Que veulent les carrés rouges ?

28 Mar

Bon je vous mets un autre chapitre de ma réflexion sur le printemps Érable.  Que voulez-vous, c’est d’actualité…  Pour ceux qui veulent savoir ce que veulent vraiment les carrés rouges, car on ne vous l’explique pas vraiment ces temps-ci…

Que veulent les carrés rouges ?

Le plus grand effet, ou du moins le plus évident, du printemps Érable a été la résurgence de certaines idées sur la scène politique québécoise.  Ces idées ne sont pas nécessairement nouvelles, mais s’appuient sur un nouvel argumentaire et sont en réponse à des années infructueuses de réformes néolibérales.  Les revendications des carrés rouges contiennent, à des degrés divers, trois éléments idéologiques sur lesquels se basent tout le mouvement du Printemps Érable : méfiance envers l’État, justice sociale, et le désir d’une gouvernance plus morale.  Comme il fut précédemment expliqué, ce mouvement est en quelque sorte la continuité de la poussée du néolibéralisme, cependant selon les carrés rouges l’épanouissement individuel n’est possible que par l’imposition d’un projet collectif, permettant à chacun d’atteindre son plein potentiel, et non d’un laissez-faire où les désirs individuels sont la mesure de toute chose.

S’ils sont méfiants envers l’État, les carrés rouges croient contrairement aux néolibéraux que les institutions qui ont permis la Révolution tranquille sont désormais un outil de contrôle au service d’une classe de nantis, pensant avant tout à leur propre intérêt et non au maintien en place d’une classe bureaucratique au profit des syndicats ou d’autres bénéficiaires des programmes sociaux.  Si le modèle québécois tient encore la route, la fin de règne du gouvernement Charest nous a démontré qu’ils ne sont pas si loin de la vérité.

Les idées qui vont suivre ne sont pas exclusives aux carrés rouges, mais toutefois ont peut dire qu’ils réclament la « totalité du changement ». Si d’autres veulent choisir à la carte pour améliorer leur position dans l’électorat, c’est bel et bien les carrés rouges qui les maintiennent ces idées en vie.  Toutefois, bien des gens ne se sont arrêtés qu’aux revendications concernant les frais de scolarité et les manifestations, mais mieux comprendre les idées de cette poignée de radicaux, permettre de mieux saisir ce que constitueront les débats dans la vie politique québécoise dans les années à venir.

Gratuité scolaire (ou, du moins, le gel)

Les étudiants ne veulent pas payer ! Combien de fois l’ignorance a-t-elle parlé et exprimé ces mots durant le printemps Érable… Ce n’est pas que les étudiants ne veulent pas payer leur « juste part », mais qu’ils ne veulent pas le faire lorsqu’ils sont aux études.  On avait expliqué de la part des décideurs en faveur de la hausse que les études universitaires étaient, en fait, un investissement, car on allait avoir un meilleur salaire, donc que la somme payée par les étudiants était relativement mineure. Mais il y a plein de gens qui ont une technique au Cégep ou même au Diplôme d’Étude Professionnelle, où la formation est gratuite et qui ont de bien meilleurs salaires qu’une bonne partie des diplômés universitaires.  Ces gens-là n’ont aucunement « investi » dans leur avenir et ne paient donc pas leur « juste part ».  L’accessibilité aux Études universitaires devrait être gratuite, comme tous les autres niveaux d’études, chacun devrait accéder aux études de son choix, selon son intelligence et ses talents.

Avant tout, l’Université achète un statut, non une carrière ou un salaire, car on peut toujours aller se les chercher gratuitement dans un Cégep ou une école professionnelle. Qui paie au Québec pour les frais universitaires ? Des parents aisés pour leurs enfants, ou des étudiants pauvres qui doivent s’endetter.  Cela n’enlève rien au caractère progressiste du système québécois ou à sa position face au reste de l’Amérique du Nord.  Mais même si on atténue les coûts relatifs aux études universitaires, on permet seulement aux meilleurs des pauvres de rejoindre la grande moyenne des riches.  Les plus hautes classes qui n’acceptent que la crème de ceux en dessous.  Aussi, afin de toujours se distancer socialement des gens qui ne sont pas de leurs rangs, les parents plus aisés vont grandement investir dans l’éducation primaire, secondaire et collégiale de leurs enfants pour qu’ils atteignent les départements les plus contingentés, afin de leur assurer une place de choix. Et c’est cela que la gratuité vient heurter, la place de chacun dans la société, toute la symbolique sociale qui régit les interactions entre les gens.

