Archive | octobre, 2013

Mieux comprendre la nation, le nationalisme, l’identité et le débat sur la Charte (avec des p’tits dessins)

9 Oct

1,9 millions. Moi aussi je peux faire des p’tits dessins ! Pis ça m’a pas coûté une cenne. Loué sois-tu Microsoft Paint !

Premièrement, comment fonctionne la nation ?

Tout d’abord ça prend un peuple.

Les gens ne font souvent pas la distinction entre Le Peuple et la Nation qui sont des concepts proches, sans être toutefois synonyme.  En fait le Peuple précède la Nation. Depuis que les humains existent, ils se sont toujours regroupé en petite société et ont peu à peu former des groupements où les personnes à l’intérieure de celle-ci pouvaient interagir sans trop de problème, par une langue et des coutumes communes.

Un Peuple est d’abord, un groupe d’individu partageant une culture commune, mais c’est aussi une entité sur laquelle l’État va établir sa légitimité. Les Rois avaient des sujets, l’État à un peuple.  En politique, le Peuple est la masse des individus pour lequel l’État travail et qui travaille pour l’État.  Le Peuple est également une entité politique.

En premier lieu, il y a un fait dont il faut prendre connaissance : depuis la période du néolithique, on peut constater que les peuples existent et que des structures politiques existent aussi. Comme l’indiquent les grandes théories du nationalisme, le peuple et l’État se sont métamorphosés avec l’arrivée de la modernité et surtout de la Révolution industrielle. Les peuples, ou plutôt certains peuples, se sont transformés en nation. Les États, de leur côté, se sont changés en État-nations. Dans la vie de tous les jours, on peut percevoir le peuple, l’État et le nationalisme. En ce qui concerne la nation, ce sont ses effets  qui sont perceptibles, plutôt qu’une réalité quantifiable. Si l’État s’est adapté à la nation, cette nation doit préalablement exister. Si le peuple diffuse un discours nationaliste, c’est qu’il doit y avoir une nation quelque part. La nation n’existe pas concrètement, mais on peut distinguer ses effets. C’est lorsqu’on la croise avec quelque chose de réel que l’on obtient un résultat.

LEPLEUPLE

Pourquoi la nation ?

En fait, c’est la Nation qui fait Peuple une entité politique.

La NationSi la nation n’exclut personne, elle n’inclut personne non plus. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’elle est une idée, une abstraction de l’esprit. Ce sont les individus qui, s’en faisant une certaine idée, s’en excluent ou qui s’y intègrent. Ce sont eux aussi qui essaient d’intégrer certaines personnes et d’en exclurent d’autres. La nation est fondamentalement ni bien, ni mauvaise, ni belle, ni laide, ni utile, ni inutile, elle n’est qu’une nation. Ce sont ceux croyant la détenir qui la font, et non la nation qui fait ses «détenteurs». La nation est avant tout un idéal. Celui-ci va inciter à suivre un modèle de structures politiques et sociales. La nation est le Peuple, l’État et certains domaines de la société (l’économique, le culturel et le politique), idéalisés dans une croyance qu’ils sont reliés, mais aussi que leur existence propre est dépendante de ces liens. La nation étant un idéal, elle va proposer un certain nombre de valeurs. L’État, le Peuple, ou l’individu va essayer d’imposer des normes pour faire respecter les valeurs dictées par l’idéal national, pour ainsi s’en rapprocher le plus possible. De ces normes, on va chercher à exclure des individus et à en inclure d’autres. L’exclusion d’une identité nationale peut alors être perçue comme une sanction et l’auto-exclusion, comme une déviance. Il faut comprendre que de par sa nature, la nation n’impose rien et qu’ensuite, rien ne justifie de suivre ce modèle à la lettre. C’est l’action des individus qui fait en sorte que l’on se représente l’idéal national de façon fort différente, certains s’y croyant moins intégrés que d’autres.

En tout premier lieu, le nationalisme est le mécanisme d’inclusion et d’exclusion permettant à une nation de s’imposer comme structure sociale.

Ce qu’il faut comprendre aussi, c’est qu’il n’y a pas de nation civique ou ethnique, mais bien des nationalismes civiques ou ethniques. Le discours national est souvent loin de la réalité vécue par les individus à l’intérieur d’une nation. Le nationalisme va départager les inclus et les exclus au sein de la nation, sauf que le nationalisme n’est pas statique. Le peuple, de son côté, partage une «conscience de peuple» entre ses membres, et ceux-ci ont alors conscience de l’existence d’une culture sociétale et d’un territoire commun.

pourquoi le nationalisme inclus et exclus ?

