Archive | avril, 2017

Diversité et démocratie

16 Avr

La fin du néo-libéralisme n’entraînera pas la fin du «Multiculturalisme» et de la mondialisation. De plus, vouloir restreindre la diversité dans nos sociétés au nom du respect de la démocratie et des droits universels ne peut que les affaiblir.

L’origine de la diversité 

Les façons de concevoir la diversité au sein des démocraties libérales se sont grandement transformées au cours de l’histoire, mais la diversité telle que vécue aujourd’hui est le produit des politiques de Multiculturalisme implantées depuis les années soixante. Les États-nations d’alors, aux prises avec la montée des mouvements sociaux des minorités, ont adopté des régimes de citoyenneté permettant de reconnaître des différences, sans pour autant remettre en question le pouvoir de la Majorité. Au Canada, ces politiques étaient des réponses au mouvement souverainiste québécois et aux revendications des peuples autochtones qui étaient dorénavant reconnus de la même façon que les communautés issues de l’immigration.

On peut dire qu’en reconnaissant tout le monde, la reconnaissance n’a plus vraiment de valeur et en ne faisant pas de concession aux groupes nationaux minoritaires, la domination ethnique était ainsi maintenue.

Car reconnaître les Italiens, les Ukrainiens, les Polonais, les Haïtiens, les Pakistanais, etc. dans le Canada de Trudeau père, ça remettait quoi en question? À part aider les libéraux et prévenir la séparation du Québec, les groupes minoritaires n’avaient que des bénéfices marginaux.

Mais le multiculturalisme n’est pas entièrement mauvais, il permet à des individus et des groupes vulnérables d’avoir des moyens pour se défendre de l’abus de la Majorité.  Il donne une valeur à l’individu quelque soit son origine, son genre, son orientation sexuelle, en plus de l’aider à faire partie de la communauté politique si nécessaire à la démocratie.

Nous sommes actuellement à la croisée des chemins au niveau de la reconnaissance identitaire. La réaction des nationalistes conservateurs est du même ordre que la réaction économique, elles sont liées au refus de participation, ou du moins au refus de participation significative des gens « vulnérables », des minorités qui grâce aux politiques de multiculturalisme ont pris pleinement possession de leur place dans l’espace public.

Aujourd’hui, on peut passer outre les canaux officiels et prendre sa place. Toute cette reconnaissance s’est implantée dans la structure sociale et a forgé l’identité nationale, donnant au plus jeune une plus grande ouverture à ces différences.

La diversité, c’est le multiculturalisme où tous participent pleinement selon ses envies et ses capacités (comme les carrés rouges), sans entraves d’institutions qui voudraient la contrôler. Ni État, ni religion, ni entreprise privée, ni médias; c’est le régime de citoyenneté des citoyens, pour les citoyens, par les citoyens.  La véritable démocratie participative ne passera pas par l’économie, mais par l’identité. En gros, il faut savoir ce que l’on est, avant de savoir ce que l’on va faire…

L’Autoritarisme à la Trump s’est imposé, car certains voyaient dans la diversité une menace à leurs acquis économiques. D’un autre côté, toutefois, la diversité à la Trudeau fils propose une reconnaissance, mais sans pour autant remettre en question l’ordre établi.

Une nécessité économique

Les Réseaux sociaux peuvent être perçus simultanément tant comme des outils de contrôle que de libération.  Le marketing à l’ère du 2.0 permet désormais de mieux définir les individus, de comprendre leurs envies, leurs opinions et leurs comportements. Pourtant, ceux qui semblent le plus faciles à contrôler avec ces nouveaux outils de communications, ceux sont qui les rejette le plus et qui les utilise avec le moins d’habiletés. Entre d’autres mots, dans les réseaux sociaux comme dans les autres domaines, « le savoir c’est le pouvoir».

On a désormais plus de chance de vendre un bien ou un service à quelqu’un en le faisant participer, en l’intégrant dans une communauté de personnes ayant les mêmes goûts et les mêmes valeurs. Un même produit pourra même être décliné en plusieurs marques qui auront une image plus adaptée à chacune de ces communautés, c’est ce qu’on appelle la segmentisation.

