Archive | mars, 2016

Le paradoxe des droits universels

31 Mar

Un système démocratique doit pour être véritablement démocratique avoir des lois et une constitution se basant sur les droits universels.  Mais pour que ceux-ci soient réels, ils ne doivent pas se réduire qu’à des mots en s’exerçant pleinement dans un cadre délibératif qui, pour être efficace, doit avoir une langue et une culture commune. En d’autres termes, il faut que les gens se comprennent en ayant les mêmes référents au niveau social, économique et politique. Sans culture propre un régime démocratique n’est qu’un organe consultatif et non une « cité », il est réduit qu’à une fonction administrative.

Donc, une entité démocratique doit promouvoir :

•Les droits universels (lois, chartes, politiques publiques, etc.)

•Une culture commune (langue, culture, patrimoine, etc.)

Toutefois, posséder une culture commune dans un groupe est plus facile à dire qu’à faire.  On retrouve dans la plupart des pays des minorités ethniques ou linguistiques qui vont avoir de la difficulté à utiliser ces codes ou, s’ils sont en mesure de les utiliser, avoir de la difficulté à intégrer les milieux décisionnels.  Ces « murs culturels » tendent à créer des sous-entités politiques au sein de l’arène politique.  Les institutions démocratiques deviennent alors des organes administratifs n’ayant qu’une fonction consultative.

Les nationalistes identitaires ou conservateurs veulent sauvegarder quelque chose qui est mort, qui n’existe plus, qui précèdent l’arrivée d’un groupe (ici les musulmans) pour en exclure leurs membres du processus démocratique, car seuls ceux qui possèdent les codes et le langage de la Majorité peuvent être habileté à diriger une nation.

Une nation démocratique a besoin de lieux communs où tous sont invités à participer.  La loi 101 permet cela, en forçant les gens à se servir d’une langue publique commune  pour participer à la « vie de la cité ».  C’est aussi le moyen de préserver la culture, en augmentant les participants.  Cependant, il n’y a pas une façon unique d’être francophone ou de parler français.

Les inclusifs s’égarent en misant en premier lieu sur les droits individuels; les identitaires que sur la culture.  L’un sans l’autre, il ne peut y avoir de véritable démocratie.

On peut rêver d’un monde sans frontière, mais on ne peut rêver d’un monde démocratique et libre sans nation, ou du moins des groupes de cultures communes qui rendent la démocratique une réalité.

L’acceptation aveugle des différences n’entraîne pas une plus grande liberté, équité ou égalité, mais de nouvelles contraintes à celles-ci.  Toutefois, promouvoir une culture politique commune qui n’accepte pas les changements sociologiques, économiques et démographiques d’une nation va également amener de nouvelles contraintes à ces mêmes principes.

Il faut accepter que sa culture change et on ne peut pas forcer nos successeurs à préserver notre héritage une fois que nous serons plus là.  Toutefois, notre héritage est la seule chose qui nous appartient en tant que groupe et c’est par celui-ci que l’on peut créer les liens qui nous unissent.  Une culture, c’est en quelque sorte faire du « neuf avec du vieux » en quelque sorte.  Toutes les tentatives de faire table rase du passé n’ont donné que des résultats désastreux.  Si les quantités de passé dont une nation peut priver sont plus grandes que l’on croit pour survivre.  Il nous faut une attache avec le passé pour avoir une direction avec l’histoire qui explique le présent et prédit un avenir meilleur.

Si on continue comme ça, à se faire administrer et diriger par une autre nation, présenté comme un groupe inférieur et arriéré, où la seule façon de révéler notre nationalisme doit être faite conformément à cette image qu’à de nous cette autre Majorité qui nous dirige avec compassion et ouverture d’esprit.  On peut bien rester dans le Canada, si on le désire, mais tant qu’on se constituera comme nation au sein de celui-ci, on sera un groupe dépendant des voeux de la Majorité anglo-canadienne.

Pourtant, les minorités du Québec ont peut-être raison de s’accrocher au Parti libéral du Québec et à la fédération canadienne, sachant pertinemment qu’ils n’auraient plus rien pour les protéger une fois dans un Québec indépendant.

La solution au dilemme pourrait provenir d’un endroit inattendu. Par exemple, ces dernières années, il y a eu une certaine controverse avec le « show bilingue » de Sugar Sammy comme étant une atteinte à la culture québécoise et la langue française.  Dans le contexte des années soixante, cela aurait peut-être été vrai, mais en 2016, ce l’est sûrement moins.  Un tel spectacle crée un espace commun où se rassemblent différentes communautés qui ne font pas habituellement.