Droit de manifester.

On n’a beaucoup parlé et l’on parle encore des fameux règlements qui supposément encadrent le droit de manifester. On n’a pas vu une telle tentative d’étouffer un mouvement démocratique de façon aussi musclée depuis la crise d’octobre 70.  La fameuse loi 12 (connue comme la loi 78, qui était en fait le projet de loi 78) et le règlement P6 à Montréal sont présentés comme étant raisonnable, car elle demande qu’un itinéraire et interdit de porter un masque. Ce que nos dirigeants ont oublié de nous dire c’est qu’avec ces lois, ils s’accaparent des pouvoirs qui entravent les libertés fondamentales. (Voir Annexe)

Je n’ai personnellement rien contre la remise d’un itinéraire à la police quelques heures avant une manifestation.  Cependant, si remettre cet itinéraire pouvait mettre en danger la sécurité des personnes qui participent à une manifestation, il est du devoir ses organisateurs de ne pas le remettre. La sécurité et la liberté d’expression des manifestants doivent primer avant tout.  La Police se sert de ces lois pour contenir les mouvements de contestation politique.  Pour que le tout soit juste, il faudrait que les policiers agissent de la même façon pour toutes les manifestations.  Malheureusement, il existe un climat de guerre entre les Policiers et certains manifestants, les enjeux ne servant que de prétexte à continuer l’affrontement.  Si chacun peut avoir ses torts, le renforcement des mesures de coercition de la part des policiers ne fait que justifier encore plus les agissements des manifestants les plus radicaux.

Auparavant, même les plus révolutionnaires remettaient leur itinéraire à la police, s’ils ont arrêté de le faire, c’est que les forces de l’ordre s’en servaient contre eux.  Même si l’on retrouve certains éléments qui font preuve de zèle dans la répression des indignés de tout genre, on peut remarquer dans l’ensemble des comportements différents tout dépendant de la cause et de l’organisation de la manifestation.  Ceci tend à démontrer des directives claires de la part des représentants élus.  Si ceux-ci ne sont là que par intérêt personnel ou partisan, la démocratie n’est plus que la continuation de la guerre par d’autres moyens.  La démocratie a en elle-même des valeurs et des principes qui doivent traverser les lignes de parti.

Les lois 12 et le règlement P6 cachent aussi une autre réalité qui est le résultat de l’idéologie néolibérale. Dorénavant, un service de police doit être rentable, comme doivent l’être l’éducation et la santé. La police sert maintenant à « donner des tickets » et doit se concentrer sur des opérations payantes, tant au niveau financier et que celui des retombées politiques.  De plus en plus, les dirigeants des forces de l’ordre et le pouvoir politique dorment dans le même lit, dans une gestion calquée sur celle d’une entreprise de service.  Ironique, mais les violences subies dans la rue n’ont été rendues possibles que par la mise en place du principe de l’utilisateur-payer dans des services qui devraient être gratuits.  Dans les deux cas, la fonction originelle des universités et de la police a été détournée pour des activités plus lucratives.  Les universités ne font plus de recherches fondamentales pour passer au domaine de l’appliqué et du travail à la chaîne, faisant perdre du même coup la réputation d’excellence de nos institutions d’enseignement.  « Ce n’est pas grave, on augmentera les frais de scolarité pour construire des pavillons high-tech nec plus ultra pour épater la galerie ».  La police n’a plus d’enquêteurs, ses équipements sont souvent vétustes, et la gestion interne est de plus en plus difficile   « Ce n’est pas grave, on va leur acheter des chars et des uniformes pour impressionner le monde ordinaire et qu’ils aient un peu plus peur quand on va leur donner des tickets à la chaîne.  On va faire deux ou trois grosses enquêtes sur le crime organisé, pour fermer la gueule des journalistes, mais on va arrêter la filature lorsque le Premier ministre va rencontrer un suspect lié au crime organisé. On s’en fout des agressions au centre-ville à trois heures du matin et des familles qui se font voler par infraction, l’important c’est que l’argent entre ».  Tels sont les mots de l’idéologie, telles sont les pensées qui habitent nos décideurs.