Sauf qu’une identité nationale forte, basée sur la participation peut contrer ses divisions qui agissent au sein d’une société et c’est de ça que le Marché a peur…

Réalisme identitaire

Les échanges économiques ont emmené des échanges culturels entre individus. Nous ne formons pas pour autant une même famille. Nous sommes tous dans la même piscine, mais on reste entre amis, chacun dans notre coin.

La langue et la culture sont les seules véritables frontières du XXIe siècle. Les autres frontières, archaïques, doivent être redéfinies.

De son côté, l’autodéfinition multiculturaliste est en quelque sorte une erreur.  Pour participer, il te faut les outils pour échanger avec les individus et les institutions. Si dans un Marché, il faut de l’argent et évidemment ceux qui en ont moins sont désavantagé, il en va de même avec ceux maitrisant le mieux la langue et les codes sociaux dans la société auxquels ils se retrouvent.

Il n’y a personne qui choisi de se placer en position de vulnérabilité, si c’était qu’un choix rationnel, tout le monde prendrait l’identité de la Majorité, au lieu de perdre temps et énergie à faire valoir ses droits collectifs.  Tu ne choisis pas une identité, tu l’acceptes, tu te rends à celle-ci. Le seul véritable choix avec une identité, c’est d’en renier une…

C’est l’erreur des démocraties libérales que de se définir que par des droits individuels. Il est vrai que sans droits universels, il ne peut y avoir de démocratie. Toutefois, sans culture, sans langue commune et identité nationale, on ne peut pas exercer les droits universels qui font une démocratie.

Imposer une langue n’empêche pas de conserver celle que l’on utilisait auparavant, en plus qu’elle permet à ceux qui l’apprenne de mieux s’intégrer à sa société d’accueil et d’échanger avec ses nouveaux concitoyens.

Oui, on peut protéger des valeurs, mais ces valeurs ne peuvent être culturellement exclusives. Pour être conforme à l’idéal démocratique, toute «Charte des Valeurs» se doit de respecter les libertés individuelles ainsi que d’avoir des institutions publiques qui permettent à ces mêmes libertés individuelles de s’exprimer. C’est là toute la différence entre protéger une langue et protéger des valeurs.

Publicités

Post-vérité : la peur comme besoin

9 Avr

Dans ma réflexion sur le printemps Érable, j’ai sous-estimé la capacité des plus vieilles générations de se servir des nouveaux outils de communications. Cependant, on peut remarquer qu’ils n’utilisent pas les réseaux sociaux comme l’ont fait les carrés rouges, par exemple.

Le capitalisme est malin, sa capacité d’adaptation est une de ses plus grandes forces.  Des entreprises ont vu là un outil de manipulation des masses (l’expression semble un peu forte, mais c’est exactement ça) et en ont profité. Le Brexit et l’élection de Donald Trump ont changé la donne au niveau stratégique avec l’utilisation des Fake News.

La communauté participative

Auparavant, la communauté politique était une communauté d’échange où les relations « économiques » prévalaient. Les électeurs votaient ou militaient pour le parti qui répondaient le plus adéquatement à leurs besoins, habituellement d’ordre matériel. L’information était contrôlé par des institutions, tels les partis politiques, les Médias, les communautés religieuses, les syndicats, qui exerceraient une autorité sur les individus. En bref, on offrait un choix aux électeurs qui décidaient au mieux de leur connaissance, souvent influencés par les rapports de force au sein de leur milieu social.  Les individus composaient des blocs assez homogènes et stables au niveau de leur nombre, rendant la joute politique assez prévisible.

Aujourd’hui la communauté politique est participative. Tout le monde est désormais producteur de contenus, qu’ils soient d’ordre économique, politique, médiatique… Et ces nouvelles structures amènent de nouvelles normes «sociales».

Cependant, cette production de contenu ne se fait pas dans le monde «réel», mais dans un espace virtuel, les réseaux sociaux, dans une communauté parallèle à l’ancienne communauté d’échange qui n’a pas encore été totalement remplacée.

Si dans la réalité la diversité n’a pas encore été pleinement acceptée il en est tout autre dans le monde virtuel, où tout le monde peut produire de l’information, des produits culturels, de l’opinion et trouver d’autres individus qui vont l’accepter pour la diffuser à son tour, créant ainsi une nouvelle communauté « virtuelle ».  Évidemment, une telle façon de faire va entraîner une diversité et une multiplication des reconnaissances dans ce Nouveau Monde virtuel…

Entre autres mots, la diversité entraine une obligation d’une reconnaissance.  Par contre, la diversification des communautés ne signifie pas pour autant que celles-ci sont ouvertes et amèneront plus de tolérance au sein de la société.