Nationaliste ou pas, toute activité permettant à tous d’y participer renforce l’identité nationale. Un événement nationaliste dans le sens convenu du terme, renforce qu’une de ces parties, lui donnant préséance sur les autres. Celui-ci en vient à sanctionner le contrôle de la Majorité sur les minorités, alors que ce dernier ne devrait pas exister dans un système démocratique basé sur les droits universels.

Ceux qui dénoncent tout amalgame culturel, comme les plusieurs déclinaisons du « franglais » dans différentes oeuvres, oublient souvent leur révolte devant les critiques du joual au début de leur révolution tranquille. De ce fait, les nationalistes les plus convaincus sont paradoxalement devenus un obstacle au renforcement de l’identité nationale québécoise. Un événement n’étant pas initié par des Québécois « de souche » ne pourrait être pleinement québécois. Mais si ceux-ci se prétendent québécois, comment peut-on les renier ?  Il faut créer un espace commun avec eux, on n’a pas le choix…

Qu’on le veille ou non, le mouvement nous pousse dans une direction contraire à la vision des partisans du néo-libéralisme ou du nationalisme identitaire.  Le Québec sera inclusif ou ne sera pas, il sera nationaliste ou il ne sera pas, et il deviendra indépendant ou il ne sera pas.

 

Distribution (de la richesse) aux consommateurs (révolutionnaires)

30 Mar

Tout le monde semble s’accorder sur le fait que les réseaux sociaux ont joué un rôle déterminant dans les derniers grands mouvements de contestations qui ont ébranlé ou carrément renverser les gouvernements visés.  On pense automatiquement au Printemps arabe, mais aussi à l’Ukraine et plus près de nous, le Printemps Érable.

Il semblerait que les dirigeants de Google, Facebook et de Telsa, tenteraient par le biais des réseaux sociaux de déstabiliser la campagne à l’investiture républicaine de Donald Trump. Certaines rumeurs indiquent également que les dirigeants des compagnies oeuvrant dans le Web 2.0 favorisaient les publications anti-Trump, afin de faire tourner l’option publique du côté démocrate.

Si on voit la campagne de Trump se renforcer, la manoeuvre (si elle existe) semble porter ses fruits.  Les opposants à Donald Trump sont déjà bien organisés et les idées clairement progressistes prennent place dans le débat.

Ce n’est pourtant pas les militants les plus radicaux qui paraissent être à ce moment le moteur de l’Histoire, mais bel et bien le bon vieux capitalisme qui s’adapte au changement structurel de l’économie et de la société.  On passe actuellement à une nouvelle économie où la Propriété même se transforme.  L’humanité tout entière est poussée par un mouvement visant à abolir faussement la propriété privée.

La spéculation n’entraînera que des crises et des remises en questions, celle-ci devrait dégonfler dans les années à venir et être moins attrayants à ceux voulant faire des profits faramineux. Car il faut se faire à l’idée, on doit presque tout ce que l’on possède à des institutions financières qui semblent profiter dorénavant seules du système économique.  La seule façon de reprendre le contrôle est de changer les règles du jeu.

Avec les moyens de comptabilisation des données mis à notre disposition, on comprend mieux des envies et les besoins des consommateurs, les grandes tendances du Marché seront désormais plus prévisibles.  Le « gros argent » serait fait dans la capacité d’influencer la spéculation, plutôt que dans la spéculation elle-même.

Déjà, on voit percer dans le monde de la Finance le sociofinancement et les microcrédits « à la carte », les gens ordinaires choisissant d’investir dans le projet de leur choix, générant au passage un sentiment de communauté. Avec la tendance du sociofinancement, la spéculation en tout genre devrait se démocratiser avec tous les changements chaotiques que cela comporte.

L’industrie automobile qui était la pièce d’accise de toute société industrielle moderne se transforme.  En milieu urbain, la possession d’une automobile à essence sera remplacée par l’autopartage où les voitures fonctionneront à l’électricité et seront (plus tard) autonomes, ce qui devrait porter un coup même à nos sociétés de transport étatisées.

Le développement des imprimantes 3D annonce peut-être bien la fin des manufactures.  L’achat traditionnel de transaction « à la pièce », pourrait tout aussi disparaître. On pourrait tout simplement s’abonner à des design, comme on s’abonne à Netflix ou a Spotify.

