De la liberté au temps du Printemps 2015… Partie 1 : Pourquoi déteste-t-on autant les carrés rouges ?

4 Avr

Pourquoi déteste-t-on autant les carrés rouges ?

Je ne commencerai pas ce texte avec un diagnostic pessimiste de la société québécoise avec une longue tirade sur mon incompréhension devant un gouvernement oppressif qui ne veut pas tendre l’oreille vers sa jeunesse, son propre avenir…

On vous l’a fait depuis le printemps Érable, ça n’a pas l’air de vous attendrir plus qu’il ne faut… Mais pourtant, un récent sondage de CROP prétend que 40 % des Québécois voudraient que la priorité du gouvernement soit la lutte à la pauvreté et non de « faire le ménage » dans nos finances publiques avec un programme d’austérité.  De l’autre côté, les économistes découvrent que les déficits annoncés par le gouvernement Couillard, sont en fait des surplus masqués

Alors pourquoi il y a seulement les étudiants dans la Rue ? Et pourquoi les « gens ordinaires » les détestent-ils autant ?  Et surtout, pourquoi ne font-ils rien pour contrer des hausses de tarifs et des coupures de services qu’ils ne veulent même pas ?

Cette apathie généralisée et le cynisme ambiant pourraient vous sembler comme une nouveauté, un phénomène récent qui déstabilise les penseurs, et qu’il n’y a pas vraiment de solution à ce problème.  Et si je vous disais, que ce que nous vivons collectivement aujourd’hui, une homme l’avait prédit il y de cela 175 ans…

Non seulement il l’avait prédit, mais il en avait vu la cause. Non pas dans une corruption généralisée de ses dirigeants ou un corporatisme syndical d’une Élite gauchiste, mais dans le régime démocratique lui-même, les citoyens abandonnant peu à peu, leur liberté pour le confort et les petits plaisirs personnels.

Ainsi, c’est Tocqueville plus que tout autre qui décrit le mieux notre situation dans ce fameux extrait de la démocratie en Amérique (Tome II) :

C’est que la Liberté fait peur, nous angoisse, et l’exercer (comme le font les étudiants en ce moment), peut nous apporter de graves conséquences, comme le démontre cet autre extrait de Jacques Ellul :

Alors, pourquoi parlons-nous autant de Liberté !  Pourquoi devant l’exercice de la liberté, d’autres répondent-ils par l’imposition d’une « autre liberté » ? Ou, pourquoi des amoureux déclarée de la liberté, ne veulent aucunement que les autres en fassent l’exercice ? Pourquoi, ces appels à la brutalité policière ou même à l’armée à chaque fois que les étudiants descendent dans la rue ?  Pourquoi ces propos diffamatoires ou même haineux, envers les étudiants ? Pourquoi cette répétition de billets orduriers, sans aucun faits, ni proposition concrète au sujet de la grève ?

Pourquoi tant de gens supposément dotés de capacités de réflexion plus qu’adéquates, s’enfoncent dans l’émotion et la sentimentalité pour un programme dont la réussite est plus qu’hasardeuse, tandis que les « méchants casseurs anarchistes » sont capables faire des propositions concrètes intéressant même les trois partis d’opposition ?

Mais quelle est donc cette liberté remplie de haine ?

Ici Slavoj Zizek tente une réponse :

Ce que ces exaltés de « drettistes » veulent ce n’est pas la liberté, mais cette obsène liberté… de conduire imprudemment, de consommer de la drogue, d’agresser des filles, de se battre à la sortie des bars, d’acheter des marchandises volées, de travailler au noir, et bien d’autres choses.  Selon eux, et quelques fois ils n’ont pas tort, un régime plus équitable profiterait à l’Élite gauchiste (c’est à dire les artistes, les fonctionnaires et les intellectuels) qui pourraient se permettre des transgressions, tandis qu’eux, se feraient sermonner à longueur de journée par un État qui ne leur apporterait que de minces avantages.

Ils ne veulent pas s’engager dans un processus afin d’améliorer leur condition et celle de la collectivité, car ce qui est « bon  pour eux » est défini par des gens qui leurs sont étrangers et ils ont trouvé un moyen de profiter du système, même si ce dernier se relève auto-destructeur…

Comme par exemple, le choix de polluer avec un « gros char », car le choix ne pas polluer est décidé par une Élite qui ne comprend pas leur condition.  Pourtant, ne pas polluer est logiquement une meilleure chose que de polluer, que ce soit pour nous-même ou pour les autres.  Par contre, imposer un choix sur les autres, même s’il est logique et nécessaire, est désormais perçu par celui qui se le fait imposer, comme un manque de respect, une atteinte à sa dignité, un déni de reconnaissance de son individualité… Ce qui poussent les personnes à se radicaliser, car tout compromis politique, devient alors une trahison personnelle.

Les gens de droite pourraient retourner les mêmes arguments aux carrés rouges, et autres progressistes, en leur disant qu’il faut faire des sacrifices pour sauvegarder les finances de l’État, et que cette lutte contre l’Austérité n’est qu’un prétexte pour perturber et faire de la casse. Cependant, si des changements doivent être apportés aux finances publiques, la nécessité de mesures d’Austérité aussi intenses, est fortement discutable.  Tout cela devrait plutôt être un débat stérile entre économistes, technocrates, syndicats et dirigeants d’entreprises, et non une crise sociale à l’échelle nationale !

Les idées politiques deviennent tellement intégrées dans l’identité que si quelqu’un à une idée contraire à la tienne, il devient moins humain.  Une idée doit rester une idée, c’est à dire que l’on peut changer d’idée, lorsque quelqu’un nous prouve que son idée est meilleure que la nôtre.  Chose que l’on apprend encore dans quelques facultés universitaires…  Car la politique dans un contexte démocratique, c’est transformer des institutions, améliorer des programmes, s’assurer du bon fonctionnement des nos organismes publiques, avoir des finances saines et qui profitent à l’ensemble des citoyens, où chacun peut exprimer ses idées dans un contexte sécuritaire et respectueux.  La démocratie ce n’est pas 50%+1 qui écrase 50%-1, car telle est la volonté de la Majorité silencieuse ou pas, la démocratie ne se résume pas qu’aux élections, il y a également toute une structure légale qui l’accompagne, assurant les libertés individuelles, de plus les organisations civiles suivent également les principes démocratiques.

Le refus du dialogue et l’utilisation de la ligne dure, peut rassurer les ministres libéraux autant qu’ils le veulent, mais il ne se construit pas en ce moment, un monde basé sur les « valeurs libérales ».  Ce que les partisans de l’Austérité essaient de faire, ce n’est pas vraiment d’assainir les Finances publiques, mais plutôt d’en finir avec leurs ennemis politiques.  Chose qui semble avoir un vif succès, car même ceux qui rouspètent contre les hausses de tarifs et le gaspillage de fonds publics, tombent automatiquement du côté du gouvernement libéral lorsqu’il frappe les étudiants et les syndicats.  Le débat est si personnalisé que l’on s’attaque plus à ceux qui nous critiquent qu’au problème lui-même.  Malgré tout, on peut utiliser toute la répression que l’on veut, nier l’évidence ne la fera pas disparaître…

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