Fin de la brutalité policière

Les débordements policiers ont aussi poussé des citoyens à réclamer un véritable examen de leurs pratiques.  Dans un monde où les policiers servent principalement à rapporter de l’argent, à quoi bon s’occuper des exactions commises, comme à Victoriaville, pendant que l’on n’a plus aucun problème à remplir les quotas. Ajouter à cela une culture du silence et de protection entre les policiers eux-mêmes, vous avez une recette parfaite pour un désastre social.  Des yeux arrachés ou des mâchoires fracturées ce n’est pas des morts, donc rien n’est grave, ce ne sont que des dommages collatéraux… Et même s’il y avait des morts, la psychologie des masses fait en sorte que l’odieux revient sur les manifestants avec le très populaire « ils avaient seulement à ne pas être là ».  Vous croyez que j’exagère, c’est exactement ce qui est arrivé à Kent State et qui arrive malheureusement un peu partout sur la planète.  Quoi que disent les sondages, les artisans du changement sont toujours minoritaires.

Il est du devoir de nos dirigeants politiques à ce que les Forces de l’Ordre soient respectées et non craintes.  Le Chaos ne vient pas de l’absence d’ordre, mais lorsque l’Autorité a perdu toute sa légitimité face à la population.  Ce que les carrés rouges veulent, ce n’est pas la fin de la police, mais une police respectable qui sert les citoyens et non le pouvoir en place.  On cri partout au règne du « politically correct », que l’on ne peut plus rien dire et que la Majorité est désormais une victime… Pourtant, la Majorité silencieuse n’est la cible d’aucun profilage.  Les policiers ne sont qu’exécutants et ils doivent maintenir l’ordre, mais pourquoi toujours frapper du même côté, pourquoi cette réticence à atteindre ceux étant près du pouvoir ?   Ceux qu’on frappe, ceux qu’on enferme ce sont les minorités visibles, les marginaux, les autochtones, les personnes atteintes de maladies mentales, les anarchistes et les radicaux en tout genre…

Tous ceux qui contestent l’ordre établi ou illustrent les failles du système sont automatiquement ciblés.  Ils n’ont pas leur place, on leur dit de partir; ils ne veulent pas, alors on les brutalise. Une action répressive des services d’Ordre qui n’est pas réfléchie comme telle (lorsque quelqu’un bloque la circulation, on l’enlève; lorsque quelqu’un fait du bruit, on le fait taire), fait détacher les contestataires du groupe dans l’Esprit des citoyens ordinaires. Au lieu de voir la cause du règlement, ils ne voient que le « déréglé ».  Il devient alors qu’un corps étranger qu’il faut éliminer pour assurer la survie de l’organisme. La Brutalité policière c’est une déshumanisation de certains citoyens et citoyennes, dans le but d’imposer une vision idéologique de la société.

Plus grand pouvoir citoyen

L’idée d’un gouvernement plus près des citoyens n’appartient pas qu’à une poignée de révolutionnaires, mais a une bonne partie de la jeunesse.  Ceux-ci étant habitué se consulter continuellement par le biais des réseaux sociaux, ils ont acquis une éthique de la discussion beaucoup plus poussée que leurs aînés. De plus, cette conviction qu’ils peuvent tout faire par eux-mêmes les amène à être naturellement méfiants de toute institution voulant contrôler leur façon de faire.   Cela se traduit dans deux demandes, premièrement par la démocratie directe; deuxièmement, par l’établissement d’un « gouvernement ouvert », c’est-à-dire un gouvernement qui « n’a rien à cacher » en rendant public l’ensemble des documents regardant les dépenses publiques et les processus décisionnels.

Les deux reflètent la méfiance des citoyens envers l’État.  Ici, les citoyens doivent reprendre le contrôle et imposer sa volonté sur l’appareil bureaucratique qui est devenu, selon eux, complètement déconnecté de la réalité quotidienne des citoyens.

