Les Québécois désapprouvent la grève étudiante, et alors ?

11 Avr

Bon il y a eu un sondage de la firme Léger qui indique que 66 % des Québécois sont opposé à la Grève étudiante !

Est-ce grave pour les étudiants ? Est-ce que cela prouve qu’ils ont obligatoirement torts ? et bien… pas vraiment…

En fait ce genre de réaction dans l’opinion publique est tout à fait prévisible, voir même normale.

Un sondage du même type de la firme CROP était sorti au printemps 2012 avec environ les même résultats et cela n’a pas empêché les carrés rouge de « gagner »…

C’est un phénomène prévisible que n’importe quel expert en psychologie sociale peut vous expliquer mieux que moi, la population tend à se mettre du côté de l’Autorité, nous sommes socialisés comme ça… C’est une bonne chose d’agir de la sorte la grande majorité du temps, mais lorsque des conflits sociaux comme celui que nous vivons actuellement surgissent, les bévues perpétrées par ces autorités en viennent tout de même par être excusées par les « citoyens ordinaires »… avec trop souvent cette triste phrase, « ils avaient juste à ne pas être là » et les militants sont alors perçus comme n’importe quel criminel…

Un exemple assez frappant de ce genre de phénomène est la fusillade survenue à l’université Kent State en 1970, où après des manifestations très intenses contre la guerre du Viet Nam, la garde nationale a tiré sur la foule et tué des quatre personnes.  Une photo très célèbre a capturé l’événement :

KENT STATE SHOOTINGS

Bon je veux dire, une 4 personnes sont mortes… c’est très grave… les gens ont dû être choqués par cet événement, cela a dû faire pencher la balance du côté des manifestants… ou du moins, avoir eu un élan de sympathie pour les blessés et les morts… et que non !

Premièrement,  la première réaction l’administration du président de l’époque, Richard Nixon, a été de déclaré que :

‘when dissent turns to violence, it invites tragedy.’

Un sondage Gallup survenu tout de suite après les événements démontrait que 58 % des américains blâmaient les manifestants, 11 % les gardes nationaux et 31 % n’avaient aucune opinion sur le sujet…  L’appui au Président Nixon qui avait qualifié les étudiants de « bums », de sauvages et de barbares quelques jour plus tôt s’est même renforcé.

Et pourtant,

Si l’opposition à la guerre du Viet Nam a diminué avec dans les années qui suivirent, cela n’a donné aucune marge de manoeuvre au pouvoir en place pour continuer aveuglément leur participation au conflit vietnamien.  Les États-Unis durent alléger la conscription, et petit à petit, se désengager. En 1971, la fuite des Pentagons Papers démontrant les mensonges perpétrés par le gouvernement pour tromper l’opinion publique américaine, met l’Administration dans l’embarras.  La même années les États-Unis perdent deux alliés, l’Australie et la Nouvelle-Zélande qui quittent totalement le Viet-Nam.  En 1972, après une série de bombardements violents, l’administration Nixon, entame des pourparlers at le Nord Viet-Nam.  En 1973, l’Accord de paix de Paris est signé, et les États-Unis se retirent du conflit.

En 1974, Nixon démissionne suite au scandale du Watergate, pour ne pas subir l’humiliation d’être destitué de ses fonctions par le Congrès.

En 1975, les armées du Nord Viet-Nam entrent dans Saïgon.  En tout, les américains ont perdus environ 55 000 soldats au Viet-Nam…

Dans le fond, les manifestants avaient raison, Bien sûr ! Mais, l’historiographie officielle sur la guerre du Viet-Nam remet l’odieux de la défaite sur les opposants à la guerre, à cause que les braves soldats américains n’ont pas eu assez de support à la maison… personne ne voulant remettre en cause les erreurs stratégiques des généraux et des Présidents américains.

