Tag Archives: blogues

Extrait : la télévision, les réseaux sociaux et la démocratie

23 Juil

J’ai terminé la rédaction de mon interminable ouvrage sur le printemps érable.  160 pages à temps perdu et sans l’aide d’aucune subvention (Mes taxes ! Mes taxes !) …

La deuxième partie devrait arriver bientôt, une révision et c’est fini…

entre-temps je publie un extrait (bonne lecture) :

 

L’importance des médias dans la construction identitaire

Si tout type d’échange entre individus est nécessaire à l’exercice réel de nos droits fondamentaux et la construction de nos identités, alors tout moyen de communication est d’une importance capitale dans une société. Sortir les moyens de communication d’une analyse identitaire, c’est faire abstraction du processus décisionnel, de la mécanique sociale faisant en sorte que les valeurs et idées viennent à s’imposer.  Les moyens de communications créent un espace de délibération entre les citoyens (où certains sont plus égaux que d’autres), les idées circulant et forgeant l’opinion publique.  La deuxième moitié de vingtième siècle a vu apparaître l’imposition d’un nouveau média, la télévision, qui transformera profondément nos vies, propulsant l’image aux plus hauts sommets.  L’augmentation des chaînes a diminué le message officiel de l’Élite bien-pensante pour faire place à un vacarme, qui malgré sa grande dissonance, chantait les louanges de l’individualisme néolibéral. Celui-ci prétend l’idée que les Élites culturelles et politiques sont corrompues, que seulement vous seul pouvez déterminer ce que vous voulez, que l’État gaspille continuellement de l’argent et que tous ceux qui sont à gauche sont des profiteurs du système.  Les entrepreneurs sont toujours bons, car ils ne font que répondre automatiquement aux demandes des consommateurs; le Marché étant le seul juge entre le bien et le mal dans nos sociétés.  Les grands projets constitutionnels s’en sont trouvés affaiblis, non seulement pour leurs échecs, mais aussi par la désaffection de la population pour les Élites causés par l’insertion du message néolibéral.

Cependant, comme on peut le constater les Réseaux sociaux prennent dorénavant leur place, faisant désormais compétition à la télévision comme un espace délibératif de première importance. Le combat entre la télévision et les réseaux sociaux, créé alors deux communautés politiques bien différentes, rendant plus ardue la « délibération nationale » sur des enjeux de société (comme ont pu l’être les droits de scolarité ou la Charte des valeurs), car leurs « points de repère » ne sont pas mêmes.

 

Les deux démocraties

La prédominance de l’un ou de l’autre moyen de communication, va changer la façon dont se forme l’opinion publique.  Dans un monde où la télévision prédominait, le citoyen est passif et reçoit l’information sans la demander au préalable.  Malgré la multiplication des chaînes, le choix comparé à l’internet est extrêmement limité.  Non seulement l’information est infinie sur internet, mais le citoyen peut trouver exactement ce qu’il veut et donc, s’associer avec un nombre significatif d’individus qui pensent comme lui.  Avec Internet, il n’y a plus de standardisation des idées, l’idéologie officielle a ainsi plus de difficulté à pénétrer les esprits.  L’internet produit en quelque sorte, des tribus idéologiques.

Ce qui fera en sorte que le processus de construction identitaire est différent  d’une société dominée par la télévision et comparativement à une autre dominée par internet.  Dans une société dominée par la télévision, le citoyen étant passif reçoit les normes et les codes sociaux, c’est-à-dire ce qui est acceptable, sans trop se poser de question.  Les relations familiales, de travail ou entre groupes ethniques sont représentées sous un angle prédéterminé au petit écran. Le téléspectateur s’identifiant à ce qu’il voit, en vient alors à être rassuré dans ces comportements sociaux.  Donc, la télévision en vient à être un instrument de contrôle social.  Cela peut paraître horrible à première vue, mais les émissions de télévisions ont fait beaucoup pour sensibiliser les gens contre la violence conjugale, le sexisme, le racisme et l’homophobie.  Cependant, il ne faut pas que la télévision ne « dérange trop », car sinon peu de gens la regarderont.  La façon de présenter les homosexuels ou les noirs, il y a 30 ou 40 ans dans les émissions peuvent sembler ridicules aujourd’hui, mais il faut savoir qu’à cette époque, c’était tout de même progressiste.  Même si la place des minorités n’était pas équivalente à celle de la majorité, leur situation s’améliorait petit à petit.

Avec la télévision, l’individu est en quelque sorte libre, car il n’est plus nécessairement gérer par son entourage, sa famille, son village, etc.  Il peut voir qu’un autre monde existe, que l’on peut être différent et avoir d’autres idées.  Cependant, avec la télévision, la différence est tout aussi standardisée que ce qui est conforme.  On permet l’individualisme, mais dans un cadre bien établis.  Donc on accepte la différence, mais jusqu’à un certain point, ce que la Majorité est prête à accepter.  Il faut comprendre qu’une société démocratique est permissive comme la nôtre intègre tout de même énormément plus qu’une société où la liberté de parole et de Presse est très limitée.

Une société dominée par la télévision donne à ce qu’on pourrait appeler un « Nous individualiste », l’individu existe, mais en fonction de cadres préétablis.  Tu peux faire partie du groupe, mais en fonction de critères acceptés par le groupe.  L’individu est libre, mais il n’a pas beaucoup d’influence sur les critères identitaires.  Si la télévision rend la nation plus inclusive, c’est la Majorité qui dicte en quelque sorte les espaces de libertés de chacun.   Dans ce type de société, l’individu a le choix d’être ce qu’il veut, mais on peut dire que les options sont déterminées par le groupe.

