Archive | septembre, 2011

Nous avons besoin d’une nouvelle Élite

30 Sep

Notre propension à la démocratie et à l’égalitarisme social semble à première vue une bonne chose.  Nous nous employons à écouter notre conscience, à laisser court  à notre recherche de l’épanouissement personnel pour devenir des individus uniques, détachés de toute allégeance… des esprits libres.  Mais sommes-nous réellement libres ? L’individualisme nous amène-t-il au pinacle du libre arbitre ou nous isole-t-il davantage des opportunités pouvant réellement améliorer notre sort ?

Les élites n’ont plus la cote, on s’en méfie de plus en plus.  La mobilisation semble dorénavant être le domaine des démagogues et des gueulards de tout acabit, le bon peuple sortant dans la rue pour des causes futiles trop souvent liées à des intérêts économiques.  Il reste une élite, mais son apport à la société est minime et son influence se fait presque entièrement au niveau économique.  Le progrès semble se résumer uniquement qu’au simple accroissement du PIB et tout ce qui faisait autrefois la grandeur des peuples est réduit à une marchandise.  Atteindre l’excellence dans plusieurs domaines n’est aucunement encourager.  Comment alors expliquer le désenchantement envers l’excellence dans ce monde où l’on réclame de « briller parmi les meilleurs », mais où on ne fait que s’enfoncer dans le marais de la médiocrité.

Jamais l’individu ne fut autant libre de ses choix et pourtant ils semblent le reflet d’un abrutissement général.  Notre révolte contre l’autorité en était-elle vraiment une ?  La perte de confiance envers le pouvoir nous éloigne du seul véritable outil pouvant améliorer nos conditions.  En être désabusé ne peut qu’entraîner la lente détérioration de la vie publique que nous vivons actuellement.  Au Québec, l’Élite était principalement composée par le clergé catholique. S’il s’appliquait avec zèle à contrôler les mœurs de ses ouailles, il avait toutefois institué au sein de la société canadienne-française un sens de la solidarité et de partage. Le pauvre devait être secouru, celui qui se privait pour les autres était louangé.   Après la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle classe technocratique a pris de l’ampleur.  Leur rôle était d’améliorer la vie des gens ordinaires.  Malgré tous les défauts que l’on pouvait donner à cette bureaucratie, ceux-ci travaillaient néanmoins pour le bien commun, leurs salaires quoiqu’on en dit n’étaient pas des plus faramineux et ils possédaient une éthique du service public qui fut malheureusement remplacé par les cibles de performance.  Avec la Révolution tranquille, l’Église va laisser la place à l’État, mais aussi à une nouvelle force montante, les syndicats.  Si eux aussi avaient leurs défauts, ils contribuèrent au partage de la richesse et éveillaient les consciences sociales.  Le pauvre ne devant plus se soumettre et dorénavant combattre les inégalités sociales en plus d’imposer les réformes nécessaires au Bien commun.

Depuis toujours on avait donné à certains le rôle de créer un système profitable au plus grand nombre de personnes possibles. Et pourtant, au début du XXIe siècle tout cela semble s’être évaporé… Malgré tout ce que l’on peut croire aujourd’hui, les politiciens étaient tout aussi corrompus dans le passé, pourtant on les adulait. Le peuple, sur lequel se base la souveraineté populaire, en est réduit au plus petit dénominateur commun.  Nous donnant une vie démocratique quasiment éteinte. Nous sommes dorénavant sous le règne de l’intérêt personnel et des désirs inassouvis.  On voit tout comportement élitiste d’un mauvais œil au point où avoir un vocabulaire convenable équivaut à se prendre pour quelqu’un d’autre.

 Il faut savoir qu’au même moment où les nouvelles élites étatiques prenaient la place des élites traditionnelles, une nouvelle classe dominante était déjà en gestation.  Celle-ci composée d’hommes d’affaires, de psychologues et de penseurs combattaient pour plein de raisons fort différentes les « veilles élites » afin de libérer les individus pour qu’ils atteignent leur plein potentiel.  En bref, ceux-ci disaient que vous seul savez ce qui est bon pour vous, n’écoutez que vous-même et faites ce que vous voulez.

