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Fin de ma réflexion sur le Printemps érable

7 Nov

Après des années de dur labeur (à temps partiel) voici un extrait de ma super trop longue réflexion sur le printemps érable qui devait au départ avoir une longueur de 40 pages, finalement ça m’en a pris 163…

vous pouvez tout télécharger ça (en cliquant sur le lien) gratuitement ,  en deux parties.

C’est ma conclusion.  Peut-être que ça pourra vous inspirer pour la prochaine bataille contre l’austérité…

« La prochaine fois qu’ils se regrouperont dans les rues, c’est que le travail sera terminé »

Conclusion

Le résultat de l’élection 2014 qui a fait revenir les libéraux au pouvoir pourrait pour certains annoncer la fin de l’option souverainiste et du mouvement du Printemps Érable.  La déception fut grande, tant chez les partisans d’une diminution massive de la taille de l’État, d’une plus grande justice sociale ou de l’implantation de la Charte des Valeurs.  Avec l’arrivée du gouvernement Couillard, c’est la peur du changement qui triomphe.  Trop divisé sur la direction à prendre, le Québec a décidé de faire du surplace, même si les agents de l’UPAC risquent de visiter souvent le caucus libéral.

Pourtant, les carrés rouges ne sont pas menés par la Peur, ni craindre pour l’avenir, comme peuvent l’être les autres courants politiques au Québec.  S’ils peuvent être radicaux et idéalistes, leurs désirs de tout transformer commencent à porter fruits, les idées commençant tranquillement à pénétrer les esprits.

Les opposants doivent alors user de différentes méthodes, afin d’empêcher au changement de survenir.  Ce qu’on a vu s’offrir sous nos yeux ne sont que des tentatives de ne pas céder aux idées des carrés rouges et conserver le système en place.  Mais le système continue de craquer, il se fissure et il semble irréparable. Les vieux préceptes néolibéraux étant autrefois à la mode sont tout autant vieillis que ceux qui les portent.

La jeunesse québécoise, elle, fait rêver.  Non pas par le projet politique qu’elle propose et la société qu’elle veut mettre en place, mais par son attitude.  Pendant longtemps, nos « leaders » ont reproché aux Québécois leur trop grande humilité, leur peur de réussir et leur jugement trop sévère des riches.  Pourtant, si le Québec a abouti avec une génération qui a confiance en elle-même, n’a pas peur de réussir, est prête à saisir son avenir et qui ne s’excuse pas de vouloir gagner, cela dérange le pouvoir en place? Ce que voulaient les puissants c’était de la reconnaissance ou même de l’adulation; ce qu’ils reçoivent, c’est un défi, plein d’arrogance et sans excuse.  Ce n’est pas leur personne que les plus jeunes envies, ce sont leur place.

Le Québec fait du surplace depuis 1995, et là, le choc survient.  Ce nouveau Québec sans barrières ni complexe étonne le monde et nos bons décideurs veulent l’éteindre.  Ce que ces décideurs doivent affronter ce n’est pas un mouvement politique dûment organisé, mais un phénomène social.  La jeune génération Y a atteint sa maturité et veut prendre sa place et créer un monde à la mesure de leurs ambitions. Il faut qu’elle soit acceptée et que les individualités qui la composent puissent s’accomplir. Vous direz que cela est applicable à toutes les générations montantes depuis le début de l’histoire de l’humanité, sauf que les Y sont les premiers à véritablement vivre « parallèlement » dans monde virtuel où ils ont l’habitude d’être entendu, écoutée, et ce, même si ce qu’ils ont à dire n’a aucun intérêt.  La structure pour eux ne guide plus, elle accepte.  C’est ce qu’ont tenté d’implanté, en partie, les carrés rouges, des structures « virtuelles » dans le monde réel.

Les plus vieux de leur côté veulent conserver leurs structures, leur choix limité d’options avec l’Autorité qui leur indique ce qu’il vaut mieux choisir.  Ils ne veulent pas de ce monde d’hypercommunication où la capacité d’atteindre l’autre est la pierre d’accise de tout pouvoir. Ils veulent continuer dans ce monde où celui qui détient les moyens de production du message détermine le vrai du faux, comme tout patron décide pour tous les autres domaines de leur vie.  Ce monde où personne ne décide rien, mais ne donne leur opinion sur tout les effraie, car tout ce qu’ils croient comme étant « naturel » est désormais remis en question.  Dans la situation dans laquelle ils se retrouvent, la peur n’est plus une réaction, c’est un besoin.

Les néolibéraux ont cru que l’individualisme exacerbé allait enterrer les revendications collectives.  Malheureusement pour eux, c’est le contraire qui se produit.  Ces êtres remplis d’égocentrisme ne réclame que du collectif : un meilleur partage des revenus, un gouvernement ouvert, une véritable représentation politique et surtout de donner la chance à chacun de s’accomplir.  En fait, ils veulent que tous soient mis en place pour qu’ils n’aient pas à demande l’aide de personne.  Qu’on leur donne la chance et ils la prendront, pour dire par la suite qu’ils ont eu besoin de l’aide de personne.  Ils sont ingrats, peut-être, mais au moins ils veulent changer les choses.

Lorsqu’on regarde de l’intérieur le Québec à l’air morne et paralysé, mais de l’extérieur, c’est un des endroits les plus dynamiques du monde.  Dans certains milieux au Québec, rien ne semble impossible, le monde est à conquérir et ces jeunes québécois plus métissés que jamais l’accomplissent d’une manière qui semble facile.  Le seul domaine qui semble impossible de conquérir, c’est celui de la politique.

Le printemps Érable ce n’est pas une tentative de conquête, c’est une prise de conscience par cette jeunesse de sa force et de son identité politique.  Dorénavant, ils savent qu’un groupe important, ayant la capacité d’imposer ses vues au reste de la population, existe.  Tout ce que font ces jeunes maintenant, c’est de travailler pour que cette vision s’établisse un peu partout, dans les partis politiques, les organisations, les institutions d’enseignement et même les compagnies privées.  Ce théâtre ridicule de ces politiciens, dignes mandataires des « honnêtes gens », va bien arriver à sa fin.  Manifester perpétuellement afin de renverser l’ordre établi ne donnera rien, alors ils créent déjà cet ordre.  La prochaine fois qu’ils se regrouperont dans les rues, c’est que le travail sera terminé.  Et tous seront obligés de dire que les carrés rouges avaient raison.

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pour comprendre un peu mieux la prochaine hausse des tarifs d’électricité

5 Août

Bon le gouvernement libéral veut qu’Hydro-Québec augmente ses tarifs de 3,9 %… pour comprendre un peu pourquoi ils font une telle demande… je vous donne un nouvel extrait de mon « livre » sur le printemps Érable :

Si l’État a eu droit à certaines critiques, le virage « PPP » n’a pas donné les résultats espérés.  On est passé à un modèle « pas très bons » à un autre qui est « plutôt mauvais ».  Un exemple frappant est l’exploitation d’électricité par des éoliennes au Québec.  Voulant amener le Québec vers des énergies renouvelables, le gouvernement Charest a imposé des surplus d’électricité produit par des éoliennes.  Selon Hydro-Québec, il n’y a aucun besoin pour le moment de produire de l’énergie supplémentaire, mais le gouvernement Charest voulait attirer des industries avec de l’électricité à très bas prix.  Jusque là, on peut encore plaider pour le développement économique en payant « dans le vide » pour attirer des emplois, afin d’aider la situation économique de certaines régions du Québec.  Ce n’est nécessairement pas une bonne décision, mais c’est défendable.  Sauf que, le gouvernement Charest a refusé à Hydro-Québec de concourir aux appels d’offres pour construire et exploiter les nouvelles éoliennes.  Pourtant, Hydro-Québec a l’expertise et les ressources pour mener à bien un tel projet, en plus que les profits reviendrait directement dans les coffres du gouvernement du Québec.  Au lieu de ça, Hydro-Québec achète à des compagnies privées de l’électricité trop chère des éoliennes qu’elle aurait pu produire à bas prix.  À cause de cette « privatisation », Hydro-Québec paie le double des coûts de production normaux de l’industrie éolienne.  On pourrait vite sauter aux conclusions qu’il y a eu collusion.  Soupçons partagés par l’UPAC qui a rencontré Hydro-Québec au sujet des contrats octroyés par le gouvernement Charest.  Pendant ce temps ont fait payer les citoyens ordinaires pour le manque à gagner, le seul qui en profite c’est la compagnie privée.  Selon les statistiques ont créé de la richesse, mais en appauvrissant un peu plus la population…

Extrait : la télévision, les réseaux sociaux et la démocratie

23 Juil

J’ai terminé la rédaction de mon interminable ouvrage sur le printemps érable.  160 pages à temps perdu et sans l’aide d’aucune subvention (Mes taxes ! Mes taxes !) …

La deuxième partie devrait arriver bientôt, une révision et c’est fini…

entre-temps je publie un extrait (bonne lecture) :

 

L’importance des médias dans la construction identitaire

Si tout type d’échange entre individus est nécessaire à l’exercice réel de nos droits fondamentaux et la construction de nos identités, alors tout moyen de communication est d’une importance capitale dans une société. Sortir les moyens de communication d’une analyse identitaire, c’est faire abstraction du processus décisionnel, de la mécanique sociale faisant en sorte que les valeurs et idées viennent à s’imposer.  Les moyens de communications créent un espace de délibération entre les citoyens (où certains sont plus égaux que d’autres), les idées circulant et forgeant l’opinion publique.  La deuxième moitié de vingtième siècle a vu apparaître l’imposition d’un nouveau média, la télévision, qui transformera profondément nos vies, propulsant l’image aux plus hauts sommets.  L’augmentation des chaînes a diminué le message officiel de l’Élite bien-pensante pour faire place à un vacarme, qui malgré sa grande dissonance, chantait les louanges de l’individualisme néolibéral. Celui-ci prétend l’idée que les Élites culturelles et politiques sont corrompues, que seulement vous seul pouvez déterminer ce que vous voulez, que l’État gaspille continuellement de l’argent et que tous ceux qui sont à gauche sont des profiteurs du système.  Les entrepreneurs sont toujours bons, car ils ne font que répondre automatiquement aux demandes des consommateurs; le Marché étant le seul juge entre le bien et le mal dans nos sociétés.  Les grands projets constitutionnels s’en sont trouvés affaiblis, non seulement pour leurs échecs, mais aussi par la désaffection de la population pour les Élites causés par l’insertion du message néolibéral.

Cependant, comme on peut le constater les Réseaux sociaux prennent dorénavant leur place, faisant désormais compétition à la télévision comme un espace délibératif de première importance. Le combat entre la télévision et les réseaux sociaux, créé alors deux communautés politiques bien différentes, rendant plus ardue la « délibération nationale » sur des enjeux de société (comme ont pu l’être les droits de scolarité ou la Charte des valeurs), car leurs « points de repère » ne sont pas mêmes.

 

Les deux démocraties

La prédominance de l’un ou de l’autre moyen de communication, va changer la façon dont se forme l’opinion publique.  Dans un monde où la télévision prédominait, le citoyen est passif et reçoit l’information sans la demander au préalable.  Malgré la multiplication des chaînes, le choix comparé à l’internet est extrêmement limité.  Non seulement l’information est infinie sur internet, mais le citoyen peut trouver exactement ce qu’il veut et donc, s’associer avec un nombre significatif d’individus qui pensent comme lui.  Avec Internet, il n’y a plus de standardisation des idées, l’idéologie officielle a ainsi plus de difficulté à pénétrer les esprits.  L’internet produit en quelque sorte, des tribus idéologiques.

Ce qui fera en sorte que le processus de construction identitaire est différent  d’une société dominée par la télévision et comparativement à une autre dominée par internet.  Dans une société dominée par la télévision, le citoyen étant passif reçoit les normes et les codes sociaux, c’est-à-dire ce qui est acceptable, sans trop se poser de question.  Les relations familiales, de travail ou entre groupes ethniques sont représentées sous un angle prédéterminé au petit écran. Le téléspectateur s’identifiant à ce qu’il voit, en vient alors à être rassuré dans ces comportements sociaux.  Donc, la télévision en vient à être un instrument de contrôle social.  Cela peut paraître horrible à première vue, mais les émissions de télévisions ont fait beaucoup pour sensibiliser les gens contre la violence conjugale, le sexisme, le racisme et l’homophobie.  Cependant, il ne faut pas que la télévision ne « dérange trop », car sinon peu de gens la regarderont.  La façon de présenter les homosexuels ou les noirs, il y a 30 ou 40 ans dans les émissions peuvent sembler ridicules aujourd’hui, mais il faut savoir qu’à cette époque, c’était tout de même progressiste.  Même si la place des minorités n’était pas équivalente à celle de la majorité, leur situation s’améliorait petit à petit.

Avec la télévision, l’individu est en quelque sorte libre, car il n’est plus nécessairement gérer par son entourage, sa famille, son village, etc.  Il peut voir qu’un autre monde existe, que l’on peut être différent et avoir d’autres idées.  Cependant, avec la télévision, la différence est tout aussi standardisée que ce qui est conforme.  On permet l’individualisme, mais dans un cadre bien établis.  Donc on accepte la différence, mais jusqu’à un certain point, ce que la Majorité est prête à accepter.  Il faut comprendre qu’une société démocratique est permissive comme la nôtre intègre tout de même énormément plus qu’une société où la liberté de parole et de Presse est très limitée.

Une société dominée par la télévision donne à ce qu’on pourrait appeler un « Nous individualiste », l’individu existe, mais en fonction de cadres préétablis.  Tu peux faire partie du groupe, mais en fonction de critères acceptés par le groupe.  L’individu est libre, mais il n’a pas beaucoup d’influence sur les critères identitaires.  Si la télévision rend la nation plus inclusive, c’est la Majorité qui dicte en quelque sorte les espaces de libertés de chacun.   Dans ce type de société, l’individu a le choix d’être ce qu’il veut, mais on peut dire que les options sont déterminées par le groupe.

Il en est tout autrement dans une société dominée par Internet.  Dans celle-ci, les individus contribuent « librement » au contenu d’information diffusé.  Le citoyen est actif et peut vivre, s’il le désire, sans l’influence de la Majorité.  Auparavant, les minorités se faisaient imposer les limites par le groupe, avec internet et les réseaux sociaux, c’est la minorité qui indique ses aspects identitaires à la Majorité, pouvant dévoiler tous les aspects de sa vie, et ce, même si la Majorité n’est pas prête à l’accepter.  Cela donne toutefois une nouvelle force aux intégristes, aux fondamentalistes et aux radicaux qui se retrouvent moins seuls.  Par internet, les messages haineux finissent malheureusement par trouver un auditoire.  Toutefois, des problèmes de société souvent marginalisés peuvent prendre le devant de la scène, des causes moins « tendances » ou plus controversées peuvent s’organiser.  La mobilisation n’a plus besoin du « filtre social » national pour exister et les citoyens peuvent s’informer sur les questions qui les intéressent vraiment.  Cela fait en sorte que certaines questions prennent plus de poids dans la société et certaines personnes démonisées par les médias traditionnels viennent à avoir une certaine tribune pour se défendre.  Pour ou contre, bien ou mal, sur internet le message unique n’existe (pratiquement) pas.

Dans ce monde, le processus de construction identitaire s’apparente à un « Je collectif ».  c’est-à-dire que l’individu construit ou choisi son identité et ensuite l’impose à la Société qui doit l’accepter tel quel.  C’est la Majorité qui doit ouvrir le plus possible les critères identitaires de la Nation, afin d’intégrer les personnes qui prétendent la constituer, comme l’est en quelque sorte un réseau social.  La Majorité n’est plus définie selon un groupe d’individus, mais le cadre dans lequel ces individus interagissent.  Celui-ci doit accepter et permettre la différence.  Le Québécois ordinaire n’est plus un individu concret, mais un modèle auquel les gens se réfèrent.  Avec le « Je collectif » on peut dire que l’on passe d’une majorité réelle à une Méta-Majorité.

Ces types de société vont entraîner ou être liées à deux façons de concevoir la démocratie; une positive et une autre négative, une qui écoute et une qui parle.  La démocratie négative en conçue en fonction de la protection des droits individuels, ou plutôt de la limitation du pouvoir.  On limite les pouvoirs des décideurs par des limites judiciaires, de la transparence et des élections.  La démocratie est alors une protection contre les envies despotiques d’un dirigeant.  L’opinion publique, dans une démocratie négative, se forme de haut en bas [top-down], c’est-à-dire que les citoyens ne sont pas la source des développements à l’opinion publique.  Celle-ci est influencée par l’État, des « empires » médiatiques, des syndicats, des groupes de pression qui expédient leurs messages par des canaux traditionnels (journaux, radio, télévision) en espérant que les citoyens vont adhérer tôt ou tard à leur point de vue.

La démocratie positive est conçue en fonction de l’expression du conflit politique.  La démocratie y est perçue comme étant un régime où l’on doit exprimer ses droits individuels pour qu’ils existent vraiment.  Les décisions des gouvernants doivent être l’expression de la volonté populaire et ils n’ont pas carte blanche entre deux élections.  L’opinion publique se forme de bas en haut [bottom-up].  Les citoyens y sont la source des développements de l’opinion publique. Les citoyens communiquent entre eux, surtout avec l’arrivée des réseaux sociaux, les décideurs et les groupes d’intérêts décident alors de suivre ou non les tendances.  Le but est alors de lancer des  mouvements que le plus de citoyens possible pourront adhérer.

Montréal n’est pas le berceau de cette nouvelle identité, car elle est supposément plus progressiste, mais plutôt parce qu’elle est hétérogène.  La pérennité du cadre culturel dans lequel s’expriment les droits universels est beaucoup plus menacée à Montréal, tant du côté francophone qu’anglophone que dans le reste du Québec.  Le besoin d’une spécificité pour se protéger de l’assimilation de l’Autre a eu comme effet de se protéger contre la culture générique néolibérale.  Tandis qu’ailleurs, elle a pénétré sans vraiment de heurts, tranquillement et insidieusement. Que le français perde du terrain sur l’Île de Montréal n’est pas perçu comme une catastrophe, car il faut tenir compte du changement sociologique dans la population à Montréal.  Ce que combat Montréal c’est l’identité générique néo-libérale.  On ne peut pas empêcher la Mondialisation, mais en « Région » la langue et la tradition suffisent, ce qui n’est pas le cas à Montréal qui doit intégrer la Mondialisation et la transformer en quelque chose de nouveau.

