Archive | avril, 2012

Jean Charest doit partir

26 Avr

 Si le Québec bouge et semble renouer, d’un côté, avec l’espoir, on ne peut pas dire qu’il est en très grande forme. La forte réaction à la poussée idéaliste de la grève étudiante, démontre un visage très laid d’une société déchirée où la vie démocratique n’est déterminée uniquement que sur le rapport de force. Les solutions fascisantes semblent acceptables chez nos décideurs, tandis que les milieux de gauche se drapent dans le langage révolutionnaire.

Pourquoi la majorité des Québécois reste-t-elle inactive devant tant de méfaits? Le plaisirs de voir des étudiants se faire charger brutalement par une police bien trop obéissante, a-t-il acheté le désir de changement ?

Libérer les haines peut emmener un parti ou un autre à gagner ses élections, mais ça ne fera pas  avancer le Québec. Ce que nous partageons est tellement obstrué de mille façons. Ce que l’on entend et voit aux nouvelles nous éclaire dans une autre voie. Qu’est-il arrivé de bon depuis que nous nous enfonçons dans celle-ci : noirceur et ténèbres.

 

Prévenir l’incendie social

Monsieur Charest a peut-être gagné son pari de faire oublier la collusion et la corruption en maintenant la ligne dure envers les étudiants, car il conserve son 30 % des intentions de vote selon les derniers sondages.

Cependant, j’ai bien peur des graves conséquences que pourrait engendrer la réélection d’un gouvernement libéral (ou d’une formation ayant des politiques semblables), même s’il est minoritaire. Je crois que dans un tel cas de figure, la violence observée durant les 11 dernières semaines de Grève ne serait qu’un avant-goût d’un affrontement social des plus dévastateurs pour la société québécoise.

Si  notre très détesté premier ministre a refait le plein de confiance, en se faisant le chevalier de la Loi et l’Ordre, ce que les partisans de la « lutte sociale » ont compris est que l’on peut faire plier un tel gouvernement par la perturbation économique et sociale. En ce qui concerne la violence, malgré le sensationnalisme de certains médias, ce n’est qu’une broutille comparée, par exemple,  à ce qu’on a pu voir au sommet du G20 à Toronto.

La prochaine élection pourrait être perçue par ce nouveau mouvement du « printemps québécois » de deux manières. Premièrement, comme le début de quelque chose qui a éveillé les consciences en emmenant un gouvernement plus ou moins en accord avec leurs vues; ou deuxièmement, comme l’échec inéluctable de la démocratie qui serait dorénavant contrôlée par le Capital et les Mass Medias, rendant impossible tout changement.

La Grève étudiante a été trop longue et est devenue une école de formation à la Révolution. Maintenant ces jeunes plein de vie et de temps à perdre, n’ont plus peur des policiers et des lois qu’ils sont supposés défendre. Ne pas mettre des gens en accord avec leurs vues au gouvernement, c’est lâcher une meute affamée et prête à tout pour arriver à leurs fins. Vouloir les dompter ne règlera en rien le problème, cela démontrera encore plus, pour eux, la nécessité de combattre la tyrannie par la violence. Comme disait Victor Hugo, entre les barbares de la Civilisation et les civilisés de la barbarie, il faut choisir les premiers. Mais il indiquait également une autre voie, plus douce, pleine de compassion et de Lumières, où l’éducation était le premier instrument de transformation sociale. Chose qui est dorénavant incompatible avec les actions de Jean Charest.

Il se trame de belles et terribles choses dans les milieux intellectuels. Hors des pages de chroniqueurs, on remet l’anarchisme au goût du jour et tranquillement Robespierre renaît de ses cendres. Si Jean Charest reste, c’est bien plus que de l’impôt que ses sympathisants payeront. D’une certaine façon, le conflit social ouvert et irréversible serait une chose atroce pour le Québec, mais il est peut-être le seul moyen pour celui-ci d’aller vers son destin. Il en tient maintenant qu’aux modérés pour que le Québec ne tombe pas dans les extrêmes.