Il en est tout autrement dans une société dominée par Internet.  Dans celle-ci, les individus contribuent « librement » au contenu d’information diffusé.  Le citoyen est actif et peut vivre, s’il le désire, sans l’influence de la Majorité.  Auparavant, les minorités se faisaient imposer les limites par le groupe, avec internet et les réseaux sociaux, c’est la minorité qui indique ses aspects identitaires à la Majorité, pouvant dévoiler tous les aspects de sa vie, et ce, même si la Majorité n’est pas prête à l’accepter.  Cela donne toutefois une nouvelle force aux intégristes, aux fondamentalistes et aux radicaux qui se retrouvent moins seuls.  Par internet, les messages haineux finissent malheureusement par trouver un auditoire.  Toutefois, des problèmes de société souvent marginalisés peuvent prendre le devant de la scène, des causes moins « tendances » ou plus controversées peuvent s’organiser.  La mobilisation n’a plus besoin du « filtre social » national pour exister et les citoyens peuvent s’informer sur les questions qui les intéressent vraiment.  Cela fait en sorte que certaines questions prennent plus de poids dans la société et certaines personnes démonisées par les médias traditionnels viennent à avoir une certaine tribune pour se défendre.  Pour ou contre, bien ou mal, sur internet le message unique n’existe (pratiquement) pas.

Dans ce monde, le processus de construction identitaire s’apparente à un « Je collectif ».  c’est-à-dire que l’individu construit ou choisi son identité et ensuite l’impose à la Société qui doit l’accepter tel quel.  C’est la Majorité qui doit ouvrir le plus possible les critères identitaires de la Nation, afin d’intégrer les personnes qui prétendent la constituer, comme l’est en quelque sorte un réseau social.  La Majorité n’est plus définie selon un groupe d’individus, mais le cadre dans lequel ces individus interagissent.  Celui-ci doit accepter et permettre la différence.  Le Québécois ordinaire n’est plus un individu concret, mais un modèle auquel les gens se réfèrent.  Avec le « Je collectif » on peut dire que l’on passe d’une majorité réelle à une Méta-Majorité.

Ces types de société vont entraîner ou être liées à deux façons de concevoir la démocratie; une positive et une autre négative, une qui écoute et une qui parle.  La démocratie négative en conçue en fonction de la protection des droits individuels, ou plutôt de la limitation du pouvoir.  On limite les pouvoirs des décideurs par des limites judiciaires, de la transparence et des élections.  La démocratie est alors une protection contre les envies despotiques d’un dirigeant.  L’opinion publique, dans une démocratie négative, se forme de haut en bas [top-down], c’est-à-dire que les citoyens ne sont pas la source des développements à l’opinion publique.  Celle-ci est influencée par l’État, des « empires » médiatiques, des syndicats, des groupes de pression qui expédient leurs messages par des canaux traditionnels (journaux, radio, télévision) en espérant que les citoyens vont adhérer tôt ou tard à leur point de vue.

La démocratie positive est conçue en fonction de l’expression du conflit politique.  La démocratie y est perçue comme étant un régime où l’on doit exprimer ses droits individuels pour qu’ils existent vraiment.  Les décisions des gouvernants doivent être l’expression de la volonté populaire et ils n’ont pas carte blanche entre deux élections.  L’opinion publique se forme de bas en haut [bottom-up].  Les citoyens y sont la source des développements de l’opinion publique. Les citoyens communiquent entre eux, surtout avec l’arrivée des réseaux sociaux, les décideurs et les groupes d’intérêts décident alors de suivre ou non les tendances.  Le but est alors de lancer des  mouvements que le plus de citoyens possible pourront adhérer.

Montréal n’est pas le berceau de cette nouvelle identité, car elle est supposément plus progressiste, mais plutôt parce qu’elle est hétérogène.  La pérennité du cadre culturel dans lequel s’expriment les droits universels est beaucoup plus menacée à Montréal, tant du côté francophone qu’anglophone que dans le reste du Québec.  Le besoin d’une spécificité pour se protéger de l’assimilation de l’Autre a eu comme effet de se protéger contre la culture générique néolibérale.  Tandis qu’ailleurs, elle a pénétré sans vraiment de heurts, tranquillement et insidieusement. Que le français perde du terrain sur l’Île de Montréal n’est pas perçu comme une catastrophe, car il faut tenir compte du changement sociologique dans la population à Montréal.  Ce que combat Montréal c’est l’identité générique néo-libérale.  On ne peut pas empêcher la Mondialisation, mais en « Région » la langue et la tradition suffisent, ce qui n’est pas le cas à Montréal qui doit intégrer la Mondialisation et la transformer en quelque chose de nouveau.

Il serait trop facile de diviser en deux le Québec, entre le Montréal « progressiste et ouvert » et les Régions « conservatrices et fermées », la réalité est complexe.  Si l’on tend à se diriger progressivement vers une division entre démocratie négative et démocratie positive, poussés par les transformations qui survient à Montréal, nous sommes en ce moment dans une phase transitoire qui ne mène pas forcément vers la Révolution socialiste, mais un nouveau système de construction identitaire, sur lequel repose le corps délibératif qu’est la nation.  Il y a à Montréal tout autant de conservateurs que dans le reste du Québec qui, lui, est plus vivant intellectuellement et culturellement qu’il n’y paraît.  L’Histoire ne se fait pas par des mouvements saccadés et ce que l’on construit aujourd’hui n’efface jamais totalement ce qui a été fait hier.  Ce que j’avance, c’est que s’est construite à Montréal plus qu’ailleurs au Québec une façon « de faire des Québécois », entraînant une nouvelle identité nationale, basée sur de nouvelles valeurs politiques.  Et finalement, c’est cette nouvelle façon de faire des Québécois, présentée par les carrés rouges durant le printemps Érable, qui va s’imposer.