Il serait trop facile de diviser en deux le Québec, entre le Montréal « progressiste et ouvert » et les Régions « conservatrices et fermées », la réalité est complexe.  Si l’on tend à se diriger progressivement vers une division entre démocratie négative et démocratie positive, poussés par les transformations qui survient à Montréal, nous sommes en ce moment dans une phase transitoire qui ne mène pas forcément vers la Révolution socialiste, mais un nouveau système de construction identitaire, sur lequel repose le corps délibératif qu’est la nation.  Il y a à Montréal tout autant de conservateurs que dans le reste du Québec qui, lui, est plus vivant intellectuellement et culturellement qu’il n’y paraît.  L’Histoire ne se fait pas par des mouvements saccadés et ce que l’on construit aujourd’hui n’efface jamais totalement ce qui a été fait hier.  Ce que j’avance, c’est que s’est construite à Montréal plus qu’ailleurs au Québec une façon « de faire des Québécois », entraînant une nouvelle identité nationale, basée sur de nouvelles valeurs politiques.  Et finalement, c’est cette nouvelle façon de faire des Québécois, présentée par les carrés rouges durant le printemps Érable, qui va s’imposer.

La souveraineté : Business as usual

20 Mai

Voici un autre extrait, il s’agit du deuxième chapitre, de la deuxième partie de ma réflexion sur le printemps érable… et je crois que ça peut servir dans celle que doivent faire actuellement tous les souverainistes…

La souveraineté : Business as usual

Il y a une différence entre être pour la souveraineté et vouloir la faire.  C’est cette subtilité qui explique les soubresauts de l’adhésion à la souveraineté du Québec depuis la naissance du mouvement dans les années 60.  Peu de Québécois sont fondamentalement contre la Souveraineté du Québec, mais de là à la faire à court terme, il y a un pas…  Le résultat de l’élection de 2014 où le gouvernement Marois a fait plongé le PQ a un niveau historique le démontre bien, les souverainistes sont à la croisée des chemins.  Pourtant, ce n’est pas leur premier creux de vague, toutefois la crise semble plus profonde et le mal plus constant.  L’incapacité d’avoir fait rapidement le Québec un pays indépendant, a conduit l’idée de Souveraineté à être un outil politique comme les autres, alors qu’il devrait transcender les différences et unir les Québécois, tous les Québécois, autour d’un projet commun.  Si l’option souverainiste a atteint un creux historique, tout n’est pas sombre pour autant, alors qu’un nouveau projet de pays semble prendre sa place.

Désengagement de la droite

On raconte souvent que le référendum de 1995 a été propulsé par l’échec du Lac Meech.  Les fédéralistes les plus convaincus indiquent d’ailleurs que l’option souverainiste était moribonde à la suite du premier échec référendaire de 1980 et ce n’est que l’action de Bryan Mulroney qui lui a redonné des forces.  Je dois contredire cette lecture de l’histoire si populaire au Canada anglais.  Le premier échec référendaire est arrivé pour  deux raisons : 1) les Québécois étaient attachés au Canada, et même beaucoup plus qu’aujourd’hui; 2) la majeure partie des Québécois croyaient en votant « Non », voter en fait pour une refonte fondamentale des aménagements constitutionnels entre le Québec et le Canada, ainsi qu’une reconnaissance de la part de l’État fédéral du Québec comme étant une nation.  L’affront du rapatriement de la constitution de 1982 est une humiliation partagée par l’ensemble des Québécois et a contribué bien plus au renforcement de l’identité nationale que les politiques du gouvernement de René Lévesque.  Ce qu’a voulu faire le gouvernement conservateur de Mulroney par le « Beau risque », c’est beaucoup plus remplir une promesse qui n’a jamais été tenue par ses prédécesseurs libéraux, afin de rétablir l’honneur du Canada et l’enthousiasme des Québécois pour ce dernier.

 

L’échec du référendum de 1980 et l’arrivée des progressistes conservateurs à Ottawa ont fait traverser un contingent important de souverainistes de droite dans le parti de Bryan Mulroney.  Selon eux, on pouvait tout de même préserver l’identité québécoise par des réformes constitutionnelles et, de plus, détruire les politiques pancanadiennes et progressistes de Pierre Elliott Trudeau qui, toujours selon eux, menaçait la survie de la nation québécoise.

Désenclaver le Canada allait d’une part responsabiliser les entrepreneurs qu’on n’allait plus favoriser par des mesures protectionnistes, mais aussi les syndicats et les travailleurs qui ne pourraient plus « tenir en otage » les entreprises.  On passa alors d’un climat favorable aux emplois, à un climat favorable aux investissements.  Cette responsabilité allait également s’appliquer à l’État, en coupant et en restructurant la bureaucratie, en privatisant des entreprises nationalisées comme Air-Canada ou Pétro-Canada.  Si ce n’avait pas été du Québec, la politique de Libre-Échange aurait été beaucoup plus difficile à faire passer.  Au Québec, l’intégration continentale signifiait moins de pouvoir au Canada, donc plus de liberté pour le Québec.  Les échecs de Meech et Charlottetown n’ont pas eu l’effet de convaincre les Québécois de la nécessité de faire l’indépendance, mais que le Canada était désormais irréformable, dû en particulier aux règles d’amendements constitutionnels établies par Pierre Elliott Trudeau.  Ces échecs ont entraîné le retour des Libéraux au pouvoir au fédéral, avec une attitude beaucoup plus intransigeante envers le Québec, mais surtout la peur d’un gouvernement progressiste ayant des vues contraires aux intérêts de la nouvelle classe d’affaires du Québec inc.  Jean Chrétien et n’était-il pas contre la TPS et le libre-échange? Les conservateurs qui avaient également failli à leur mission de réduire la taille de l’État et ses dépenses, laissant les finances du gouvernement fédéral dans un état lamentable.  La droite canadienne était dorénavant séparée en deux, principalement sur la question nationale, par la création du Reform Party qui ne voulait rien savoir du Québec. C’est l’échec de cette stratégie qui a fait imploser la droite canadienne en une multitude de régionalismes où chacun protégeait son intérêt particulier.  À gauche, pas de problème, le NPD étant réduit, à cette époque, qu’à une inutile évocation folklorique…

À part le soubresaut extrêmement émotionnel suivant l’échec du Lac Meech, ceux qui vont ressusciter ou du moins redonner de la vivacité à l’option souverainiste, c’est la droite québécoise. Pourquoi ? Car ceux-ci avait une peur énorme de Jean Chrétien et qu’ils ne faisaient aucunement confiance à cet homme tant au plan économique que constitutionnel.  Le Lac Meech ainsi que le Libre-échange visaient à décentraliser l’État fédéral et enlever, tant au niveau politique que fiscal,  les entraves sur le chemin de la prospérité pour les entreprises canadiennes. Il ne faut pas oublier que c’est une frange du parti conservateur qui a fondé le Bloc Québécois, avec, c’est vrai, un petit groupe de libéraux proches de Robert Bourassa, dont le mythique Jean Lapierre.

La même chose s’est produite au Québec où des jeunes libéraux, guidés par Mario Dumont, ont quitté le Parti libéral du Québec de Robert Bourassa, car ce dernier ne voulait pas, selon eux, faire les gestes économiques et politiques nécessaires à assurer la plus grande autonomie possible au Québec. Afin d’y remédier, ils fondèrent peu après, l’Action démocratique du Québec, un parti clairement de droite.  Extrêmement déçus quant au projet de réforme de la fédération canadienne, ils allèrent momentanément rejoindre le camp souverainiste à la veille du référendum de 1995.  À ce moment, l’option souverainiste avait fait artificiellement renfort d’une masse de nouveaux partisans.

Pourquoi après avoir passé si près de faire un pays, la ferveur a-t-elle décrue ? Premièrement, les Libéraux fédéraux n’ont en aucun cas stoppé les politiques néolibérales, ils les ont même renforcées.  Ce ne serait pas faux, alors, d’évoquer que les libéraux ont acheté la confiance de l’Élite économique québécoise.  Lucien Bouchard, passant du Bloc Québécois au PQ suite à la démission de Jacques Parizeau, a lui aussi implanté un programme néolibéral, contenant de fortes coupures pour atteindre le déficit zéro.  On se retrouvait alors avec des partis supposément de centre gauche qui implantait simultanément sur les scènes fédérales et provinciales des politiques encore plus à droite que leurs prédécesseurs.  Voyant qu’il n’y avait plus péril en la demeure, les Québécois conservateurs ont laissé progressivement l’option souverainiste à elle-même. Depuis 1995, si le Canada survit encore, c’est parce qu’il est une union d’intérêts socio-économique.

Sans dire qu’ils ne croient pas à l’indépendance du Québec, certains s’en servent principalement comme une défense face aux politiques du gouvernement en place. Un gouvernement conservateur va faire entrer des progressistes dans le camp souverainiste, tandis que le contraire est tout aussi vrai, lorsque le Parti Libéral du Canada est au pouvoir.  La peur d’un gouvernement « progressiste » de Jean Chrétien avait poussé l’ADQ (composée d’anciens libéraux provinciaux le plus à droite) à adhérer au camp du Oui en 1995.

Division de la gauche

La Gauche québécoise a toujours, dans une certaine mesure, favorisé l’idée de la Souverainté du Québec.  Cependant, elle a toujours eu une certaine difficulté à bien intégrer les dimensions identitaires, c’est-à-dire la protection du français et la sauvegarde de l’identité québécoise.  Il faut dire qu’au début de la Révolution tranquille, les deux projets d’affirmation nationale étaient complémentaires : tant celui de gauche qui réclamait un rattrapage économique des Canadiens français, ainsi que de meilleures conditions de travail; que celui de droite, voulant freiner l’érosion des francophones en Amérique du Nord.  Cependant, ce projet n’a jamais eu comme but l’indépendance du Québec, mais plutôt l’affirmation politique, économique et culturelle des Québécois, sans tenir compte de l’agencement constitutionnel.

L’État providence était alors tout indiqué pour assurer la place qui revenait aux francophones.  Aussi, il faut comprendre que Montréal a vu arriver une immigration massive des campagnes du Québec depuis le début du siècle qui s’est accompagné, surtout après la Seconde Guerre mondiale, d’une légère amélioration de leur condition socio-économique.  Toutefois, ces Canadiens français devaient être en compétition avec des immigrants qui, par leur appropriation de la langue anglaise et la discrimination que subissaient les francophones, se retrouvaient avec de meilleurs emplois. Le français devait alors s’imposer comme langue de travail, afin que ceux-ci puisse occuper un emploi dans un environnement favorable à leur mobilité sociale et aussi atteindre les postes les plus convoités.

Pourtant avec les années, défendre les Québécois en est venu, pour certains, à assurer la domination d’un groupe sur les autres.  Une portion de la gauche entichée de multiculturalisme a alors commencé à questionner l’envie de leurs camarades d’imposer le français partout, sans exception.   La loi 101 et les politiques d’immigration ayant fait leur œuvre, les Québécois ont commencé à élargir leurs rangs aux « communautés culturelles ». Par la mixité sociale, les caractéristiques mêmes de l’identité nationale en sont venues à être transformées.  Malheureusement, le référendum de 1995 ayant été un échec, les « Québécois de souche » ne sont pas encore entièrement une majorité, et ne peuvent pas être contraints au même titre qu’une « vraie » majorité au sein d’une démocratie libérale entièrement indépendante.

Il faut comprendre que la gauche a grandement souffert des années Bouchard et dans une moindre mesure des années Landry.  Si les souverainistes de droite avaient été plus discrets envers les politiques sociales-démocrates du PQ dans les années soixante-dix, la gauche plus radicale allait se distancer assez rapidement à mesure que vont s’implanter des politiques de « responsabilité financière » très rudes pour le modèle québécois.  En fait, la droite souverainiste avait changé de théâtre dans les années 80, en se déplaçant sur la scène fédérale, tandis que la gauche rejoindra petit à petit les rangs de l’UFP. Cet embryon de Québec Solidaire, était principalement une réponse aux politiques de Lucien Bouchard.  Le NPD-Québec qui s’était désaffilié de son aile fédérale s’alliait à de multiples groupuscules socialistes et révolutionnaires, afin de contrer le néolibéralisme et la mondialisation.  Dès sa conception, la question nationale créait un malaise entre les « citoyens du monde » et les partisans d’une indépendance plus sociale.  Si l’UFP n’a jamais vraiment décollé, le mouvement altermondialiste prendra de l’ampleur, le discours de la résistance économique et de la désobéissance civile, s’enracinant fortement chez une bonne partie de la population.  On en vit la première apparition lors du Sommet de Québec dont le projet d’implanter la ZLÉA nous fit découvrir les premiers indignés québecois.  La droite pleure dorénavant d’effroi devant le pouvoir de « la Rue », mais si notre bon gouvernement fédéral n’avait pas eu la brillante idée de tenir ce Sommet dans la capitale nationale des Québécois, pour cause de relations publiques et de « présence canadienne », nous n’aurions peut-être jamais eu les Grèves étudiantes de 2005 et de 2012.  L’escalade du délire néolibéral ne pouvait que radicaliser et renforcer les rangs de la gauche et même de l’extrême gauche chez la jeunesse québécoise.  Si le PQ a semblé tenir le coup au début en affichant une façade sociale-démocrate qui privilégiant plus l’interventionnisme que les mesures sociales, les répercussions du déficit zéro viendrait par l’ébranler fortement.  Aussi, le modèle québécois allait être également critiqué par une partie de la gauche, avant tout comme étant au service des puissants et des nantis, auxquels le milieu communautaire étant plus près des citoyens se devait de pallier.

Plus les années ont passé, plus la déchirure en sein des souverainistes allait se consommer. Le « virage jeunesse » du Parti Québécois par la nomination au poste de chef d’André Boisclair avec une vision beaucoup plus à droite, au détriment de l’expérimentée Pauline Marois, n’allait guère améliorer la situation. La catastrophique troisième place du PQ, alors que le pouvoir était à porter de main en 2007, est un coup que ce dernier à encore peine à se relever.  Malgré la grogne envers le gouvernement Charest, dès le début de son mandat, la gauche n’a jamais pu, et ce, même avec l’élection de Pauline Marois en 2012, concentrer en elle le désir de changement des Québécois. Il est désormais dissout au travers des tendances qui parcourent le monde politique de la belle province.

Certains analystes prétendent désormais que nous sommes passés d’un  conflit entre fédéralistes et souverainistes, à un conflit gauche/droite plus conventionnel. Cette explication viendrait en premier lieu de la victoire-surprise du NPD aux élections fédérales de mai 2011, les Québécois rejetant l’idée de la souveraineté et décidant de réintégrer la fédération canadienne, en votant pour un parti fédéraliste. Il me semble que cette explication est trop simpliste.   Nonobstant la sympathie très catholique des Québécois pour Jack Layton, ceux-ci ont voté pour le NPD, pour la simple et bonne raison qu’ils les croyaient plus aptes à défendre le Québec face à Stephen Harper.

Il n’est pas dur de comprendre que Stephen Harper représente une telle menace aux Québécois, c’est sûrement la première pour la majorité d’entre nous.  Et en mai 2011, il semblait être une bonne idée d’intégrer un parti fédéraliste aux visées idéologiques aux antipodes d’un gouvernement paraissant aux Québécois comme réactionnaire, insensible et avant tout inculte.  Par ce geste, les Québécois ont fait le pari de la fédération canadienne les résultats se font malheureusement toujours attendre.

La Souveraineté comme mécanisme de défense

Que cela nous plaise ou non, chacune des formations politiques au Québec croit travailler pour le Bien commun. Leur distinction se base non pas sur une position idéologique assumée, mais plus tôt à l’éradication d’une menace qu’elles considèrent plus importante que les autres.  Preuve que le nationalisme canadien prend moins de place dans la population québécoise, chacun de ses partis se penche plutôt à secourir la population d’un mal menaçant, avant tout, le Québec. Depuis un certain temps, le Québec s’est replié sur lui-même pour s’attaquer uniquement à des problèmes qui ne regarde que lui.  Il est vrai que dans le désir d’accéder au monde, on n’a pu délaisser certaines questions, mais celles-ci semblent dorénavant prendre toute la place.

Si le Parti Québécois a depuis longtemps combattu Ottawa, il a principalement concentré ses attaques envers le gouvernement Charest dont la mauvaise gouvernance s’est avérée désastreuse tant au plan financier que social. Le parti de Pauline Marois a ensuite continué de combattre tout ce qui ne peut renforcer l’identité québécoise, mais ce combat tendait à rendre une bonne partie de la population septique, surtout les jeunes.  De plus, le PQ a eu de la difficulté à nommer clairement cette menace, soit parce qu’elle n’existe plus ou qu’elle n’existe tout simplement pas.

Auparavant, le Parti Québécois avait su maintenir comme étant une force viable en amalgamant des politiques sociales-démocrates à des politiques identitaires musclées.  Le PQ était, avant tout, une coalition de souverainistes de toutes tendances et ces mesures étaient aussi complémentaires, car elles permettaient de faciliter le rattrapage socio-économique des Canadiens français au Québec.

Dans les milieux de droite comme de gauche, on réclame à des degrés divers un désengagement de l’État dans le domaine de la lutte identitaire, où le renforcement de la loi 101 et une Charte de la Laïcité est vue d’un mauvais œil.

À l’élection de 2012, le PLQ a délaissé là où ils avaient lamentablement échoué, pour se porter comme les gardiens de la Loi et l’Ordre, contre les menaces anarchistes et révolutionnaires de tout acabit qui portent le carré rouge avec Pauline Marois, afin d’instaurer un terrifiant régime de « la Rue et des Référendums ».  En 2014, il a adoucit sa tactique en effrayant les fédéralistes en mettant l’accent sur la peur d’un référendum, dernier refuge d’une bande de malfrats qui ne veulent en aucun cas, laisser les leviers de commande ou du moins les partager pour l’intérêt général.

Pour la CAQ, la menace est plutôt les syndicats, la bureaucratie et les « groupes d’intérêts ».  Ils reprennent enfin la même chanson que Charest en 2003, où « faire le ménage », remplace la réingénierie de l’État.  En 2014, la CAQ a comme les libéraux, adoucit son message afin de profiter des déboires du PQ qui n’a fait que se battre lui-même lors de la campagne électorale.  Perdant une grande partie de ses électeurs fédéralistes, il a reçu un bon contingent de « souverainiste mous » qu’ils préféreraient la Charte sans référendum.

Pour Québec solidaire, la menace est avant tout le capitalisme. Tout de moins ses dérives, mais également les dérives identitaires des partisans d’une droite plus ethnique.  La menace n’est pas comme au PQ, politique et culturelle, mais plutôt économique et idéologique.  Ici tout compromis aux idées de la droite ne peut qu’affaiblir le Québec.  S’aventurer au Centre, comme le fait souvent le PQ, est donc à proscrire.  En 2014, Québec Solidaire a également reçu les offrandes de l’incompétence stratégique du PQ.  Pourtant, la croissance de cette formation de gauche est constante, mais très lente.  Si la population apprécie l’esprit de Québec solidaire, il ne semble pas le prendre très au sérieux.

Si Option nationale peut s’attaquer aux mêmes cibles que le PQ et QS, la raison de son existence est toutefois autre. Elle est due pour les partisans d’ON à une attitude de la part de l’establishment du PQ, étant un manque de vigueur et de volonté pour faire la Souveraineté. Ceci nous amène à un autre aspect du problème, expliquant encore mieux cette étrange division de l’Option souverainiste au Québec.

Lutte pour le pouvoir

Auparavant, on attaquait la Souveraineté du Québec en présageant qu’elle était infaisable, et si elle était faisable, elle serait une catastrophe au niveau économique, politique et social.  Le Québec avait supposément trop besoin du Canada et de ses transferts pour survivre et que le Québec serait alors relégué au statut de république de bananes.  Pourtant, cet argument est de moins en moins utilisé, il a même été réfuté par Jean Charest.  En réalité, la souveraineté ne serait pas aussi néfaste que bien des leaders fédéralistes ont pu laisser entendre ces dernières années.

Les libéraux ne vont plus attaquer l’idée de Souveraineté, mais agité la menace d’un Référendum.  Ils ont passé ces dernières années du rationnel à l’irrationnel, car bon nombre de leurs électeurs, les « Référendums » constituent un grand traumatisme, synonyme de « chicane de famille ».  Pourtant, les débats politiques musclés peuvent être bénéfique dans une société et aucune violence grave n’a été constatée lors des deux référendums sur la Souveraineté.  J’aimerais ajouter que les grandes crises sociales dans l’histoire du Québec moderne (crise d’octobre, crise d’Oka et Printemps Érable) sont toutes survenues sous des gouvernements libéraux.

Toutefois, les souverainistes peuvent également nuire à leur propre projet.  Autrefois, on se servait de la souveraineté afin d’affaiblir un ennemi politique, la gauche ou la droite prétextant que le gouvernement fédéral était une menace au projet idéologique. Les partisans de ce souverainisme circonstanciel est perceptible dans le langage commun, comme étant des « souverainistes mous ». Aujourd’hui on peut apercevoir un autre phénomène, où le degré de souveraineté différencie les formations politiques avec sensiblement le même but : la social-démocratie et l’indépendance nationale.  La souveraineté n’est pas ici un projet commun, mais un point comme les autres, que les partis prennent pour se distinguer.  Si elle était si importante, leurs partisans s’uniraient afin d’établir une stratégie commune pour y accéder.  Aujourd’hui, la quête personnelle du pouvoir semble plus importante que le rêve de tout un peuple.  Ce n’est pas parce que la Souveraineté est faible que les souverainistes sont divisés, mais plutôt parce qu’ils sont divisés qu’elle est faible.

La souveraineté est devenue un prétexte à un jeu de pouvoir, les plus radicaux des mesures sociales et de l’indépendance s’organisant en formation politique, afin de mieux influencer le débat public.  Le plus grand obstacle à la souveraineté n’est pas sa faisabilité ou l’incertitude, mais plutôt la peur de donner un pays à une Majorité qui a des vues contraires aux nôtres. Nous ne sommes pas éloignés de la souveraineté.  Au contraire, ne nous en sommes jamais été aussi près, mais la teneur des fondements de cette future nation indépendante semble plus nous diviser, plus qu’elle nous unis.  Nous sommes rendus à un point où les souverainistes ont peur d’autres souverainistes.

La limite de toute intransigeance, si vertueuse soit-elle, est l’exercice du pouvoir.  Imposer sa vision sans tenir compte de la réalité du terrain, équivaut à rejeter le politique.  Et rejeter le politique est, malheureusement, rejeter toutes les forces sociales qui constituent une nation.  Il faut comprendre qu’on ne peut avoir raison, mais on peut convaincre les autres qu’ils ont torts.

Si on veut la faire, vraiment la faire, il va falloir que tous les souverainistes s’unissent d’une façon ou d’une autre pour mener ce projet à terme.  Si cela n’a plus d’importance à vos yeux, arrêtez d’en parler au lieu de trouver des divergences faussement irréconciliables dans des stratégies qui n’auront jamais lieu.

Québec Solidaire sont les premiers divergents du mouvement, plus précisément les premiers à s’organiser de façon convenable.  Ce parti est avant tout un parti de gauche et il a recueillie dans ses rangs des militants de gauche d’abord qui sont souvent souverainistes seulement qu’en second lieu.  Même si l’option souverainiste a causé un malaise lors de leur acte de fondation (plutôt leur changement de nom), les plus progressistes avaient tout de même décidé de conserver le combat pour l’indépendance dans leurs objectifs.  Pour QS, la souveraineté du Québec est un prétexte pour la survie interne du parti.  Françoise David n’avait-elle pas déclaré ne pas voir d’un mauvais œil le fait d’avoir comme membres des fédéralistes ou des indépendantistes très mous?  Le malaise constitutionnel de QS a été, en quelque sorte, tranché par les carrés rouges.  La jeunesse remplie d’espoir et n’ayant pas été contaminée par les idéologues marxistes, ont apporté l’élan identitaire du Printemps Érable et pousser tous ces anciens abstentionnistes à prendre une position plus soutenue en faveur de la Souveraineté du Québec.

Ce mode de survie est tout aussi présent au Parti Québécois, qui a fait voter en 2011 une série de mesures dans le seul but de sauvegarder l’unité d’un parti en pleine implosion au moment où ses appuis atteignaient un maigre 17 %.   Devant l’impossibilité de réussir  à gagner un référendum et ne voulant perdre l’alternance du pouvoir au profit de l’équipe de l’ancien « plus souverainiste des souverainistes », François Legault; le PQ a décidé d’un programme plus près de sa base militante, comprenant des politiques plus dures au niveau de l’identité et certaines mesures sociale-démocrates.

Exercice de survie dû en grande partie aux défections des purs et durs.  C’est avant tout la formation d’Option Nationale qui fait le plus mal au PQ en 2012, non à cause des aux idées « révolutionnaires » de leur charismatique chef, mais par une ponction assez grande de la base militante qui composait en quelque sorte la « machine électorale » du PQ. Il faut se rappeler que le but originel de ce parti était de déstabiliser Pauline Marois et son équipe, afin de mettre un chef plus réceptif aux vues de cette faction indépendantiste.  L’excuse était de ne faire aucun compromis sur la Souveraineté, mais le vrai but était la lutte interne pour le pouvoir.  Le seul et unique but d’ON était de nuire au PQ, même si les idées et les talents de certains candidats ont surpris les observateurs, la majorité des Québécois se demande encore à quoi sert cette formation politique.  Sa popularité fut plutôt concentrée dans les milieux d’initiés et a toujours du mal à se réaliser sur le terrain.

Maintenant, les partis souverainistes dépensent plus d’énergie à se définir les uns face aux autres avec des projets de souveraineté différents, que ce se distinguer du fédéralisme et du gouvernement canadien.  On en vient à oublier que l’actuel gouvernement à Ottawa est celui qui a le moins tenu compte du Québec. La lutte de pouvoir au sein du mouvement souverainiste est désormais plus importante que le combat pour l’indépendance.  C’est triste parce que pour « l’électeur québécois moyen », c’est du pareil au même.  Leurs adversaires les détestent de façon équivalente, le degré de progressisme ou de souverainisme importe peu.  Que l’on en met qu’une infime couche, pour les fédéralistes et le R.O.C., c’est trop!

C’est sûrement désolant pour tout le monde, mais tant et aussi longtemps que le Québec est dans le Canada et qu’il y aura des Québécois qui voudront quitter ce dernier, il faudra que les différentes tendances de la grande famille souverainiste s’entendent d’une manière ou d’une autre. Après, cela indique conséquemment des compromis de chacun, mais ce n’est qu’une nécessité dans la mesure où l’indépendance nationale est de première importance.  Sinon, la lutte pour le pouvoir peut continuer comme si de rien n’était…

Renier l’évidence

Même si cela n’était pas le but premier des carrés rouges, la question est tout de même intrinsèque au mouvement, c’est-à-dire qu’il propose l’établissement d’un pays clairement à l’encontre des façons de faire traditionnellement convenues.

À forcer la main de Québec Solidaire à démontrer sa foi souverainiste, où il était ironique des grands partisans de l’abstentionnisme de 1980, sont déclarés devant tous leur attachement indéfectible par l’indépendance alors que dans leur stratégie, ils veulent remettre l’odieux de l’initiative au peuple pour s’en laver les mains.  C’est aussi ce qui a fait pencher Option nationale pour la gratuité scolaire, voyant que les jeunes indépendantistes les plus convaincus proviendraient des carrés rouges.  En fait, tous les partis souverainistes ont voulu faire le plein de carrés rouges, car la grande majorité de ceux-ci étaient pour l’indépendance.