Quelle est la différence entre la droite et l’extrême droite, ou entre la gauche et l’extrême gauche ?  Ce n’est pas dans les partisans, dans les valeurs, dans les structures, dans les méthodes ou même dans la désignation de l’ennemi, mais dans la nature que l’on donne à cet ennemi. La politique des extrêmes est, en fait, une erreur faite par leurs partisans entre l’ennemi public qui est un adversaire politique et l’ennemi privé qui est un adversaire personnel, c’est-à-dire quelqu’un pour qui on a un sentiment de haine.  La droite et la gauche ont une conception positive de la politique, c’est-à-dire qu’elles font de la politique pour quelque chose. L’ennemi y est également abstrait, ce sont des valeurs, des institutions, des idées, des programmes, etc.. Les extrêmes ont une conception négative de la politique, ils les font contre quelque chose et surtout l’ennemi est réel, des personnes clairement identifiées. L’ennemi une fois personnalisé, le combat politique en vient à être transformé et la finalité de la lutte politique ne peut alors qu’être l’élimination physique de ces personnes.

Si le concept du 1% vacille sur la frontière de l’extrémisme, un discours de droite clairement établi au Québec réclame des actions fondamentalement au-delà de cette même frontière. On dépeint beaucoup trop  négativement les militants altermondialistes, écologistes, féministes et étudiants et on rejette leurs propos sans même écouter. Les pires insultes contre les syndicats et les groupes de défenses sociales sont désormais acceptables, mais critiquer de façon juste les dérives du capitalisme, c’est aller trop loin.

L’État honni est désormais l’ultime réconfort. L’État minimal est devenu en peu de temps l’État sécuritaire maximal, préservant la propriété et l’Ordre. Cette équation entre Ordre public et l’Ordre social nous ramène à l’extrême droite qui prévalait au XIXe siècle, celle qui conspuait  la « canaille ». L’extrême droite n’est pas uniquement celle de l’Allemagne nazie, l’absence de racisme dans des propos haineux ne doit pas être perçue comme des propos modérés.

Pour enfin devenir des Québécois

Si cette crise s’est éternisée autant et sans qu’aucune solution ne soit envisageable à court terme, c’est en grande partie parce que les Québécois ne semblent plus ressentir les liens qui les unissent entre eux. Le Bien commun n’est plus qu’un prix à arracher, au détriment de ceux qui en ont le plus besoin.

Je ne dis pas qu’il ne doit pas y avoir de conflit politique au sein d’une nation. Ce que je dis, c’est qu’il ne doit pas avoir de conflit qui se fait au détriment d’une nation. Les grands bouleversements sociaux finissent tous de la même façon : lorsque la déchirure sociale semble irréversible, que les extrémistes se discréditent  et que les modérés ont disparu dans leur mutisme, le pouvoir revient essentiellement à ceux qui croient au grand ensemble, à la force du groupe comme un tout plus fort que « la somme de chaque individu ».

La solution n’est pas dans la recherche d’un compromis acceptable entre deux positions diamétralement opposées, mais plutôt dans la croyance envers le groupe auquel ont appartient. Chose étrange les Québécois se définissent individuellement comme Québécois, mais ils sont prêts à écarter sans hésitation un de ses semblables, car il a commis le crime de ne pas avoir les mêmes opinions que lui. Les gens de  droite croient que les pauvres ne sont que des profiteurs, que les étudiants ne sont que des enfants gâtés, que les syndicats empêchent la croissance économique et que les gouvernements dépensent l’argent n’importe comment dans la bureaucratie et les programmes sociaux. Ceux de gauche croient que les riches profitent du système en ne payant pas d’impôt, que les administrations des universités se foutent éperdument de l’éducation, que les entrepreneurs ne servent uniquement qu’à exploiter son prochain et que l’État dépense n’importe comment aux services des banques et des riches.

La vérité n’est pas entre les deux. Deux positions imbéciles ne sont pas à égales distances d’une position sensée. Les gauchistes veulent se débarrasser des riches pour sauver la collectivité, les drettistes veulent aller là où leur individualité ne sera pas menacée. Battez-vous entre vous, jusqu’aux derniers s’il le faut, votre ferveur haineuse vous aveugle.

