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Seuls les idiots réussissent l’impossible !

16 Avr

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Il y a des leçons à retenir dans l’Histoire, il y en a même trop que l’on ne retient pas.  Il y a aussi tant de batailles, des discours, des couronnements, mais également encore plus de tragédies…

Mais je crois que les meilleures leçons et la plus grande inspiration que j’ai eu dans ma vie, sont le produit de quatre jours complètement fous survenus lors de la finale de la ligue américaine de baseball de 2004.

Il est nécessaire ici pour que vous compreniez bien l’ampleur de l’événement de vous expliquer le contexte…

La malédiction du bambino

C’était sûrement la plus grande légende du sport, les Red Sox de Boston étaient avant les années 1920, la meilleure équipe du baseball professionnel, et possédaient dans leurs rangs un joueur des plus prometteurs un certain George Herman Ruth, surnomé affectueusement « The Babe » par les partisans.  Il était non seulement un des meilleurs lanceurs de l’époque, mais un frappeur exceptionnel.  L’avenir s’annonce radieux pour les Red Sox…

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Mais, voilà… l’équipe a désormais un nouveau propriétaire, un producteur de comédies musicales qui pense plus à avoir des succès sur Broadway que de présenter une équipe gagnante au Fenway Park.  Ce dernier se retrouve à court de liquidités pour son nouveau projet intitulé « No No Nanette » et flairant la bonne affaire, le propriétaire des Yankees, une vulgaire équipe d’expansion vivant dans l’ombre des Giants du mythique John McGraw, offre 100 000 $ pour le contrat de Ruth.

On connait la suite, les Yankees propulsés par les coups de circuits de Babe Ruth, collectionnent les championnats et gagnent leurs 4 premières Séries Mondiales.  Ruth rend les Yankees si populaires qu’ils se construisent leur propre stade dans le Bronx, the « House that Babe Ruth Built » qui verra les plus grands moments du baseball, tandis que les Red Sox eux finissent par croupir dans les bas fonds…

Avant Ruth, un joueur totalisant une vingtaine de circuits après une saison était perçu comme un exploit, Le « Babe » lui en frappait environ 40 par année, si ce n’est pas 50, il réussira 54 à sa première année avec les Yankees,  même 60 en 1927, un exploit inimaginable 10 ans plus tôt !

Le Bambino prend sa retraite, mais les Yankees ne s’arrêtent pas là, et c’est avec les Lou Gehrig, Joe Dimagio et Mickey Mantle qu’ils continuent leur domination du Baseball Majeur…

Petit à petit les Red Sox remonte la pente, et pointe une fois de temps en temps, le bout de leur nez en Série Mondiale, mais à chaque fois le destin s’abat sur eux, on parle alors de la malédiction du Bambino… une punition des Dieux du Baseball pour avoir commis le pire échange de l’histoire du Sport…

En 1946, ils accèdent aux Séries Mondiales, mais perdent en 7 match, après avoir mené 3-2 dans la série.

En 1967, ils perdent encore contre ces mêmes Cardinals après avoir forcé la tenue d’un 7e matchs.

En 1975, ils perdent encore en 7 matchs contre les Reds de Cincinnati, après avoir encore une fois forcé la tenue d’un 7e match, lors du plus grand match des Séries Mondiales Ever, alors que Carlton Fisk réussit un dramatique coup de circuit en 15e manche déviant la balle dans les airs, par la seule force son esprit…

En 1986, le drame ! Les Red Sox sont à un retrait de gagner la Série Mondiale, lorsque le malheureux Bill Buckner manque un léger roulant au premier but, les Mets de New York égalisent la marque, remportent le match, et l’emportent lors du 7e match (encore une fois)…

En plus de ces dramatiques défaites, une suite ininterrompue de malheurs et de mauvaises décisions, s’ajoutent à cette malédiction… Notons d’ailleurs la décision Red Sox de passer leur tour sur un certain Jackie Robinson, car ils ne voyaient pas en lui les habiletés nécessaires pour évoluer dans les Ligues Majeures.  Boston aurait été la première équipe intégrée de l’Histoire, elle finira malheureusement par être la dernière…

