôle de la Majorité sur les minorités, alors que ce dernier ne devrait pas exister dans un système démocratique basé sur les droits universels.

Ceux qui dénoncent tout amalgame culturel, comme les plusieurs déclinaisons du « franglais » dans différentes oeuvres, oublient souvent leur révolte devant les critiques du joual au début de leur révolution tranquille. De ce fait, les nationalistes les plus convaincus sont paradoxalement devenus un obstacle au renforcement de l’identité nationale québécoise. Un événement n’étant pas initié par des Québécois « de souche » ne pourrait être pleinement québécois. Mais si ceux-ci se prétendent québécois, comment peut-on les renier ?  Il faut créer un espace commun avec eux, on n’a pas le choix…

Qu’on le veille ou non, le mouvement nous pousse dans une direction contraire à la vision des partisans du néo-libéralisme ou du nationalisme identitaire.  Le Québec sera inclusif ou ne sera pas, il sera nationaliste ou il ne sera pas, et il deviendra indépendant ou il ne sera pas.

 

Distribution (de la richesse) aux consommateurs (révolutionnaires)

30 Mar

Tout le monde semble s’accorder sur le fait que les réseaux sociaux ont joué un rôle déterminant dans les derniers grands mouvements de contestations qui ont ébranlé ou carrément renverser les gouvernements visés.  On pense automatiquement au Printemps arabe, mais aussi à l’Ukraine et plus près de nous, le Printemps Érable.

Il semblerait que les dirigeants de Google, Facebook et de Telsa, tenteraient par le biais des réseaux sociaux de déstabiliser la campagne à l’investiture républicaine de Donald Trump. Certaines rumeurs indiquent également que les dirigeants des compagnies oeuvrant dans le Web 2.0 favorisaient les publications anti-Trump, afin de faire tourner l’option publique du côté démocrate.

Si on voit la campagne de Trump se renforcer, la manoeuvre (si elle existe) semble porter ses fruits.  Les opposants à Donald Trump sont déjà bien organisés et les idées clairement progressistes prennent place dans le débat.

Ce n’est pourtant pas les militants les plus radicaux qui paraissent être à ce moment le moteur de l’Histoire, mais bel et bien le bon vieux capitalisme qui s’adapte au changement structurel de l’économie et de la société.  On passe actuellement à une nouvelle économie où la Propriété même se transforme.  L’humanité tout entière est poussée par un mouvement visant à abolir faussement la propriété privée.

La spéculation n’entraînera que des crises et des remises en questions, celle-ci devrait dégonfler dans les années à venir et être moins attrayants à ceux voulant faire des profits faramineux. Car il faut se faire à l’idée, on doit presque tout ce que l’on possède à des institutions financières qui semblent profiter dorénavant seules du système économique.  La seule façon de reprendre le contrôle est de changer les règles du jeu.

Avec les moyens de comptabilisation des données mis à notre disposition, on comprend mieux des envies et les besoins des consommateurs, les grandes tendances du Marché seront désormais plus prévisibles.  Le « gros argent » serait fait dans la capacité d’influencer la spéculation, plutôt que dans la spéculation elle-même.

Déjà, on voit percer dans le monde de la Finance le sociofinancement et les microcrédits « à la carte », les gens ordinaires choisissant d’investir dans le projet de leur choix, générant au passage un sentiment de communauté. Avec la tendance du sociofinancement, la spéculation en tout genre devrait se démocratiser avec tous les changements chaotiques que cela comporte.

L’industrie automobile qui était la pièce d’accise de toute société industrielle moderne se transforme.  En milieu urbain, la possession d’une automobile à essence sera remplacée par l’autopartage où les voitures fonctionneront à l’électricité et seront (plus tard) autonomes, ce qui devrait porter un coup même à nos sociétés de transport étatisées.

Le développement des imprimantes 3D annonce peut-être bien la fin des manufactures.  L’achat traditionnel de transaction « à la pièce », pourrait tout aussi disparaître. On pourrait tout simplement s’abonner à des design, comme on s’abonne à Netflix ou a Spotify.

Ce qui devrait transformer nos expériences d’achats, déjà des boutiques en ligne, comme amazon, font mal aux grandes surfaces qui ont peine à se positionner entre ces nouveaux joueurs plus gros qu’elles et les nouvelles boutiques spécialisées dorénavant orientées selon les styles de vie.

Comme il fut déclaré à l’aube de la Révolution française, « une nouvelle distribution de la richesse entraine une nouvelle distribution du pouvoir ». Et pas besoin d’être miséreux pour se révolter, il suffit d’être insatisfait.  Dans le contexte québécois. Le trop long règne du PLQ (avec un court interrègne de 18 mois du Parti québécois) commence à être lourd.  Le peuple dont la situation socioéconomique devient de plus en plus précaire chaque année, avaient maintenu les libéraux au pouvoir, afin d’éviter des chambardements constitutionnels, mais le prix à payer pour cela est toutefois très grand.  L’édifice plus que centenaire qu’est le parti libéral du Québec craque; l’austérité a laissé un goût amer et l’UPAC a commencé ses arrestations, tandis qu’un nouveau gouvernement libéral au niveau fédéral, lui, s’est détaché du discours néolibéral des trente dernières années  pour démontrer une image plus branchée et plus progressiste.

