La Gauche et le monde ordinaire (Selon une parabole de Jésus)

24 Août

Bonjour mes amis, quelques fois pour mieux comprendre une situation, il faut se mettre dans la peau d’un autre, d’un adversaire, comprendre les critiques qui peuvent nous être faites…

Premièrement, commençons par indiquer ce que la droite appelle la « gauche caviar » est une construction, une image simplifiée d’un phénomène beaucoup trop complexe… Pour la droite, le gauchiste est un être déconnecté de la réalité, privilégié par l’État et les syndicats, qui fait la belle vie au frais des contribuables… et qui se sert de cet argent pour se payer des habitudes moralement acceptable, mais que le gens ordinaires n’ont pas les moyens de se payer…

Ce n’est pas vrai, mais la Gauche (moi y compris) ont certaines habitudes à éviter, surtout si l’on veut paraître crédible aux yeux de la population. Donc, chers gauchistes permettez-moi cette fois-ci de vous sermonner un peu…

Et comme Jésus, pour illustrer mon enseignement, je vais utiliser une parabole. Et comme je suis concept (et lazy) je vais en prendre une de Jésus :

Luc : 18, 9-14

À l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres, Jésus dit la Parabole que voici :

« Deux hommes montèrent au temple pour prier.  L’un était pharisien, et l’autre, publicain (c’est à dire collecteur d’impôts).

Le Pharisien se tenait debout et priait lui-même : « mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres – ils sont voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain.

Je jeune deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.

Le Publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux au ciel; mais il se frappait la poitrine en disant  » Mon Dieu, montre-toi favorable au pêcheur que je suis ».

Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un juste, plutôt que l’autre.  Qui s’élève sera abaissé; qui s’abaisse sera élevé ».

Parabole représentée dans la très « Red State » télé-série The Bible… une très belle scène tout de même, malgré le fait que Jésus ressemble au gars qui te vend de la mauvaise extacy à Woodstock en Beauce…

Vous n’êtes pas obligé de regarder cette Série là, ce n’est pas super bon, mais y’a des anges ninjas (ce qui est quand même cool).

Pour vous mettre en contexte les Pharisiens étaient un groupe de penseurs contre l’Establishment religieux et politique qui sévissait alors.  Ils proposaient entre autres d’éliminer les sacrifices d’animaux et une religion plus moraliste.

Pour ceux qui ont fait leur catéchèse, tous le monde sait que les collecteurs d’impôts étaient détestés chez les juifs, car ils travaillent aux profits de l’occupant Romains et souvent en demandaient plus que nécessaire pour arrondir leurs fin de mois…

Donc, que devons-nous apprendre de cette parabole… hein ?

1.  Le Pharisien fait de bonnes actions que pour s’élever des gens ordinaires qu’il méprise.

2. Ce même Pharisien va au temple seulement pour s’élever au-dessus des autres, au lieu d’en profiter pour faire un peu d’introspection, comme le fait le méchant collecteur d’impôt…

3. Ce qu’il faut comprendre par cette parabole est que ce qui est important c’est « ce qu’on a en dedans ».  En dehors du temple, le Pharisien se comporte noblement alors que c’est un total douchebag, tandis que le Publicain se comporte peut-être comme un douchebag dehors, mais une fois seul avec sa conscience c’est quelqu’un d’humble et qui a honte de sa condition…

Veut, veut pas, à force de s’informer, d’être instruit, d’être Culturé avec un gros C 😉 on finit par avoir une certaine distance par rapport aux autres.  On acquiert des connaissances et des compétences que les autres n’ont pas, et avec cet avantage, bien on vient par se croire plus important que les autres.  C’est normal, c’est humain et ça va comme ça dans tous les domaines.  Nous sommes tous, l’épais de quelqu’un d’autres, sauf qu’être bon dans certains domaines donne un avantage, rapproche du pouvoir, est perçu comme une condition de supériorité.  Alors, le gauchiste cherche désespérément la supériorité morale, afin croit-il d’avoir un avantage sur les autres.  Que ses propos vont avoir plus de poids, si ces habitudes démontrent cette même supériorité.

Et c’est là tout le problème la Gauche devient totalement inatteignable. remplie pour les gens de l’extérieur d’initiés qui essaient d’être toujours plus parfaits que les autres.  Car on ne peut pas toujours être indignés ou préoccupés du sort de nos semblables.  Il faut choisir ses batailles et chacun fait sa part pour « changer le monde » de la façon qu’il croient la meilleure.