Au début si l’explosion de la contre-culture à ouvert les yeux des gens sur les contradictions des sociétés occidentales durant la période des trente glorieuses, l’effet s’est amenuisé suite à l’échec de ce nouveau mouvement culturel.  Il faut comprendre que dans ces fondements même cette contestation ne voulait pas être organisée et chacun affrontait le système de la façon qui lui convenait. La contestation allait prendre un tournant surprenant, les révolutionnaires abandonnant le projet de refonte de la société pour se concentrer sur une réforme de leur individualité.  Si les individus devenaient plus difficiles à définir, ils allaient devenir paradoxalement plus faciles à contrôler. Le refus de s’associer à un groupe, telle une classe sociale, une religion ou à une nation tend à désunir les individus. L’État n’a ensuite que le devoir de répondre à certains de leurs besoins afin de les rassurer et pour qu’ils se sentent des plus confortable.

Le style de vie l’a désormais emporté sur la solidarité sociale.  Dans les communautés basées sur les styles de vie, les personnes sont liées bien plus par des habitudes de consommation qu’autre chose.  Les gens sont bien plus aujourd’hui définis par leur habillement, leurs habitudes alimentaires ou leur musique et émission de télévision préférée qu’ils peuvent l’être par leur attachement à leur nation ou même leur propre famille.  Des gens supposément libres de devenir ce qu’ils veulent peuvent toutefois reconnaître leurs semblables dans la rue. Dans ce Nouveau Monde, les publicitaires et les relationnistes sont les nouveaux guides suprêmes.  Ceux-ci n’ont aucunement intérêt à ce que la masse s’élève et se mettent à avoir une pensée critique très développée. Et même si quelques-uns dans cette masse imbécile parvenaient à s’élever, on tâcherait vite de lui créer un univers où les habitudes sont tout aussi bien régulées que dans tout autre style de vie. Il pourra vivre avec ses semblables leurs destins de génies incompris partageant la crainte que ces hordes d’abrutis puissent un jour les atteindre.  Que les gens ordinaires restent tranquilles, ont pourront regarder leur émission de télévision sans se faire déranger par un intellectuel emmerdant.

Le cynisme de la population envers les dirigeants politiques est plutôt une peur de se mettre au-dessus des autres.  L’individualisme a eu ses bienfaits, les actions n’étaient plus contrôlées par une pognée de personnes qui ne comprenaient pas la réalité ce ceux qu’ils administraient.  Pourtant, cette soif de s’émanciper les uns des autres a eu l’effet néfaste de jeter tout le blâme sur les dirigeants.  Pour se libérer des élites, il fallut les démoniser, en faire des profiteurs et des déviants de toute sorte.  Une fois que l’image s’est implantée dans la tête des gens, qui veut alors devenir un chef ? Malheureusement pour nous, tous ceux faisant autorité dans leur domaine sont devenus suspects pour la populace qui s’est mise à écouter ceux qui juraient que leur situation de dominé était la meilleure qui soit.

Voyez ensuite ce qui est arrivé à la culture d’élite : la littérature, la musique, le théâtre, la philosophie et la recherche fondamentale sont devenus des secteurs non productifs, coûteux et non essentiel à l’enrichissement d’une nation.  Ce qui est étrange est que plus on a coupé dans ces secteurs, plus l’écart entre les riches et les pauvres s’est agrandi…

Par le discours de haine envers les élites, les possédants ont en fait renforcé leur pouvoir sur notre société. En présentant cette culture d’élite comme étant dépassée, ridicule et déconnecté.  Par ce stratagème, ils allaient inscrire dans l’esprit de la population le désir de ne jamais vouloir prendre leur place.  Ceux qui voulaient encore avoir un lien véritable avec le « vrai monde » en venaient à être abandonnés par ceux qu’ils défendaient.  De plus, pourquoi se rebeller contre quelqu’un qui semble faire comme nous.  Dans ce vaste espace public, tout le monde est désormais un épais sans aucun esprit critique.  Les grandes œuvres se font cachées à l’abri des regards et dans l’indifférence la plus totale.