Le Parti Québécois était favorable aux éléments politiques du Printemps Érable, mais pas à ces éléments idéologiques et identitaires.  Ils ont établis des politiques publiques le plus loin qu’ils leurs étaient acceptables et ont essayés par la suite tenté de contenir ce mouvement que dans à une dimension comptable, comme si tout ce vacarme se résumait qu’à une question d’administration publique.

Le PQ a voulu mettre tout ça sous le tapis, et ainsi faire oublier le grand « tonnerre révolutionnaire ».  On a voulu faire diversion de tout le requestionement du système en place survenu lors du Printemps Érable, en proposant une Charte des Valeurs.  Celle-ci avait la double fonction d’éviter la remise en question de la nécesssité de faire la Souverainté du Québec et mettait en second plan les problèmes structurels de l’économie québécoise.  Tant pour les problèmes sociaux, économiques, fiscaux et constitutionnels la Charte des valeurs donnait au PQ ce qu’il avait le plus besoin : du temps.  Du temps, pourquoi ? Pour amortir le choc révolutionnaire qui poussait vers un projet de pays axé avant tout sut la justice sociale, pour ensuite redéfinir le PQ comme le parti de l’identité et ainsi refaire sa base d’électeurs à droite.

Peu de gens l’ont perçu, mais le Printemps Érable est un acte de fondation d’un nouveau « paradigme identitaire », mais non pour imposer une liberté de marché, mais une identité nous préservant d’une culture générique, servant avant tout à nous faire consommer des « produits culturels ». L’éveil d’un nouveau souverainisme qui tend à forcer la main aux souverainistes et aux progressistes.  Rejeter ce nouveau projet de souveraineté, c’est rejeter la possibilité de faire un jour l’indépendance du Québec.

Extrait : Plus grand pouvoir citoyen

19 Mai

Voici un extrait de la deuxième partie de mon « livre » sur le printemps Érable :

 

Plus grand pouvoir citoyen

L’idée d’un gouvernement plus près des citoyens n’appartient pas qu’à une poignée de révolutionnaires, mais a une bonne partie de la jeunesse.  Ceux-ci étant habitué de se consulter continuellement par le biais des réseaux sociaux, ils ont acquis une éthique de la discussion beaucoup plus poussée que leurs aînés. De plus, cette conviction qu’ils peuvent tout faire par eux-mêmes les amène à être naturellement méfiants de toute institution voulant contrôler leur façon de faire.   Cela se traduit dans deux demandes, premièrement par la démocratie directe; deuxièmement, par l’établissement d’un « gouvernement ouvert », c’est-à-dire un gouvernement qui « n’a rien à caché » en rendant public l’ensemble des documents regardant les dépenses publiques et les processus décisionnels.

Les deux reflètent la méfiance des citoyens envers l’État.  Ici, les citoyens doivent reprendre le contrôle et imposer sa volonté sur l’appareil bureaucratique qui est devenu, selon eux, complètement déconnecté de la réalité quotidienne des citoyens.

La démocratie directe, pour les plus jeunes, n’est pas un type de gouvernement, mais un moyen pour se faire entendre.  Pour eux, le conflit doit s’institutionnaliser par lui-même, au cas par cas.  Créer une structure permanente, répondant en tout point à leur idéal, serait rejeté automatiquement.  Ils craignent l’institutionnel, car il peut être facilement usurpé.  Les chefs, ils les dévorent; les porte-paroles, ils les font taire.  Se faire reconnaître pour eux, c’est se rendre.  Leur place, ils l’ont déjà prise.  Si la politique les ennuie, ils quittent; qu’on touche à leurs droits, ils reviendront.  Il est alors difficile de réformer le système à leur goût, mais je crois toutefois qu’il faudra le réformer quand même, afin  d’éviter de finir avec deux États parallèles qui s’entrechoquent de crises sociales en crises sociales…

Si le Néo-Libéralisme nous a légué quelque chose de bon, c’est l’idée de la discipline budgétaire, en plus de la transparence, ce qu’on appelle la Bonne Gouvernance. Même si souvent le 1% ne prêche pas par l’exemple, cette plus grande rigueur permettrait à un État d’investir plus massivement, tout en évitant le plus possible le gaspillage.

Aussi, avec l’avancement de la technologie, on peut passer à un « gouvernement ouvert » où l’ensemble des données publiques peuvent être dévoilées à la population.  Ces nouvelles infrastructures ne poussent donc pas à la réduction des dépenses, mais plutôt à leur augmentation, puisqu’on  peut savoir combien vont vraiment pour les services aux citoyens.  Si on perd de l’argent dans la gestion de ce service, on peut mieux attribuer des tâches des fonctionnaires, ou tout simplement réduire leur nombre, s’il l’on démontre hors de tout doute, qu’ils ne serviront strictement à rien.

La médiatisation de la politique (Prise 2)

6 Nov

Personne ne détient totalement la Vérité.  Un bon esprit scientifique doit savoir quand il s’est trompé.

J’avais écrit un texte à l’hiver 2012.  Au printemps 2012, les événements m’ont démontré qu’il n’était pas valable.

Donc, je l’ai réécris et c’est devenu un chapitre de livre… l’ancienne version est disponible ici (si vous voulez comparer)

https://pldery.wordpress.com/2012/02/11/la-mediatisation-de-la-politique/

et voici la nouvelle :

La médiatisation de la politique

Actuellement, les médias ne forment plus le quatrième pouvoir, mais plutôt l’arène dans laquelle se fait le conflit politique.  Les trois autres (législatif, exécutif et judiciaire) doivent désormais être filtrés, pour exister significativement, au travers de celui-ci. Surtout à cause d’Internet, la démocratisation de la publication d’information n’agrandit en rien le pouvoir citoyen.  Il y a maintenant, produire gratuitement sans contrôle et produire contre rétribution sous l’œil bienveillant d’un autre.  Malheureusement, cette liberté vient avec un total désintéressement du grand public.  Ce privilège étant maintenant à la portée de tous, qu’une poignée d’individus ne voit de valeur à l’exercer. La facilité qu’a l’information de se rendre aux citoyens, ne renforce pas leur pouvoir, mais renforce au contraire celui qui la lui fournit qu’il soit le fruit du « Capital » ou d’un regroupement de citoyens. L’individu gavé plus qu’il ne le faut se demande maintenant pourquoi creuser plus profond, alors que ce qui ressemble à la vérité nous apparaît en plein visage?

Les journalistes semblent eux aussi être pris dans cette restructuration du monde médiatique, leur rôle semble aussi flou qu’au reste de la population.  Ceux-ci doivent être dorénavant multitâches et produire de plus en plus dans l’instantanéité.  Le débat politique a besoin au contraire de recul, de distance, de temps, d’une réflexion profonde sur des problèmes complexes.  Toutefois, cette complexité semble avoir disparu des médias d’information.  Croyez-vous qu’ils sont un rapport exhaustif de faits vérifiés, lorsqu’il est maintenant devenu possible de commenter un drame national en 140 caractères, seulement 30 secondes après qu’il soit survenu?

Ce besoin boulimique qu’ont les médias de produire trop de contenu, trop rapidement, et ce, avec des ressources décroissantes, donne le beau jeu à tous ceux qui peuvent fournir du contenu d’information préfabriquée et gratuite.  Avec le renforcement du rôle des relationnistes et faiseurs d’image de tout acabit, l’intérêt public laisse place peu à peu à l’intérêt privé. Il s’agit ici d’un déplacement de l’arène politique de l’espace citoyen à la sphère médiatique.

Le simple citoyen n’a pu uniquement besoin de savoir, mais plutôt qu’on lui fasse une analyse de toutes ces nouvelles qui lui parviennent.  Les médias se donnant de plus en plus la tâche d’analyser l’actualité politique; les politiciens, eux, y voient la nécessité de s’y intégrer. Ce qui entraîne que les équipes de communication concentrée autour des chefs deviennent plus importantes et que les équipes locales qui sont autour des représentants le sont de moins en moins.  La diffusion des idées est alors dorénavant plus réduite au sein du milieu politique et plus étendue parmi les citoyens.

Dans le monde des réseaux sociaux ont essai perpétuellement de se vendre sous notre meilleur jour et de détruire l’image des autres, les personnes doivent devenir leur propre relationniste.  Dans ce monde hyper médiatisé, les gens apprennent à décrypter les statuts Facebook de leurs proches, alors imaginez leur regard sur le programme électoral d’un parti politique.  Cette suspicion constante des autres mène les gens à se contrôler mutuellement.

On se livre également à une guerre d’image, car on a lié les mains des décideurs qui ne peuvent plus « acheter » leurs votes. Les valeurs et les intérêts se sont volatilisés du milieu politique au profit de la superficielle image publique.  On voit toutefois un regain des idées politiques qu’on place souvent au-dessus de la joute politique.  Les grandes idées ont la cotte tant à gauche qu’à droite, car elles font un plus grand impact sur les gens qui nous entourent.  Mais les grandes idées ont besoin des petites pour survivre. Et les petites ont besoin d’organisation et de militants actifs qui sont près à des actions qui frappent l’imaginaire.