Publicités

Les féministes ont raison (même si elles te font chier)

28 Fév

Jamais de ma vie, je n’aurais cru faire ça un jour, mais je vais écrire un billet défendant les féministes. Je dois vous mettre dans le contexte, j’ai toujours été celui qui soupirait lorsqu’on demandait de féminiser mes intervention dans les assemblées de grève ou qui roule des yeux lorsqu’on parle  de domination oppressante du patriarcat…

Mais je n’aime pas le contexte délétère et la montée d’un discours carrément misogyne qui sévit actuellement, des gens supposément cool qui sort des affaires rétrograde des années 50,  au même titre de que vieux rétrogrades pris bien dur dans leur bon vieux temps de jambon du terroir…

Ce qui m’énerve, et cela en toute chose, c’est le discours exagéré, déconnecté de la réalité que certains défenseurs d’une cause emploient pour faire valoir leur point.  Au discours supposément enragé de certaines féministes, on répond à celui d’un homme victime, incompris, dont les ambitions sont empêchées par des hystériques jalouses en manque de cul… Bien les gars qui pensent comme ça devraient se raviser, car mêmes si elles étaient toutes des « folles hystériques enragés lesbiennes avec du poils en dessous des bras », bien les féministes ont fondamentalement raison…

Et pour faire valoir ce point je ne vais pas vous parler d’une expérience traumatisante ou des jouets que l’on donne aux enfants à Noël, je vais vous présenter des chiffres…

Commençons pas ceux du Conseil du Statut de la Femme…

Au Québec, il y a 51,1 % de femmes et 48,9 % d’hommes

77,9 % des familles monoparentales ont une femme comme chef de famille.

Les femmes ont un taux d’emploi de 55,7 %, tandis que les hommes en ont un  de 65, 4 %.  L’écart entre les hommes et les femmes immigrants est plus grand, les femmes immigrantes ayant un taux d’emploi de 47,7 %, tandis qu’il est de 62,1 % chez les hommes.  Ce qui signifie que pour les hommes le fait d’être immigrant n’a pas une si grande influence sur le taux d’emploi, ce qui est tout le contraire chez les femmes.

Ce qui est du revenu, c’est la même chose comme l’indique les indicateurs suivants :

Le Revenu moyen d’emploi :

Femmes : 26 297 $ hommes : 38 359 $

revenu moyen total :

femmes : 25 870 $ hommes : 38 509 $

Si les femmes gagnent moins, elle sont évidemment plus frappé par la pauvreté.  Plus de la moitié des femmes ont un revenu de moins de 20 000 $ par année, ce qui mets grandement en perspective l’écart plus petit entre les hommes et les femmes au sujet des personnes vivant sous le seuil de faible revenu.

% des personnes avec un revenu de moins de 20 000 $

Femmes : 50,1 % hommes : 33.6 %

% de personnes sous le seuil de faible revenu

Femmes : 13,3 % hommes : 11,4 %

Bon, sujet un peu plus délicat… la violence… je sais que les chiffres peuvent être discutés, mais l’écart est tout de même là… Si les femmes peuvent être violentes, je crois qu’avec les chiffres que l’on a devant les yeux, le constat est clair, les femmes sont plus souvent victimes que les hommes…

Victimes de violence conjugale :

Femmes : 14 923 hommes : 2920

agressions sexuelles, moins de 18 ans / 100 000

Femmes : 336,4 Hommes : 81,4

Malheureusement, les femmes sont sous-représentées dans les lieux de pouvoir, là où elles pourraient passer les législations nécessaires à améliorer leur condition et réduire l’écart socio-économique avec les hommes… elles forment tout de même 51,1 % de la population au Québec… elle devrait pour avoir une représentation juste de leur poids démographique, c’est-à-dire 63 ou 64 députées, et non 41 comme ce l’est actuellement…

% de femmes à l’Assemblée nationale

32,8 %

comme maire (en 2010)

16 %

Y’en a qui vont me dire « ben là, c’est des chiffres du conseil du statut de la femme, toutes des féministes qui font partie du complot féministe, pour asservir les hommes québécois »… donc pour vous j’ai d’autres chiffres…

Les chiffres doivent être bons, ils viennent du Parlement du Canada, c’est rempli de conservateurs adorateurs du fœtus là-dedans : http://www.parl.gc.ca/content/lop/researchpublications/2010-30-f.htm#a3

J’ai laissé les textes explicatifs tels quels, pour pas que vous pensiez que je trafique les données…

2.2 Écart salarial – travailleurs à temps plein toute l’année

L’indicateur de l’écart salarial le plus souvent utilisé au Canada est celui qui s’applique au travail à temps plein toute l’année. Il compare le revenu moyen des personnes qui travaillent uniquement à temps plein. Le tableau 1 présente des données sur l’écart salarial entre les femmes et les hommes qui travaillent à temps plein toute l’année au Canada. D’après cet indicateur, les femmes qui travaillaient à temps plein toute l’année en 2008 ont eu un revenu correspondant à 71,4 % de celui de leurs homologues masculins 3.

Tableau 1 – Gains moyens des travailleurs à temps plein toute l’année (dollars constants de 2008)
Année Hommes Femmes Ratio
1978 54 400 34 400 0,63
1988 53 800 35 100 0,65
1998 56 300 40 500 0,72
2008 62 600 44 700 0,71
Source : Tableau établi par l’auteure à l’aide de données de Statistique Canada, « Répartition des gains, selon le sexe, dollars constants de 2008, annuel », tableau 202-0101, CANSIM (base de données), E-STAT (distributeur), 10 septembre 2010.

Les gains moyens peuvent être faussés par un petit nombre de personnes qui reçoivent des salaires très élevés, la plupart du temps des hommes. Pour limiter l’incidence de ce petit groupe de salariés à revenu élevé, il est utile de comparer les gains médians des femmes et des hommes 4. Le tableau 2, sur les gains médians des hommes et des femmes qui travaillent à temps plein toute l’année, montre que les femmes gagnent environ 76 % du salaire des hommes.

Tableau 2 – Gains médians des travailleurs à temps plein toute l’année (dollars constants de 2008)
Année Hommes Femmes Ratio
1978 50 600 31 200 0,62
1988 49 700 32 100 0,65
1998 49 000 36 300 0,74
2008 50 600 38 600 0,76
Source : Tableau établi par l’auteure à l’aide de données de Statistique Canada, « Répartition des gains, selon le sexe, dollars constants de 2008, annuel », tableau 202-0101, CANSIM (base de données), E-STAT (distributeur), 10 septembre 2010.