La démocratie directe, pour les plus jeunes, n’est pas un type de gouvernement, mais un moyen pour se faire entendre.  Pour eux, le conflit doit s’institutionnaliser par lui-même, au cas par cas.  Créer une structure permanente, répondant en tout point à leur idéal, serait rejeté automatiquement.  Ils craignent l’institutionnel, car il peut être facilement usurpé.  Les chefs, ils les dévorent; les porte-parole, ils les font taire.  Se faire reconnaître pour eux, c’est se rendre.  Leur place, ils l’ont déjà prise.  Si la politique les ennuie, ils quittent; qu’on touche à leurs droits, ils reviendront.  Il est alors difficile de réformer le système à leur goût, mais je crois toutefois qu’il faudra le réformer quand même, afin  d’éviter de finir avec deux États parallèles qui s’entrechoquent de crises sociales en crises sociales…

Si le Néo-Libéralisme nous a légué quelque chose de bon, c’est l’idée de la discipline budgétaire, en plus de la transparence, ce qu’on appelle la Bonne Gouvernance. Même si souvent le 1% ne prêche pas par l’exemple, cette plus grande rigueur permettrait à un État d’investir plus massivement, tout en évitant le gaspillage.

Aussi, avec l’avancement de la technologie, on peut passer à un « gouvernement ouvert » où l’ensemble des données publiques peut être dévoilé à la population.  Ces nouvelles infrastructures ne poussent donc pas à la réduction des services de l’État, mais plutôt à leur augmentation, puisqu’on  peut savoir combien vont vraiment pour les services aux citoyens.  Si on perd de l’argent dans la gestion de ce service, on peut mieux attribuer des tâches des fonctionnaires, ou tout simplement réduire leur nombre, s’il l’on démontre hors de tout doute, qu’ils ne serviront strictement à rien.

Débat public libre et équitable

Ce qui fait le plus enrager le « carré rouge moyen », est avant tout la désinformation des médias traditionnels.  Ayant recueilli des informations dans le monde virtuel, il s’attend à les voir se diffuser dans l’opinion publique.  Malheureusement, les médias traditionnels sont restreints par bon nombre de facteurs, dont le format, mais surtout la publicité.  Les normes journalistiques entrent aussi en jeu, mais le remplacement des journalistes qui sont soustraits à des normes plus strictes pour des chroniqueurs d’opinion, a hélas fait de sources d’informations crédibles des machines à manipuler l’opinion publique.

Les carrés rouges ont compris l’importance d’une information de qualité pour conserver une démocratie en santé.  Cet aspect est encore flou, car pour eux il vaut mieux avoir des médias à soi que de réformer ceux qui existent. De toute façon, pourquoi réformer un monde qui se réforme déjà par lui-même.  On abandonne le papier pour aller sur des plates-formes électroniques qui sont déjà occupées par les médias citoyens et les blogues en tout genre.  La bataille est rude, et le citoyen ordinaire aime mieux se faire rassurer par de l’idéologie que d’être confronté par des faits.  L’information est devenue une affaire de clans, comme au début de la Presse libre. Sauf ici, les moyens démesurés des empires médiatiques s’effritent et les petits, les marginaux, grossissent. Et partout, rien de vrai.  Pourtant, dans les médias citoyens de nouveaux faits sortent, des dossiers qui autrement aurait été passés sous silence sont dévoilés aux citoyens, mais tout ça est camouflé par un surplus d’opinions de part et d’autre.

Ce que les citoyens veulent, c’est qu’on leur donne l’heure juste. Mais ça, c’est impossible. Voyons ! Avoir les faits réels devant les yeux, indiquant en eux-mêmes la direction à suivre et heurter ceux qui nous soutiennent : les partis, les ordres professionnels, le conseil du patronat, les syndicats, les chambres de commerce… L’histoire les condamnera, mais au moins de leur vivant, leurs positions sont assurées.

Réforme du mode de scrutin

Notre scrutin date du moyen-âge, où les notables de bourgades désignaient un représentant pour aller siéger au Parlement anglais. En ces temps, une dizaine, parfois une centaine, rarement un millier, votaient.  L’exercice était informel et était basé plutôt sur une convention que sur une véritable règle constitutionnelle.  Ils étaient contraints également à des solutions simples, l’imprimerie n’existait pas, les gens étaient illettrés, les connaissances mathématiques rudimentaires, les recensements peu fréquents et approximatifs.  Donc, on comptait les votes et celui qui en avait le plus remportait le poste.  Aujourd’hui, avec plusieurs partis et des millions d’électeurs, il est facile de comprendre que le système n’est pas adapté à la réalité.

Si la farce continue à ce point, c’est en grande partie dû à notre mode de scrutin qui créé de fausse majorité et emprisonne les élus dans le silence par le biais de la discipline de partis.  À chaque élection, seulement une proportion équivalant entre le tiers et le quart des électeurs inscrits vote pour le gouvernement.