Le retour aux grandes idées est une bonne chose, sauf que l’arène dans laquelle elles se retrouvent ne facilite aucunement leur mise en œuvre.  Auparavant, on retrouvait dans le monde politique des structures très rigides : des partis avec des objectifs très clairs et une discipline interne très forte.  Mais pour ceux qui ont toujours diffusé leurs idées et s’associent au gré des soubresauts de l’histoire, ces structures sont inadéquates.  Pourquoi se soumettre à d’autres, alors qu’ailleurs je peux m’unir et être libre tout à la fois ?  Dans l’arène médiatique, nous sommes dans le domaine du rêve, du désir, du superflu, de  l’exagération.  Le concret et la figure de style s’entremêlent à un point qu’il est devenu impossible de les délier distinctement. Où il fallait mettre son égo de côté et se sacrifier pour la cause, par exemple avec tous ces militants dociles qui composaient les partis de masses, le sacrifice est maintenant au service de cet égo qui ne cherche qu’à se démarquer des autres.

La Cause est malheureusement secondaire, car si cette dernière prime sur tout, ce sont les autres qui s’occuperont de notre image à notre place.  Défendre une cause nous amène dans l’arène médiatique, sinon cette cause n’existe pas. Le monde médiatique ayant fusionné avec la monde politique, les objecteurs de conscience et les critiques les plus acerbes du système en viennent toutefois à intégrer cette nouvelle arène assez rapidement.  Le contenu idéologique des grands partis ayant été dilué pour ensuite  se fractionner, la différence entre ceux-ci et les autres acteurs de la société civile n’est plus très grande.

L’arrivée de l’informatique nous a permis de tout quantifier jusqu’au déraisonnable. En sachant tous les paramètres d’une personne, elle n’avait plus besoin d’être dirigée, c’est ça la liberté des libertariens. Par ce stratagème l’individu en vient à être l’esclave du programme, d’une machine qui n’a pas d’opérateur, auquel tous supposément apportent quelque chose.

Par une série de chiffres, on peut établir des objectifs, des cibles, quantifier les progrès d’un individu dans l’atteinte de ses objectifs.  Rien n’allait plus être laissé au hasard, le marché détermine une cible et la créativité individuelle s’occupe de l’atteindre.  Les expérimentations sociales seraient désormais obsolètes, mais les gens en ont décidé autrement.  Avant l’explosion des Réseaux sociaux, les contenus appartenaient à d’autres et allaient servir à la consolidation d’empires de l’opinion publique où l’informatique n’est plus qu’un vulgaire outil de marketing.

Pour les plus vieux, le pouvoir d’exprimer automatiquement son opinion est amplement suffisant.  Le Marché lui donnant une liberté qu’ils n’avaient pas auparavant, ils n’ont pas le désir de transformer le monde qu’il l’entoure.  Pour les plus jeunes, ce pouvoir lui est inné, c’est un moyen politique au même titre que les autres, et non un privilège accordé par une bienveillante compagnie.  Il est alors normal qu’ils expriment leurs opinions, mais aussi qu’ils agissent en conséquence.

Le conflit était avant tout médiatique, car l’arène politique est dorénavant devenue médiatique, où les « empires traditionnels » affrontent les masses des réseaux sociaux.  Les compétences de nouveaux générateurs d’informations dépassent largement ceux des journalistes, désormais confinés à naviguer dans l’urgence. Un article imprimé générant 100 commentaires, les carrés rouges ont eu l’avantage par leurs connaissances et leurs nombres, constituant en quelque sorte une encyclopédie vivante.

Les compétences ou les « savoirs-êtres » en communication politique des carrés rouges démontrent l’importance des connaissances et des savoirs, mais aussi de leur application dans le débat public.  La « Réforme Marois » servait principalement à amener des travailleurs compétents sur le Marché du travail, elle a amené plutôt des agitateurs qui savent remettre le monde en question et aller chercher l’information pour le faire.

La richesse « par le travail » n’aura plus l’importance qu’elle a eue durant les belles années du néolibéralisme. L’image de la superficialité en prend un coup, on veut maintenant des gens avec du contenu ou qui ont l’air d’en avoir, sans pour autant enlever au contenant.  Des gens qui ont la capacité de dire des choses et de vendre les choses qu’ils disent sont peu à peu apparus dans le paysage politico-médiatique, ce sont les influenceurs.  Ils sont à un ou deux degrés supérieurs aux chroniqueurs des médias traditionnels, car en ont les capacités et la liberté de faire la Nouvelle.  Dans ce vaste univers infini des médias, les gens informés voient habituellement d’un mauvais œil les analyses préparées, à leurs yeux, sous le regard bienveillant des intérêts financiers.  Ne pas faire d’argent pour ce que l’on dit, ou ne pas sembler en faire paraît être la nouvelle norme d’une authenticité qui attire les respects des foules revendicatrices.  Chez ces influenceurs, seules les idées comptent.  Pourtant, la toile est remplie de « moucherons » qui ne veulent pas pousser le monde à la Révolution; mais comme ceux qui ont secoué leurs troupes lors du printemps Érable, leurs produits mis en ligne sous quelque forme que ce soit dans le monde virtuel ont été fait avant tout par pur besoin de créer et non de la commande d’un tiers, que dans un but de créer cet objet.  Si ces créateurs sont devenus riches, ce n’est qu’après que des milliers ou même des millions d’admirateurs aient approuvé le travail.  La valeur dans un produit ou une idée doit maintenant provenir (ou sembler provenir) de l’approbation des masses et non de concepteurs haut perchés déversant une campagne de marketing quelconque. Cela imagine les consommateurs, comme un regroupement de citoyens dans la démocratie athénienne de l’Antiquité.  Et comme celle-ci, ces citoyens consommateurs font face à l’influence quelquefois pernicieuse de rhéteurs qui soulève les foules pour agrandir leur pouvoir.  Les individus ont besoin de savoir si ce qu’ils font est acceptable, si cela est bien aux yeux des autres, ils se tournent alors vers certains dont les opinions sont considérées plus justes .  Si les individus peuvent faire reconnaître leurs actions par les influenceurs, ces derniers peuvent également en suggérer d’autres aux individus, de là très grand pouvoir de mobilisation.  Ils deviennent maintenant un filtre des médias traditionnels qui eux-mêmes filtrent le monde politique.  En dévoilant les altérations de la réalité au profit de certains intérêts des médias traditionnels, on s’est mis à oublier le même processus au sein du monde virtuel, où en démasquant tout un système, on en vient à croire que nos intérêts sont les seuls étant bons et justes, et donc, vrais. Certains valets des médias traditionnels en viennent alors à attaquer la pierre d’assise véritable des influenceurs : leur authenticité.  Toutefois, ces attaques viennent renforcer leur pouvoir, car cela démontre aux yeux de ceux œuvrant dans le monde virtuel que cet influenceur « dérange » et que donc, il doit forcément avoir raison.

Malgré les idées vertueuses, nos influenceurs n’en seront pas moins des gens ambitieux, où l’image sert l’image qui était autrefois au service d’une cause et ensuite d’un produit.  Dans cette ère communicationnelle, le produit, c’est nous.  Nous devons le vendre, si nous voulons vendre ensuite quelque chose de concret aux autres.

Avec ce débordement d’informations et où le simple citoyen n’a ni les capacités, ni les ressources et le temps de toutes les analyser convenablement, le pouvoir des chroniqueurs et des faiseurs d’opinions s’en est premièrement renforcé.  Par la suite, ceux-ci ont été contrés par les « influenceurs », surtout présents dans les réseaux sociaux.   Pourtant, chacun devrait être en mesure de se faire sa propre opinion par lui-même. Mais encore là, elle nous arrive toute cuite et prémâchée, ce qui est plus que bienvenue lorsqu’on est pris de toute part.

Au début de notre régime parlementaire, alors que notre gracieuse majesté britannique nous fit le présent d’une assemblée législative, les électeurs choisissaient un représentant qui, lui, pouvait avoir ensuite une allégeance.  Les partis se créaient une fois la Chambre constituée. Le cens électoral réduisant considérablement le nombre d’électeurs, la classe politique n’avait pas le besoin de stratégie de communication à grande échelle, avec au programme clair et un message ciblé.

Avec le temps, ce cens électoral s’est constamment agrandi jusqu’à parvenir au suffrage universel avec l’arrivée du vote des femmes.  La « clientèle » électorale est devenue plus grande, les candidats n’ont pas eu le choix de se donner une structure afin de rejoindre le plus d’électeurs possible.  Au début, on se servait de dirigeants locaux qui distribuaient les faveurs et les emplois à ceux qui votaient du « bon bord ».  Ayant compris très vite l’utilité d’une bonne organisation politique, les militants se sont mis  à faire leur œuvre. De temps à autre, les mouvements sociaux ont amené un nombre croissant de sympathisants politiques au sein des partis, la vague associative déferlant presque toujours vers l’action politique.

Ce sont les moyens de communication de masse qui ont peu à peu délocalisé la politique.  Si les journaux avaient leur importance, la capacité de rejoindre un vaste auditoire instantanément, à amener le besoin de « ratisser large » pour rassembler, sur une même plate-forme électorale, le plus de gens possible.  Le marketing politique a commencé à prendre toute la place.  Vendre un programme comme un produit, un parti comme une marque, un candidat comme une vedette.  L’importance de l’argent a aussi donné une place prépondérante aux liens d’affaires.