Toutefois, ce qu’il faut comprendre (et ça la majorité des féministes le comprennent), c’est que le patriarcat ce n’est pas un système où les hommes oppriment les femmes, mais où les hommes ont une prédominance certaine dans les lieux de pouvoir et s’efforce de le maintenir.  En plus simple, It’s a man’s man’s man’s worldCe n’est pas que les femmes ne peuvent pas dominer, avoir le pouvoir, être riches, mais elles y sont sous-représentées et c’est dans les faits beaucoup plus difficile pour ces femmes d’atteindre ce statut.

Comparativement à un homme, si tu nais femme, bien t’as plus de chance d’être pauvre, maltraitée, violentée, discriminée, sous-employée, et toutes les autres choses plates de la vie. Bref, être plus vulnérable.  Et les gens vulnérables, faut bien les défendre. Et pour défendre leurs droits, les femmes ont compris que l’on était jamais mieux servie que par soi-même…

Si certaines (plusieurs) chroniqueuses et blogueuses se servent de leurs expériences de vie pour argumenter, il en va de même pour leurs critiques, et plus souvent autrement, l’oppression féminine n’est qu’en fait une collections d’anecdotes et de récits de vie.  Ce n’est pas parce qu’on peut avoir un nombre élevé d’hommes ayant vécus des situations désagréables ou même violentes avec des femmes qu’ils sont sous l’emprise d’un système matriarcal.  Il faut comprendre que les relations hommes-femmes se vivant dans le quotidien, et surtout dans l’intimité, ces moments privés viennent à avoir une valeur, mais sont trop subjectifs pour être réellement significatifs.  Qu’il soit vrai que les femmes soient toutes des folles et que les hommes soient tous des chiens sales, cela ne change absolument rien au système en place.

Donc, des féministes il en faut. Même si ça te dérange, il en faut pareil… 😉

 

Pause de Philo Politique : GSP et Moi, même combat ! (et petit conseil à ceux qui veulent changer le monde)

17 Déc

Je prend un break mental, car si vous avez lu mes derniers billets je suis « politiquement » déprimé… Après l’euphorie du printemps érable, on retrouve un Québec pas si glorieux et je crois que j’ai tout dit ce qu’il y a dire…  Le cœur n’y est pas, ça m’a pris un mois pour poster le dernier billet… il y a encore plein de fautes et de structures de phrases poches, mais je m’en fous un peu…  Pour le livre sur la GGI, je ne sais pas, je vais sûrement le continuer à temps perdu… je vous ferai signe, si ça avance.

Je n’arrête pas, j’ai d’autres projets qui m’emballe encore plus. N’ayez crainte, je reviendrai sur ce blogue lorsque je le croirai nécessaire.

Mais je vous laisse avec ce dernier petit message :

Un peu d’espoir…

On pourra bien dire ce que l’on voudra, le Capitalisme a toutefois le mérite de s’occuper des gens maintenant, d’offrir des réponses instantanés à des besoins tout aussi instantanés.  Cela est sa grande force et aussi son pire défaut, car dans le capitalisme c’est l’avenir qui écope, tous les problèmes environnementaux sont là pour le prouver.  De plus, le besoin des individus de s’épanouir dans un monde sans barrière, où chacun peut atteindre son plein potentiel qui s’est développé avec le néo-libéralisme nous a également donner les crises financières que l’on vit actuellement.  Ce manque de vision et de volonté de se projeter vers l’avenir, nous amène à des niveaux d’endettement public et privé que l’on est incapable de soutenir, tant individuellement que collectivement.   De l’autre côté, on retrouve un projet absolu auquel on peut tout sacrifier… La Révolution ! Lorsqu’on veut implanter un projet politique utopiste, l’individu passe malheureusement deuxième. Les gens doivent se sacrifier pour la cause, cependant, la récompense ne semble jamais venir et les gens viennent à en avoir marre de ne pas combler leurs besoins, souvent les plus primaire pour des lendemains qui chantent. Après beaucoup de lendemains qui ne chantent pas, on en vient à comprendre l’astuce, on travaille pour les « guides de la Révolution » qui profitent du système autant que les vilains Bourgeois qu’ils combattent.  C’est exactement ce qui est arrivé durant l’épopée communiste, sachant qu’ils engraissaient un sale porc dans le capitalisme, mais qu’au moins ils allaient avoir un peu de récompenses, pour les gens ordinaires même si ce n’était pas beaucoup, c’était mieux que rien.

Malheureusement, les nouveaux révolutionnaires ont encore de la difficulté à accepter cet état de fait.  Si la « Révolution » ne fonctionne pas c’est parce que les anciens étaient faillibles ou que des individus mal intentionnés l’ont usurpé à leur profit.  Si les gens ordinaires ne comprennent pas, c’est la faute des Grands Médias, ils verront tous la lumière, une fois que les citoyens en auront le contrôle… S’il y a beaucoup de bon dans leurs idées, ils se détachent de la réalité autant que ceux qu’ils veulent sauver.  Leur message étant souvent orienté vers le système et non vers les gens. Mais qui va appuyer une refonte du système, s’il n’y voit aucun avantage, si sa situation reste la même… Devant la même complexité du monde, ils se créent un monde simple, où seulement la victime et l’ennemi changent.  La différence est qu’eux se sacrifient, donnent leur corps et leur âme au reste de l’humanité.  Et c’est pour ça que le monde change, car ils agissent pour le changer.  Ça l’aire bête comme ça, mais y’a pas plus vrai…

Malgré tout, l’idéologie a ses limites et lorsqu’on frappe un moment où sa construction du monde ne tient plus, qu’on rencontre une contradiction dans notre système de pensée,  deux choix alors s’offrent à nous. Premièrement, ne pas remettre l’idéologie en question et prendre une décision qui ne peut avoir de sens que dans le groupe où l’on se retrouve et ainsi se détacher du reste du monde (comme le font les gens dans une secte). Deuxièmement, accepter la contradiction, se demander quelle est la valeur (dans le dilemme éthique) qui a le plus d’importance à nos yeux et agir en conséquence.  Habituellement, la peur de se faire rejeter par le groupe l’emporte et on en vient à des situations où l’esprit partisan va en quelque sorte laver le cerveau de citoyens apparaissant, à première vue, extrêmement intelligents.  C’est ce qui arrive dans les mouvements révolutionnaires, mais c’est aussi ce qui arrive chaque jour chez les « gens ordinaires ».  Ce ne veut pas dire que tout est relatif et que les « méchants anarchistes » n’ont pas raison de critiquer le monde dans lequel on vit…

Dans le cas de la Charte, des militants péquistes de longue date, rejettent du revers de la main les critiques de Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Gilles Duceppe, car ils seraient jaloux et misogynes.  Pourtant, leurs propos sont réfléchis, nuancés et mérites d’être pris en compte.  Que dire de l’argument que Françoise David est pour l’oppression des femmes… je ne suis pas le plus grand fan de Françoise, mais y’a bien des maudites limites à dire des niaiseries…

L’idéologie ne s’accomplit pas, elle s’impose.  C’est ce que bien des militants et des agents inactifs servant à la  perpétuation d’un système « oppressif » ont de la difficulté à comprendre. Je crois que le rêve, notre utopie, doit rester un rêve.  Je ne dis pas qu’il ne faut pas changer ce monde, mais que de sacrifier le présent pour le futur n’a jamais donné de résultats très concluants…  Ce qu’il faut imposer ce n’est pas le rêve, le projet, la finalité par l’entremise d’un groupe s’imposant à faire avancer l’histoire dans le bon sens.  Ce qu’il faut, c’est de faire en sorte que les gens voient les choses, comme nous le voyons.  Qu’ils comprennent l’analyse, c’est-à-dire le raisonnement qui a permis à en arriver à des conclusions parfois choquantes pour certains.  Une fois qu’ils verront  le monde à travers « vos lunettes », libre à eux d’accepter, de refuser ou de modifier votre vision.  C’est ainsi que les changements s’opèrent de façon durable, sinon il ne reste que la force qui ne dure jamais.

Le monde n’a pas besoin de parfait révolutionnaire ou d’héro sans peur ni reproche, de « chevalier blanc ».  Pour améliorer le sort de ses semblables, il ne faut pas adopter un style de vie, mais faire des gestes concrets en ce sens.  On peut militer dans une organisation ou un parti politique, faire du bénévolat, écrire un livre, chanter des chansons, faire des dons à des organismes, simplement aider un voisin ou un ami, mais le plus important est de se renseigner et de confronter nos idées reçues.  Se transformer totalement, ne changera pas totalement le monde. Croire que l’on est parfait ou que l’on a parfaitement raison, c’est se couper de la réalité et des gens qui pourraient réaliser nos idées.  Il faut plutôt affirmer ses failles, les assumer et annoncer malgré tout ça le projet d’améliorer le sort de ses semblables, même si le résultat peut  être imparfait. Car le résultat, même imparfait, sera toujours mieux à ce que l’on a actuellement…

La médiatisation de la politique (Prise 2)

6 Nov

Personne ne détient totalement la Vérité.  Un bon esprit scientifique doit savoir quand il s’est trompé.

J’avais écrit un texte à l’hiver 2012.  Au printemps 2012, les événements m’ont démontré qu’il n’était pas valable.

Donc, je l’ai réécris et c’est devenu un chapitre de livre… l’ancienne version est disponible ici (si vous voulez comparer)

https://pldery.wordpress.com/2012/02/11/la-mediatisation-de-la-politique/

et voici la nouvelle :

La médiatisation de la politique

Actuellement, les médias ne forment plus le quatrième pouvoir, mais plutôt l’arène dans laquelle se fait le conflit politique.  Les trois autres (législatif, exécutif et judiciaire) doivent désormais être filtrés, pour exister significativement, au travers de celui-ci. Surtout à cause d’Internet, la démocratisation de la publication d’information n’agrandit en rien le pouvoir citoyen.  Il y a maintenant, produire gratuitement sans contrôle et produire contre rétribution sous l’œil bienveillant d’un autre.  Malheureusement, cette liberté vient avec un total désintéressement du grand public.  Ce privilège étant maintenant à la portée de tous, qu’une poignée d’individus ne voit de valeur à l’exercer. La facilité qu’a l’information de se rendre aux citoyens, ne renforce pas leur pouvoir, mais renforce au contraire celui qui la lui fournit qu’il soit le fruit du « Capital » ou d’un regroupement de citoyens. L’individu gavé plus qu’il ne le faut se demande maintenant pourquoi creuser plus profond, alors que ce qui ressemble à la vérité nous apparaît en plein visage?

Les journalistes semblent eux aussi être pris dans cette restructuration du monde médiatique, leur rôle semble aussi flou qu’au reste de la population.  Ceux-ci doivent être dorénavant multitâches et produire de plus en plus dans l’instantanéité.  Le débat politique a besoin au contraire de recul, de distance, de temps, d’une réflexion profonde sur des problèmes complexes.  Toutefois, cette complexité semble avoir disparu des médias d’information.  Croyez-vous qu’ils sont un rapport exhaustif de faits vérifiés, lorsqu’il est maintenant devenu possible de commenter un drame national en 140 caractères, seulement 30 secondes après qu’il soit survenu?