Le mode de scrutin cache un autre système qui justifie un certain pouvoir.  La volonté des vieux partis à ne pas « partager  le pouvoir » va bien au-delà du contrôle du processus législatif.  Il rejoint toute l’armature des privilèges qui sévit actuellement au Québec.  On apporte des votes à chacun des partis avec des promesses visant un groupe particulier, et non pour l’ensemble de la population.  Pouvant remporter une circonscription avec moins d’un tiers des voix, on cherche alors à faire plaisirs à un groupe dominant, à une addition d’intérêts précis aux dépens de tous les autres.  Les mêmes personnes étant toujours favorisées, elles implantent un système stable et perpétue les structures de pouvoir en place, alors pourquoi donc laisser une voix aux laissés pour compte.   Dans un système uninominal à un tour, il devient difficile de faire des réformes, car les partis au pouvoir se font réélire par cette « minorité dominante » qui sera toujours en faveur du statu quo.

Les plus jeunes ne veulent pas d’un gouvernement instable, ils veulent que leur point de vue même minoritaire soit tenu en compte.  Ils sont prêts à sacrifier de « l’efficacité » pour une meilleure représentativité. Et puis, qu’est-ce qui a de si efficace à imposer la même idéologie décennie après décennie, sans remettre rien en question ?  Les réformateurs de gauche et de droite savent qu’ils n’ont pas beaucoup de chance d’accéder au pouvoir, mais ils désirent avoir une influence réelle au sein du jeu politique.  Un système proportionnel où on a sensiblement la même proportion de députés que ceux celle des votes obtenus, permets aux idées nouvelles de faire  leur chemin plus facilement parmi la population.

Fiscalité progressiste

Le discours de la « juste part » a heurté les étudiants qui se sont empressés de mettre en lumière le fait que les plus privilégiés ne notre société ne paie justement pas leur « juste part » d’impôt, par le biais l’évasion fiscale, mais aussi par les allégements fiscaux du gouvernement offerts aux entreprises.  Il ne faut pas, par contre, généraliser et mettre ensemble tous les « capitalistes » dans le même panier.  En fait, le problème est que les ultras riches profitent abondamment de politiques qui sont supposément faites pour ceux se retrouvant juste aux dessous d’eux.  Si une structure fiscale aussi avantageuse pour les plus riches a pu s’implanter, c’est qu’on l’a vendue comme étant favorable à la classe moyenne.  Avec un manque constant d’accroissement de revenus ces trente dernières années, la classe moyenne est venue à apprécier le discours des allégements fiscaux qui répète le chakra divin de la droite « d’en avoir plus dans ses poches et pour son argent ».  Les coupures qui s’en sont suivies dans l’administration publique ont aussi vu les revenus disponibles des fonctionnaires fondent continuellement.  Petit à petit, la stratégie continue et la part de revenu de ceux qui doivent faire rouler l’économie diminue.  Pourtant, on a pensé à tout, en ouvrant les portes du crédit.  Le citoyen ordinaire se fait néanmoins berner en croyant que l’accroissement du pouvoir d’achat par le crédit lui met « plus d’argent dans les poches ». À vrai dire, il paie encore plus cher ce qu’il a besoin avec encore moins d’argent pour le rembourser.  Et comme toujours, c’est le milieu financier qui empoche les profits.  Le niveau d’endettement moyen des ménages canadien est maintenant d’environ 165 % et tout cela nous semble normal, tandis que l’on crie au meurtre alors que la dette du Québec équivaut à 58 % du PIB.

Il faut comprendre qu’avec la crise dans le secteur manufacturier et la foresterie, les entreprises attachées à ces domaines, souvent des PME, ont eu besoin d’un certain relâchement pour passer à travers cette période difficile. Cependant, nos manufacturiers auraient diminué grandement ces inconvénients en investissant pour augmenter leur productivité, mais encore une fois le gouvernement libéral a refusé de renforcer l’avenir du Québec au profit du laissez-faire.

Si nos services diminuent, c’est en grande partie dû au manque de revenus survenu avec les baisses d’impôts, l’abolition de paliers d’imposition et de la taxe sur le capital.  La situation dans laquelle on se retrouve s’explique plus par une longue suite de mauvaises décisions fiscales, plutôt qu’un manque de « bonne gouvernance », dans nos institutions publiques.  Heureusement, le gouvernement Charest a investi en infrastructure à partir du terrible accident du viaduc de la Concorde, mais inévitablement sur de l’argent emprunté. La réingénierie de l’État ayant fait son œuvre, avec la déréglementation et la privatisation, lorsque celui-ci a ouvert les vannes nécessaires à la rénovation de nos infrastructures, il a ouvert également celles de la collusion et de la corruption.