Espoirs brisés (encore une fois)

Au début des années 2000, les Red Sox, ont de nouveaux propriétaires qui entendent bien briser la malédiction du Bambino. Premièrement, ils ont de l’argent, beaucoup d’argent.  Deuxièmement, ils prennent la voie tracé par les A’s de Oakland et défient l’establishment du Baseball majeur en utilisant eux-aussi les statistiques avancés.  C’est d’ailleurs grâce à ces statistiques que les Red Sox décident de mettre sous contrats un certain David Ortiz…

Dorénavant, les Red Sox sont à forces égales avec les Yankees, mais malgré cela la malédiction semble encore faire effet.  En 2003, lors du 7e de la finale de la ligue américaine, les deux rivaux s’affrontent, les Red Sox ont l’avance et leur lanceur étoile, Pedro Martinez, tient les frappeurs des Yankees en échec.  Sauf que… Sauf que Pedro a envoyé plus de 100 lancers, et tout le monde sait qu’après 100 lancers,son efficacité chute… chute dramatiquement… mais malgré tout, le gérant des Red Sox décide de le garder au monticule, alors que les fans des Red Sox crient à leur téléviseur de le sortir de là… Comme de fait, les Yankees égalent la marque et on se retrouve en manches supplémentaires.  C’est finalement le pire frappeur des Yankees, Aaron Boone, qui ferme les livres en frappant un circuit en 11e manche, devant un Yankees Stadium en délire.  Il faudrait un miracle pour faire gagner les Red Sox…

Une série revanche en 2004

En 2004, les Red Sox reviennent à la Charge avec un nouvel entraîneur, Terry Francona (qui a déjà joué pour les Expos)… Les Red Sox ont aussi une nouvelle attitude, du moins elle est plus évidente… ils agissent comme des idiots… Ils ont les cheveux longs, porte la barbe, ont le chandail sorti de leur culotte, s’amusent à inventer des poignées de mains super sophistiqués dans l’abri des joueurs, gambadent et font des roulades durant l’échauffement… Après une saison tumultueuse, ils finissent par prendre la place de meilleur deuxième et se retrouvent encore une fois en finale de la ligue américaine contre les Yankees de New York. L’heure de la revanche à sonnée !

Ouais bien… Plus facile à dire qu’à faire, les Yankees remportent les trois premiers matchs de la série, dont le 3e avec une écrasante victoire de 18 à 9, les carottes sont cuites pour les Red Sox, aucune équipe dans la longue histoire du baseball majeur n’a pu revenir d’un déficit le 0-3 dans une série d’après saison…

Et puis…

« Bunch of idiots »

Avant le match 4 au Fenway Park, tout le monde croit à la victoire des Yankees, on espère seulement que les Red Sox éviteront l’humiliation de se faire balayer.  Malgré tout, les joueurs des Red Sox eux croient encore en leurs chances.  Un de leur joueur, déconne avec les journalistes et ses coéquipiers en répétant : « ne nous laissez pas gagner aujourd’hui, car le prochain on a Pedro, ensuite Schilling, et ensuite le match no 7, tout peut arriver… »

et il finit par lâcher une phrase qui résume à elle seule, toute l’histoire de cette Série :

…if a group of idiots can do it, it us !

En 9e manche, les Yankees mènent 4-3, les Red Sox sont au bâton à un retrait seulement de voir leur saison se terminer. Après que Kevin Millar est forcé un but sur balle, on le remplace par un coureur suppléant, Dave Roberts, qui aura la mission de voler le deuxième but, afin de se mettre en position de marquer.

