La victoire de la Peur

26 Mar

Il s’agit du dernier chapitre sur ma réflexion sur le printemps Érable de 2012, en espérant que cela pourra vous guider pour celui qui s’en vient…

La victoire de la Peur

L’effet le plus évident du printemps Érable a été de rabaisser la vie politique québécoise à sa plus simple expression.  Le pouvoir s’est montré nu, libéré du voile de l’acceptabilité.  Et le drame dans tout ça, c’est que la majorité des citoyens ont préféré se soumettre aveuglément à ce pouvoir, au lieu de choisir le véritable exercice de la Liberté.  Les partis politiques ne créent pas cette peur, ils ne font que la nommer : par exemple les référendums, les anarchistes, les syndicats, les immigrants, les extrémistes religieux, les féministes, etc.. Quel que soit le nom qu’on lui donne, ce dont les Québécois ont peur, c’est de l’avenir.

« Violence et intimidation »

Il faut dire que les fédérations étudiantes ont bien fait leur travail, en démontrant la véracité de leurs chiffres et la position entièrement idéologique du gouvernement.  Leur message était clair, leur stratégie planifiée et le « timing » d’une fin de mandat atroce d’un PLQ embourbé dans les histoires de corruptions et de collusions, ne pouvait que donner l’avantage aux étudiants.  Le gouvernement libéral n’était toutefois pas des novices, ceux-ci croyaient avoir appris de leurs erreurs de la grève de 2005, et avaient conservé la faveur populaire depuis l’arrivée de Jean Charest à leur tête.

« La violence et l’intimidation » n’est pas apparue tout de suite, la stratégie libérale était d’abord de démontrer la position « minoritaire » du mouvement étudiant avec l’apparition du MERSQ, groupe qui a perdu sa crédibilité lors d’une très désormais célèbre émission de « Tout le monde en parle ». Il a ensuite tenté de démontrer le manque d’authenticité des étudiants avec les spins sur les iPhone, les voyages dans le sud et le fait qu’ils ne voulaient pas payer leur « juste part ».  Par la suite, ils ont joué sur la sémantique en essayant de faire croire que les étudiants faisaient plutôt un boycott, et ont voulu rendre cette vue de l’esprit réelle en allant chercher des injonctions, pour permettre à certains étudiants en défaveur de la grève d’accéder à leurs cours, même si cela contrecarrait la démocratie étudiante et les votes de grève. Ce n’est qu’après que la violence policière et législative à fait son œuvre, avec un échec retentissant, qui a fait sonner les casseroles partout sur le territoire québécois et ajouté à la lutte, des gens extrêmement loin idéologiquement des revendications étudiantes.  Ce que certains n’ont pas compris, est que le monopole de la violence légitime est légitime quand elle est faite pour le Bien commun, et non pour celui d’un gouvernement ou d’un parti.

La  mauvaise foi crasse de Jean Charest avec son refus évident de ne pas négocier, et ce, tout au long de la crise, démontre à mon avis une stratégie préparée à l’avance.  Les libéraux ont sûrement cru toutefois que cette violence serait de très courte durée, pourtant il est en surgit un très grand tonnerre que l’on a entendu partout dans le monde…

Si le gouvernement n’a pas fait peur aux carrés rouges, il a fait trembler une très grande partie de la population qui s’est tenue à l’écart du conflit.  C’est cette violence qui a affaibli la position du PQ aux urnes et permis au PLQ de rester à flot à l’élection de septembre 2012, malgré toutes les histoires de corruption.

Pour bon nombre de Québécois et Québécoises, on a supporté  une position réactionnaire envers les carrés rouges, car ils ont eu plus peur de l’Autorité étatique que des étudiants.  On accepte les pires manquements aux droits fondamentaux imposés à l’ensemble de la population, car la police ne fait supposément que répondre aux coups, en plus des malversations des « casseurs » et la présence d’autres délits mineurs que l’on montre en boucle à la télévision.