Perturber le système pour une juste cause ne donne jamais la reconnaissance méritée.  Et les positions les plus radicales pour un vrai changement (un vrai de vrai), sont toujours minoritaires.  Vous croyiez que les premières suffragettes ont eu un appui incroyable à leur début, que dire de la lutte pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis, ou la province française qui se réjouissait du massacre de la Commune de Paris par les Versaillais… c’est un fait la « Majorité silencieuse » si elle gagne souvent, se retrouve majoritairement du mauvais côté de l’Histoire…

Si c’est de la reconnaissance publique et des remerciements que vous recherchez, ne vous engagez pas dans la lutte sociale…

Et ce qui est des sondages d’opinion, bien on s’en fout ! Toutefois, cela donne peut-être un indicateur sur la stratégie, sur le message, sur l’emballage quoi, mais sur le fond y’a pas de quoi s’embêter avec ça… Les idées prennent du temps à pénétrer les esprits, il faut voir ça à long terme.

Et du temps, ça les jeunes, ils en ont beaucoup devant eux…

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7 Réponses to “Les Québécois désapprouvent la grève étudiante, et alors ?”

  1. Abolissimo 11 avril 2015 à 17 h 16 min #

    Excellent commentaire, très documenté et convaincant. Vous devriez nous envoyer des billets de ce genre au COUAC…
    info@lecouac.org
    Notre page FB: https://www.facebook.com/pages/Le-Couac/377830842341717?fref=ts

  2. El. 12 avril 2015 à 19 h 57 min #

    Recennement j’étais trop affectée par le populisme traitant les grèvistes comme des marginaux qui sont jamais à bon place. Cette lecture m’a reconforté un peu et a remis des choses sur leurs places dans ma tête. Grand merci.

    • louispariseau 15 avril 2015 à 0 h 45 min #

      C’est une belle chose que j’entends. Merci à vous.

  3. Phil 12 avril 2015 à 20 h 44 min #

    Cela ne m’empêche pas d’être légèrement dégouté par les stratégies des associations syndicales pour désapprouver uniquement les informations qui touchent leur crédibilités en quoi que ce soit et de faire valoir le leur

    Je suis étudiant au secteur sciences à l’UQAM et j’ai assisté à une polarisation complète des camps entre les chefs d’associations syndicale et les représentants gouvernementaux et des lois.
    C’est surtout sur le fait de donner plus d’importance sur des idées (ou des lois non-écrites) que des faits qui cause toute la crise.
    Idée: si une association est en grève, alors tous les cours qui sont enregistrés par l’association est en grève.
    Fait: Tout éleve a le droit d’étudier. Si une association tombe en grève, elle ne doit pas importuner les autres associations qui ne sont pas en grève. Si un élève ou un professeur n’est pas capable de se présenter dans un cours à cause d’obstacle majeur. L’université a l’obligation, pas le choix, de prendre des dispositions. Cette loi n’a rien de fascistes, elle avait été surtout crée pour gérer des circonstances comme la questions des personnes handicapées , mais pouvait aussi agglomérer plusieurs autres circonstances futures.

    Problème majeur: Plusieurs des cours qui se passent à l’UQAM regroupe des élèves venant de plusieurs associations (langue et communication, sciences, Art, enseignement). Même si ton association a voté contre la grève, l’association gréviste qui possède les cours peut quand meme envoyer du monde masqué pour forcer tout le monde à sortir?

    Même avec cet inconvénient, le problème se réglait toujours parce que la grève durait normalement une semaine, voire quelque jours. Mais la définition de grève générale illlimité(utlisée pour la quatrième fois dans l’histoire de l’éducation du Québec si je me souviens bien) a pertubé cet équilibre de gestion. Maintenant, des étudiants de programme non-grévistes peuvent se voir malgré tout être forcé à ne pas faire un cours.
    La frustration est encore plus grande quand ils entrent tout en même temps et marchent sur les bureaux, donnant une impression qu’ils sont plus importants que toi. Voila pourquoi je ne suis pas du côté des grévistes.

    Mais cet argument, je ne le vois nulle part. Et le probleme majeur, je le vis en ce moment même.

    Les associations étudiantes , quand je leur parle de mon problème, blâme la faute sur les syndicats des professeurs (!) et qualifient d' »injustes » ceux qui s’en vont aux cours pareille.Sur trois représentants de 2 associations, aucun d’entre eux n’a voulu ni parler de quelquonque levée de cours, ni leur donner une quelquonque faute.