Ce que demandent les progressistes, dont les carrés rouges, pour financer la gratuité scolaire est le rétablissement de plusieurs paliers d’imposition et de la taxe sur le capital. Ce n’est pas une idée révolutionnaire, c’est revenir à une fiscalité qui permettrait au gouvernement de répondre adéquatement aux besoins de la population.  Avec le modèle néolibéral, on n’a pas stoppé le gaspillage, on la gaspille autrement.  Au lieu de la perdre vers le « social », on l’a transformé en manque à gagner par des allégements fiscaux et des prêts sans intérêts aux entreprises.  Aussi, le gonflement des coûts dans le secteur public a laissé la place à celui dans le privé, en substituant le bien de l’État à celui des partis, voyant dans le partenariat avec les compagnies une source intéressante de ristournes pour garnir ses coffres en vue des prochaines élections.  C’est pourquoi la privatisation des services n’est pas dans l’ensemble, une bonne chose.

L’avenir est simple. Soit on fait des réformes fiscales structurantes et progressistes, dans la mesure où elles accroissent les revenus de l’État; soit on fait des réformes libertariennes qui sauveraient nos finances, mais entraîneront des inégalités sociales qui obligeront à mettre sur pieds plus tard une fiscalité progressiste encore plus rigoureuse.

L’État est condamné à avoir une fiscalité progressiste.  Cependant, une fiscalité progressiste ne veut pas dire un régime de « bar ouvert » comme on n’a pu le voir à la fin du paradigme keynésien.  Il ne s’agit pas de « garrocher » de l’argent dans l’économie pour la faire renaître comme par magie. Pensée tout aussi magique que l’est le laissez-faire, prônant l’inaction des gouvernements, comme si tout allait s’arranger de par lui-même.  Il est vrai que la volonté de l’État de conserver les taux d’intérêt très bas au profit du crédit pour faire rouler artificiellement l’économie a causé en partie la crise de 2008.  Cependant, l’État a implanté un régime favorisant les institutions financières, en leur offrant également les impôts très bas et une quasi-absence de régularisation.  En fait, on utilise Keynes et Hayek de la mauvaise façon au profit de la grande finance.

Fin de la privatisation des services

La simple question des frais des scolarités a vite débordé sur un combat entre deux visions des services publiques, entre celui de l’investissement et l’accessibilité.  En fait, deux visions qui se combattent une centrée sur l’individu sont conçues comme un service pouvant être donné par n’importe qui d’autres, ayant un prix, donc une rentabilité; de l’autre un Bien collectif pouvant qu’être administré que par l’État et dont les coûts doivent être soutenu par la collectivité.  Beaucoup ont vu dans le combat qu’ils vivaient les étudiants, celui qu’ils vivaient dans leur milieu, le virage néolibéral ne donnant pas les résultats escomptés.

Si l’État a eu droit à certaines critiques, le virage « PPP » n’a pas donné les résultats espérés.  On est passé à un modèle « pas très bons » à un autre qui est « plutôt mauvais ».  Un exemple frappant est l’exploitation d’électricité par des éoliennes au Québec.  Voulant amener le Québec vers des énergies renouvelables, le gouvernement Charest a imposé des surplus d’électricité produits par des éoliennes.  Selon Hydro-Québec, il n’y a aucun besoin pour le moment de produire de l’énergie supplémentaire, mais le gouvernement Charest voulait attirer des industries avec de l’électricité à très bas prix.  Jusque-là, on peut encore plaider pour le développement économique en payant « dans le vide » pour attirer des emplois, afin d’aider la situation économique de certaines régions du Québec.  Ce n’est nécessairement pas une bonne décision, mais c’est défendable.  Sauf que, le gouvernement Charest a refusé à Hydro-Québec de concourir aux appels d’offres pour construire et exploiter les nouvelles éoliennes.  Pourtant, Hydro-Québec a l’expertise et les ressources pour mener à bien un tel projet, en plus que les profits reviendraient directement dans les coffres du gouvernement du Québec.  Au lieu de ça, Hydro-Québec achète à des compagnies privées de l’électricité trop chère des éoliennes qu’elle aurait pu produire à bas prix.  À cause de cette « privatisation », Hydro-Québec paie le double des coûts de production normaux de l’industrie éolienne.  On pourrait vite sauter aux conclusions qu’il y a eu collusion.  Soupçons partagés par l’UPAC qui a rencontré Hydro-Québec au sujet des contrats octroyés par le gouvernement Charest.  Pendant ce temps ont fait payer les citoyens ordinaires pour le manque à gagner le seul qui en profite c’est la compagnie privée.  Selon les statistiques ont créé de la richesse, mais en appauvrissant un peu plus la population…