Dans ce monde de rentabilité et d’efficacité tout individu est désormais hyper spécialisé, et dans cette tyrannie de la compétence pourquoi alors lire des livres ou jouer de la musique, il ne faut qu’être bon dans ce qu’on attend de nous.  Idem pour nos bons dirigeants, ils ne doivent qu’administrer et faire de l’argent, tout le reste est une perte de temps.  Néanmoins, ceux-ci manquent cruellement de ce qu’il faut pour faire de l’argent : l’imagination, la créativité, la dissidence. Les grandes innovations viennent d’une rupture avec les conventions établies.  Là où tous peuvent aller où ils veulent, rien n’est plus rigide; rien n’est plus proscrit que d’aller à l’encontre de ses pairs.

Ce n’est pas un individu totalement libre que nous avons aujourd’hui, mais un individu extrêmement seul.  Cette soif de devenir ce que nous sommes a pris un tournant malheureux.  Car il ne faut pas maintenant que s’accomplir, il faut que les autres le reconnaissent pour ce cet accomplissement ai une réelle valeur. La reconnaissance témoignant toujours de l’accomplissement, les gens en vienne qu’à rechercher cette reconnaissance. Paraître beau, bien et bon aux autres, se faire aduler, tel est maintenant le but à atteindre et plus besoin d’avoir une bonne raison au préalable.  Même cela le marché l’a compris. L’industrie du divertissement s’est empressée de créer une multitude de plateformes pour une infime fraction de la population devenue célèbre et faisant rêver l’immense majorité des gens qui croit que cela leur est accessible.

Lorsque des intellectuels se plaignent, ce qu’ils réclament pour la plupart c’est de la reconnaissance au niveau personnel et non pas de leur travail.  Comme tous, ils veulent être célèbre, leur cri du cœur est le même que celui de la nunuche à occupation double qui va se faire un douchebag pour rester une semaine de plus dans sa belle aventure télévisuelle.

Sérieusement, rendre notre monde meilleur n’est pas une sinécure et cela ne l’a jamais été. Vouloir améliorer le monde va toujours rencontrer d’énormes difficultés.  Ce qu’il faut comprendre est que même dans les systèmes extrêmement pourri et opprimant, beaucoup de gens ont une position privilégiée face aux autres et ils ne veulent pas la perdre.  Un système achète toujours ses appuis. Alors demandé à ceux à qui nous voulons enlever leurs petits privilèges de nous porter attention et même de nous aimer, il s’agit là d’un rêve inatteignable.

Chaque groupe doit avoir une Élite, mais elle doit être au service du groupe et non le contraire.  Pour se faire, le service public doit être revalorisé, non pas par des incitatifs financiers, mais par la mise en place d’un plan de formation d’une telle élite.  Il faut créer un groupe qui dépasse les structures mises en place.  L’apprentissage par compétence est excellent pour former des employés, mais l’est moins pour guider une nation.   Que l’on donne à tous la chance d’atteindre les privilèges des plus hautes fonctions.  Que l’on efforce d’éduquer chaque enfant au Québec comme s’il était un enfant de riche et vous verrez jaillir plus de talents qu’il n’en faut pour enfin briller parmi les meilleurs. Nous ne gagnons rien à rester sur place, à se contenter de ce que l’on a et d’apprendre seulement ce qui est utile.  De là toute l’utilité de l’association de la part du peuple. L’organisation politique est le meilleur remède pour l’apathie ambiante. Il ne faut pas attendre que quelqu’un nous donne notre place, il faut aller la chercher.  La vigilance doit commencer quelque part, si les dirigeants savent qu’ils sont fortement surveillés et que la population s’intéresse réellement à leur travail, ils auront tout intérêt que ce que celui-ci soit le mieux fait possible.  Et ce, sans augmentation de salaire ou de bonus à la fin  de l’année fiscale.

Une nouvelle éthique pour nos dirigeants politiques

21 Sep

Le monde dans lequel on vit n’existera plus. Pour le meilleur et pour le pire, la façon dont nous percevons le pouvoir s’est transformée et se transforme peu à peu vers une nouvelle éthique. Partout, les tractations de bas étage que l’on considérait comme un mal nécessaire à la continuation de la vie politique semble atteindre un point de non-retour. La crise économique imposant de dures décisions, nous ne pouvons plus faire plaisir à tout le monde, les partis de masse qui saupoudraient une série de mesure par pur intérêt électoral, ont perdu l’affection de la population qui lui reproche leur manque de vision. Celle-ci ne réclame désormais plus, en premier lieu, une compétence à gérer les fonds publics, mais une droiture, un idéalisme profond, une volonté à rendre le monde plus juste et plus équitable.

En ces temps de restructurations, tout va passer au tordeur et surtout au Québec où les formations politiques voulant en finir avec un système dépravé tendent à conquérir l’assentiment de la population. En plus simple, on ne veut plus des politiciens avec une tête sur les épaules, mais avec le cœur à la bonne place.

Il faut comprendre qu’après avoir géré le Bien public comme s’il était une vulgaire PME, et ce, sans avoir apporté les bénéfices escomptés à la majeure partie de la population. Celle-ci a le goût de passer à autre chose, même s’il faut pour cela jeter le bébé avec l’eau du bain. Également, après 30 ans de «pragmatisme » néolibéral, les gens ont désormais le goût de croire. Si les vieilles idées tombent, ce n’est pas les nouvelles idées qui manquent : l’écologisme a pris des airs de respectabilité, les altermondialistes ont fait passer les idées marxistes dans le XXIe siècle, le libertarisme a de plus en plus d’adeptes, les conservateurs sont encore plus conservateurs et les groupes communautaires reprennent les actions mutualistes des premiers socialistes. Partout les gens de toutes tendances rêvent à mieux et surtout à des dirigeants qui agiraient de façon totalement désintéressée.

Les gens peuvent devenir meilleurs. Si elle en a le courage,une société peut viser la perfection, et ce, même si elle ne pourra jamais l’atteindre. Il serait peut-être plus rassurant de croire que nous avons besoin avant tout d’un gouvernement stable, sérieux et dénué de toute idéologie. Cependant, un tel gouvernement qui est porté avant tout à régner, ne nous donne que la lente décrépitude que l’on connaît aujourd’hui.

La première tentative d’innovation sociale afin de transformer la société en un monde plus juste et où les individus serviraient le grand nombre au lieu de leurs propres intérêts personnels a été faite durant la Révolution française avec des résultats désastreux. Si les intentions étaient bonnes, l’utilisation de la Terreur tend à démontrer que les personnes responsables se souci plus de la joute politique en se débarrassant de ses adversaires politiques. Aussi, en supprimant les libertés la Terreur tue dans son fondement même la liberté qu’elle était censée protéger. Et je ne parle pas ici du siècle du communisme, avec ses millions de morts qui est une répétition plus horrible de la tentative originelle.

Pourtant, nous avons besoin de vertu. Lorsque j’emploie le terme de vertu, je l’entends en terme politique, c’est-à-dire la capacité d’agir de façon désintéressée pour le bien de l’humanité. Il ne s’agit pas ici de vertu individuelle, malgré que les deux peuvent aller de pair, elles ne sont pas obligatoirement nécessaires l’une à l’autre. De plus, la moralité étant subjective, il serait erroné d’imposer ma vision d’une personne vertueuse sur d’autres qui n’ont pas les mêmes valeurs que moi. Ce que vous faites dans votre chambre à coucher ou le dimanche avant-midi ne m’intéresse aucunement…

La vertu ne s’impose pas de haut en bas, mais de bas en haut. Les gens croient souvent que les sociétés vertueuses sont le fruit de dirigeants vertueux. Avec le pouvoir absolu, les dirigeants vertueux n’accomplissent que des massacres, tandis que des dirigeants corrompus n’accomplissent que le dépouillement du reste de la population. Il est vrai qu’il est tentant de se débarrasser dans une grande purge de tous ces prétentieux s’autoproclamant les leaders d’aujourd’hui et de demain. Si l’assouvissement de leurs désirs les plus stupides semble leur apparaître comme étant grandiose, les exterminer par des moyens très efficaces, comme les révolutions ont pu nous le démontrer, ne mènerait à rien. Le résultat est toujours le même, d’autres crapules viendront bientôt prendre leur place.

