Archive | septembre, 2013

Toute petite réflexion sur les sondages au sujet de la Charte

25 Sep

Mélangés de tous ces sondages ?
Moi pas. En fait, c’est tout à fait normal…

Le sondage dernier sondage de Radio-Canada sur les licenciements possibles d’employés de l’État à cause du port de signe religieux ne vient pas contredire l’appui majoritaire des Québécois à la Charte.

La plupart du temps, lorsqu’on demande aux gens de prendre position sur un principe, aux gens de s’affirmer, ils vont généralement donner leur appui à une telle position.

Sauf que, lorsque quand on demande leur avis sur des mesures coercitives relatives à cette affirmation, bien les gens ont un malaise et ont plutôt tendance à être contre.

Concernant la Charte, une majorité de Québécois sont pour car elle les revalorise individuellement, rehausse leur image. Pour ceux qui s’y opposent, cette Charte dégrade l’image du Québec.

Pour son application, il est normal que la population soit ambivalente à l’idée d’enlever quelque chose à un de ses semblables. Pour se faire donner quelque chose OK, mais pour en enlever à un autre, c’est une autre histoire.

J’avais vu le même phénomène à propos de la Loi 101, lorsque je faisais mon mémoire de maîtrise.

Si vous posez des questions aux immigrants et aux minorités religieuses sur des mesures de protection des « Valeurs Québécoises » et du « Patrimoine Catholique » vous risquez d’être surpris du résultat.

En surface les gens mettent des divisions pour mieux comprendre le monde. Mais au plus profond d’eux-mêmes, personne ne veut faire chier son voisin.

On est tous humains après tout…

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Grosse déprime

11 Sep

Ah la Charte ! Tu me déprimes Charte des valeurs québécoises, tu me déprimes Bernard Drainville. Aujourd’hui je suis orphelin de famille politique, car j’ai vu la mauvaise foi et les raccourcis intellectuels prendre toute la place en politique.  J’ai vu l’avis des intellectuels mis de côté.  J’ai vu des gens avec des valeurs, des vraies, se réduire à un machiavélisme primaire, à un calcul, à une basse stratégie.  J’ai vu une manipulation de l’opinion publique évidente. Le pire c’est que tout ça semble fonctionner.

Je veux dire quand t’as passé 35 jours de suite à militer dans une campagne électorale à essayer de stopper une victoire de Jean Charest, de la corruption, du déni des droits individuels. 35 jours à essayer de convaincre que le mieux était d’éviter le pire, c’est-à-dire de donner raisons à ces gens-là, ceux qui m’envoyaient promener lors des manifestations de nuit, de ceux qui croyaient qu’on peut diriger par la peur, que le peuple n’est composé que des vulgaires moutons hypnotisés par le mensonge. 35 jours de combat fratricide entre souverainistes, entre anciens amis qui s’envoyaient les pires coups de cochon, afin de régler de vieilles querelles qui n’avaient rien avoir avec le choix du prochain gouvernement. Un printemps à marcher et à crier dans les rues de Montréal, un automne à s’enfermer dans un minuscule local électoral qui sent mauvais, une soirée au Métropolis avec un fou qui veut nous tuer à la mitraillette…

Je le savais en voyant les résultats durant la soirée du 4 septembre 2012 que le PQ allait jouer dans le carré de sable de la CAQ, je le savais au départ que le PQ était le parti le moins progressiste des partis progressistes, je le savais que le PQ avait mis la souveraineté sur la glace… Mais bon, j’ai toujours été modéré et réaliste, je croyais qu’il fallait prendre son temps, attendre un peu que la population sorte du « traumatisme » de la crise étudiante.

Patience et longueur de temps font plus que force, ni que rage…  ouin, mettons…

J’ai pris mes distances très vite après l’élection de la première femme première ministre du Québec, plus par fatigue que par désistement politique. J’avais vécu la dégelée du Bloc Québécois en mai 2011, je travaillais alors pour ce parti.  En 5 ans, j’ai déménagé 3 fois, retourné aux études, changer de lieu de travail, en plus retourner vivre chez tes parents à 27 ans, ce n’est pas la joie. Disons que j’avais fait ma part, et je laissais la chance à d’autres…

Mais on reste attaché, surtout que j’ai un grand respect pour Pauline Marois. Après tout ce qu’elle a mangé comme marde dans ce parti d’ingrats, c’est un exploit remarquable d’être encore debout, de gagner devant les belles-mères, les exilés et tous les « purs et durs ». Cette femme-là mérite d’être Première ministre, c’est une vraie guerrière qui n’a pas reçue son surnom de « dame de béton » pour rien.  T’as beau être de son bord ou pas, tu ne peux pas renier le fait que Pauline Marois, elle est tough en tabarnak !

Avec la tragédie de Lac Mégantic, beaucoup ont vu la Pauline que l’on connaissait se révéler au reste du Québec.  Les gens étaient surpris, je l’étais moins, les gens étaient fiers, je l’étais encore plus.  Faut dire que ça arrivait à point, avec les promesses écartées sur la taxe santé et les hausses d’impôts pour les plus riches, en plus des coupures à l’aide sociale, sans compter les déceptions entourant le sommet sur l’éducation supérieure, la ferveur péquiste n’était pas des plus fortes.  Après que l’effet de nouveauté engendré par l’arrivée Philippe Couillard à la tête du PLQ soit passée et des sondages encourageants pour le gouvernement, le fruit était mûr pour une politique « transcendante »…

Mais y’a toujours des maudites limites…

J’écoutais mon Bernie, et je me disais : « tu nous prends pour des caves ».  Ça mélange la religion et l’identité des individus, ça mélange traditionalisme et fondamentalisme, ça mélange le respect des valeurs et l’imposition de valeurs.  Mais ce n’est pas tout mauvais, tout le monde semble d’accord avec le fait d’intégrer la laïcité dans la Charte des droits et libertés, de donner un outil pour encadrer les accommodements religieux, de même que certains employés de l’État ne portent pas de signe visible d’une croyance religieuse.

Ce qui m’énerve, c’est de faire croire que de porter un signe religieux c’est porter un signe d’intolérance.  Ce qui m’énerve c’est que ça l’air plus une Charte du catholicisme hypocrite qu’une Charte des Valeurs québécoises.  Ce qui m’énerve, c’est que la charte était sûrement basée sur plein de bonnes intentions au début, mais que ça ensuite été fait pour faire plaisirs à un groupe particulier d’électeurs, au détriment du Bien commun.  Cette stratégie du PQ sent le « focus group » à plein nez, dernière la noble idée de faire le Québec un État laïque, on voit une attaque en règle contre les musulmans québécois, surtout les femmes.  Au début, ça devait parler de généralité et de sens commun, et petit à petit les Québécois moyens entassés dans une salle ont commencé à déballer leur sac, des « il faut se tenir debout », « on est mous les québécois », « ils viennent ici et ils veulent nous imposer leur valeurs », ensuite l’abcès a crevé et la haine à sortie. Je me demande jusqu’où les psychologues et les pros du marketing les ont poussés, ça ne devait pas être beau à voir.  Faut dire aussi que le chemin a été déjà pas mal ouvert par l’ADQ en 2007, pendant la crise des accommodements raisonnables. Avec l’aide des médias complaisants, les Québécois « ordinaires » ont su qu’il n’était plus prohibé de penser du mal des immigrants et que l’on n’avait plus besoin d’expier le péché de Jacques Parizeau commis le soir du référendum de 1995…

Le pire dans tout ça, c’est que je crois que le PQ va réussir son pari, et qu’il va aller chercher sa majorité. Cela touche trop de fibres irrationnelles dans le cœur des Québécois pour ne pas devenir un enjeux électoral de premier ordre, en plus du cadeau des partis fédéralistes à Ottawa qui se sont maintenant ligués contre le gouvernement du Québec, cela va faire revenir d’anciens nationalistes déçus dans les rangs péquistes.  Surtout, les opposants sont trop divisés et ont des points de vue divergents, voire irréconciliables.  Avec le mode de scrutin que l’on a, le PQ peut prendre une majorité avec 33 à 35 % des voix, et ce même si le PLQ amasse plus de voix qu’eux. Tout joue en faveur du gouvernement.

Le plus beau coup du PQ a été de faire accepter son « spin » que, en gros, c’était l’Élite intellectuelle qui était en défaveur de la Charte.  C’est je crois, la chose à plus triste dans toute cette histoire. Que le gouvernement a abandonné son rôle de prendre la meilleure décision selon les circonstances, afin de donner à ses électeurs « ce qu’il veulent », comme si on vendait du mélange à gâteau ou des chars. Devant toutes ces impulsions irrationnelles de rejeter l’Autre, on a réussi à faire croire que tous les intellectuels n’étaient que des êtres déconnectés, pensant qu’à eux-mêmes, voulant s’offrir des avantages et un statut sur le dos du « monde ordinaire ».  La communauté de recherche et de pensée est réduite à rester dans son monde et à ne pas trop en déborder.  Depuis le printemps érable, ce n’était pas difficile de faire haïr les intellos aux électeurs, on n’avait qu’à reprendre où Jean Charest les avait laissé. Lorsque les puissants ne veulent pas que s’opèrent les changements nécessaires à l’amélioration de la condition sociale de la majeure partie de la population, on fait intervenir l’idée de la « Majorité silencieuse ». Puissant illogisme qui fonctionne rondement depuis Nixon au profit de la minorité. La Majorité silencieuse, c’est une majorité réduite au silence. Et qui ne dit mot, consent…

Vous voyez mon désarroi, ma grosse déprime.

Grosse déprime, car je comprends que le « move » est payant et qu’au strict sens électoral ce n’est pas si bête. Mais après avoir vu des filles trois fois moins grosses que moi foncer sur des policiers en armure pendant que je reculais lors de la grève étudiante, après avoir vu les haines se déverser en système sur mes semblables et moi, car je portais un carré rouge, notre analyse sur le monde change. Sans tout ça, j’aurais sûrement trouvé que c’est une excellente idée et j’en n’aurais pas fait un cas de conscience. J’aurais noyé mon sens critique de bon cœur, pour me battre contre des partisans de d’autres partis qui ont fait la même chose, mais qui pensent différemment.  Mais y’a plus que le pouvoir pour le pouvoir dans la vie, et je ne perdrai pas mon âme pour m’élever dans l’organigramme d’un parti politique en démontrant ma servilité consentante… J’ai déjà donné, merci.

Déprimé, car les souverainistes et progressistes auraient pu s’unir d’une façon ou d’une autre et l’on aurait pu construire le Québec sur d’autres bases. Au lieu de ça, on a un gouvernement minoritaire désorienté qui semble retrouver son chemin, avec le bon vieil allié qui est la peur. Et qui semble réussir dans cette voie, car il y a juste ça qui semble fonctionner dorénavant.

Déprimé, car j’ai toujours aimé de façon inconditionnelle le Québec et les Québécois, qu’ils soient souverainistes, progressistes, lucides ou carrément dans l’erreur 😉 En tant que Chrétien, je me rappelle les mots de Saint-Paul aux Corinthiens, et je me dis qu’avec encore un peu patience on va finir par revenir à la Raison.  Faut garder espoir, on doit tester ma Foi en mes compatriotes…

On n’était pas supposé faire un pays, nous ?