Car nécessaire à la cohésion dans une démocratie.

Un régime démocratique a pour but premier de donner le pouvoir au peuple et de servir l’intérêt du plus grand nombre. En intégrant l’ensemble des citoyens au processus délibératif par un ensemble de moyens, un gouvernement démocratique veut, du moins en pratique, être le gouvernement de la totalité du peuple.

démocratieNous avons besoin de normes claires pour le « vivre-ensemble » et d’ un fonctionnement harmonieux de la société.  Vu que les gens délibèrent, travaillent en groupe dans les industries et nécessitent une grande bureaucratie, nous avons besoin d’une d’une culture commune (langue, histoire, institutions…).

Le danger du nationalisme, l’exclusion.

Le principal problème avec le nationalisme est l’exclusion. À vrai dire, toute identité par ses critères d’accessibilité exclut une partie de la population. En ce qui concerne le sexe, un homme ne peut être une femme, dans le cas de l’âge un jeune ne peut être un vieux. Plus précisément concernant la nation, la formation ou les transformations quant aux critères d’accessibilité ont une grande portée éthique. Un exclu aboutit dans une situation socio-économique et politique peu enviable, où il jouit de moins de droits. La portée d’une exclusion chez les identités nationales est immense et peut être très dangereuse.

nepaschercheràinclureIl est ardu de transformer les critères d’adhésion à l’identité nationale, à cause de l’aspect irrationnel du nationalisme, donc des facteurs émotionnels et sentimentaux qu’un peuple peut avoir pour sa nation. Cette profonde affection, pour cette chose abstraite et immatérielle , peut masquer les travers et l’inefficacité d’une identité permettant d’assurer la cohésion nationale.

La nation est toutefois liée à des luttes constantes de la part des différents groupes et des individus qui la composent, en plus d’engendrer paradoxalement un sentiment d’unité entre ces mêmes groupes. La cohésion nationale n’exprime pas un consensus, mais un rapport de domination évoluant sans cesse, partageant la puissance entre la majorité et les minorités par une multitude de moyens au cours de l’histoire.

Les diversions identitaires

Le nationalisme est puissant, car il va chercher dans l’irrationalité des gens, dans leur identité profonde.  Lors de trouble sociaux, la tentation est forte pour les décideurs politiques d’assurer la cohésion de la Majorité, loin des problèmes liés au partage inégal de la Richesse.  Le nationalisme est important en démocratie, car on a besoin de cohésion sociale.  Toutefois poussé dans les extrêmes, lorsqu’on coupe la Majorité des minorités nationales, on passe d’un rapport de domination à celui d’oppression, et la démocratie vient par disparaître.

luttedesclasses

En période de crise économique, lorsque les « partageux » se mettent à réclamer une plus grande justice sociale, on voit souvent les gens favorisés par le système utiliser deux stratagèmes pour maintenir le système en place : 1) La Guerre, 2) Viser les minorités.  Dans les deux cas, la « Patrie en danger » fait en sorte que le groupe finit par se ressoude pour la cause commune.   Les gens, c’est normal, tant attachés à leur nation, se portent volontaire pour la défendre.  Il faut faire attention néanmoins à qui indique la menace.  La manipulation consiste toujours à créer un crise, pour en apporter une solution que l’on avait prévue à l’avance.

tactiquesdedeversions

Le multiculturalisme

Devant les multiples dérapages possibles causés par le Nationalisme, certains penseurs ont commencé à concevoir un régime de citoyenneté basée sur une intégration la plus large possible. Comment fait-on cela, facile en enlevant tout critère identitaires au nationalisme.  En fait, on peut dire que l’on veut créer une nation sans nationalisme.  Les lois. les droits et les institutions démocratiques et libérales viennent remplacer la langue, la culture et l’histoire commune.

