Distribution (de la richesse) aux consommateurs (révolutionnaires)

30 Mar

Tout le monde semble s’accorder sur le fait que les réseaux sociaux ont joué un rôle déterminant dans les derniers grands mouvements de contestations qui ont ébranlé ou carrément renverser les gouvernements visés.  On pense automatiquement au Printemps arabe, mais aussi à l’Ukraine et plus près de nous, le Printemps Érable.

Il semblerait que les dirigeants de Google, Facebook et de Telsa, tenteraient par le biais des réseaux sociaux de déstabiliser la campagne à l’investiture républicaine de Donald Trump. Certaines rumeurs indiquent également que les dirigeants des compagnies oeuvrant dans le Web 2.0 favorisaient les publications anti-Trump, afin de faire tourner l’option publique du côté démocrate.

Si on voit la campagne de Trump se renforcer, la manoeuvre (si elle existe) semble porter ses fruits.  Les opposants à Donald Trump sont déjà bien organisés et les idées clairement progressistes prennent place dans le débat.

Ce n’est pourtant pas les militants les plus radicaux qui paraissent être à ce moment le moteur de l’Histoire, mais bel et bien le bon vieux capitalisme qui s’adapte au changement structurel de l’économie et de la société.  On passe actuellement à une nouvelle économie où la Propriété même se transforme.  L’humanité tout entière est poussée par un mouvement visant à abolir faussement la propriété privée.

La spéculation n’entraînera que des crises et des remises en questions, celle-ci devrait dégonfler dans les années à venir et être moins attrayants à ceux voulant faire des profits faramineux. Car il faut se faire à l’idée, on doit presque tout ce que l’on possède à des institutions financières qui semblent profiter dorénavant seules du système économique.  La seule façon de reprendre le contrôle est de changer les règles du jeu.

Avec les moyens de comptabilisation des données mis à notre disposition, on comprend mieux des envies et les besoins des consommateurs, les grandes tendances du Marché seront désormais plus prévisibles.  Le « gros argent » serait fait dans la capacité d’influencer la spéculation, plutôt que dans la spéculation elle-même.

Déjà, on voit percer dans le monde de la Finance le sociofinancement et les microcrédits « à la carte », les gens ordinaires choisissant d’investir dans le projet de leur choix, générant au passage un sentiment de communauté. Avec la tendance du sociofinancement, la spéculation en tout genre devrait se démocratiser avec tous les changements chaotiques que cela comporte.

L’industrie automobile qui était la pièce d’accise de toute société industrielle moderne se transforme.  En milieu urbain, la possession d’une automobile à essence sera remplacée par l’autopartage où les voitures fonctionneront à l’électricité et seront (plus tard) autonomes, ce qui devrait porter un coup même à nos sociétés de transport étatisées.

Le développement des imprimantes 3D annonce peut-être bien la fin des manufactures.  L’achat traditionnel de transaction « à la pièce », pourrait tout aussi disparaître. On pourrait tout simplement s’abonner à des design, comme on s’abonne à Netflix ou a Spotify.

Ce qui devrait transformer nos expériences d’achats, déjà des boutiques en ligne, comme amazon, font mal aux grandes surfaces qui ont peine à se positionner entre ces nouveaux joueurs plus gros qu’elles et les nouvelles boutiques spécialisées dorénavant orientées selon les styles de vie.

Comme il fut déclaré à l’aube de la Révolution française, « une nouvelle distribution de la richesse entraine une nouvelle distribution du pouvoir ». Et pas besoin d’être miséreux pour se révolter, il suffit d’être insatisfait.  Dans le contexte québécois. Le trop long règne du PLQ (avec un court interrègne de 18 mois du Parti québécois) commence à être lourd.  Le peuple dont la situation socioéconomique devient de plus en plus précaire chaque année, avaient maintenu les libéraux au pouvoir, afin d’éviter des chambardements constitutionnels, mais le prix à payer pour cela est toutefois très grand.  L’édifice plus que centenaire qu’est le parti libéral du Québec craque; l’austérité a laissé un goût amer et l’UPAC a commencé ses arrestations, tandis qu’un nouveau gouvernement libéral au niveau fédéral, lui, s’est détaché du discours néolibéral des trente dernières années  pour démontrer une image plus branchée et plus progressiste.

Ce nouveau « capital » a tout intérêt à ce que le peuple renverse l’ordre établi que ce soit par des réformes ou carrément des mouvements révolutionnaires.  Que ce soit par des moyens modérés ou violents, les nouveaux possédants devraient faire attention avec ce qu’ils jouent.  On n’a bien vu ce qui est arrivé lors du Printemps Érable; la réaction violente du gouvernement a donné raison aux forces les plus radicales. Partout, la haine est galvaudée par les ondes et les billets de chroniqueurs dépassés par le nouveau contexte politique, démontrant que le « modérantisme » ne pourra toujours triompher.  La même chose est également visible chez les intellectuels de gauche, cette avant-garde composée souvent de jeunes privilégiés n’ayant pas encore compris toute la haine contenue dans le coeur des laissés pour compte.

Ce que l’on voit avec Donald Trump, est que celui qui réussit à se faire le porte-voix de cette haine ne peut que recevoir un appui massif de ces gens épuisés et confus par tous ces changements. Car qui peut vraiment les comprendre ?  Tous ces changements se font si vites, et même nos dirigeants semblent en avoir perdu le contrôle. La crise des migrants et la guerre au terrorisme islamique démontrent l’incapacité des États à gérer convenablement ces nouveaux mouvements internationaux. En dedans comme en dehors, l’État-nation ne semble plus détenir les compétences nécessaires pour intervenir convenablement. Que faire ? Aller vers l’inconnu ou s’accrocher à ce que l’on connaît, même si cela ne fait plus l’affaire ?

Le nationalisme conservateur teinté de xénophobie et anti-immigration peut nous réconforter momentanément, mais il n’est aucunement adéquat pour affronter l’avenir.  Tout nous pousse vers un « Nouveau Monde ».

Comme dans les époques précédentes, les nouveaux dirigeants économiques voudront contrôler le politique, mais les simples citoyens voudront également utiliser leur nouveau pouvoir d’influence individuelle, ce qui devrait entraîner également une transformation de nos institutions.  La technologie nous permettant une démocratie plus directe, il y a bien un groupe quelque part qui va vouloir s’en servir. Les organisations non gouvernementales, les compagnies privées, les syndicats et bien sûr l’État devraient adopter des pratiques « plus démocratiques ».

Donc, on peut prévoir qu’au conflit entre la propriété financière et la propriété « partagée », devrait suivre un autre entre ceux qui la conçoivent comme étant indépendante du domaine politique, une sorte de communauté d’abonnés, parallèle à la cité démocratique et ceux qui voudront fusionner ces deux entités.

Alors pourquoi conserverait-on les entraves relatives à la propriété, lorsque cette dernière sera virtuellement disparue ?

Je ne veux pas dire que l’appât du gain nous entraine vers le communisme, mais que notre rapport avec la propriété risque de changer de telle façon, que si on n’adapte pas la démocratie à ces changements, on pourrait bien la voir disparaitre. On nous fera croire alors que nous n’avons jamais été autant libres, devant la possibilité d’être tout et n’importe quoi. Mais si on n’a pas la capacité de se défendre devant le pouvoir qui est devant nous, même partagé, à quoi bien cela peut-il nous être utile ?

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