Ce besoin boulimique qu’ont les médias de produire trop de contenu, trop rapidement, et ce, avec des ressources décroissantes, donne le beau jeu à tous ceux qui peuvent fournir du contenu d’information préfabriquée et gratuite.  Avec le renforcement du rôle des relationnistes et faiseurs d’image de tout acabit, l’intérêt public laisse place peu à peu à l’intérêt privé. Il s’agit ici d’un déplacement de l’arène politique de l’espace citoyen à la sphère médiatique.

Le simple citoyen n’a pu uniquement besoin de savoir, mais plutôt qu’on lui fasse une analyse de toutes ces nouvelles qui lui parviennent.  Les médias se donnant de plus en plus la tâche d’analyser l’actualité politique; les politiciens, eux, y voient la nécessité de s’y intégrer. Ce qui entraîne que les équipes de communication concentrée autour des chefs deviennent plus importantes et que les équipes locales qui sont autour des représentants le sont de moins en moins.  La diffusion des idées est alors dorénavant plus réduite au sein du milieu politique et plus étendue parmi les citoyens.

Dans le monde des réseaux sociaux ont essai perpétuellement de se vendre sous notre meilleur jour et de détruire l’image des autres, les personnes doivent devenir leur propre relationniste.  Dans ce monde hyper médiatisé, les gens apprennent à décrypter les statuts Facebook de leurs proches, alors imaginez leur regard sur le programme électoral d’un parti politique.  Cette suspicion constante des autres mène les gens à se contrôler mutuellement.

On se livre également à une guerre d’image, car on a lié les mains des décideurs qui ne peuvent plus « acheter » leurs votes. Les valeurs et les intérêts se sont volatilisés du milieu politique au profit de la superficielle image publique.  On voit toutefois un regain des idées politiques qu’on place souvent au-dessus de la joute politique.  Les grandes idées ont la cotte tant à gauche qu’à droite, car elles font un plus grand impact sur les gens qui nous entourent.  Mais les grandes idées ont besoin des petites pour survivre. Et les petites ont besoin d’organisation et de militants actifs qui sont près à des actions qui frappent l’imaginaire.

Le retour aux grandes idées est une bonne chose, sauf que l’arène dans laquelle elles se retrouvent ne facilite aucunement leur mise en œuvre.  Auparavant, on retrouvait dans le monde politique des structures très rigides : des partis avec des objectifs très clairs et une discipline interne très forte.  Mais pour ceux qui ont toujours diffusé leurs idées et s’associent au gré des soubresauts de l’histoire, ces structures sont inadéquates.  Pourquoi se soumettre à d’autres, alors qu’ailleurs je peux m’unir et être libre tout à la fois ?  Dans l’arène médiatique, nous sommes dans le domaine du rêve, du désir, du superflu, de  l’exagération.  Le concret et la figure de style s’entremêlent à un point qu’il est devenu impossible de les délier distinctement. Où il fallait mettre son égo de côté et se sacrifier pour la cause, par exemple avec tous ces militants dociles qui composaient les partis de masses, le sacrifice est maintenant au service de cet égo qui ne cherche qu’à se démarquer des autres.

La Cause est malheureusement secondaire, car si cette dernière prime sur tout, ce sont les autres qui s’occuperont de notre image à notre place.  Défendre une cause nous amène dans l’arène médiatique, sinon cette cause n’existe pas. Le monde médiatique ayant fusionné avec la monde politique, les objecteurs de conscience et les critiques les plus acerbes du système en viennent toutefois à intégrer cette nouvelle arène assez rapidement.  Le contenu idéologique des grands partis ayant été dilué pour ensuite  se fractionner, la différence entre ceux-ci et les autres acteurs de la société civile n’est plus très grande.

L’arrivée de l’informatique nous a permis de tout quantifier jusqu’au déraisonnable. En sachant tous les paramètres d’une personne, elle n’avait plus besoin d’être dirigée, c’est ça la liberté des libertariens. Par ce stratagème l’individu en vient à être l’esclave du programme, d’une machine qui n’a pas d’opérateur, auquel tous supposément apportent quelque chose.

Par une série de chiffres, on peut établir des objectifs, des cibles, quantifier les progrès d’un individu dans l’atteinte de ses objectifs.  Rien n’allait plus être laissé au hasard, le marché détermine une cible et la créativité individuelle s’occupe de l’atteindre.  Les expérimentations sociales seraient désormais obsolètes, mais les gens en ont décidé autrement.  Avant l’explosion des Réseaux sociaux, les contenus appartenaient à d’autres et allaient servir à la consolidation d’empires de l’opinion publique où l’informatique n’est plus qu’un vulgaire outil de marketing.

Pour les plus vieux, le pouvoir d’exprimer automatiquement son opinion est amplement suffisant.  Le Marché lui donnant une liberté qu’ils n’avaient pas auparavant, ils n’ont pas le désir de transformer le monde qu’il l’entoure.  Pour les plus jeunes, ce pouvoir lui est inné, c’est un moyen politique au même titre que les autres, et non un privilège accordé par une bienveillante compagnie.  Il est alors normal qu’ils expriment leurs opinions, mais aussi qu’ils agissent en conséquence.

Le conflit était avant tout médiatique, car l’arène politique est dorénavant devenue médiatique, où les « empires traditionnels » affrontent les masses des réseaux sociaux.  Les compétences de nouveaux générateurs d’informations dépassent largement ceux des journalistes, désormais confinés à naviguer dans l’urgence. Un article imprimé générant 100 commentaires, les carrés rouges ont eu l’avantage par leurs connaissances et leurs nombres, constituant en quelque sorte une encyclopédie vivante.

Les compétences ou les « savoirs-êtres » en communication politique des carrés rouges démontrent l’importance des connaissances et des savoirs, mais aussi de leur application dans le débat public.  La « Réforme Marois » servait principalement à amener des travailleurs compétents sur le Marché du travail, elle a amené plutôt des agitateurs qui savent remettre le monde en question et aller chercher l’information pour le faire.

