La médiatisation de la politique

11 Fév

 

Je dois faire des modifications à cet article : certains propos ayant malheuresement frappé le mur de la Grève étudiante…

Actuellement, les médias ne forment plus le quatrième pouvoir, car les trois autres (législatif, exécutif et judiciaire) doivent désormais être filtrés au travers de celui-ci pour exister significativement. Surtout à cause d’Internet, la démocratisation de la publication d’information n’agrandit en rien le pouvoir citoyen.  En fait, sa part est de plus en plus réduite en comparaison de tout le contenu entre les mains d’empires médiatiques, même ce que vous créez est entre leurs mains et peut-être même qu’ils s’en servent dans leurs propres plateformes.  Le journaliste, lui, n’est plus un professionnel de l’information travaillant pour un média quelconque, mais un simple producteur de contenu qui échange son salaire contre un contrôle étendu par un de ces empires.  Il y maintenant produire gratuitement sans contrôle et produire contre rétribution sous l’œil bienveillant d’un autre.  Malheureusement, la liberté vient avec un total désintéressement du grand public.  Ce privilège étant maintenant à la portée de tous, nul ne voit de valeur à l’exercer. La facilité qu’a l’information de se rendre aux citoyens, ne renforce pas son pouvoir, mais renforce au contraire celui qui la lui fournit.  Pourquoi creuser plus profond, alors que ce qui ressemble à la vérité nous apparaît en plein visage?

Les personnes sont devenues leur propre relationniste, où dans le monde des réseaux sociaux ont essai perpétuellement de se vendre sous notre meilleur jour et de détruire l’image des autres.  Dans ce monde hyper médiatisé, les gens apprennent à décrypter les statuts Facebook de leurs proches, alors imaginez leur regard sur le programme électoral d’un parti politique.  Cette suspicion constante des autres mène les gens à se contrôler mutuellement.

On se livre également à une guerre d’image, car on a lié les mains des décideurs qui ne peuvent plus « acheter » leurs votes. Les valeurs et les intérêts se sont volatilisés du milieu politique au profit de la superficielle image publique.  On voit toutefois un regain des idées politiques qu’on place souvent au-dessus de la joute politique.  Les grandes idées ont la cotte tant à gauche qu’à droite, car elles font un plus grand impact sur les gens qui nous entourent.  Mais les grandes idées ont besoin des petites pour survivre. Et les petites ont besoin d’organisation et de militants actifs qui sont près à des actions un peu moins glamours que de camper dehors pour décrier les dérives du capitalisme.

Pour que de grandes choses surviennent, il faut mettre son égo de côté et se sacrifier pour la cause; chose qui ne semble plus nécessaire pour certains, surtout pour les jeunes de la génération 2.0. Le retour aux grandes idées est une bonne chose, sauf que l’arène dans laquelle elles se retrouvent ne facilite aucunement leur mise en œuvre.  Dans l’arène médiatique, nous sommes dans le domaine du rêve, du désir, du superflu, de l’exagération.  Le concret et la figure de style s’entremêlent à un point qu’il est devenu impossible de les délier distinctement. L’obligation des citoyens de devenir des machines à décoder ne fait qu’empêcher les discussions franches et civilisées, qui sont une nécessité en démocratie.

Où il y a débordement d’informations et où le simple citoyen n’a ni les capacités, ni les ressources et le temps de toutes les analyser convenablement, le pouvoir des chroniqueurs et des faiseurs d’opinions ne sont que plus puissants.  Pourtant, chacun devrait être en mesure de se faire sa propre opinion par lui-même. Mais encore là, elle nous arrive toute cuite et prémâchée, ce qui est plus que bienvenue lorsqu’on est pris de toute part.

Les journalistes semblent eux aussi être pris dans cette restructuration du monde médiatique, leur rôle semble aussi flou qu’au reste de la population.  Ceux-ci doivent être dorénavant multitâches et produire de plus en plus dans l’instantanéité.  Le débat politique a besoin au contraire de recul, de distance, de temps, d’une réflexion profonde sur des problèmes complexes.  Toutefois, cette complexité semble avoir disparu des médias d’information.  Croyez-vous qu’ils sont un rapport exhaustif de faits vérifiés, lorsqu’il est maintenant devenu possible de commenter un drame national en 140 caractères, seulement 30 secondes après qu’il soit survenu?

Ce besoin boulimique qu’ont les médias de produire trop de contenu, trop rapidement, et ce, avec des ressources décroissantes, donne le beau jeu à tous ceux qui peuvent fournir du contenu d’information préfabriqué et gratuit.  Avec le renforcement du rôle des relationnistes et faiseurs d’image de tout acabit, l’intérêt public laisse place peu à peu à l’intérêt privé. Il s’agit ici d’un déplacement de l’arène politique de l’espace citoyen à la sphère médiatique.