Les tenants du multiculturalisme veulent accepter l’Autre jusqu’au point où l’identité ne veut rien dire; tandis que du côté opposé, on se lance dans une dénomination du sentiment religieux, sauf celui qui a une valeur patrimoniale,  reliquat du temps où les pauvres étaient plus tranquilles. On veut abandonner la loi 101 pour faire plus imposant lorsqu’on brassera des affaires avec l’étranger, l’éducation en français étant perçu comme un inconvénient chez nos supposés représentants les plus illustres. De l’autre, on veut imposer la loi 101 au Cégep, car onze années de système scolaire francophone ne fait pas des Québécois  assez fleur-de-lysés à leur goût. Entre vous et moi, deux années de plus ou de moins, ça va changer quoi…

Auparavant, les Canadiens français recevaient les produits et les salaires qui faisaient le bonheur de l’Élite anglo-saxonne. De plus, les curés les invitaient fortement à ne pas aller acheter leurs guenilles chez le juif, même si c’était moins cher. Aujourd’hui le Québécois ordinaire regarde des séries américaines sur sa télévision fabriquée en Chine, tandis que nos chefs trouvent dangereux que l’on vienne à manger du poulet halal contre notre gré.

Avons-nous vraiment appris à être Québécois ?  Sommes-nous victimes de notre succès identitaire et de nos échecs constitutionnels ? Avant, le combat entre Québécois et Canadiens était clair. Mais le Canada a eu le malheur de devenir ce qu’il est aujourd’hui, et le Québec a eu le malheur de ne pas devenir ce qu’il est. Maintenant qu’être Québécois est sans conséquence, tout le monde y saute à pieds joints, car il est devenu un refuge face à la radicalisation conservatrice du Canada anglais. Les conservateurs font  toutefois leurs œuvres dans notre pays, en maudissant tout ce qui est clairement Québécois. D’un autre côté, la frange la plus nationaliste de notre belle gauche éclairée, méprise tous ceux qui pourtant ont les mêmes opinions qu’eux  et pourrait devenir un rempart de plus contre l’invasion de la droite réactionnaire, mais dont le crime odieux a été d’avoir voté Non aux référendums.

Le désir collectif n’est ni d’un côté, ni de l’autre. La quête individualiste où chaque personne doit jouir de la plénitude de ses droits, momentanément observée chez tous les casseurs de grèves qui s’en vont devant les tribunaux, se retrouve également dans le camp étudiant. À un degré moindre il est vrai, mais dans une autre forme. Dans ce cas-ci, la désignation de l’ennemi s’est personnalisée. De l’abstraction qui définissait les communautés politiques, ont passe désormais à des individus concrets : les riches. Oui les riches ont leurs torts et même beaucoup, mais « celui qui n’a pas péché lance la première pierre ». Le problème est que les riches n’incarnent pas automatiquement tous les maux du monde. C’est d’ailleurs ces types de désignations très visibles et facilement éliminables qui poussent vers les régimes totalitaires, chose qui semble moins problématique ces temps-ci. En bref,  chez les verts, il n’existe qu’eux seuls, dont toute collectivité est impossible;  chez les rouges, elle existe, mais tout adversaire en est exclu.

Lorsque le groupe n’est rien et que les individus sont tout, où est l’intérêt de penser aux autres? Où est celui de voir chez nos opposants l’un des nôtres.

Pour la victoire !

La tactique de se gouvernement n’est pas de dompter une fois pour toute les étudiants, mais plutôt de faire rugir toute la gauche pour garder la droite bien tranquille.  Avez-vous si peur d’une révolution rouge que vous soyez prêt à cautionner un autre mandat à ceux qui dilapident le Bien public depuis presque dix ans ?

Que fait la police à perdre son temps à contenir les étudiants, alors que le crime organisé a le champ libre et que la corruption est érigé en système?  C’est le Parlement que la police devrait encercler, et non ces manifestations étudiantes qui réclament le retour du gros bon sens au sein des décisions gouvernementales.

Vous, la droite, voulez un État réduit et bien géré. Et bien, les libéraux l’ont grossi et accumulent dettes et déficits sans même sourciller. Vous voulez la Loi et l’Ordre.  Et bien, on a le gouvernement le plus corrompu de l’ère du Québec moderne, les jeunes vont sûrement perdre leur session et continuer de désobéir, les gangs de rue font à peu près ce qu’elles veulent, on donne des sursis aux voleurs d’enfance, le crime organisé contrôle les travaux publics, les avocats font traîner leurs causes jusqu’à la semaine des quatre jeudis, on nomme une escouade spéciale sur la corruption qui mord le municipal en oubliant le provincial, on met sur pied une commission publique sur cette même corruption pour apprendre qu’elle n’enquête pas encore et qu’elle ne sera pas si publique qu’on voulait nous le faire croire. Pourtant, des centaines de milliers de personnes qui manifestent pacifiquement vous font frémir à un point tel que vous êtes prêts à tout oublier.