De là, l’idée chez beaucoup de gens d’une certaine admiration pour les gens de gauche, sans pour autant une adhésion aux idées, comme l’indique un peu avec dérision le vidéo suivant…

Car gens de gauche, moi y compris, voulons-nous être admirés pour notre abnégation ou voulons-nous imposer des nouvelles structures à notre société ?

S’il est presque impossible d’atteindre la pureté d’âme nécessaire pour « faire partie du groupe », alors comment aller chercher le nombre nécessaire d’électeurs pour gagner une élection ?

Il faut se méfier de l’argument de l’hypocrisie, souvent lancé envers les idéalistes et les progressistes en tout genre.  Du genre « Tu peux bien dire que l’Argent ce n’est pas important, tu es riche », « Comment peux-tu défendre la gratuité scolaire, pendant qu’on maltraite des enfants, tu penses juste à toi », « Françoise David peut bien dévoiler son rapport d’impôts, elle vit sur un héritage », « Tu dis que tu veux payer plus d’impôts, pour faire avancer ta carrière » etc, etc etc… Argument que l’on retrouve aussi de l’autre côté, chez tous ceux qui indiquent que le « Docteur Barrette fait un mauvais ministre de la Santé, car il est obèse »…

Mais il faut faire attention, certaines informations sont « d’intérêt général ». Il serait bon de savoir qu’un éminent partisan anti-avortement a forcé une de ces filles à en subir un ou qu’une grande personnalité publique réclamant que le gouvernement en fasse plus pour contrer l’évasion fiscale cache de l’Argent dans une île des caraïbes.  Les êtres humains doivent chercher à avoir un comportement décent, mais sans pour autant vouloir être parfait.

Pas besoin d’être parfait pour être de gauche, si on est « parfaitement de gauche », c’est nécessairement suspect.  On cache sûrement 2-3 squelettes dans son placard.  Nos défauts, nos travers, il faut plutôt les assumer.  Pas obligé de manger des produits bios ou de crier sa détresse pour toutes les catastrophes qui arrivent sur la terre. On peut se câlisser du sort de nos semblables une fois de temps en temps, pas trop souvent, faut penser à notre petite réalité, à notre petit monde quand même.  Combien de grands philosophes voulant transformer l’humain, ont scrappé leurs enfants…  Personne, je dis bien personne, n’a la capacité d’avoir le piton de l’indignation collé 24h sur 24…

Les gens de gauche doivent assumer leur imperfection et ne pas avoir honte de leurs idées.  Être de Gauche ce n’est pas un style de vie, c’est vouloir mettre en place certaines politiques sociales, modifier certaines lois, implanter de nouvelles institutions ou en abolir d’autres… Que tu manges de la poutine du McDo dans ton hummer qui roule l’air climatisée dans le tapis en écoutant du gangsta rap misogyne, ça, ça te regarde… On peut te faire certaines critiques, mais cela t’empêche pas d’adhérer à certaines valeurs de gauche ou de voter pour une parti de gauche.

On oublie trop souvent la Reconnaissance dans le domaine politique.  Au snobisme de la gauche, on peut évoquer également le mépris de la droite.  Les gens de droite méprisent les moins chanceux qu’eux.  Du larbinisme le plus bas à la démonstration obscène d’une trop grande opulence, les gens de droite ont toujours quelque chose à reprocher à quelqu’un.  Voici un petit exemple fort éclairant pris sur les commentaires suite à la manifestation un peu trop intense des pompiers et policiers au conseil de ville de Montréal de Lundi dernier :

« La violence, le vandalisme et l’intimidation n’est JAMAIS un droit. Nous sommes dans une démocratie et pour les gens insatisfaits, il y a des tribunaux et des élections.

Par ailleurs, rien ne vous oblige à travailler pour cet employeur. »

à un autre de ces condisciples de lui répondre :

« Ils ne peuvent pas supporter le rythme de travail et l’exigence de performance du privé »

Je ne veux pas m’étirer sur le sujet de la Loi 3, mais on peut vouloir une réforme des régimes de retraite sans pour autant démontrer un manque flagrant d’empathie envers les travailleurs. Il faut comprendre ceux-ci d’être en colère, malgré certaines largesses dans le passé.  Ces conventions et ces régimes de retraites ont été donnés par des élus, mêmes élus qui ont laissé faire un des plus gros systèmes de corruption et de collusion de l’histoire du Québec…

Alors pourquoi autant de gens qui se font autant mépriser et « enlever le pain de la bouche » votent-ils contre leur propre intérêt et pour celui d’une minorité de privilégiés ? Certains diront que les Médias contrôlent les masses et empêchent le « monde ordinaire » de voir la vérité et qu’à répéter un mensonge, tout le monde finit par le croire.  D’autres diront que les gens moins fortunés rêvant un jour d’atteindre le « 1% » contestent toute entrave à l’accumulation de richesse, même si cela revient à les empêcher d’acquérir leur « juste part ».  Mais, si cela a du sens, je crois que la droite, même si elle méprise, les « crottés de pauvres profiteurs du système », ne conçoit pas son groupe comme inatteignable, les gens n’ont qu’à travailler plus.  Si cette dernière idée  s’avère la plupart du temps incorrecte, le mécanisme implicite de la droite, fait en sorte que tous peuvent y adhérer.  Et ici pas besoin d’assimiler toute une pensée, il ne suffit que de veiller à la perpétuation du système, soit par la collaboration, soit par l’indifférence.

De là la dernière et la plus importe leçon que l’on peut tirer de cette parabole de Jésus.  Car à la fin de la Parabole on annonce : « Qui s’élève sera abaissé; qui s’abaisse sera élevé ».  Je ne veux pas partir sur de grande leçon théologique… mais ce que Jésus indique c’est qu’il ne veut pas donner des directives pour être meilleurs que les autres, mais que l’on peut essayer ensemble de faire un monde meilleur, en essayant tous de devenir de meilleure personne.  Il sait très bien que l’on ne va pas réussir à atteindre l’objectif souhaité (c’est quand même le fils de Dieu), mais ne pas s’engager dans le processus ne peut mener qu’à la destruction de nous-même et de la société dans laquelle nous évoluons.

Ce qui revient à dire que le « Processus est plus important que le résultat »… Pour être une « bonne personne », il ne s’agit pas de répondre à des critères précis ou d’effectuer un certains nombre de rituels , comme le fait le Pharisen ( « Je jeune deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne. »).  Aller à l’Église le Dimanche ne nous donne pas la permission d’haïr les homosexuels, les pauvres, les drogués, les féministes, ou les musulmans, pour le reste de la semaine.  Rendre le monde meilleur c’est un combat de tous les instants, avec ses tentations et ses échecs, et en tant qu’humain c’est une certitude que l’on va échouer, que ce soit par notre faute ou non. S’engager, s’engager pour vrai, ce n’est pas vouloir commettre aucune faute, apparaître comme parfait; c’est qu’à chaque fois que l’on commet une faute ou que l’on rencontre un échec, de continuer à poursuivre son idéal, malgré tout ce que la vie peut nous faire subir.

La Gauche, la vraie gauche, et même tout mouvement politique devrait être comme ça, ce n’est pas un état, c’est un processus. Ce n’est pas pour rien que l’on parle de « mouvement » politique… une idéologie ça évolue, ça se transforme, ça fait de nouveaux adeptes, ça en perd.

À vouloir être trop parfait, on limite, on s’exclue.  La pérennité d’un mouvement politique, ne passe pas par la préservation d’une classe de parfaits partisans, mais d’en accueillir de nouveaux et d’unir les différentes tendances qui avancent vers un même but.

Ce besoin de pseudo-perfection n’est qu’un refuge, que l’on s’engage véritablement pour les idéaux.  Faire des compromis, accepter des adversaires de différentes « teneurs », tant que tous converge vers le même but… ces compromis ne signifient aucunement une compromission… Et nous ne sommes pas les premiers à vivre cette situation et sûrement pas les derniers.  Comme peut nous démontrer la vidéo suivante sur un personnage historique très près et très loin, mais sûrement du même calibre que le Messie sus-mentionné précédemment dans le billet :

Ce que nous avons comme Gauche au Québec est soit des gens qui se cachent dans un « paraître parfait » inefficace ou soit un « semblant de progressisme » pour ne pas s’aliéner ceux qui nous critiquent.  La Gauche ne sera jamais parfaite, elle sera toujours critiquée et vouloir changer le système sera toujours plus difficile que de le conserver.

Ce qu’il faut ce n’est pas des idées « extrêmement parfaites » ou « confortablement acceptables », ce qu’il faut ce sont des progressites engagés et surtout unis.  Le reste n’est que superflu, ce qui est important c’est de partager la même volonté de changer les choses.

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