On a les dirigeants que l’on mérite, rien n’est plus vrai. Pour avoir des dirigeants vertueux, il faut une société faite de gens vertueux. On ne se sort jamais de la quête spirituelle, une société juste et équitable va au-delà des simples moyens de production et une société sans discrimination va au-delà de la reconnaissance. La liberté vient avec des responsabilités qui requièrent une discipline de vie. Ce qui ne veut pas qu’il ne faille pas arrêter de jouir des plaisirs que la vie nous offre, mais il faille l’accompagner du sens du devoir. Chacun doit dans sa vie, se donner aux autres. Le sens du devoir n’a plus la cote, mais tranquillement, mais sûrement, les gens commencent à voir plus que le simple intérêt qui été poussé au rang de divinité ces trente dernières années.

D’une manière ou d’une autre, il faut que certains commencent à montrer l’exemple. Ce ridicule épanouissement du moi, de l’autoproclamation du désir de s’émanciper de la multitude que par des pulsions narcissiques doit avoir une fin. Si l’on ne doit pas contenir les individus et les forcer à être ce qu’ils ne sont pas, vivre dans la caricature de la grandeur n’est pas une chose louable. Le meilleur moyen de se démarquer pour notre bonheur personnel et collectif est dans la restriction de nos instincts, dans la mesure et la quiétude. À force de gueuler notre individualité, on finit par ne plus entendre personne. Si Élite il doit y avoir, ce doit être une élite naturelle et non sociale, une aristocratie de cœur et non d’argent. Toute personne en position de dirigeant se doit de porter la responsabilité qui lui incombe et en cela, il ne doit pas être comme les autres, mais meilleur que les autres. Être au-dessus, n’indique pas qu’on a le droit à plus de largesse, cela signifie plutôt que cette personne a le devoir d’atteindre la perfection de vivre selon une éthique supérieure à la moyenne des gens qu’il administre. Il faut un être pour qui la patience, la compassion et la droiture doivent émaner naturellement.

Cela ne veut pas dire qu’il faut que l’on suive un strict régime de vie à la lettre, mais que l’on doit s’attendre plus de ceux qui nous dirigent. Et que comprendre enfin que ce sont ceux qui dirigent, qui doivent faire les sacrifices et non ceux qui se font diriger. Que s’il est bon pour le peuple d’être méfiant de ses dirigeants, ceux en position de commande doivent avoir une confiance sans bornes du peuple.

La logique, si on peut l’appeler ainsi, de nos sociétés postmodernes où tout peut être bien, que rien n’est mal et que l’on peut être tout ce que l’on veut s’épuise. L’épanouissement personnel ne passe pas par l’assouvissement de nos désirs et l’interminable narration de nos états d’âme, mais par le contrôle, la mesure de nos sentiments dans un but, un objet qui est plus grand que nous. Un être qui se déploie sans cesse dans le tourbillon de la vie sera toujours porté à se faire contrôler par les autres, car il ne peut se contrôler lui-même. Le sens du devoir doit reprendre sa place et l’intérêt doit lui être subordonné. Sans être moraliste, nous vivons dans un monde de pulsions, de confort et d’indifférence. Et sinous voulons que le monde change autour de nous, pour que cessent les excès qui nous plongent dans les crises tant politiques qu’économiques, il faudra faire des réformes extrêmement significatives. Sinous sommes incapables de les produire en tant que corps social, nous devrons nous en remettre alors à ce que des gens qui n’ont pas les mêmes intérêts que nous le fassent pour à notre place.

Le Consensus c’est la dictature !

10 Sep

Le Consensus c’est la dictature !  L’atteinte d’un consensus en démocratie est inatteignable. Il ne se fait qu’entre des gens de la même opinion, car ce n’est pas parce que l’on retrouve une unanimité au sein d’une assemblée quelconque que le Consensus existe.