La richesse « par le travail » n’aura plus l’importance qu’elle a eue durant les belles années du néolibéralisme. L’image de la superficialité en prend un coup, on veut maintenant des gens avec du contenu ou qui ont l’air d’en avoir, sans pour autant enlever au contenant.  Des gens qui ont la capacité de dire des choses et de vendre les choses qu’ils disent sont peu à peu apparus dans le paysage politico-médiatique, ce sont les influenceurs.  Ils sont à un ou deux degrés supérieurs aux chroniqueurs des médias traditionnels, car en ont les capacités et la liberté de faire la Nouvelle.  Dans ce vaste univers infini des médias, les gens informés voient habituellement d’un mauvais œil les analyses préparées, à leurs yeux, sous le regard bienveillant des intérêts financiers.  Ne pas faire d’argent pour ce que l’on dit, ou ne pas sembler en faire paraît être la nouvelle norme d’une authenticité qui attire les respects des foules revendicatrices.  Chez ces influenceurs, seules les idées comptent.  Pourtant, la toile est remplie de « moucherons » qui ne veulent pas pousser le monde à la Révolution; mais comme ceux qui ont secoué leurs troupes lors du printemps Érable, leurs produits mis en ligne sous quelque forme que ce soit dans le monde virtuel ont été fait avant tout par pur besoin de créer et non de la commande d’un tiers, que dans un but de créer cet objet.  Si ces créateurs sont devenus riches, ce n’est qu’après que des milliers ou même des millions d’admirateurs aient approuvé le travail.  La valeur dans un produit ou une idée doit maintenant provenir (ou sembler provenir) de l’approbation des masses et non de concepteurs haut perchés déversant une campagne de marketing quelconque. Cela imagine les consommateurs, comme un regroupement de citoyens dans la démocratie athénienne de l’Antiquité.  Et comme celle-ci, ces citoyens consommateurs font face à l’influence quelquefois pernicieuse de rhéteurs qui soulève les foules pour agrandir leur pouvoir.  Les individus ont besoin de savoir si ce qu’ils font est acceptable, si cela est bien aux yeux des autres, ils se tournent alors vers certains dont les opinions sont considérées plus justes .  Si les individus peuvent faire reconnaître leurs actions par les influenceurs, ces derniers peuvent également en suggérer d’autres aux individus, de là très grand pouvoir de mobilisation.  Ils deviennent maintenant un filtre des médias traditionnels qui eux-mêmes filtrent le monde politique.  En dévoilant les altérations de la réalité au profit de certains intérêts des médias traditionnels, on s’est mis à oublier le même processus au sein du monde virtuel, où en démasquant tout un système, on en vient à croire que nos intérêts sont les seuls étant bons et justes, et donc, vrais. Certains valets des médias traditionnels en viennent alors à attaquer la pierre d’assise véritable des influenceurs : leur authenticité.  Toutefois, ces attaques viennent renforcer leur pouvoir, car cela démontre aux yeux de ceux œuvrant dans le monde virtuel que cet influenceur « dérange » et que donc, il doit forcément avoir raison.

Malgré les idées vertueuses, nos influenceurs n’en seront pas moins des gens ambitieux, où l’image sert l’image qui était autrefois au service d’une cause et ensuite d’un produit.  Dans cette ère communicationnelle, le produit, c’est nous.  Nous devons le vendre, si nous voulons vendre ensuite quelque chose de concret aux autres.

Avec ce débordement d’informations et où le simple citoyen n’a ni les capacités, ni les ressources et le temps de toutes les analyser convenablement, le pouvoir des chroniqueurs et des faiseurs d’opinions s’en est premièrement renforcé.  Par la suite, ceux-ci ont été contrés par les « influenceurs », surtout présents dans les réseaux sociaux.   Pourtant, chacun devrait être en mesure de se faire sa propre opinion par lui-même. Mais encore là, elle nous arrive toute cuite et prémâchée, ce qui est plus que bienvenue lorsqu’on est pris de toute part.

Au début de notre régime parlementaire, alors que notre gracieuse majesté britannique nous fit le présent d’une assemblée législative, les électeurs choisissaient un représentant qui, lui, pouvait avoir ensuite une allégeance.  Les partis se créaient une fois la Chambre constituée. Le cens électoral réduisant considérablement le nombre d’électeurs, la classe politique n’avait pas le besoin de stratégie de communication à grande échelle, avec au programme clair et un message ciblé.

Avec le temps, ce cens électoral s’est constamment agrandi jusqu’à parvenir au suffrage universel avec l’arrivée du vote des femmes.  La « clientèle » électorale est devenue plus grande, les candidats n’ont pas eu le choix de se donner une structure afin de rejoindre le plus d’électeurs possible.  Au début, on se servait de dirigeants locaux qui distribuaient les faveurs et les emplois à ceux qui votaient du « bon bord ».  Ayant compris très vite l’utilité d’une bonne organisation politique, les militants se sont mis  à faire leur œuvre. De temps à autre, les mouvements sociaux ont amené un nombre croissant de sympathisants politiques au sein des partis, la vague associative déferlant presque toujours vers l’action politique.

Ce sont les moyens de communication de masse qui ont peu à peu délocalisé la politique.  Si les journaux avaient leur importance, la capacité de rejoindre un vaste auditoire instantanément, à amener le besoin de « ratisser large » pour rassembler, sur une même plate-forme électorale, le plus de gens possible.  Le marketing politique a commencé à prendre toute la place.  Vendre un programme comme un produit, un parti comme une marque, un candidat comme une vedette.  L’importance de l’argent a aussi donné une place prépondérante aux liens d’affaires.