Lorsque le vote est devenu accessible à tous, les partis ont eu besoin d’énormes montants pour gagner leur élection.  Aujourd’hui, les citoyens reprennent leur place grâce aux réseaux sociaux.  En fait, Barack Obama l’a démontré qu’il faut dorénavant être le réceptacle des aspirations politiques de la population, que le programme nous soit donné par une base citoyenne et que le pouvoir est une courroie de transmission. Le Marché ne permettant plus aux personnes de s’épanouir ou d’améliorer leur sort, ceux-ci le font dans la lutte politique.  À la suite, de la crise économique des années 30 et de la Deuxième Guerre mondiale, on a assisté à un passage de l’Élite financière à l’Élite bureaucratique afin de « sauver le Marché ». Pouvons-nous nous avancer, alors, que le Marché serait sauvé par ces « influenceurs », ces mêmes qui s’évertuaient tant à prétendre le détruire ?

Si l’opinion publique est désormais élaborée par des initiatives citoyennes, celles-ci sont lourdement influencées par l’apport des empires médiatiques qui contrôle le contenu de l’information.

L’association est dorénavant illusoire, car les gens contribuent individuellement à un espace collectif et n’ont pas ensuite de contrôle sur leur contribution.  Les citoyens ne déterminent aucunement une position commune, sur laquelle ils se sont préalablement entendus. L’adhésion  à un groupe peut signifier différentes choses, toutes dépendantes de la personne. Ce qui donne un nombre plus grand d’adhérents, mais diminue grandement la cohésion du groupe et donc sa capacité d’action. Les individus ne voulant plus se soumettre aux directives des partis politiques de masse, ceux-ci en sont venus à diluer leur contenu afin de ne pas déplaire durant l’ère du néolibéralisme. Auparavant, l’absence d’opinion défavorable entrainait une adhésion; aujourd’hui, ils se fractionnent afin de permettre une reconnaissance aux individus.  Le pouvoir réside maintenant dans la capacité de reconnaître les individus pour leur donner une valeur dans le débat politique.

L’allégeance souple de ces nouvelles associations fait qu’elles sont plus hétérogènes, ce qui rend la mise en place de stratégie plus difficile. La volatilité de ces groupes les empêche aussi de s’imposer sur le long terme.  Comme on n’a pu le voir lors du Printemps Érable, par leurs structures celles-ci sont aussi très vulnérables à l’usurpation du processus décisionnel par des groupes mieux structurés et qui prétendent se réclamer des mêmes idéaux.  Ce qui rend, aussi l’électorat extrêmement volatile, car les partis ont échangé un message clair pour une capacité d’accueil basée surtout sur les sentiments, plutôt que sur la raison.

Rien ne l’a démontré aussi clairement que lors de la dernière élection fédérale en mai 2011 au Québec, où les gens ont voté avant tout pour un chef, pour une allure, pour une image, lorsqu’officiellement ils doivent voter pour un député qui sera le mieux les représenter au sein d’une assemblée législative.

Le drame dans l’élection du NPD, c’est qu’elle fut soudaine.  Depuis au moins une dizaine d’années, j’entendais un peu partout que plusieurs étaient en accord avec les idées du NPD, mais toutefois sans jamais leur donner leur vote.  Les gens ont attendu que les autres approuvent ce geste, à savoir s’il devenait socialement acceptable.  Ils se sont reconnus entre eux au travers des réseaux sociaux qui ensuite ont été relayés par les médias québécois.  Ce filtre nouvellement imposé par les médias ne fait que diminuer l’influence des convictions personnelles.

Ce que le NPD a prouvé, c’est qu’il même pas nécessaire de rejoindre tout le monde, même pas ses électeurs, même pas ses sympathisants, même pas ses membres, mais seulement ceux qui permettent d’influencer l’opinion publique.   Il ne faut pas viser la population, mais les influenceurs. Cette obligation que ce sont donnés les citoyens de se contrôler par le filtre des grands médias, ne fait qu’agrandir la distorsion amenée par l’intérêt médiatique.  Au Québec, on a réduit Jack Layton à une saveur du mois, avec en prime un martyr télévisé. En tout, un beau spectacle d’environ six mois.  Au Canada, on avait dépeint Stephen Harper comme étant responsable et modéré.  On avait parlé de lui bien plus que défunt chef du NPD, pourtant le Québec a cru que le Canada tout entier s’enflammerait pour ce chef que l’on ridiculisait lors des deux élections précédentes.

Après, les journalistes ont rejeté la responsabilité de cet effet d’entraînement sur le fait que les dirigeants du NPD, notre bon Jack compris, de n’avoir pas dit toute la vérité sur son état de santé.  Refuser de reconnaître une évidence est pourtant l’ingrédient principal de la mauvaise foi.  La meilleure histoire fait vendre plus de journaux et attire les meilleurs cotes d’écoute, c’est tout.  C’est pourquoi ce n’est plus celui qui est le mieux à gérer les affaires de l’État ou simplement vous en donner plus que les autres; c’est le candidat qui arrivera à vous toucher le plus, quelle que soit l’émotion générée, qui l’emportera.

C’est l’expression de notre liberté qui finit par réduire cet espace commun qui est l’arène politique.  Ce territoire, qui était auparavant collectif, s’est peu à peu privatisé ou du moins est entré sous le contrôle d’une poignée d’individu, dont l’intérêt premier n’est pas de s’assurer de la vivacité de notre système démocratique, mais plutôt d’assurer ses propres intérêts, lié à une grande cause ou non.  Les individus devront tout ou tard prendre contrôle des canaux dans lesquels ils souhaitent s’exprimer.  Ces collectivités devront devenir vraiment collectives.

Si les réseaux sociaux ont démontré leur efficacité pour amorcer des révolutions, nous allons devoir trouver un moyen pour que ces liens ne disparaissent pas aussi soudainement qu’elles sont survenues. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les liens permis par les réseaux sociaux ne sont pas assez significatifs pour cela.  Il est bon d’exprimer notre voix, mais il faut également qu’elle soit entendue et qu’elle ait un impact.  Cette nouvelle conscience née du web 2.0 devra tôt ou tard s’assembler dans une structure plus traditionnelle qui lui permettra de détenir les moyens nécessaires pour atteindre ses objectifs. Et non pas pleurnicher à chaque fois qu’un parti ou un autre n’agit pas selon nos préférences.

Extrait : identité nationale et démocratie

29 Août

Bonjour, voici un autre extrait de ma réflexion sur le printemps érable (que j’espère finir un jour…) 😉 

Que faut-il faire pour être Québécois au Québec ? Premièrement, il faut personnellement se définir comme Québécois.  Deuxièmement, il faut que les autres Québécois le reconnaissent, et vous désigne comme tel.  Il est là le problème dans l’identité, sa dimension collective ne peut être vécue que collectivement. Cela peut paraître une évidence, mais bon nombre de penseurs libéraux ont essayé de réduire l’identité qu’à une dimension individuelle.  En fait, l’idéologie du Multiculturalisme canadien, grandement réfléchie par Pierre Elliott Trudeau, limite l’identité nationale qu’à un simple choix personnel que l’État se doit de reconnaître.  Cependant, cette identité n’a pas de dimension politique, l’État ne se doit pas de défendre une langue ou une culture en particulier, il doit être neutre.  Si identité il y a, elle est basée sur le contrat entre les citoyens, concernant les institutions et les droits universels.

Ce type de pluralisme identitaire oublie toutefois un élément fondamental des droits universels. Les droits universels, s’ils sont universels doivent toutefois s’exprimer dans un cadre culturel. Pour qu’ils existent réellement, la démocratie libérale doit permettre à ses citoyens d’exercer ces droits, en échangeant les uns avec les autres. Que ce soit la liberté d’expression, de religion, économique ou d’association, tous se font dans une communauté, par des interactions entre individus avec l’aide d’une langue et régie par des codes socioculturels.  Par l’exercice des droits universels, les individus qui composent la collectivité échangent, délibèrent et se construisent des normes pour faciliter à nouveau cet exercice. Au contraire de ce que pensait Pierre Eliott Trudeau, la nation n’est pas la somme de tous ses individus.  C’est plutôt les individus entre eux qui construisent quelque chose de plus, et cette « chose de plus » c’est la nation.

Une identité nationale peut vivre sans démocratie, mais une démocratie ne peut vivre sans identité nationale.  C’est pourquoi il faut faire attention avec la préservation de l’identité nationale pour le pas tuer la démocratie.  D’un autre côté, tuer l’identité nationale pour préserver la démocratie peut être tout aussi dangereux.  Il faut comprendre que l’équilibre parfait est difficilement atteignable.  Par exemple, dans le cas de la loi 101, si elle forçait de faire le français une langue publique commune en heurtant des droits, elle allait faire entrer un grand nombre d’individus dans la grande délibération nationale et renforcer l’attachement à l’identité nationale québécoise. La construction identitaire des gouvernements québécois depuis les années soixante-dix, comportent d’autres éléments moins coercitifs et tout aussi fondamentaux, tels que la reconnaissance des droits des premières nations, des droits sociaux, culturels et scolaires de la minorité anglophone, ainsi que l’adoption de la Chartes des droits et libertés de la personne du Québec, votée d’ailleurs avant celle du Canada.

Il s’agit d’un exercice fragile où les ajustements doivent être nombreux.  La plus grande qualité pour un décideur dans ce domaine est de reconnaître rapidement ses erreurs. De là, il faut toujours se méfier des politiques trop englobantes et difficilement réformables.