Une nouvelle éthique pour nos dirigeants politiques

21 Sep

Le monde dans lequel on vit n’existera plus. Pour le meilleur et pour le pire, la façon dont nous percevons le pouvoir s’est transformée et se transforme peu à peu vers une nouvelle éthique. Partout, les tractations de bas étage que l’on considérait comme un mal nécessaire à la continuation de la vie politique semble atteindre un point de non-retour. La crise économique imposant de dures décisions, nous ne pouvons plus faire plaisir à tout le monde, les partis de masse qui saupoudraient une série de mesure par pur intérêt électoral, ont perdu l’affection de la population qui lui reproche leur manque de vision. Celle-ci ne réclame désormais plus, en premier lieu, une compétence à gérer les fonds publics, mais une droiture, un idéalisme profond, une volonté à rendre le monde plus juste et plus équitable.

En ces temps de restructurations, tout va passer au tordeur et surtout au Québec où les formations politiques voulant en finir avec un système dépravé tendent à conquérir l’assentiment de la population. En plus simple, on ne veut plus des politiciens avec une tête sur les épaules, mais avec le cœur à la bonne place.

Il faut comprendre qu’après avoir géré le Bien public comme s’il était une vulgaire PME, et ce, sans avoir apporté les bénéfices escomptés à la majeure partie de la population. Celle-ci a le goût de passer à autre chose, même s’il faut pour cela jeter le bébé avec l’eau du bain. Également, après 30 ans de «pragmatisme » néolibéral, les gens ont désormais le goût de croire. Si les vieilles idées tombent, ce n’est pas les nouvelles idées qui manquent : l’écologisme a pris des airs de respectabilité, les altermondialistes ont fait passer les idées marxistes dans le XXIe siècle, le libertarisme a de plus en plus d’adeptes, les conservateurs sont encore plus conservateurs et les groupes communautaires reprennent les actions mutualistes des premiers socialistes. Partout les gens de toutes tendances rêvent à mieux et surtout à des dirigeants qui agiraient de façon totalement désintéressée.

Les gens peuvent devenir meilleurs. Si elle en a le courage,une société peut viser la perfection, et ce, même si elle ne pourra jamais l’atteindre. Il serait peut-être plus rassurant de croire que nous avons besoin avant tout d’un gouvernement stable, sérieux et dénué de toute idéologie. Cependant, un tel gouvernement qui est porté avant tout à régner, ne nous donne que la lente décrépitude que l’on connaît aujourd’hui.

La première tentative d’innovation sociale afin de transformer la société en un monde plus juste et où les individus serviraient le grand nombre au lieu de leurs propres intérêts personnels a été faite durant la Révolution française avec des résultats désastreux. Si les intentions étaient bonnes, l’utilisation de la Terreur tend à démontrer que les personnes responsables se souci plus de la joute politique en se débarrassant de ses adversaires politiques. Aussi, en supprimant les libertés la Terreur tue dans son fondement même la liberté qu’elle était censée protéger. Et je ne parle pas ici du siècle du communisme, avec ses millions de morts qui est une répétition plus horrible de la tentative originelle.

Pourtant, nous avons besoin de vertu. Lorsque j’emploie le terme de vertu, je l’entends en terme politique, c’est-à-dire la capacité d’agir de façon désintéressée pour le bien de l’humanité. Il ne s’agit pas ici de vertu individuelle, malgré que les deux peuvent aller de pair, elles ne sont pas obligatoirement nécessaires l’une à l’autre. De plus, la moralité étant subjective, il serait erroné d’imposer ma vision d’une personne vertueuse sur d’autres qui n’ont pas les mêmes valeurs que moi. Ce que vous faites dans votre chambre à coucher ou le dimanche avant-midi ne m’intéresse aucunement…

La vertu ne s’impose pas de haut en bas, mais de bas en haut. Les gens croient souvent que les sociétés vertueuses sont le fruit de dirigeants vertueux. Avec le pouvoir absolu, les dirigeants vertueux n’accomplissent que des massacres, tandis que des dirigeants corrompus n’accomplissent que le dépouillement du reste de la population. Il est vrai qu’il est tentant de se débarrasser dans une grande purge de tous ces prétentieux s’autoproclamant les leaders d’aujourd’hui et de demain. Si l’assouvissement de leurs désirs les plus stupides semble leur apparaître comme étant grandiose, les exterminer par des moyens très efficaces, comme les révolutions ont pu nous le démontrer, ne mènerait à rien. Le résultat est toujours le même, d’autres crapules viendront bientôt prendre leur place.

On a les dirigeants que l’on mérite, rien n’est plus vrai. Pour avoir des dirigeants vertueux, il faut une société faite de gens vertueux. On ne se sort jamais de la quête spirituelle, une société juste et équitable va au-delà des simples moyens de production et une société sans discrimination va au-delà de la reconnaissance. La liberté vient avec des responsabilités qui requièrent une discipline de vie. Ce qui ne veut pas qu’il ne faille pas arrêter de jouir des plaisirs que la vie nous offre, mais il faille l’accompagner du sens du devoir. Chacun doit dans sa vie, se donner aux autres. Le sens du devoir n’a plus la cote, mais tranquillement, mais sûrement, les gens commencent à voir plus que le simple intérêt qui été poussé au rang de divinité ces trente dernières années.

D’une manière ou d’une autre, il faut que certains commencent à montrer l’exemple. Ce ridicule épanouissement du moi, de l’autoproclamation du désir de s’émanciper de la multitude que par des pulsions narcissiques doit avoir une fin. Si l’on ne doit pas contenir les individus et les forcer à être ce qu’ils ne sont pas, vivre dans la caricature de la grandeur n’est pas une chose louable. Le meilleur moyen de se démarquer pour notre bonheur personnel et collectif est dans la restriction de nos instincts, dans la mesure et la quiétude. À force de gueuler notre individualité, on finit par ne plus entendre personne. Si Élite il doit y avoir, ce doit être une élite naturelle et non sociale, une aristocratie de cœur et non d’argent. Toute personne en position de dirigeant se doit de porter la responsabilité qui lui incombe et en cela, il ne doit pas être comme les autres, mais meilleur que les autres. Être au-dessus, n’indique pas qu’on a le droit à plus de largesse, cela signifie plutôt que cette personne a le devoir d’atteindre la perfection de vivre selon une éthique supérieure à la moyenne des gens qu’il administre. Il faut un être pour qui la patience, la compassion et la droiture doivent émaner naturellement.

Cela ne veut pas dire qu’il faut que l’on suive un strict régime de vie à la lettre, mais que l’on doit s’attendre plus de ceux qui nous dirigent. Et que comprendre enfin que ce sont ceux qui dirigent, qui doivent faire les sacrifices et non ceux qui se font diriger. Que s’il est bon pour le peuple d’être méfiant de ses dirigeants, ceux en position de commande doivent avoir une confiance sans bornes du peuple.

La logique, si on peut l’appeler ainsi, de nos sociétés postmodernes où tout peut être bien, que rien n’est mal et que l’on peut être tout ce que l’on veut s’épuise. L’épanouissement personnel ne passe pas par l’assouvissement de nos désirs et l’interminable narration de nos états d’âme, mais par le contrôle, la mesure de nos sentiments dans un but, un objet qui est plus grand que nous. Un être qui se déploie sans cesse dans le tourbillon de la vie sera toujours porté à se faire contrôler par les autres, car il ne peut se contrôler lui-même. Le sens du devoir doit reprendre sa place et l’intérêt doit lui être subordonné. Sans être moraliste, nous vivons dans un monde de pulsions, de confort et d’indifférence. Et sinous voulons que le monde change autour de nous, pour que cessent les excès qui nous plongent dans les crises tant politiques qu’économiques, il faudra faire des réformes extrêmement significatives. Sinous sommes incapables de les produire en tant que corps social, nous devrons nous en remettre alors à ce que des gens qui n’ont pas les mêmes intérêts que nous le fassent pour à notre place.

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