Le paradoxe des droits universels

31 Mar

Un système démocratique doit pour être véritablement démocratique avoir des lois et une constitution se basant sur les droits universels.  Mais pour que ceux-ci soient réels, ils ne doivent pas se réduire qu’à des mots en s’exerçant pleinement dans un cadre délibératif qui, pour être efficace, doit avoir une langue et une culture commune. En d’autres termes, il faut que les gens se comprennent en ayant les mêmes référents au niveau social, économique et politique. Sans culture propre un régime démocratique n’est qu’un organe consultatif et non une « cité », il est réduit qu’à une fonction administrative.

Donc, une entité démocratique doit promouvoir :

•Les droits universels (lois, chartes, politiques publiques, etc.)

•Une culture commune (langue, culture, patrimoine, etc.)

Toutefois, posséder une culture commune dans un groupe est plus facile à dire qu’à faire.  On retrouve dans la plupart des pays des minorités ethniques ou linguistiques qui vont avoir de la difficulté à utiliser ces codes ou, s’ils sont en mesure de les utiliser, avoir de la difficulté à intégrer les milieux décisionnels.  Ces « murs culturels » tendent à créer des sous-entités politiques au sein de l’arène politique.  Les institutions démocratiques deviennent alors des organes administratifs n’ayant qu’une fonction consultative.

Les nationalistes identitaires ou conservateurs veulent sauvegarder quelque chose qui est mort, qui n’existe plus, qui précèdent l’arrivée d’un groupe (ici les musulmans) pour en exclure leurs membres du processus démocratique, car seuls ceux qui possèdent les codes et le langage de la Majorité peuvent être habileté à diriger une nation.

Une nation démocratique a besoin de lieux communs où tous sont invités à participer.  La loi 101 permet cela, en forçant les gens à se servir d’une langue publique commune  pour participer à la « vie de la cité ».  C’est aussi le moyen de préserver la culture, en augmentant les participants.  Cependant, il n’y a pas une façon unique d’être francophone ou de parler français.

Les inclusifs s’égarent en misant en premier lieu sur les droits individuels; les identitaires que sur la culture.  L’un sans l’autre, il ne peut y avoir de véritable démocratie.

On peut rêver d’un monde sans frontière, mais on ne peut rêver d’un monde démocratique et libre sans nation, ou du moins des groupes de cultures communes qui rendent la démocratique une réalité.

L’acceptation aveugle des différences n’entraîne pas une plus grande liberté, équité ou égalité, mais de nouvelles contraintes à celles-ci.  Toutefois, promouvoir une culture politique commune qui n’accepte pas les changements sociologiques, économiques et démographiques d’une nation va également amener de nouvelles contraintes à ces mêmes principes.

Il faut accepter que sa culture change et on ne peut pas forcer nos successeurs à préserver notre héritage une fois que nous serons plus là.  Toutefois, notre héritage est la seule chose qui nous appartient en tant que groupe et c’est par celui-ci que l’on peut créer les liens qui nous unissent.  Une culture, c’est en quelque sorte faire du « neuf avec du vieux » en quelque sorte.  Toutes les tentatives de faire table rase du passé n’ont donné que des résultats désastreux.  Si les quantités de passé dont une nation peut priver sont plus grandes que l’on croit pour survivre.  Il nous faut une attache avec le passé pour avoir une direction avec l’histoire qui explique le présent et prédit un avenir meilleur.

Si on continue comme ça, à se faire administrer et diriger par une autre nation, présenté comme un groupe inférieur et arriéré, où la seule façon de révéler notre nationalisme doit être faite conformément à cette image qu’à de nous cette autre Majorité qui nous dirige avec compassion et ouverture d’esprit.  On peut bien rester dans le Canada, si on le désire, mais tant qu’on se constituera comme nation au sein de celui-ci, on sera un groupe dépendant des voeux de la Majorité anglo-canadienne.

Pourtant, les minorités du Québec ont peut-être raison de s’accrocher au Parti libéral du Québec et à la fédération canadienne, sachant pertinemment qu’ils n’auraient plus rien pour les protéger une fois dans un Québec indépendant.

La solution au dilemme pourrait provenir d’un endroit inattendu. Par exemple, ces dernières années, il y a eu une certaine controverse avec le « show bilingue » de Sugar Sammy comme étant une atteinte à la culture québécoise et la langue française.  Dans le contexte des années soixante, cela aurait peut-être été vrai, mais en 2016, ce l’est sûrement moins.  Un tel spectacle crée un espace commun où se rassemblent différentes communautés qui ne font pas habituellement.

Nationaliste ou pas, toute activité permettant à tous d’y participer renforce l’identité nationale. Un événement nationaliste dans le sens convenu du terme, renforce qu’une de ces parties, lui donnant préséance sur les autres. Celui-ci en vient à sanctionner le contrôle de la Majorité sur les minorités, alors que ce dernier ne devrait pas exister dans un système démocratique basé sur les droits universels.

Ceux qui dénoncent tout amalgame culturel, comme les plusieurs déclinaisons du « franglais » dans différentes oeuvres, oublient souvent leur révolte devant les critiques du joual au début de leur révolution tranquille. De ce fait, les nationalistes les plus convaincus sont paradoxalement devenus un obstacle au renforcement de l’identité nationale québécoise. Un événement n’étant pas initié par des Québécois « de souche » ne pourrait être pleinement québécois. Mais si ceux-ci se prétendent québécois, comment peut-on les renier ?  Il faut créer un espace commun avec eux, on n’a pas le choix…

Qu’on le veille ou non, le mouvement nous pousse dans une direction contraire à la vision des partisans du néo-libéralisme ou du nationalisme identitaire.  Le Québec sera inclusif ou ne sera pas, il sera nationaliste ou il ne sera pas, et il deviendra indépendant ou il ne sera pas.

 

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