Le consensus n’est qu’un nouvel outil rhétorique d’une majorité qui s’obtient de deux façons : par le désintéressement ou par le « baillonage ».  Au Québec,  dans un système de discipline de parti comme le nôtre, il est facile d’obtenir des consensus, trois chefs n’ont qu’à s’entendre et les 122 autres députés n’ont qu’à fermer leurs gueules.

Une chose étrange est que les plus grands penseurs du consensus sont en fait des pluralistes.  Comment des individus se reflétant les uns face aux autres une altérité irréconciliable, peuvent-ils en arriver à, même pas un compromis, mais rien de tel qu’un consensus porteur d’une vérité immuable !  Si cela est vrai, ce doit être parce que ceux qui ce sont assemblés, ne sont pas si différent que ça… Que les gens ont quelque chose qui les relie, donc que la différence n’est pas significative.

Les pluralistes avancent que l’on doit reconnaître les différences et que l’on partage tous quelque chose de commun.  Donc la reconnaissance est illusoire, vu que l’on est, au bout du compte, tous pareil. Les opposants des pluralistes avancent plutôt qu’il ne faut pas reconnaître les différences, car celle-ci font en sorte que l’on ne peut s’entendre, il faut alors s’en tenir au conflit, qui est lui déterminé par un rapport de force.  Donc la reconnaissance est illusoire, car elle ne peut que rendre officielle le fait que l’on est tous différent.

Alors pourquoi veut-on « reconnaître » et pourquoi a-t-on « reconnu » ? La reconnaissance est un acte de pouvoir, on reconnaît ce que l’on ne veut pas, ainsi que ceux qui ne veulent pas de nous.  En fait, ceux qui rendent l’atteinte d’un consensus impossible.  La reconnaissance ne peut que démontrer et
renforcer la situation d’infériorité ou de supériorité dans laquelle un groupe se retrouve face à un autre.

La reconnaissance n’est qu’un compromis pour qu’un groupe continue d’exercer sa domination sur un autre, la majorité sur la minorité.  La majorité doit se draper de l’ensemble de la population pour que ses actions soient légitimées, sinon il ne fait que démontrer le rapport de domination qu’il exerce.  En fait, le consensus n’est qu’un mensonge, convenu entre les deux parties, la dominante et la dominée.

C’est pourquoi la dissidence est importante.  Tout système tend, à la longue, à renforcir les rapports de domination.

POSTMODERNITÉ ET MENTALITÉ D’ESCLAVE

9 Sep

Le besoin du reflet de l’autre de la Postmodernité a substitué la conception collective idéalisée ou utopiste.  Pour les postmodernes, je ne suis pas la représentation individuelle d’un idéal collectif qui ne m’appartient pas, mais plutôt la décadence du moi, je suis ce que je veux que les autres pensent de moi.  C’est le « deviens qui tu es », très prêt du nihilisme et de l’abandon de la morale.  Cependant, nous vivons en société et l’humain est un animal social.  L’identification n’étant plus liée à un idéal, il est désormais progressivement lié au libre-arbitre ce qui est bien, et au dogme de l’épanouissement personnel, ce qui l’est moins.  L’idéal abandonné, l’on tombe dans une logique du tout est relatif, tout est bon, tout est correct.  Si cette doctrine a permis de libérer les modes de vie alternatifs (qui étaient, il faut le dire, opprimés par les religions et les utopies politiques), il oublie souvent la nécessité de l’individu d’être accepté par l’ensemble de la collectivité.  La multiplication des « modes de vie », même si certains sont plus forts que d’autres, a entraîné une diversification des groupes identitaires.

Il existe aujourd’hui une consommation de l’identité à la carte, multi, poly, pluri, méta et bien d’autres choses ; mais sans but commun, on ne va nulle part.  L’absence d’idéal amène un groupe à planer sur la situation présente, à s’empêtrer dans sa propre médiocrité.  Le but n’est plus de changer sa situation, le système ou les institutions qui mène à une condition sociale injuste, mais plutôt de la pousser au maximum, jusqu’au délire.