Le Cours de Politique 101 qu’ont reçu les jeunes carrés rouges est que la désobéissance civile peut ébranler un gouvernement, sans toutefois recevoir l’assentiment de la population; ce qui donnerait cet assentiment, ce serait la peur.  Ce qui vient à dire que le respect de l’Autorité politique ne se baserait que sur la peur, créant un fossé entre cette « Majorité silencieuse » de plus en plus vieillissante et les partisans des carrés rouges. Les jeunes n’ont que deux choix devant eux, l’apathie ou la violence;  dans les deux cas, la démocratie est en péril.

La convergence d’actions de diffamations et d’intimidations envers les étudiants, n’a fait que renforcer chez eux la croyance que l’État ne sert avant tout qu’une classe de nantis qui ne veulent rien donner aux pauvres; et encore plus grave, que l’association politique est vaine, car elle est contrôlée par une minorité n’ayant aucunement leur intérêt à cœur.  Le durcissement de la position du gouvernement a été un mouvement de panique, face à un plan qui n’a pas tenu compte des nouvelles réalités dans le domaine de la communication politique.

« La rue et les référendums »

Ce qui est triste dans toute cette histoire, c’est que l’exercice de la démocratie (par la voie d’une élection) a été utilisé en dernier recours, comme échappatoire à un entêtement absurde d’un premier ministre qui a, par ses actions, discrédité nos institutions nationales.  Jamais la négociation n’a été sérieusement envisagée, comme si le dialogue et les institutions démocratiques ne servaient plus que les intérêts de certaines personnes.  Le refus pour l’Autorité de donner une valeur à la contestation du printemps Érable, a malheureusement démontré pour certains que la politique n’est que violence, manipulation, rapport de force et que le peuple n’est qu’un troupeau docile qui écoutera son berger, quel que soit le moyen utilisé pour arriver à cette fonction.  Certains en sont venus à croire que c’est la peur qui donne la légitimité au pouvoir, et c’est par la peur qu’ils parviennent à le détenir.

Malheureusement, le gouvernement Marois n’a fait rien pour rectifier la situation une fois au pouvoir.  Dans le message, on a passé de l’attaque frontale des libéraux à l’indifférence péquiste, et partout, une grosse condescendance médiatique. Durant son court règne, le PQ s’est félicité d’avoir ramené la « paix sociale », mais ont n’a jamais autant arrêté de manifestants. Selon cette logique quand on ne vise pas Monsieur-Madame Tout-le-Monde et que l’on arrête des méchants « anarchistes » fouteurs de troubles, tout cela est désormais acceptable.  Les gens ne s’en rendent pas compte, mais les moyens démocratiques sont dépréciés et n’ont plus de valeurs réelles.  En plus, avec toute cette ambiance de corruption, ça sent la république de banane, ça sent la dictature…

La seule chose qui nous protège de la politique (et de tout le reste) à sa plus pure expression, c’est-à-dire motivée seulement par l’intérêt personnel, ce sont les principes.  En fait, sans ces principes, la politique en tant que tel n’existe pas, car le pouvoir n’a pas dans ses fondements le désir d’être partagé pour une cause commune.  Ce pouvoir n’en vient qu’à être une ressource à accumuler, comme n’importe quel bien.  Il n’a aucun lien entre le Bien commun et l’accumulation du pouvoir.  Il est faux de croire, en politique comme ailleurs, que ce qui profite directement à une seule personne, ou a un groupe de personnes, peut profiter indirectement à une multitude.  On profite ou on ne profite pas, un point c’est tout.

À son arrivée au PLQ et ensuite, à son arrivée au poste de premier ministre du Québec, Jean Charest n’était pas guidé uniquement que par son intérêt personnel.  Dès le début, on n’avait senti une volonté de faire la « réingénierie de l’État », projet qui s’est vite cassé les dents.  Si contrairement à d’autres, le gouvernement Charest avait clairement démontré la direction qu’il allait entreprendre, il fut tout aussi clairement démontré que la population ne voulait pas la suivre.  Ensuite, les libéraux ont changé de cap pour une gestion de l’économie et un développement durable à la sauce conservatrice. Mais avec le temps, ces deux projets se sont retrouvés paralysés, dus aux scandales de corruption dans le milieu de la construction et les controverses sur l’exploitation de nos ressources naturelles. Dans ces deux dernières années d’existence, le gouvernement libéral de Jean Charest  ne luttait que pour sa survie, dans une vision de maintien au pouvoir.

