Nous avons besoin d’une nouvelle Élite

30 Sep

Notre propension à la démocratie et à l’égalitarisme social semble à première vue une bonne chose.  Nous nous employons à écouter notre conscience, à laisser court  à notre recherche de l’épanouissement personnel pour devenir des individus uniques, détachés de toute allégeance… des esprits libres.  Mais sommes-nous réellement libres ? L’individualisme nous amène-t-il au pinacle du libre arbitre ou nous isole-t-il davantage des opportunités pouvant réellement améliorer notre sort ?

Les élites n’ont plus la cote, on s’en méfie de plus en plus.  La mobilisation semble dorénavant être le domaine des démagogues et des gueulards de tout acabit, le bon peuple sortant dans la rue pour des causes futiles trop souvent liées à des intérêts économiques.  Il reste une élite, mais son apport à la société est minime et son influence se fait presque entièrement au niveau économique.  Le progrès semble se résumer uniquement qu’au simple accroissement du PIB et tout ce qui faisait autrefois la grandeur des peuples est réduit à une marchandise.  Atteindre l’excellence dans plusieurs domaines n’est aucunement encourager.  Comment alors expliquer le désenchantement envers l’excellence dans ce monde où l’on réclame de « briller parmi les meilleurs », mais où on ne fait que s’enfoncer dans le marais de la médiocrité.

Jamais l’individu ne fut autant libre de ses choix et pourtant ils semblent le reflet d’un abrutissement général.  Notre révolte contre l’autorité en était-elle vraiment une ?  La perte de confiance envers le pouvoir nous éloigne du seul véritable outil pouvant améliorer nos conditions.  En être désabusé ne peut qu’entraîner la lente détérioration de la vie publique que nous vivons actuellement.  Au Québec, l’Élite était principalement composée par le clergé catholique. S’il s’appliquait avec zèle à contrôler les mœurs de ses ouailles, il avait toutefois institué au sein de la société canadienne-française un sens de la solidarité et de partage. Le pauvre devait être secouru, celui qui se privait pour les autres était louangé.   Après la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle classe technocratique a pris de l’ampleur.  Leur rôle était d’améliorer la vie des gens ordinaires.  Malgré tous les défauts que l’on pouvait donner à cette bureaucratie, ceux-ci travaillaient néanmoins pour le bien commun, leurs salaires quoiqu’on en dit n’étaient pas des plus faramineux et ils possédaient une éthique du service public qui fut malheureusement remplacé par les cibles de performance.  Avec la Révolution tranquille, l’Église va laisser la place à l’État, mais aussi à une nouvelle force montante, les syndicats.  Si eux aussi avaient leurs défauts, ils contribuèrent au partage de la richesse et éveillaient les consciences sociales.  Le pauvre ne devant plus se soumettre et dorénavant combattre les inégalités sociales en plus d’imposer les réformes nécessaires au Bien commun.

Depuis toujours on avait donné à certains le rôle de créer un système profitable au plus grand nombre de personnes possibles. Et pourtant, au début du XXIe siècle tout cela semble s’être évaporé… Malgré tout ce que l’on peut croire aujourd’hui, les politiciens étaient tout aussi corrompus dans le passé, pourtant on les adulait. Le peuple, sur lequel se base la souveraineté populaire, en est réduit au plus petit dénominateur commun.  Nous donnant une vie démocratique quasiment éteinte. Nous sommes dorénavant sous le règne de l’intérêt personnel et des désirs inassouvis.  On voit tout comportement élitiste d’un mauvais œil au point où avoir un vocabulaire convenable équivaut à se prendre pour quelqu’un d’autre.

 Il faut savoir qu’au même moment où les nouvelles élites étatiques prenaient la place des élites traditionnelles, une nouvelle classe dominante était déjà en gestation.  Celle-ci composée d’hommes d’affaires, de psychologues et de penseurs combattaient pour plein de raisons fort différentes les « veilles élites » afin de libérer les individus pour qu’ils atteignent leur plein potentiel.  En bref, ceux-ci disaient que vous seul savez ce qui est bon pour vous, n’écoutez que vous-même et faites ce que vous voulez.