Le simple citoyen n’a pu uniquement besoin de savoir, mais plutôt qu’on lui fasse une analyse de toutes ces nouvelles qui lui parviennent.  Les médias se donnant de plus en plus la tâche d’analyser l’actualité politique; les politiciens, eux, y voient la nécessité de s’y intégrer. Ce qui entraîne que les équipes de communication concentrée autour des chefs deviennent plus importantes et que les équipes locales qui sont autour des représentants le sont de moins en moins.

Au début de notre régime parlementaire, alors que notre gracieuse majesté britannique nous fit le présent d’une assemblée législative, les électeurs élisaient un représentant qui, lui, pouvait avoir ensuite une allégeance.  Les partis se créaient une fois la Chambre constituée. Le cens électoral réduisant considérablement le nombre d’électeurs, la classe politique n’avait pas le besoin de stratégie de communication à grande échelle, avec au programme clair et un message ciblé.

Avec le temps, ce cens électoral s’est constamment agrandi jusqu’à parvenir au suffrage universel avec l’arrivée du vote des femmes.  La « clientèle » électorale est devenue plus grande, les candidats n’ont pas eu le choix de se donner une structure afin de rejoindre le plus d’électeurs possible.  Au début, ce ne se faisait qu’avec des dirigeants locaux qui distribuaient les faveurs et les emplois à ceux qui votaient du « bon bord ».  Ayant compris très vite l’utilité d’une bonne organisation politique, les militants se sont mis  à faire leur œuvre. De temps à autre, les mouvements sociaux ont amené un nombre croissant de sympathisants politique au sein des partis.  Peu à peu, les partis sont devenus de ces mêmes mouvements.  La vague associative déferlant presque toujours vers l’action politique.

Ce sont les moyens de communication de masse qui ont peu à peu délocalisé la politique.  Si les journaux avaient leur importance, la capacité de rejoindre un vaste auditoire instantanément, à amener le besoin de « ratisser large » pour rassembler, sur une même plate-forme électorale, le plus de gens possible.  Le marketing politique a commencé à prendre toute la place.  Vendre un programme comme un produit, un parti comme une marque, un candidat comme une vedette.  L’importance de l’argent a aussi donné une place prépondérante aux liens d’affaires.

Lorsque le vote est devenu possible à tous, les partis ont eu besoin d’énormes montants pour gagner leur élection.  Aujourd’hui, les citoyens reprennent leur place grâce aux réseaux sociaux.  En fait, Barack Obama l’a démontré qu’il faut dorénavant être le réceptacle des aspirations politiques de la population, que le programme nous soit donné par une base citoyenne et que le pouvoir est une courroie de transmission. Si l’opinion publique est désormais élaborée par des initiatives citoyennes, celles-ci sont lourdement influencées par l’apport des empires médiatiques qui contrôle le contenu de l’information.

L’association est dorénavant illusoire, car les gens contribuent individuellement à un espace collectif et n’ont pas ensuite de contrôle sur leur contribution.  Les citoyens ne déterminent aucunement une position commune, sur laquelle ils se sont préalablement entendus. L’adhésion  à un groupe peut signifier différentes choses, toutes dépendantes de la personne. Ce qui donne un nombre plus grand d’adhérents, mais diminue grandement la cohésion du groupe et donc sa capacité d’action.  Ce qui rend, aussi l’électorat extrêmement volatile, car les partis ont échangé un message clair pour une capacité d’accueil basée surtout sur les sentiments, plutôt que sur la raison.

La meilleure histoire fait vendre plus de journaux et attire les meilleurs cottes d’écoute, c’est tout.  C’est pourquoi ce n’est plus celui qui est le mieux à gérer les affaires de l’État ou simplement vous en donner plus que les autres; c’est le candidat qui arrivera à vous toucher le plus, quelle que soit l’émotion générée, qui l’emportera.

C’est l’expression de notre liberté qui finit par réduire cet espace commun qui est l’arène politique.  Ce territoire, qui était auparavant collectif, s’est peu à peu privatisé ou du moins est entré sous le contrôle d’une poignée d’individu, dont l’intérêt premier n’est pas de s’assurer de la vivacité de notre système démocratique, mais plutôt d’accumuler les profits.  Les individus devront tout ou tard prendre contrôle des canaux dans lesquels ils souhaitent s’exprimer.  Ses collectivités devront devenir vraiment collectives.  Si les réseaux sociaux ont démontré leur efficacité pour amorcer des révolutions, nous allons devoir trouver un moyen pour que ces liens ne disparaissent pas aussi soudainement qu’ils sont survenus. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les liens permis par les réseaux sociaux ne sont pas assez significatifs pour cela.  Il est bon d’exprimer notre voix, mais il faut également qu’elle soit entendue et qu’elle ait un impact.  Cette nouvelle conscience née du web 2.0 devra tôt ou tard s’assembler dans une structure plus traditionnelle qui lui permettra de détenir les moyens nécessaires pour atteindre ses objectifs. Et il faudra pour cela qu’il contrôle d’une manière ou d’une autre, l’outil par lequel ils se rejoignent les uns les autres.

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