Vous dites que les Québécois sont les plus taxés en Amérique du Nord. Et bien, les libéraux imposent les compagnies moins que la moyenne canadienne.  S’ils ont un peu baissé les impôts, ils ont augmenté partout les tarifs. Vous qui en voulez vraiment pour votre argent, c’est vous qui devraient être dans la rue!

Nous nous entendons sur rien, sauf sur une chose : il est temps que ce gouvernement quitte le pouvoir, du moins son illustre chef ne doit plus sévir.  C’est votre silence qui le maintient en place. C’est en redirigeant votre haine envers l’avenir de notre nation qu’il vous fait oublier les griefs que vous avez contre celui-ci.

Croyez-vous vraiment que si la grève étudiante dure aussi longtemps, ce n’est que pour arrêter la hausse des droits de scolarité ? Les étudiants ont bien malgré eux porté le fardeau d’une cause plus grande, où le peuple entier a le droit de crier sa colère contre l’arrogance d’un gouvernement qui n’a rien fait pour lui.  Charest essai de sauver sa place, mais la réalité est tout autre. La droite ne veut pas de ce gouvernement, la gauche non plus, alors pourquoi ne pas se réunir afin de s’en débarrasser une fois pour toute.  Personne ne gagne avec le statut quo.

Nous aurons l’éternité pour nous chicaner sur tout ce qui existe, mais en conservant l’esprit d’unité qui nous a fait survivre toutes ces années, malgré les grandes crises que notre peuple a pu traverser.  Depuis trop longtemps, notre tissu social se déchire sous le coup de la lutte socio-économique. Nous nous écartelons sur les questions identitaires, alors que la question constitutionnelle n’est même pas sur le tapis.  Notre solidarité générationnelle est compromise, car l’on pige dans les poches de la génération qui travaille et on les force à prendre leur retraite plus tard, que ceux qui ne travaillent plus sont mal nourri, maltraités, mal soignés et que celle qui étudie voit le fardeau de l’endettement s’agrandir chaque année.

Ceux qui maudisse le Québec au point de vouloir le quitter, le font soit car il le trouve fichu ou car ils ne pourront plus en tirer profit.  Le Québec gronde.  Qu’on en finisse avec la manipulation et les mensonges des chroniqueurs vendus, des comptables créatifs, des institutions bidon et des fondations de vitrines.  Vous qui aimez encore ce pays, qu’entendez-vous pour rejoindre le mouvement, à ajouter votre voix à ceux qui ont compris qu’un Québec nouveau est non seulement possible, mais qu’il existe déjà.  Le génie d’une nation se fait par ses deux tendances  organiques : une créative, survoltée et audacieuse;  l’autre, pragmatique,  calme et prudente.  Si l’une vient à ne plus exister, c’est tout l’ensemble qui s’écroule.  Nous avons besoin de vous, comme vous avez besoin de nous.  Nous sommes malgré nos différences, un et indivisible, et ce depuis toujours.  Nous avons trouvé le moyen dans le passé de démontrer notre solidarité lorsque la tragédie frappe, l’avons-nous oublié ? Si un printemps québécois doit avoir lieu, il doit être fait par tous ceux qui croient encore au Québec.  Il est temps de préparer les structures nécessaires pour que le prochain gouvernement serve véritablement le bien de la population.

Depuis que ce gouvernement est au pouvoir, la division entre la droite et la gauche s’est constamment agrandie.  Et depuis, rien ne bouge.  Il est temps de nous retricotter  serré et rejoindre les rangs de la vérité.  Pour le bien de tous, il doit partir !  Que l’on célèbre enfin le retour en force de la volonté populaire, celle d’une victoire sur le cynisme, celle où le bon sens reprend ses droits.

Cette union temporaire est nécessaire pour imposer à la classe politique un régime qui sert en premier lieu l’intérêt de la population et non celui des partis avec leurs tout-puissants chefs.  Lorsqu’on moment comme ça se présente, il ne faut pas hésiter à fonder un Québec nouveau.  Et il est impossible avec Jean Charest à sa tête.

Pour le bien de tous, Jean Charest doit partir. Pour notre bien, nous devons apprendre à être des Québécois.

Si on ne fait rien, c’est la haine qui étouffera notre démocratie. Si on continue dans cette voie, il sera impossible de retourner en arrière. Il est temps que cela arrête, il est temps que ça change.

Jean Charest doit partir.