L’État se doit d’être neutre, et ne pas agir au profit d’une identité.  Il peut y parvenir de deux façons, soit en ne reconnaissant aucune identité nationale sur son territoire; soit en les reconnaissant toutes sans exceptions.  Le choix identitaires y est pourtant réduit qu’à un simple choix personnel et personne ne peut entraver ce choix, si ridicule soit-il…

multiculturalisme

Le problème du Multiculturalisme réside dans le flou identitaire qu’il laisse à la population. Premièrement, car les citoyens ont de la difficulté à se différencier des autres nations qui leurs ressemblent politiquement et qui leurs sont culturellement proches; et deuxièmement, car dans ces airs de grande reconnaissance, elle donne un avantage disproportionné à la Majorité ethnique du pays.  Un État qui reconnaît ses minorités selon les rapports politiques en place, entre dans un jeu d’égal à égal (de nation à nation), ce qui est plus juste pour les minorités « historiques » (ex: Québécois dans le Canada, Anglo-Québécois dans le Québec).  Comme on l’a fait au Canada, en mettant tous les groupes étant mis sur un pieds d’égalité, les Québécois en viennent par valoir autant qu’une communauté de 15 000 habitants, les Premières nations ont autant d’importance qu’une communauté dont membres sont au pays que depuis quelques décennies.  Pour la communauté anglophone du Rest of Canada, son écrasante majorité numérique, fait en sorte qu’elle contrôle tout.

Devant cette complexité de bien se définir les uns face aux autres, les gens ont tendance à écouter ceux diffusant un discours simple, pouvant être souvent déconnecté de la réalité.  Ce discours est souvent traditionaliste, faisant référence à une époque où les problèmes actuels n’existaient pas, où tout semblait plus simple.  Pourtant, le Multiculturalisme est né de d’autres problèmes liés à une identité qui créait trop d’exclusion et qui n’était plus en phase avec le contexte actuel.

Tout étant désormais possible, à quoi bon alors aux communautés minoritaires de s’intégrer à la société majoritaire.  On voit alors apparaître des ghettos permanent de communautés ethniques, qui peuvent vivre dans leur société d’accueil sans jamais en apprendre la langue ou les coutumes. Il est normal qu’un immigrant désire s’installer parmi les siens à son arrivée, cela amorti le choc et permet d’apprendre à vivre dans un pays par les conseils de gens qui sont plus prêts de nous culturellement.  Cependant, si cet état est permanent, cela peut s’avérer un net désavantage au niveau de l’emploi, de la participation sociale ou la connaissance de ses droits en tant que citoyen.  En s’enfermant trop dans sa communauté, on se met dans une position de vulnérabilité évidente, qui est toujours au profit de la Majorité.

Comme on a pu le constater le nationalisme et le multiculturalisme comportent chacun des défauts.  Malheureusement, ses défauts peuvent avoir des conséquences très graves dans la vie des gens.

Comment intégrer alors ?

1. En élaborant clairement son identité nationale.

2. En élaborant son identité nationale pour qu’il soit possible aux minorités d’en faire partie, en respectant leur intégrité, leur dignité et leurs droits fondamentaux.

Dans un texte que j’avais écris pendant la « crise » sur les accommodements raisonnables, j’avais résumé la situation identitaire de la façon suivante :

« … nous sommes devant le choix entre une identité stable, immobile, ayant de la difficulté à s’harmoniser aux besoins actuels  de la population et d’une identité floue, instable, mais très adaptable à la société actuelle.  Son application est, cependant, plus difficile au niveau institutionnel.  Il faut alors trouver un juste milieu, avoir une identité claire et compréhensible pour l’ensemble de la population québécoise (et non pour quelques universitaires), mais qui est tout de même capable de faire preuve d’ouverture et de pluralisme ».

nepaschercheràexclureLes québécois « potentiels »

Nous n’avons pas à avoir honte de ce que nous sommes et ce que nous avons été.  Il est totalement justifié de mettre de l’avant notre culture, notre langue et notre histoire .  Il est justifié, de plus, de voter des lois afin de permettre à ses piliers de notre identité de survivre.

Cependant, ces lois ne doivent pas se faire au détriment de ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas faire partie de notre identité nationale. C’est-à-dire, que le préjudice subit par ces personnes exclues de l’identité nationale, soit tel qu’il va à l’encontre de leurs droits fondamentaux.  Et c’est là que doit se situer tout le débat autour de la Charte.  La majorité des personnes contre la Charte des Valeurs Québécoises, ne sont pas contre la laïcité ou les « Valeurs Québécoises ».  Ils ne sont pas plus pour la Charia et l’oppression des femmes.  Les adversaires de la charte sont contre la disposition concernant l’interdiction des signes ostentatoires dans chez les fonctionnaires de l’État, car il s’agit d’un obstacle démesuré pour des personnes déjà en situation de vulnérabilité.

Il faut considérer les « exclus » comme des Québécois potentiels.  C’est-à-dire que sans renier notre passé et notre présent, de permettre dans le régime de citoyenneté que l’on se donne à ceux qui se sentent pas ou peu Québécois, de le ressentir un jour.

Tout ça, en principe. Évidemment…

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