On peut l’apercevoir au sein de la culture adolescente.  L’arrivée du mouvement punk en est le meilleur exemple : des ratés sans but ont joué de la musique de ratés sans but, pour des ratés sans but.  Si je dois ajouter que leur musique était super bonne, que leur désir d’amener de quoi de nouveau, de brasser l’establishment et dépoussiérer le monde culturel d’alors était louable et réussit, il n’en change rien qu’ils sont restés des ratés jusqu’à la fin.  C’est la même chose avec le mouvement hip hop qui a vu sortir un lot de génies créatifs qui malheureusement se lance encore des flopées de « niggers » et exhibant des poulettes et des produits de luxe à un niveau qui prouve que le ridicule ne tue pas.  Ce n’est ici que du show business et du rock n’ roll, rien ne vaut ici un Das Capital ou un de la Démocratie en Amérique.  Mais que dire de ces jeunes filles hypersexualisées qui se traitent allégrement de putes.  La révolution sexuelle a eu ses bienfaits, en prouvant que la sexualité n’était pas le fruit du démon, mais encore là, nous avons sombré dans le ridicule.

L’imaginaire postmoderne ne libère pas.  On peut s’élever, améliorer son sort, mais l’on restera toujours une merde, un nègre, une pute, et cela ne semble pas grave.  Dans les couches les plus défavorisés on y adhère avec conviction, envoyant dans les rues une nuée de jeunes paumés qui jouent aux pimps ou aux gangsters.  Ceux qui ont plus de moyens, vont faire la mascarade dans des clubs de banlieue quelconque où l’on va jouer à faire l’intéressant.  Vouloir améliorer son sort en ne voulant pas éliminer les conditions préalables qui nous a envoyé dans la précarité, c’est en fait avoir une mentalité d’esclave. Un esclave qui ne rêve que de devenir le maître, d’exploiter à son tour son prochain, de
ester un animal.  C’est vouloir briser ses chaînes pour en mettre à d’autres.

Le moi triomphant est une catastrophe, il a poussé à la surconsommation, à l’immobilisme politique, à la lente détérioration de ce qui fut créé précédemment.  L’individu n’est pas seul, il vit dans une collectivité et les deux sont étroitement liés.  L’avancement de la collectivité passe par celui de l’individu et vice-versa.  Une collectivité ne peut avancer sans idéal, et  sans idéal l’individu ne peut que se détruire lui-même.

L’État et la Misère

7 Sep

S’il y a un débat qui ronge notre société, c’est bien celui de la place de l’État dans notre société.  Au Québec, les camps sont bien défini et les arguments sont à peu près les mêmes.  D’un côté, il y a les lucides que l’on qualifie de néo-libéral.  Leur point de vue est assez simple, on n’a pas assez d’argent, on aura encore moins d’argent dans le futur, on a trop de dettes, il nous faut plus d’argent pour arranger tout cela, donc nous devons faire appel au privé pour pouvoir offrir des services adéquats à la population.  De l’autre on retrouve les solidaires qui se disent altermondialiste, environnementalistes et féministes (au fond ce sont des socialistes qui n’osent plus dire qu’ils sont socialistes).  Leur point de vue est le suivant, depuis le virage néo-libéral et la fin de l’État providence, l’écart entre les riches et les pauvres ne fait que s’agrandir, la situation des moins nantis ne s’est jamais améliorée et les services publics ne font que se dégrader.  Il faut que les riches paient leurs justes part et augmenter les impôts pour que les services publics soient de première qualité.  Tout se résume alors, à plus d’État ou moins d’État.