Lorsque le vote est devenu accessible à tous, les partis ont eu besoin d’énormes montants pour gagner leur élection.  Aujourd’hui, les citoyens reprennent leur place grâce aux réseaux sociaux.  En fait, Barack Obama l’a démontré qu’il faut dorénavant être le réceptacle des aspirations politiques de la population, que le programme nous soit donné par une base citoyenne et que le pouvoir est une courroie de transmission. Le Marché ne permettant plus aux personnes de s’épanouir ou d’améliorer leur sort, ceux-ci le font dans la lutte politique.  À la suite, de la crise économique des années 30 et de la Deuxième Guerre mondiale, on a assisté à un passage de l’Élite financière à l’Élite bureaucratique afin de « sauver le Marché ». Pouvons-nous nous avancer, alors, que le Marché serait sauvé par ces « influenceurs », ces mêmes qui s’évertuaient tant à prétendre le détruire ?

Si l’opinion publique est désormais élaborée par des initiatives citoyennes, celles-ci sont lourdement influencées par l’apport des empires médiatiques qui contrôle le contenu de l’information.

L’association est dorénavant illusoire, car les gens contribuent individuellement à un espace collectif et n’ont pas ensuite de contrôle sur leur contribution.  Les citoyens ne déterminent aucunement une position commune, sur laquelle ils se sont préalablement entendus. L’adhésion  à un groupe peut signifier différentes choses, toutes dépendantes de la personne. Ce qui donne un nombre plus grand d’adhérents, mais diminue grandement la cohésion du groupe et donc sa capacité d’action. Les individus ne voulant plus se soumettre aux directives des partis politiques de masse, ceux-ci en sont venus à diluer leur contenu afin de ne pas déplaire durant l’ère du néolibéralisme. Auparavant, l’absence d’opinion défavorable entrainait une adhésion; aujourd’hui, ils se fractionnent afin de permettre une reconnaissance aux individus.  Le pouvoir réside maintenant dans la capacité de reconnaître les individus pour leur donner une valeur dans le débat politique.

L’allégeance souple de ces nouvelles associations fait qu’elles sont plus hétérogènes, ce qui rend la mise en place de stratégie plus difficile. La volatilité de ces groupes les empêche aussi de s’imposer sur le long terme.  Comme on n’a pu le voir lors du Printemps Érable, par leurs structures celles-ci sont aussi très vulnérables à l’usurpation du processus décisionnel par des groupes mieux structurés et qui prétendent se réclamer des mêmes idéaux.  Ce qui rend, aussi l’électorat extrêmement volatile, car les partis ont échangé un message clair pour une capacité d’accueil basée surtout sur les sentiments, plutôt que sur la raison.

Rien ne l’a démontré aussi clairement que lors de la dernière élection fédérale en mai 2011 au Québec, où les gens ont voté avant tout pour un chef, pour une allure, pour une image, lorsqu’officiellement ils doivent voter pour un député qui sera le mieux les représenter au sein d’une assemblée législative.

Le drame dans l’élection du NPD, c’est qu’elle fut soudaine.  Depuis au moins une dizaine d’années, j’entendais un peu partout que plusieurs étaient en accord avec les idées du NPD, mais toutefois sans jamais leur donner leur vote.  Les gens ont attendu que les autres approuvent ce geste, à savoir s’il devenait socialement acceptable.  Ils se sont reconnus entre eux au travers des réseaux sociaux qui ensuite ont été relayés par les médias québécois.  Ce filtre nouvellement imposé par les médias ne fait que diminuer l’influence des convictions personnelles.

Ce que le NPD a prouvé, c’est qu’il même pas nécessaire de rejoindre tout le monde, même pas ses électeurs, même pas ses sympathisants, même pas ses membres, mais seulement ceux qui permettent d’influencer l’opinion publique.   Il ne faut pas viser la population, mais les influenceurs. Cette obligation que ce sont donnés les citoyens de se contrôler par le filtre des grands médias, ne fait qu’agrandir la distorsion amenée par l’intérêt médiatique.  Au Québec, on a réduit Jack Layton à une saveur du mois, avec en prime un martyr télévisé. En tout, un beau spectacle d’environ six mois.  Au Canada, on avait dépeint Stephen Harper comme étant responsable et modéré.  On avait parlé de lui bien plus que défunt chef du NPD, pourtant le Québec a cru que le Canada tout entier s’enflammerait pour ce chef que l’on ridiculisait lors des deux élections précédentes.

Après, les journalistes ont rejeté la responsabilité de cet effet d’entraînement sur le fait que les dirigeants du NPD, notre bon Jack compris, de n’avoir pas dit toute la vérité sur son état de santé.  Refuser de reconnaître une évidence est pourtant l’ingrédient principal de la mauvaise foi.  La meilleure histoire fait vendre plus de journaux et attire les meilleurs cotes d’écoute, c’est tout.  C’est pourquoi ce n’est plus celui qui est le mieux à gérer les affaires de l’État ou simplement vous en donner plus que les autres; c’est le candidat qui arrivera à vous toucher le plus, quelle que soit l’émotion générée, qui l’emportera.

C’est l’expression de notre liberté qui finit par réduire cet espace commun qui est l’arène politique.  Ce territoire, qui était auparavant collectif, s’est peu à peu privatisé ou du moins est entré sous le contrôle d’une poignée d’individu, dont l’intérêt premier n’est pas de s’assurer de la vivacité de notre système démocratique, mais plutôt d’assurer ses propres intérêts, lié à une grande cause ou non.  Les individus devront tout ou tard prendre contrôle des canaux dans lesquels ils souhaitent s’exprimer.  Ces collectivités devront devenir vraiment collectives.

Si les réseaux sociaux ont démontré leur efficacité pour amorcer des révolutions, nous allons devoir trouver un moyen pour que ces liens ne disparaissent pas aussi soudainement qu’elles sont survenues. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les liens permis par les réseaux sociaux ne sont pas assez significatifs pour cela.  Il est bon d’exprimer notre voix, mais il faut également qu’elle soit entendue et qu’elle ait un impact.  Cette nouvelle conscience née du web 2.0 devra tôt ou tard s’assembler dans une structure plus traditionnelle qui lui permettra de détenir les moyens nécessaires pour atteindre ses objectifs. Et non pas pleurnicher à chaque fois qu’un parti ou un autre n’agit pas selon nos préférences.