Au début si l’explosion de la contre-culture à ouvert les yeux des gens sur les contradictions des sociétés occidentales durant la période des trente glorieuses, l’effet s’est amenuisé suite à l’échec de ce nouveau mouvement culturel.  Il faut comprendre que dans ces fondements même cette contestation ne voulait pas être organisée et chacun affrontait le système de la façon qui lui convenait. La contestation allait prendre un tournant surprenant, les révolutionnaires abandonnant le projet de refonte de la société pour se concentrer sur une réforme de leur individualité.  Si les individus devenaient plus difficiles à définir, ils allaient devenir paradoxalement plus faciles à contrôler. Le refus de s’associer à un groupe, telle une classe sociale, une religion ou à une nation tend à désunir les individus. L’État n’a ensuite que le devoir de répondre à certains de leurs besoins afin de les rassurer et pour qu’ils se sentent des plus confortable.

Le style de vie l’a désormais emporté sur la solidarité sociale.  Dans les communautés basées sur les styles de vie, les personnes sont liées bien plus par des habitudes de consommation qu’autre chose.  Les gens sont bien plus aujourd’hui définis par leur habillement, leurs habitudes alimentaires ou leur musique et émission de télévision préférée qu’ils peuvent l’être par leur attachement à leur nation ou même leur propre famille.  Des gens supposément libres de devenir ce qu’ils veulent peuvent toutefois reconnaître leurs semblables dans la rue. Dans ce Nouveau Monde, les publicitaires et les relationnistes sont les nouveaux guides suprêmes.  Ceux-ci n’ont aucunement intérêt à ce que la masse s’élève et se mettent à avoir une pensée critique très développée. Et même si quelques-uns dans cette masse imbécile parvenaient à s’élever, on tâcherait vite de lui créer un univers où les habitudes sont tout aussi bien régulées que dans tout autre style de vie. Il pourra vivre avec ses semblables leurs destins de génies incompris partageant la crainte que ces hordes d’abrutis puissent un jour les atteindre.  Que les gens ordinaires restent tranquilles, ont pourront regarder leur émission de télévision sans se faire déranger par un intellectuel emmerdant.

Le cynisme de la population envers les dirigeants politiques est plutôt une peur de se mettre au-dessus des autres.  L’individualisme a eu ses bienfaits, les actions n’étaient plus contrôlées par une pognée de personnes qui ne comprenaient pas la réalité ce ceux qu’ils administraient.  Pourtant, cette soif de s’émanciper les uns des autres a eu l’effet néfaste de jeter tout le blâme sur les dirigeants.  Pour se libérer des élites, il fallut les démoniser, en faire des profiteurs et des déviants de toute sorte.  Une fois que l’image s’est implantée dans la tête des gens, qui veut alors devenir un chef ? Malheureusement pour nous, tous ceux faisant autorité dans leur domaine sont devenus suspects pour la populace qui s’est mise à écouter ceux qui juraient que leur situation de dominé était la meilleure qui soit.

Voyez ensuite ce qui est arrivé à la culture d’élite : la littérature, la musique, le théâtre, la philosophie et la recherche fondamentale sont devenus des secteurs non productifs, coûteux et non essentiel à l’enrichissement d’une nation.  Ce qui est étrange est que plus on a coupé dans ces secteurs, plus l’écart entre les riches et les pauvres s’est agrandi…

Par le discours de haine envers les élites, les possédants ont en fait renforcé leur pouvoir sur notre société. En présentant cette culture d’élite comme étant dépassée, ridicule et déconnecté.  Par ce stratagème, ils allaient inscrire dans l’esprit de la population le désir de ne jamais vouloir prendre leur place.  Ceux qui voulaient encore avoir un lien véritable avec le « vrai monde » en venaient à être abandonnés par ceux qu’ils défendaient.  De plus, pourquoi se rebeller contre quelqu’un qui semble faire comme nous.  Dans ce vaste espace public, tout le monde est désormais un épais sans aucun esprit critique.  Les grandes œuvres se font cachées à l’abri des regards et dans l’indifférence la plus totale.