    Je suis au courant que certains informations médiatiques peuvent paraître erronée ( j’ai déja vue une personne citée qui n’a jamais donné d’entrevue) Mais tu dois quand même raisonner que des personnes sont contre toi non en se basant uniquement sur des propagandes ou sur des statistiques, mais par une accumulation d’opinions qui divergent (l’encadrement de la grève étudiante, la responsabilité de tes actes), du plan que tu présentes ou des faits contre toi qui ont été reportés (intimidations au cégep Du Vieux-montreal).

    Mais quand tu veux attaquer un gouvernement ou de la politique , alors tu prends tous les titres médiatiques que tu veux, et tu n’hésites pas a attaquer sur tous les remparts. Et tu n’hésites pas à envoyer des messages émotionnels pour donner un coup de fouet à ton mouvement.
    Si je me souviens bien, personne n’est mort à date pour une raison politique à ce sujet, et pourtant, on accepte de crier au SPVM ‘Flic pol assassin’ ou de comparer ce qui se passe là ou il y a eu des massacres d’étudiant comme l’université Kenn States.
    c’est qui qui fait propagande pour quoi? Au dépend de qui?

  4. Nikolas Barry-Shaw 13 avril 2015 à 14 h 52 min #

    « C’est un phénomène prévisible que n’importe quel expert en psychologie sociale peut vous expliquer mieux que moi, la population tend à se mettre du côté de l’Autorité, nous sommes socialisés comme ça…  »

    Hum, pas d’accord. Lettre envoyé au Devoir à propos de ce sondage:

    Léger Marketing et Le Devoir cherchent-ils à sonder l’opinion publique ou à la manipuler?

    Christian Bourque, vice-président de Léger, prétend que le plus récent sondage réalisé par sa firme indique que les Québécois sont « d’accord avec l’objectif global de l’austérité » et même que la fameuse « majorité silencieuse » pousse les libéraux à « faire le ‘sale boulot.’ » Or, la lecture des résultats démontre clairement la mauvaise foi de M. Bourque et le manque de rigueur journalistique du Devoir.

    L’austérité ne passe pas aussi bien auprès de la population québécoise que M. Bourque tente de nous le faire croire. Le sondage – mais pas l’article – révèle que 46 % des Québécois sont insatisfaits (contre 43 %) des compressions budgétaires. De plus, 41 % se disent insatisfaits (contre 38 %) de l’attaque contre les retraites des employés municipaux, et 45 % sont insatisfaits (contre seulement 30 %) de la relance du Plan Nord. Quant à la « réforme Barrette », la colère de la population est particulièrement marquée, avec 62 % de Québécois insatisfaits de la réforme du système de santé et presque deux sur cinq (37 %) se disant « très insatisfaits. »*

    Étrangement, quand Gaétan Barrette (26 %) et François Blais (22 %) récoltent des taux d’appui semblables à celui des étudiants grévistes (24 %), on ne nous matraque pas avec un gros titre manipulateur en une du journal que les Québécois « jugent sévèrement » ces Ministres ou qu’ils « condamnent » leurs réformes – eux, ils ont tout simplement un problème de « communications ». Deux poids, deux mesures. (Compte tenu de la diabolisation incessante dont ils font actuellement l’objet dans les médias, le taux d’appui de 24 % aux étudiants grévistes est même plutôt impressionnant.)

    Si la population hésite à appuyer les étudiants en grève, elle semble tout de même d’accord à de nombreux égards sur le fond politique (on pourrait même dire « l’objectif global ») de leur lutte. L’approche démagogique de M. Bourque et du Devoir, digne des empires médiatique Gesca / Québecor, ne devrait pas nous faire perdre de vue cette réalité.

    Nikolas Barry-Shaw
    co-auteur de Paved with Good Intentions: Canada’s development NGOs from idealism to imperialism
    Montréal, Québec

    * Tout cela ne vaut rien, nous explique M. Bourque, car « il est impossible de satisfaire les Québécois avec une réforme de la santé. » Ah, bon ? Il est plutôt loufoque de voir M. Bourque expliquer que le problème du ministre Barrette est son « ton » et sa « manière » qui « passent mal », quand on sait que les résultats de son propre sondage montre très clairement que ce sont les politiques d’austérité dans le système de la santé qui « passent mal. » Apparemment, quand la majorité silencieuse s’exprime, seuls les « experts » sont en mesure de décoder ce qu’elle dit vraiment.

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