Les carrés rouges ont raison lorsqu’ils parlent d’État policier, d’Oligopole ou de kleptocratie, mais seulement pour une petite fenêtre dans l’Histoire du Québec qui s’est malheureusement entrouverte par le statut minoritaire et l’indécision du gouvernement de Pauline Marois.  Gouvernement timidement de gauche dans une chambre détenue par la droite, le PQ s’est retrouvé dans une situation extrêmement difficile, l’équilibre du pouvoir demandant des réajustements au gré des humeurs de l’électorat.

Malgré l’idée commune que les étudiants ont gagné, l’élection du 4 septembre 2012 a plutôt favorisé la droite.  Une majorité de 56 % des bulletins de vote était pour la ligne dure envers les étudiants.  Pourtant, ces mêmes Québécois ont accepté, dans une large mesure, l’idée de l’indexation proposée par le gouvernement de Pauline Marois.  En fait, ce qui a défavorisé la position autoritaire du gouvernement Charest et ce qui a coûté la victoire électorale sont toutes ces histoires de collusions et de corruptions.  Si les péquistes pleuraient sur le fait que la division du vote leur a enlevé une majorité, c’est aussi cette même division du vote à droite entre le PLQ et la CAQ qui leur a donné la victoire.

Cependant, ce qui semble avoir fait le plus mal au PQ durant l’élection de 2012, est que Pauline Marois ait porté le carré rouge.  Il faut comprendre que beaucoup de partisans du PQ ont été choqués par ce geste, à un point tel que la Cheffe a dû abandonner ce bout de tissu si controversé lors de la campagne électorale.  Il ne faut pas se faire d’illusion, Pauline Marois était loin de partager les idées des fameux carrés rouges.  S’il y avait une pointe d’opportunisme dans ce choix pour prendre ce mouvement à son avantage, comme l’ont fait également Québec Solidaire et Option Nationale, il y avait aussi une volonté chez Pauline Marois de reconnaître un respect de la jeunesse et un refus de l’attitude paternaliste de Jean Charest. Il s’agissait d’une position hautement morale, plutôt que stratégique.  Voyant l’échec d’avoir la « bonne attitude » devant le mouvement du printemps Érable, le PQ a adopté une position d’indifférence face aux résidus de révolution qui sévissaient alors, entre autres contre le règlement P6 à Montréal.  La population a fait payer a Pauline d’avoir choisi le dialogue à la peur.  Retrouvé en position minoritaire, ce parti a délaissé ensuite ses idéaux pour rechercher à tout prix du pouvoir sans entrave, quitte à s’oublier dans le processus.

Freiner le Mouvement de l’Histoire

La peur des étudiants anarchistes, des casseurs, de la Violence et l’Intimidation l’a emporté sur les méthodes démocratiques de résolution de conflit.  Ceci s’explique grandement par le fait que les mercenaires médiatiques de la droite n’ont pas digéré d’avoir été battus, et ce, même si en nombre dans l’opinion publique et aux urnes, on prétendait qu’une majorité partageait leur point de vue.

Quelle que soit la position que l’on a, la mobilisation citoyenne a pris le dessus au sein de la vie politique. Cette mobilisation peut être allumée par deux canaux, les médias traditionnels ou les réseaux sociaux.  Ces derniers tendent à s’imposer et semblent apporter de meilleurs résultats, car les personnes qui s’y impliquent sentent qu’elles font partie intégrante du processus.  S’il peut encore avoir parfois un très grand effet, le langage populiste n’a plus la même portée.

On assiste en ce moment à une réponse réactionnaire basée sur la démonisation des partisans de gauche, comme étant des casseurs et le mouvement mondial de critique du néo-libéralisme comme étant « la Rue ». Ce phénomène a été tout aussi observable lors du débat sur la Charte des valeurs, qui a dès le départ dépeint les intellectuels comme étant déconnecté, alors que le gouvernement péquiste n’avait aucune donnée réelle pour expliquer la pertinence d’une telle politique. La loi et l’ordre sont le dernier refuge d’une idéologie qui a fait son temps.  La peur n’est qu’un réflexe engendré par le choc du printemps Érable.  Nous pouvons en tant que peuple nous enfermer et n’accepter aucune réforme, ce qui équivaudrait à subir un choc encore plus violent pour les imposer; ou seulement faire les changements nécessaires par les institutions que nous avons, en prenant le temps de bien les expliquer aux gens.