Dans ce monde de rentabilité et d’efficacité tout individu est désormais hyper spécialisé, et dans cette tyrannie de la compétence pourquoi alors lire des livres ou jouer de la musique, il ne faut qu’être bon dans ce qu’on attend de nous.  Idem pour nos bons dirigeants, ils ne doivent qu’administrer et faire de l’argent, tout le reste est une perte de temps.  Néanmoins, ceux-ci manquent cruellement de ce qu’il faut pour faire de l’argent : l’imagination, la créativité, la dissidence. Les grandes innovations viennent d’une rupture avec les conventions établies.  Là où tous peuvent aller où ils veulent, rien n’est plus rigide; rien n’est plus proscrit que d’aller à l’encontre de ses pairs.

Ce n’est pas un individu totalement libre que nous avons aujourd’hui, mais un individu extrêmement seul.  Cette soif de devenir ce que nous sommes a pris un tournant malheureux.  Car il ne faut pas maintenant que s’accomplir, il faut que les autres le reconnaissent pour ce cet accomplissement ai une réelle valeur. La reconnaissance témoignant toujours de l’accomplissement, les gens en vienne qu’à rechercher cette reconnaissance. Paraître beau, bien et bon aux autres, se faire aduler, tel est maintenant le but à atteindre et plus besoin d’avoir une bonne raison au préalable.  Même cela le marché l’a compris. L’industrie du divertissement s’est empressée de créer une multitude de plateformes pour une infime fraction de la population devenue célèbre et faisant rêver l’immense majorité des gens qui croit que cela leur est accessible.

Lorsque des intellectuels se plaignent, ce qu’ils réclament pour la plupart c’est de la reconnaissance au niveau personnel et non pas de leur travail.  Comme tous, ils veulent être célèbre, leur cri du cœur est le même que celui de la nunuche à occupation double qui va se faire un douchebag pour rester une semaine de plus dans sa belle aventure télévisuelle.

Sérieusement, rendre notre monde meilleur n’est pas une sinécure et cela ne l’a jamais été. Vouloir améliorer le monde va toujours rencontrer d’énormes difficultés.  Ce qu’il faut comprendre est que même dans les systèmes extrêmement pourri et opprimant, beaucoup de gens ont une position privilégiée face aux autres et ils ne veulent pas la perdre.  Un système achète toujours ses appuis. Alors demandé à ceux à qui nous voulons enlever leurs petits privilèges de nous porter attention et même de nous aimer, il s’agit là d’un rêve inatteignable.

Chaque groupe doit avoir une Élite, mais elle doit être au service du groupe et non le contraire.  Pour se faire, le service public doit être revalorisé, non pas par des incitatifs financiers, mais par la mise en place d’un plan de formation d’une telle élite.  Il faut créer un groupe qui dépasse les structures mises en place.  L’apprentissage par compétence est excellent pour former des employés, mais l’est moins pour guider une nation.   Que l’on donne à tous la chance d’atteindre les privilèges des plus hautes fonctions.  Que l’on efforce d’éduquer chaque enfant au Québec comme s’il était un enfant de riche et vous verrez jaillir plus de talents qu’il n’en faut pour enfin briller parmi les meilleurs. Nous ne gagnons rien à rester sur place, à se contenter de ce que l’on a et d’apprendre seulement ce qui est utile.  De là toute l’utilité de l’association de la part du peuple. L’organisation politique est le meilleur remède pour l’apathie ambiante. Il ne faut pas attendre que quelqu’un nous donne notre place, il faut aller la chercher.  La vigilance doit commencer quelque part, si les dirigeants savent qu’ils sont fortement surveillés et que la population s’intéresse réellement à leur travail, ils auront tout intérêt que ce que celui-ci soit le mieux fait possible.  Et ce, sans augmentation de salaire ou de bonus à la fin  de l’année fiscale.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :