Extrait : identité nationale et démocratie

29 Août

Bonjour, voici un autre extrait de ma réflexion sur le printemps érable (que j’espère finir un jour…) 😉 

Que faut-il faire pour être Québécois au Québec ? Premièrement, il faut personnellement se définir comme Québécois.  Deuxièmement, il faut que les autres Québécois le reconnaissent, et vous désigne comme tel.  Il est là le problème dans l’identité, sa dimension collective ne peut être vécue que collectivement. Cela peut paraître une évidence, mais bon nombre de penseurs libéraux ont essayé de réduire l’identité qu’à une dimension individuelle.  En fait, l’idéologie du Multiculturalisme canadien, grandement réfléchie par Pierre Elliott Trudeau, limite l’identité nationale qu’à un simple choix personnel que l’État se doit de reconnaître.  Cependant, cette identité n’a pas de dimension politique, l’État ne se doit pas de défendre une langue ou une culture en particulier, il doit être neutre.  Si identité il y a, elle est basée sur le contrat entre les citoyens, concernant les institutions et les droits universels.

Ce type de pluralisme identitaire oublie toutefois un élément fondamental des droits universels. Les droits universels, s’ils sont universels doivent toutefois s’exprimer dans un cadre culturel. Pour qu’ils existent réellement, la démocratie libérale doit permettre à ses citoyens d’exercer ces droits, en échangeant les uns avec les autres. Que ce soit la liberté d’expression, de religion, économique ou d’association, tous se font dans une communauté, par des interactions entre individus avec l’aide d’une langue et régie par des codes socioculturels.  Par l’exercice des droits universels, les individus qui composent la collectivité échangent, délibèrent et se construisent des normes pour faciliter à nouveau cet exercice. Au contraire de ce que pensait Pierre Eliott Trudeau, la nation n’est pas la somme de tous ses individus.  C’est plutôt les individus entre eux qui construisent quelque chose de plus, et cette « chose de plus » c’est la nation.

Une identité nationale peut vivre sans démocratie, mais une démocratie ne peut vivre sans identité nationale.  C’est pourquoi il faut faire attention avec la préservation de l’identité nationale pour le pas tuer la démocratie.  D’un autre côté, tuer l’identité nationale pour préserver la démocratie peut être tout aussi dangereux.  Il faut comprendre que l’équilibre parfait est difficilement atteignable.  Par exemple, dans le cas de la loi 101, si elle forçait de faire le français une langue publique commune en heurtant des droits, elle allait faire entrer un grand nombre d’individus dans la grande délibération nationale et renforcer l’attachement à l’identité nationale québécoise. La construction identitaire des gouvernements québécois depuis les années soixante-dix, comportent d’autres éléments moins coercitifs et tout aussi fondamentaux, tels que la reconnaissance des droits des premières nations, des droits sociaux, culturels et scolaires de la minorité anglophone, ainsi que l’adoption de la Chartes des droits et libertés de la personne du Québec, votée d’ailleurs avant celle du Canada.

Il s’agit d’un exercice fragile où les ajustements doivent être nombreux.  La plus grande qualité pour un décideur dans ce domaine est de reconnaître rapidement ses erreurs. De là, il faut toujours se méfier des politiques trop englobantes et difficilement réformables.

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