Tu agis dans une communauté ouverte, tant et aussi longtemps que tu participes et que tu n’empêches personne de participer… Soustraire des individus à la participation, dans une «communauté participative», c’est inéluctablement pousser cette communauté à vouer un culte au mensonge.

Nécessité d’échanger dans un climat sain

C’est quelque chose que la plupart des universitaires comprennent, nous formons une communauté de recherche.  La critique, le débat, la démonstration que l’on fait a tort fait avancer le groupe.  Dans une telle dynamique , il y a une différence entre le chercheur et la personne.  On peut louanger les recherches de quelqu’un que l’on déteste, et d’un autre côté fortement critiquer les conclusions de notre meilleur ami, car on doit se concentrer uniquement sur «l’oeuvre».  En bref, on tire sur le message, pas sur le messager.

La plupart du temps, on ne débat pas sur les réseaux sociaux avec la société dans son ensemble, mais plutôt dans un groupe composé de gens partageant essentiellement les mêmes valeurs que nous, où la surenchère fait avancer les idées les plus radicales, poussant à délaisser le rationnel au profit des émotions.

On peut être en désaccord avec des idées, on peut même haïr certaines d’entre elles, mais il ne faut pas pour autant tenir des propos haineux ou agir violemment envers ceux qui les proposent. Ce n’est pas parce qu’une personne écrit quelque chose avec quoi nous sommes en désaccord ou qui nous heurte violemment, que tout son matériel est non pertinent ou qu’elle est une folle enragée…

Nous sommes sur les réseaux sociaux un avatar, un personnage public. Pour que le débat reste sain, les gens doivent savoir sur nous seulement ce qui est pertinent au débat dans lequel on s’inscrit.

Sauf que les gens d’extrême-droite n’agissent pas comme ça… Ils forment une communauté d’émotions; ils sont fans de haine, comme des jeunes filles sont fans de Taylor Swift (malgré que les suprémacistes blancs sont aussi d’avides fans de Taylor Swift… pour une raison qui me dépasse). Ils agissent de façon anonyme en tant que trolls, ne distinguant aucunement la sphère publique de la sphère privée, par l’acharnement et l’intimidation.

Le vrai coupable

Auparavant, les individus étaient disciplinés par les structures sociopolitiques. Dans les démocraties libérales, les discours haineux étaient découragés par l’État, les médias ainsi que par les Élites.  Les individus étaient foncièrement passifs, même dans la révolte le message provenait d’une entité extérieure. Ce genre de révolte peut être attribué aux «Radio poubelles» qui s’inscrivent dans un courant alternatif. Si elles pouvaient jeter des flots de haine et peuvent avoir été des précurseurs de la montée des mouvements d’extrême-droite actuels, elles ne sont que des entreprises commerciales, visant un style de vie de «white angry men» pour faire du profit.

Ce sont les réseaux sociaux qui ont façonné ces nouveaux groupes d’extrême-droite, de la même façon qu’ils ont créé les carrés rouges. Et ce qui est arrivé durant le printemps Érable, c’est une tentative d’imposition dans la réalité d’un projet né dans un espace virtuel.

Au-delà des propos démagogiques et des controverses médiatiques, tout va passablement bien au Québec, les changements qui doivent avoir lieu sont de l’ordre des ajustements. Par contre, lorsque tu t’es abreuvé quotidiennement de fausses nouvelles t’annonçant catastrophe sur catastrophe, tu veux voir cet état de fait dans la réalité. Et lorsqu’un candidat, comme Donald Trump, propose des actions radicales à des problèmes qui n’existent pas réellement, les gens qui y croient vont appuyer ces actions avec un enthousiasme démesuré.

Nous avons dorénavant un besoin toxique de certitude dans un monde qui se fragmente de plus en plus.  Cependant, la seule certitude qui a une réelle valeur n’est même pas certaine, car elle peut être remise en question par des faits vérifiables. S’abandonner à assemblage de faussetés même si cela nous réconforte n’est évidemment pas une solution.