Ce qui devrait transformer nos expériences d’achats, déjà des boutiques en ligne, comme amazon, font mal aux grandes surfaces qui ont peine à se positionner entre ces nouveaux joueurs plus gros qu’elles et les nouvelles boutiques spécialisées dorénavant orientées selon les styles de vie.

Comme il fut déclaré à l’aube de la Révolution française, « une nouvelle distribution de la richesse entraine une nouvelle distribution du pouvoir ». Et pas besoin d’être miséreux pour se révolter, il suffit d’être insatisfait.  Dans le contexte québécois. Le trop long règne du PLQ (avec un court interrègne de 18 mois du Parti québécois) commence à être lourd.  Le peuple dont la situation socioéconomique devient de plus en plus précaire chaque année, avaient maintenu les libéraux au pouvoir, afin d’éviter des chambardements constitutionnels, mais le prix à payer pour cela est toutefois très grand.  L’édifice plus que centenaire qu’est le parti libéral du Québec craque; l’austérité a laissé un goût amer et l’UPAC a commencé ses arrestations, tandis qu’un nouveau gouvernement libéral au niveau fédéral, lui, s’est détaché du discours néolibéral des trente dernières années  pour démontrer une image plus branchée et plus progressiste.

Ce nouveau « capital » a tout intérêt à ce que le peuple renverse l’ordre établi que ce soit par des réformes ou carrément des mouvements révolutionnaires.  Que ce soit par des moyens modérés ou violents, les nouveaux possédants devraient faire attention avec ce qu’ils jouent.  On n’a bien vu ce qui est arrivé lors du Printemps Érable; la réaction violente du gouvernement a donné raison aux forces les plus radicales. Partout, la haine est galvaudée par les ondes et les billets de chroniqueurs dépassés par le nouveau contexte politique, démontrant que le « modérantisme » ne pourra toujours triompher.  La même chose est également visible chez les intellectuels de gauche, cette avant-garde composée souvent de jeunes privilégiés n’ayant pas encore compris toute la haine contenue dans le coeur des laissés pour compte.

Ce que l’on voit avec Donald Trump, est que celui qui réussit à se faire le porte-voix de cette haine ne peut que recevoir un appui massif de ces gens épuisés et confus par tous ces changements. Car qui peut vraiment les comprendre ?  Tous ces changements se font si vites, et même nos dirigeants semblent en avoir perdu le contrôle. La crise des migrants et la guerre au terrorisme islamique démontrent l’incapacité des États à gérer convenablement ces nouveaux mouvements internationaux. En dedans comme en dehors, l’État-nation ne semble plus détenir les compétences nécessaires pour intervenir convenablement. Que faire ? Aller vers l’inconnu ou s’accrocher à ce que l’on connaît, même si cela ne fait plus l’affaire ?

Le nationalisme conservateur teinté de xénophobie et anti-immigration peut nous réconforter momentanément, mais il n’est aucunement adéquat pour affronter l’avenir.  Tout nous pousse vers un « Nouveau Monde ».

Comme dans les époques précédentes, les nouveaux dirigeants économiques voudront contrôler le politique, mais les simples citoyens voudront également utiliser leur nouveau pouvoir d’influence individuelle, ce qui devrait entraîner également une transformation de nos institutions.  La technologie nous permettant une démocratie plus directe, il y a bien un groupe quelque part qui va vouloir s’en servir. Les organisations non gouvernementales, les compagnies privées, les syndicats et bien sûr l’État devraient adopter des pratiques « plus démocratiques ».

Donc, on peut prévoir qu’au conflit entre la propriété financière et la propriété « partagée », devrait suivre un autre entre ceux qui la conçoivent comme étant indépendante du domaine politique, une sorte de communauté d’abonnés, parallèle à la cité démocratique et ceux qui voudront fusionner ces deux entités.

Alors pourquoi conserverait-on les entraves relatives à la propriété, lorsque cette dernière sera virtuellement disparue ?

Je ne veux pas dire que l’appât du gain nous entraine vers le communisme, mais que notre rapport avec la propriété risque de changer de telle façon, que si on n’adapte pas la démocratie à ces changements, on pourrait bien la voir disparaitre. On nous fera croire alors que nous n’avons jamais été autant libres, devant la possibilité d’être tout et n’importe quoi. Mais si on n’a pas la capacité de se défendre devant le pouvoir qui est devant nous, même partagé, à quoi bien cela peut-il nous être utile ?