C’est le même genre de vision qui a construit le campus de l’université de Sherbrooke à Longueuil où on a de la difficulté à remplir les salles de classe avec des étudiants, alors on loue des locaux à d’autres institutions.  De plus, ce manque d’étudiants fait en sorte que les locaux commerciaux du rez-de-chaussée sont vides et que plus de la moitié des comptoirs-restaurants ont fermé leur porte.  La direction de l’établissement n’y voit rien d’anormal, disant qu’ils ne prévoyaient pas à les occuper à court terme.  Une décision censée aurait été de construire un plus petit campus, en prévoyant des agrandissements lorsque le besoin se ferait sentir, mais quand on peut éponger les pertes avec les frais afférents payés par les étudiants et les subventions du gouvernement, pourquoi alors ne pas en profiter pour accaparer un emplacement aussi avantageux.  Si on n’est pas capable de le remplir, ne restera plus qu’à le vendre à une compagnie privée, et l’on fait sûrement du profit.  Si cela peut paraître bien dans les livres comptables, cet argent aurait pu servir entre temps acheter des livres pour la bibliothèque, engager des professeurs et investir dans des infrastructures de recherche, afin de permettre d’attirer les meilleurs éléments.

Partout les PPP semblent être un échec, mais on perdure dans cette voie.  On s’entête à augmenter les revenus par la croissance économique, mais personne ne semble comprendre que cette croissance ne fait qu’appauvrir les classes moins aisées.  Il faut reverser le cercle vicieux dans lequel nous sommes et s’assurer l’État à des revenus.  Les entreprises devront faire leur « juste part » un instant afin d’aider les citoyens de se remettre sur pied et relancer le mécanisme d’enrichissement de la population.  L’État paie désormais beaucoup pour une économie qui ne profite qu’à un petit nombre.

Développement durable

Les partisans du développement  durable sont rendus bien loin de « acheter c’est voter », des légumes bio et des toits verts.  Il ne faut pas oublier aussi que la première contestation du gouvernement Charest a été au sujet de la Centrale du Suroît, une victoire citoyenne qui a présagé le reste.  L’écologisme c’est repenser l’économie, les aménagements urbains, l’agriculture et les transports, enfin tout, par l’imposition de politiques transversales.  Finalement, leurs idées ont intégré le discours officiel, afin de permettre aux décideurs de favoriser l’acceptabilité de leurs projets.

Ce que l’on voit ressurgir dans la mouvance écologique ce n’est pas un discours en faveur de la préservation ou du respect de l’environnement, que tant que l’on tient compte des écologistes on peut faire le développement économique que l’on veut.  Les ressources naturelles non renouvelables, tels le minerai ou le pétrole, sont tentantes à offrir aux investisseurs pour un gouvernement, car elles amènent rapidement des emplois dans des régions qui souvent en ont plus que besoin et ajoutent de nouveaux revenus par les dividendes que les compagnies lui versent.  Celles-ci sont très appréciées, car en plus d’enrichir les gouvernements, les banques les fond de placements et les régimes de retraite, elles atténuent les ponctions fiscales.  La classe moyenne étant déjà taxée au maximum, il est évident que les nouvelles sommes nécessaires seraient perçues chez les plus nantis et les grandes compagnies.  C’est pourquoi on s’empresse depuis la crise de 2008 d’exploiter des ressources qui dans quelques années pourraient avoir une valeur encore plus avantageuse pour les finances du Québec.

Pour les carrés rouges, ces ressources ont une valeur en soi et est la propriété de la collectivité.   Bien qu’une compagnie privée ait un bon plan pour les exploiter, il appartient à la collectivité et non au gouvernement de décider si on doit aller de l’avant avec un projet.   L’acceptabilité sociale est difficile à atteindre, lorsque le gouvernement croit que des emplois sont un prix suffisant à l’exploitation des ressources naturelles sur le territoire du Québec.  La dilapidation des forêts et des mines dans le passé fait désormais mal aux compagnies qui veulent les exploiter, mais elles devront reconnaître l’impact réel de leurs actions.  Pour la grande partie des partisans du développement durable, l’arbre, le minerai, le pétrole ou le gaz naturel a une valeur avant même d’être exploité, car son extraction vient détruire son environnement.  La flore, la faune, l’eau et l’air viennent à être touchés et il y a un prix à payer pour « réparer » tout cela.  Un économiste vous parlera d’externalité; un carré rouge, lui, de responsabilité sociale des entreprises.   Il y a désormais d’autres facteurs à tenir compte que le prix de la ressource sur le Marché.

C’est aussi toute l’idée du développement économique des gouvernements actuels qui semble s’éloigner de la vision qu’en a la population.  Alors que les Québécois auraient accueilli favorablement la construction de la voiture électrique, nos gouvernements se lancent dans le pétrole.  Ils nous font passer un beau  pipeline sur des bords du Saint-Laurent pour les amis albertains.  Dans ce grand schéma pancanadien, le Québec n’est qu’une halte dans le transport du pétrole,  auparavant, le Canada était un chemin de fer, aujourd’hui c’est un pipeline.

Féminisme renouvelé

Un lègue souvent oublié du Printemps Érable est d’avoir redynamisé  le mouvement féministe.  Beaucoup ont durant ce parcours ont modifié leur point de vue concernant la place des femmes au Québec.  Avec le Printemps Érable, les jeunes féministes sont allées se chercher un nouvel auditoire et ont semé leurs idées dans les cerveaux progressistes de la province.  Leurs argumentaires se basent particulièrement sur le quotidien en combattant avant tout le « sexisme ordinaire » et tente de favoriser la diversité.  Comme les autres courants de la génération « Y », elles se méfient des institutions publiques et croient plutôt à un mouvement de fond.

De tous les courants qui sont sortis de l’ombre durant le Printemps Érable, ce féminisme 2.0 est celui qui, je crois, s’est le mieux implanté au sein des « communautés d’idées ».  C’est en grande partie celles-ci qui ont formé les meilleurs arguments contre la Charte, réfutant l’idée qu’elle conçut pour « sauver les femmes ».  Si l’élection de 2012 a démontré un fossé entre les souverainistes, l’épisode de la Charte a démontré celui entre les féministes.  Je ne suis pas un spécialiste, mais les féministes semblent sorties d’une forme de « paternalisme » et font maintenant plus confiance dans les choix que les femmes font par elle-même. Encore une fois le fossé générationnel est observable, entre les tendances d’un discours de « libération » face à celui d’un libre-choix.  Cela se base avant tout sur deux conceptions opposées de la condition de la femme au Québec.  La première qui découle de la longue tradition féministe perçoit essentiellement la femme comme opprimée, donc incapable de faire des choix par elle-même.  N’étant pas libérées, ses opinions et ses actions sont le reflet d’une structure patriarcale qui gère son existence depuis sa naissance.  Il faut alors intervenir pour que la Femme sorte de cette condition et prenne la place qui lui revient au sein de la société.  Pour les secondes, la Femme s’est libérée et est capable de faire ses choix de vie en toute conscience, même si ceux-ci peuvent paraître traditionalistes aux yeux de certains.  C’est en tentant de restreindre ses choix qu’on en vient à l’opprimer.  Comme dans les autres mouvements progressistes, on tend à délaisser l’idée d’avant-garde qui doit par ses actions, sauver le groupe.

Un mouvement de fond 

Les effets du printemps Érable vont pourtant plus loin qu’une addition d’idées nouvelles ou qui « reviennent à la mode ».  Ce que nous avons vécu collectivement au printemps 2012 a été une puissante remise en question, un tsunami idéologique, un immense torrent bouleversant les divisions traditionnelles relatives à la vie politique québécoise.  Nous avons tous été transformés par le printemps Érable, aucune personne n’en est sortie indemne, tous ont remis en question leurs croyances et leur vision du Québec.  Et ceux qui ont voulu revenir en arrière, comme si rien ne s’était produit, pour amener artificiellement les Québécois dans une autre direction, en ont payé fortement le prix.  Bien ou mal, pour ou contre, le Québec change et il faudra bien faire avec…

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