Archive | octobre, 2011

SERVICES PUBLICS : VOUS N’EN AUREZ JAMAIS POUR VOTRE ARGENT

5 Oct

Avec la chute des utopies politiques, les citoyens se sont transformés en consommateurs politiques.  Les campagnes électorales en sont venues à être gérées comme des campagnes de marketing et s’est installée peu à peu dans l’esprit des gens l’idée que chaque électeur devait « en avoir pour son argent ».  Selon cet idéal, on se doit de recevoir des services équivalant à  chaque dollar envoyé au gouvernement en taxe et en impôt.  Les politiciens, faisant toujours ce qu’il faut pour être réélu, ont commencé à utiliser ce discours qui centré presque uniquement sur la classe moyenne, n’a fait que profiter aux riches.

Ce qu’il faut comprendre est que si l’on veut se payer un système d’éducation, de santé, de transport et toutes les autres choses convenables à une société postindustrielle, on doit débourser collectivement une somme assez considérable.  Pour payer cette somme, il faut nécessairement avoir un régime d’imposition comme celui que nous avons actuellement. Si on se met à couper dans les revenus de l’État, il faudra tôt ou tard couper les services pour ainsi priver la société des institutions essentielles à une économie efficace et hautement productive.  Avec le résultat désastreux, en fin de compte, de s’appauvrir petit à petit.

Les plus riches d’entre nous paient plus d’impôt, mais où voulez-vous que l’on trouve l’argent nécessaire à se donner une infrastructure collective digne du XXIe siècle? Pourtant, cette saignée ne semble pas trop les accabler, ils continuent de jouir du luxe comme le faisaient leurs prédécesseurs, tandis que les plus pauvres reçoivent immédiatement les effets d’une hausse de taxe ou de tarif.  Les plus nantis s’ils se mettent à calculer, verront automatiquement qu’ils paient en quelque sorte les services des plus pauvres, qui eux ne paient rien.  Et en même temps les gens de la classe moyenne verront eux aussi qu’ils paient pour la population inactive composée d’enfants, de vieillards ainsi que tous ces gens inaptes au travail, tels que les invalides et les gens avec des problèmes de santé mentale.  Environ 40 % des gens paient pour 60 % de la population, ce qui peut paraître injuste à première vue.  Mais le plus injuste est que de ce travail, une infime partie de possédants profite  de ses fruits.  Une chose que les riches oublient de calculer avant de voir combien l’État les vole, c’est combien eux volent sur le travail de leurs employés.  Car dans le grand calcul de toutes les sommes qui transitent entre les citoyens et l’État, les riches ne se retrouvent jamais désavantagés quelque soit le taux d’imposition.  De plus, cela fait des dizaines et des dizaines d’années que l’on coupe dans les impôts, que l’on réforme les tarifs et que l’on essaie de rendre l’État le plus efficace possible afin qu’il ne gaspille pas notre argent.  Pourtant, l’écart entre les riches et les pauvres s’agrandit, nos services publics sont de plus en plus mauvais et l’État, malgré toutes les mesures de bonne gouvernance, gaspille autant notre argent qu’auparavant (patronage et corruption y compris).

Les citoyens devraient arrêter de penser au niveau individuel et commencer à penser au niveau collectif.  C’est sur une base collective que s’est construite le Québec moderne.  Nous nous sommes donné des outils collectifs et c’est ainsi que la plus grande partie de la population a amélioré individuellement son sort.  Malheureusement, une fois que cette majorité de personnes a pu jouir d’une situation convenable, elle s’est mise à délaisser le domaine de la collectivité pour se concentrer que sur son individualité.  Un des problèmes avec le domaine de la collectivité est que ses effets sont indirects, personne ne peut voir explicitement les gains sur son investissement.  De là, également les critiques des contribuables qui plaident qu’ils en ont pas assez avec pour leur argent.

Il est normal que l’on ne vive pas au-dessus de nos moyens, mais il faut de demander en tant que société quels pourraient être nos moyens.  Car sans les institutions nécessaires à produire plus de richesse, on ne peut qu’atteindre une lente chute que personne ne veut voir survenir.  Il faut comprendre qu’investir socialement rapporte.  Laisser une partie des services sociaux au privé, dans la vision où il faut réduire l’offre de service de l’État, ne peut qu’engendrer une hausse des frais de ces mêmes services.  Lorsqu’on parle de vivre selon nos moyens et d’offrir les services que l’on peut se payer, ce que l’on veut dire implicitement est plutôt quels services les contribuables veulent offrir aux pauvres. Les plus riches auront toujours les moyens de s’en offrir au privé qui s’assurera de faire croire à leur client qu’ils en auront pour leur argent.

Désolé à tous les partisans du privé, mais vous avez beau chialer contre le service déplorable des institutions publiques, je vous mets au défi de trouver un service à la clientèle potable dans une de nos grandes compagnies.  Vous verrez que le client ordinaire est tout aussi dépourvu que le simple citoyen.  Que ce soit dans le secteur public ou privé, la gestion calquée sur celle des grandes multinationales nous a légué à tous un service des plus inadéquats (pour ne pas dire merdiques).

De toute façon, voulez-vous me faire le lien entre les dogmes de la gestion privée et le fait d’en avoir pour son argent, lorsque le fondement même de notre système économique est de ne pas en avoir pour notre argent. En effet, le consommateur paie à chaque fois trop cher pour un bien ou un service pour que l’on génére des profits.  Et si le consommateur paie moins cher un produit que son prix réel, c’est que l’État subventionne le manque à gagner aux producteurs.  Ce qui équivaut finalement, qu’il se fait indirectement avoir.

La dégénérescence du secteur public n’est pas due principalement à une mauvaise gestion de nos impôts, même si elle peut exister à des degrés divers, mais à l’inclusion dans la gestion institutionnelle des principes du libéralisme économique résultant que l’on  en vient à croire que l’on paie trop pour ce que l’on a.  Insérez ensuite une rationalisation des services publics et on aperçoit la destruction des structures nécessaires à l’amélioration de notre condition sociale.  Si vous voulez des services adéquats, il faudra arrêter de voter pour des chefs qui agissent comme des dirigeants d’entreprise et commencer à demander un véritable gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple.

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