Je crois tout de même que ce n’est pas là qu’il faut regarder.  La place de l’État, n’est qu’une question secondaire à mes yeux.  Dans ce cas-ci, je crois que l’on a mélangé quantité avec qualité.  L’État est supposé être le reflet des aspirations collectives d’une population.  C’est-à-dire qu’une nation assemblée en corps délibératif va établir des institutions vouées à son bien-être collectif.  Ceci est toutefois de la théorie politique.  Ce que cela veut dire en terme pratique est que l’État ou toute institution publique ne doit pas être étrangère aux gens qu’elle est supposée servir.  En  fait, l’État doit servir la population et non le contraire.
L’accroissement de l’écart entre les riches et les pauvres est un fait admis par bon nombre de chercheurs s’expliquant entre autres par l’appauvrissement de la classe moyenne. Les longues années du règne néo-libéral, si elles ont pu enrichir les nations, elles n’ont pu enrichir la majeure partie de la population au niveau individuel.  L’écart entre le riche et le pauvre est un mal qui est de toutes les époques, loin de moi d’avoir la prétention de pouvoir l’éradiquer.  Ce qui me consterne, c’est plutôt le manque total d’empathie de la population envers les problèmes d’autrui, surtout en ce qui concerne les personnes les plus démunies de notre société. Nous en sommes arrivés à une banalisation de la misère humaine.

Si la charité Chrétienne avait ses défauts, on imposait toutefois un lien entre celui qui possédait et celui qui ne possédait pas.  On insérait, souvent par culpabilité, une pensée envers ceux qui avait moins de chance que nous.  Au Québec, la Révolution tranquille en fait en sorte que les services sociaux ont passé des mains de l’Église à celui de l’État.  Si les idées et les services étaient plus progressistes (et souvent plus efficaces),  l’État, en nouveau maître de la société, venait interférer entre les individus. Il déclara ensuite, par souci d’équité et d’efficacité, qu’il fallait laisser cela aux gens compétents.  Petit à petit, les gens ce sont mis à croire que le système fonctionnerait tout seul. La philanthropie n’est pas tout, mais tant et aussi longtemps que la collectivité ne prendra pas charge de ses propres problèmes, ils existeront toujours

L’État est passé maître dans l’art de contrôler, surveiller, normalisé, punir, d’inspecter, mais pour rendre les humains plus humains, ça jamais.  La bureaucratisation fait en sorte, à la longue, que personne n’a de compte à ne rendre à personne, que la responsabilité individuelle devient diluée dans un système plus important que la somme de ses employés mis en commun.  Malgré cela, avec tous les différents programmes qu’il met de l’avant, l’État contrôle tous les aspects ou presque des moins bien nantis.  Il le paye, le loge, le surveille, le catégorise, le soigne, l’éduque, pourtant il est incapable de le sortir de la misère.  L’État ne le sauve pas, il le gère dans une froide logique de réduction des méfaits. Pire encore, un arbre, un marécage ou un édifice historique vaut plus qu’un jeune qui se retrouve dans la rue après une série incessante d’abus.

D’autres vous diront alors qu’il faut se tourner vers le communautaire.  Je ne veux pas déplaire à personne, mais les groupes communautaires sont souvent des initiatives prisent par un groupe et non par une assemblée de citoyens représentative d’un milieu. Le nom « communautaires » viens plutôt de
la clientèle visée, les communautés et dans la majorité des cas, les communautés pauvres.  Les gens des groupes communautaires mettent sur pied des services qu’ils croient que l’État aurait dû prendre, et souvent ils survivent grâce aux secours de subventions. Ce sont en quelques sortes des groupes de
pressions faisant de la sous-traitance pour l’État.  On se demande alors ce qui est le plus important, la clientèle ou la cause ? Les communautés peuvent alors devenir otage de ces groupes.  La bureaucratie si elle froide et inhumaine, elle ne fait aucune politique, tandis que les groupes communautaires ont souvent des griefs contre le pouvoir en place. C’est à se demander si dans certains cas, il ne faut pas être converti pour avoir accès aux services qui devrait nous être fournis sans distinction, de par notre
statut de citoyen.

L’entraide doit devenir un désir collectif, c’est-à-dire partagé et géré par une collectivité.  Ce n’est en aucun cas un outil politique, un acte de pouvoir sert habituellement celui qui le commet. Que nos intention soient bonnes ou non, une situation si grave que la pauvreté, ne se règlera pas tant et aussi longtemps que la population ne partagera le désir d’apporter une solution au problème.