Mais avant même de les appliquer, les opposants devront accepter de voir la réalité en face et prendre au sérieux les idées véhiculées par les carrés rouges, sinon ceux-ci devront utiliser d’autres moyens pour se faire entendre.  C’est le refus de reconnaître dignement les étudiants qui a déclenché le printemps Érable. Si ce refus persiste, le Québec sera loin de connaître la quiétude.  Et sachez que plus les moyens sont extrêmes, moins de gens sont nécessaires pour les utiliser.  Cela n’est aucunement souhaitable, si la violence tend a discréditer ses opposants dans l’opinion publique, elle rend aussi irréconciliables les factions, engendrant encore plus de chaos.  L’Histoire nous apprend aussi que les forces politiques en réaction, devant s’appuyer sur les forces de l’Ordre et la corruption pour survivre, finissent toujours par perdre.

Nous vivons dans un système démocratique au Québec, une très vieille démocratie, où les gens se sont battus et sont morts pour elle.  Pourtant, l’idée démocratique ne semble plus compter pour beaucoup.  Dans le grand amalgame réactionnaire qui a fait face à celui du printemps Érable, la croissance économique a pris le dessus et tout problème politique devrait être réglé par la « bonne gouvernance ».  L’élection ne sert qu’à élire l’administrateur le plus compétent, plus aucune idéologie, valeur ou désir de changement ne semble guider le choix des électeurs.  Il faut permettre aux gens de s’enrichir, tout le reste n’a plus d’importance.  Je n’ai rien sur le fait qu’il faut bien gérer l’argent public, mais les idées ont toujours tendance à revenir dans le paysage politique.  Ce n’est pas l’Anarchie, la Rue ou le chaos qui prend le pouvoir, mais plutôt la démocratie qui reprend ses droits.  Ne reste plus à savoir le chemin que nous allons prendre…

Toute personne en position d’Autorité a deux choix face à la contestation : retenir le mouvement par des moyens qui ne peuvent qu’être de plus en plus déloyaux et se discréditer face à la population, ou accepter le changement pour mieux le retenir.  Rien n’est pire pour une nation d’enlever toute dignité aux plus faibles lorsqu’ils tentent de la reconquérir.  Diffamer des opposants de ce type, ne peut qu’engendrer une réponse violente.  Il faut quelquefois donner un peu de son pouvoir pour le raffermir.  La Classe politique devra se rendre à l’évidence, les façons de faire et les institutions devront être réformées.  La structure même du pouvoir est à repenser.  Cela est malheureusement impossible à être accepté pour certains, car cela viendrait à délaisser des petits privilèges engrangés lors des dernières années.  Lorsqu’on a une position enviable, on ne veut pas tout chambouler et risquer de perdre sa place.  Tout changement à l’ordre établi en vient à être perçu comme une position extrémiste, car un changement en apporte toujours un autre. Et c’est pour empêcher ce mouvement qu’on utilise la peur, tel un réflexe conditionné par l’action de ceux qui en temps normal « ne devraient pas agir ».  Allant même par réconcilier des ennemis de toujours, étant indistinctement emportés par le vent du changement.

Du pareil au même

On pourrait même dire qu’il se constitue au Québec un « parti de la Propriété » face aux revendications toujours plus fortes de la Gauche.  Le problème de la droite, c’est qu’elle s’est déliée de toute responsabilité collective avec la poussée de l’individualisme et l’influence des libertariens.  Ce manque de conscience collective ne peut que les placer au dépourvu face au mouvement de la Collectivité qui reprend désormais sa place dans le débat.  Ce qui pouvait expliquer la position ambigüe du PQ, voulant être plus à droite pour faire plaisirs à une plus grande partie de l’électorat.  Il a tenté alors d’échanger la souveraineté « sociale » pour la souveraineté « identitaire », et ainsi amenée du collectif qui n’est pas vraiment collectif.

En ce moment, la peur vient surtout des tenants de la Propriété qui l’oppose à la collectivité. Comme si se donner des institutions communes et des programmes sociaux, allait affaiblir notre enrichissement collectif. Malgré qu’on tente de faire croire que le débat constitutionnel n’est plus l’opposition fondamentale dans la vie politique québécoise, c’est tout de même les partis souverainistes (PQ, QS, ON) qui ont soutenu le camp des étudiants et les partis fédéralistes (PLQ et CAQ) qui étaient contre.  Ce n’est pas un hasard si les partis indépendantistes ont choisi un tel camp, ce qui est collectif nous appartient, les institutions comme les ressources naturelles, et celles-ci ne doivent pas être soumises à des intérêts extérieurs au groupe.

Le PQ a compris par la suite qu’il fallait imposer un projet collectif, donnant une haute cohésion sociale afin de court-circuiter le mouvement de contestation du printemps Érable. Le Peuple a besoin de « collectivité », mais tout projet collectif vient entraver ses projets individuels, diminuant ses opportunités et réduisant son pouvoir d’achat par le biais de l’impôt.  Ne pouvant viser la Majorité des « gens ordinaires », on s’en prend aux plus vulnérables, c’est-à-dire aux minorités.

Différentes stratégies employées face au mouvement du printemps Érable

En fait, ce que l’on voit présentement est de multiples stratégies qui sont généralement employées afin de contenir les mouvements de contestations.  Il n’y a pas ici de complot mûrement réfléchi, mais des réponses quasi instinctives à ce mouvement qui remet en question la propre place qu’ont nos décideurs.  Un système tente avant toute chose de se préserver, c’est quand il n’y a plus d’autres options qu’il entame sa transformation.  On peut distinguer ces stratégies en quatre catégories : aveuglement, coalition, diversion et usurpation.

Aveuglement – lorsqu’un problème survient, le premier réflexe est de ne pas le reconnaître au moins diminué son importance.  Alors que le problème persiste, l’aveuglement change de forme et le groupe de décideur ne remet en question plus sa décision.  C’est ce qu’on appelle le « Groupthink », qu’on pourrait traduire comme étant de l’aveuglement de groupe, où le groupe de décideurs refuse toute critique, si constructive soit-elle… Depuis les scandales de collusion et de corruption, le Parti libéral était enfermé dans cet état d’esprit malsain.  Lors du printemps Érable, le gouvernement de Jean Charest a continué coûte que coûte, croyant être dans le bon droit, mais aussi croyant toujours à sa supériorité, alors qu’il était vacillant.  La chose à faire était de faire descendre la crise d’un cran, Jean Charest aurait dû  négocier avec les étudiants et tiré sa révérence par la suite.  De toute façon, il ne voulait plus continuer.  Il aurait plus sauvé la face en déclarant que les solutions proposées étaient les bonnes, mais que la population n’était pas prête à de tels changements, qu’il avait échoué à le faire comprendre, et qu’il souhaitait que quelqu’un d’autre parvienne à cet objectif.  Au lieu de cela, le Québec a passé à travers la pire crise sociale de l’histoire de son histoire et Jean Charest s’est pris une dégelée dans son comté.  Même phénomène pour Pauline Marois, comme si inconsciemment, les réactionnaires punissaient les Chefs d’avoir été incapables d’arrêter le mouvement de l’Histoire.

Coalition – lorsqu’un mouvement d’importance remet fortement en question le pouvoir en place, car il est à leurs yeux illégitimes de s’occuper la Chose publique, il est indiqué de tendre la main à l’opposition afin de se « redonner une légitimité ».  Les « piliers du pouvoir » veulent conserver leur poste et l’opposition est également apeurée par un mouvement de la masse, rendant possible le renversement de l’Ordre établi. Chacun a alors intérêt à coopérer.  C’est exactement ce qui est arrivé à Montréal après la démission de Gérald Tremblay et qui explique l’attitude du Maire Coderre face aux gens de l’opposition, suite à son élection.

Diversion – lorsque survient un mouvement de contestation aussi fort que celui survenu en 2012, les politiciens dépassés par la situation ne veulent pas les changements proposés à « l’ordre du jour ».  Ils vont alors tenter d’amener les esprits vers d’autres problèmes.  C’est ce qui est arrivé avec la Charte des Valeurs.  Divisé sur les idées du Printemps Érable, faisant face à une population ne voulant pas entendre parler de référendum, devant prendre des décisions difficiles au niveau de la fiscalité et de la gestion des ressources naturelles, le PQ avait tout intérêt à faire diversion.  La solution était facile à trouver, les traumatismes de la crise des accommodements raisonnables n’étant pas guéris, les intellectuels déjà bannis par leurs adhésions aux principes du printemps Érable, la population s’est laissé bercer par la haine de l’étranger afin d’oublier les problèmes économiques.  Toutefois, ce fût une autre diversion pris le dessus, celle du PLQ avec le « Référendum », et ce, même si cela n’avait aucune chance de survenir.  Une fois revenus au pouvoir, les libéraux annonçaient des mesures d’austérité.  Nous sommes donc retournés à la case départ sans rien régler.

Usurpation – on parle d’usurpation lorsqu’on veut incorporer ou inviter le mouvement à s’unir à nous dans le but de l’éteindre.  Toute « Révolution » doit avoir une fin, mais l’Élite en place ne veut surtout pas qu’elle aboutisse.  Le PQ l’a un peu fait sans le vouloir dû à son rôle d’opposition officielle au gouvernement de Jean Charest.  Québec Solidaire s’est revitalisé du mouvement social, en y imposant son agenda politique, alors que ce dernier se distançait des partis politiques.  Il faut bien comprendre qu’il n’y a pas de Parti « Citoyen » au Québec.  Il y a peut-être des partis au service des citoyens, mais une véritable formation publique mené par la volonté populaire, non.

Il faut également se méfier des mouvements néofascistes qui souvent reprennent l’écoeurement de la population et une partie de la symbolique révolutionnaire à son avantage.  L’extrême droite, c’est une fausse révolution faite pour étouffer la révolution.  Surtout dans un climat de corruption et de xénophobie comme nous le vivons ces dernières années, la tentation est grande de transformer des peurs irrationnelles en discours politiques.

Si aujourd’hui, être un carré rouge n’est pas rentable politiquement, nous verrons sûrement dans le futur des politiciens utiliser ce fait à leur avantage.  Ceux-ci projetteront l’image de défenseurs de l’égalité et de la justice sociale, et comme aujourd’hui avec tous ces amoureux du « changement », ne ferons rien en ce sens.

Conclusion

Le résultat de l’élection 2014 qui a fait revenir les libéraux au pouvoir pourrait pour certains annoncer la fin de l’option souverainiste et du mouvement du Printemps Érable.  La déception fut grande, tant chez les partisans d’une plus grande justice sociale ou de l’implantation de la Charte des Valeurs.  Avec l’arrivée du gouvernement Couillard, c’est la peur du changement qui triomphe.  Trop divisé sur la direction à prendre, le Québec a décidé de faire du surplace.

Pourtant, les carrés rouges ne sont pas menés par la Peur, ni craindre pour l’avenir, comme peuvent l’être les autres courants politiques au Québec.  S’ils peuvent être radicaux et idéalistes, leurs désirs de tout transformer commencent à porter fruits, les idées commençant tranquillement à pénétrer les esprits.

Les opposants doivent alors user de différentes méthodes, afin d’empêcher au changement de survenir.  Ce qu’on a vu s’offrir sous nos yeux ne sont que des tentatives de ne pas céder aux idées des carrés rouges et conserver le système en place.  Mais le système continue de craquer, il se fissure et il semble irréparable. Les vieux préceptes néolibéraux étant autrefois à la mode sont tout autant vieillis que ceux qui les portent.

La jeunesse québécoise, elle, fait rêver.  Non pas par le projet politique qu’elle propose et la société qu’elle veut mettre en place, mais par son attitude.  Pendant longtemps, nos « leaders » ont reproché aux Québécois leur trop grande humilité, leur peur de réussir et leur jugement trop sévère des riches.  Pourtant, si le Québec a abouti avec une génération qui a confiance en elle-même, n’a pas peur de réussir, est prête à saisir son avenir et qui ne s’excuse pas de vouloir gagner, cela dérange le pouvoir en place? Ce que voulaient les puissants c’était de la reconnaissance ou même de l’adulation; ce qu’ils reçoivent, c’est un défi, plein d’arrogance et sans excuse.  Ce n’est pas leur personne que les plus jeunes envies, ce sont leur place.

Le Québec fait du surplace depuis 1995, et là, le choc survient.  Ce nouveau Québec sans barrières ni complexe étonne le monde et nos bons décideurs veulent l’éteindre.  Ce que ces décideurs doivent affronter ce n’est pas un mouvement politique dûment organisé, mais un phénomène social.  La jeune génération Y a atteint sa maturité et veut prendre sa place et créer un monde à la mesure de leurs ambitions. Il faut qu’elle soit acceptée et que les individualités qui la composent puissent s’accomplir. Vous direz que cela est applicable à toutes les générations montantes depuis le début de l’histoire de l’humanité, sauf que les Y sont les premiers à véritablement vivre « parallèlement » dans monde virtuel où ils ont l’habitude d’être entendu, écoutée, et ce, même si ce qu’ils ont à dire n’a aucun intérêt.  La structure pour eux ne guide plus, elle accepte.  C’est ce qu’ont tenté d’implanter, en partie, les carrés rouges, des structures « virtuelles » dans le monde réel.

Les plus vieux de leur côté veulent conserver leurs structures, leur choix limité d’options une Autorité qui leur indique ce qu’il vaut mieux choisir.  Ils ne veulent pas de ce monde d’hypercommunication où la capacité d’atteindre l’autre est la pierre d’accise de tout pouvoir. Ils veulent continuer dans ce monde où celui qui détient les moyens de production du message détermine le vrai du faux, comme tout patron décide pour tous les autres domaines de leur vie.  Ce monde où personne ne décide rien, mais ne donne leur opinion sur tout les effraie, car tout ce qu’ils croient comme étant « naturel » est désormais remis en question.  Dans la situation dans laquelle ils se retrouvent, la peur n’est plus une réaction, c’est un besoin.

Les néolibéraux ont cru que l’individualisme exacerbé allait enterrer les revendications collectives.  Malheureusement pour eux, c’est le contraire qui se produit.  Ces êtres remplis d’égocentrisme ne réclame que du collectif : un meilleur partage des revenus, un gouvernement ouvert, une véritable représentation politique et surtout de donner la chance à chacun de s’accomplir.  En fait, ils veulent que tous soient mis en place pour qu’ils n’aient pas à demander l’aide de personne.  Qu’on leur donne la chance et ils la prendront, pour dire par la suite qu’ils ont eu besoin d’aucune aide.  Ils sont ingrats, peut-être, mais au moins ils veulent changer les choses.

Lorsqu’on le regarde de l’intérieur, le Québec à l’air morne et paralysé; mais de l’extérieur, c’est un des endroits les plus dynamiques du monde.  Dans certains milieux au Québec, rien ne semble impossible, le monde est à conquérir et ces jeunes québécois plus métissés que jamais l’accomplissent d’une manière qui semble facile.  Le seul domaine qui semble impossible de conquérir, c’est celui de la politique.

Le printemps Érable ce n’est pas une tentative de conquête, c’est une prise de conscience par cette jeunesse de sa force et de son identité politique.  Dorénavant, ils savent qu’un groupe important, ayant la capacité d’imposer ses vues au reste de la population, existe.  Tout ce que font ces jeunes maintenant, c’est de travailler pour que cette vision s’établisse un peu partout, dans les partis politiques, les organisations, les institutions d’enseignement et même les compagnies privées.  Ce théâtre ridicule de ces politiciens, dignes mandataires des « honnêtes gens », va bien arriver à sa fin.  Manifester perpétuellement afin de renverser l’ordre établi ne donnera rien, alors ils créent déjà cet ordre.  La prochaine fois qu’ils se regrouperont dans les rues, c’est que le travail sera terminé.  Et tous seront obligés de dire que les carrés rouges avaient raison.

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