Ce nouveau « capital » a tout intérêt à ce que le peuple renverse l’ordre établi que ce soit par des réformes ou carrément des mouvements révolutionnaires.  Que ce soit par des moyens modérés ou violents, les nouveaux possédants devraient faire attention avec ce qu’ils jouent.  On n’a bien vu ce qui est arrivé lors du Printemps Érable; la réaction violente du gouvernement a donné raison aux forces les plus radicales. Partout, la haine est galvaudée par les ondes et les billets de chroniqueurs dépassés par le nouveau contexte politique, démontrant que le « modérantisme » ne pourra toujours triompher.  La même chose est également visible chez les intellectuels de gauche, cette avant-garde composée souvent de jeunes privilégiés n’ayant pas encore compris toute la haine contenue dans le coeur des laissés pour compte.

Ce que l’on voit avec Donald Trump, est que celui qui réussit à se faire le porte-voix de cette haine ne peut que recevoir un appui massif de ces gens épuisés et confus par tous ces changements. Car qui peut vraiment les comprendre ?  Tous ces changements se font si vites, et même nos dirigeants semblent en avoir perdu le contrôle. La crise des migrants et la guerre au terrorisme islamique démontrent l’incapacité des États à gérer convenablement ces nouveaux mouvements internationaux. En dedans comme en dehors, l’État-nation ne semble plus détenir les compétences nécessaires pour intervenir convenablement. Que faire ? Aller vers l’inconnu ou s’accrocher à ce que l’on connaît, même si cela ne fait plus l’affaire ?

Le nationalisme conservateur teinté de xénophobie et anti-immigration peut nous réconforter momentanément, mais il n’est aucunement adéquat pour affronter l’avenir.  Tout nous pousse vers un « Nouveau Monde ».

Comme dans les époques précédentes, les nouveaux dirigeants économiques voudront contrôler le politique, mais les simples citoyens voudront également utiliser leur nouveau pouvoir d’influence individuelle, ce qui devrait entraîner également une transformation de nos institutions.  La technologie nous permettant une démocratie plus directe, il y a bien un groupe quelque part qui va vouloir s’en servir. Les organisations non gouvernementales, les compagnies privées, les syndicats et bien sûr l’État devraient adopter des pratiques « plus démocratiques ».

Donc, on peut prévoir qu’au conflit entre la propriété financière et la propriété « partagée », devrait suivre un autre entre ceux qui la conçoivent comme étant indépendante du domaine politique, une sorte de communauté d’abonnés, parallèle à la cité démocratique et ceux qui voudront fusionner ces deux entités.

Alors pourquoi conserverait-on les entraves relatives à la propriété, lorsque cette dernière sera virtuellement disparue ?

Je ne veux pas dire que l’appât du gain nous entraine vers le communisme, mais que notre rapport avec la propriété risque de changer de telle façon, que si on n’adapte pas la démocratie à ces changements, on pourrait bien la voir disparaitre. On nous fera croire alors que nous n’avons jamais été autant libres, devant la possibilité d’être tout et n’importe quoi. Mais si on n’a pas la capacité de se défendre devant le pouvoir qui est devant nous, même partagé, à quoi bien cela peut-il nous être utile ?

La place du piéton à Montréal

27 Fév

Avenue_McGill_College_-_rue_Sainte-Catherine

Bien du chemin a été parcouru depuis les années 70 et leur conception du « Tout à la voiture », tranquillement, mais sûrement sont apparus des aménagements intégrant mieux les déplacements actifs.

Les nombreux accidents aux intersections ont, en autres, poussé la ville de Montréal à adopter une Charte des Piétons, en plus de chercher de nouvelles solutions, afin de rendre celles-ci plus sécuritaires.

Plusieurs paliers de gouvernement, ainsi que des intenses régionales se sont engagés à concevoir les villes avec une densité plus élevée et faisant une place plus grande aux piétons, aux vélos et au transport en commun.

Malgré tout, il arrive encore que les piétons et particulièrement les personnes plus vulnérables (enfants, aînés, personnes handicapées, femmes enceintes, etc.) soient laissés pour compte dans la conception des nouveaux aménagements urbains.  Il ne faut pas qu’intégrer des espaces piétons pour que ceux-ci puissent être adéquats. Les automobilistes tiennent encore une place prépondérante lors de la prise de décision, la saga du mini trottoir longeant la piste cyclable sur la rue Brébeuf ou les sursauts contient dans l’actualité afin de permettre le virage è droite au feu rouge sur l’île de Montréal, le démontre clairement. Même si la cohabitation peut être parfois difficile, il existe bon nombre d’experts et organismes pouvant aider les municipalités dans leur planification urbaine.

Quelques fois, la volonté de donner une place plus importante aux piétons ne donne pas les résultats escomptés. Bien des éléments du Quartier des Spectacles ou bien de la Place d’armes, par exemple, ont été critiqués pour risques qu’ils entraînant quant à la sécurité des piétons. Dans ces cas-ci, ces lacunes proviennent du manque de connaissance ou de l’indifférence des concepteurs, voulant à tout prix imposer leur vision artistique dans l’espace urbain.

Malgré qu’elle s’est améliorée, la place des piétons à Montréal n’est toutefois pas assurée.  Il est de mise, alors, d’être encore des plus vigilants.