Il y a encore de l’espoir… mais si Roberts se fait retirer dans sa tentative de vol de but, c’est en fini des Red Sox… inutile de vous dire que la tension est à son comble…

Après avoir égalisé, les Red Sox remporte le match sur un circuit de David Ortiz en 12e manche.  Le lendemain les Red Sox répètent leur exploit de la veille en l’emportant en 14e manche sur un double (encore une fois) de David Ortiz.  Au sixième match, les deux équipes retournent aux Yankees Stadium et Curt Schilling lance pour Boston, malgré une cheville bousillée que les médecins ont réussi à rafistoler avec un morceaux de cadavre ! Malgré tout, c’est dans la douleur qu’il retira les frappeurs des Yankees, sa chaussure baignant dans le sang…

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Il y aura alors un 7e match au Yankees Stadium ! Malgré le fait que le momentum semble dorénavant du côté des Red Sox, peu de gens prédissent que l’inconcevable va se produire, les Yankees sont sur leur terrain et la malédiction du bambino devrait encore une fois faire son oeuvre…

Les Red Sox, toutefois, déconcrissent les Yankees dans une victoire décisive de 10 à 3, notamment grâce aux deux circuits de Johnny Daemon (pratiquement invisible jusque là), dont un grand chelem.

Mais les Red Sox n’ont pas encore gagné la Série Mondiale et ils doivent affronter les puissants Cardinals de Saint-Louis, Champions de la Ligue Nationale, que bien des spécialistes considèrent favoris.

Finalement, la Série Mondiale ne sera qu’une formalité.  Les Red Sox les balayent en 4 matchs où Saint-Louis joua le rôle de figurant… après 86 ans d’attentes les Red Sox remporte enfin les grands honneurs et s’en est fini de la malédiction du bambino !

Tout est dans l’attitude…

Durant la Première Guerre Mondiale, Winston Churchill dû démissionner de son poste de ministre de la Marine, après sa désastreuse planification opération des Dardanelles et reçu alors un commandement sur le front.  Lorsqu’on le présenta à ses subalternes pour savoir ce qu’on entendait de lui, il demanda aux officiers de rire et de blaguer en présence du danger, afin de renforcer la confiance des soldats.  Selon Churchill, les soldats savaient l’ampleur de la tâche à accomplir dans l’enfer des tranchées et c’était du devoir des officiers de leur enlever un peu de pression sur le dos… C’est cette espèce d’inconscience frivole qui permet de venir à bout des plus grand péril et non la très cérémonielle bravoure qu’on nous montre dans les films hollywoodiens.

Vivre l’échec à répétition permet de mieux le comprendre.  En fait, l’échec lorsqu’il survient dépasse largement le cadre de notre volonté individuelle.  S’il faut mettre un effort soutenu pour vaincre, cela ne garanti pas la victoire.  Cela explique peut-être pourquoi les Red Sox étaient aussi détendus avant le 4e match de la série contre les Yankees. Je veux dire lorsque ça fait 86 ans que tu perds, aussi bien tenter l’impossible…

Cette histoire nous indique aussi qu’il ne faut pas arrêter d’avoir Foi en ses moyens, même si l’univers semble être contre nous.  Un échec peut nous permettre de mieux comprendre nos faiblesses et nous montrer le chemin à suivre pour atteindre le succès.  L’échec quand il survient, est un message de la vie, Dieu, ou l’univers (comme vous le voulez), nous commandant de nous améliorer.

« Prend ce que tu fais au sérieux, mais ne te prends pas trop au sérieux »

L’objectif est sérieux, mais il ne faut pas trop s’en mettre sur les épaules.  Pour gagner, il ne faut pas vouloir plus gagner que l’adversaire, il faut seulement jouer la partie.  On se fait croire que c’est une question de volonté, mais la « dureté du mental » ce n’est pas la victoire à tout prix et par tous les moyens.  Il faut plutôt toujours croire que la victoire est possible, qu’il y a au fond toujours un moyen de gagner et que si on a perdu, c’est qu’on ne l’a pas encore trouvé… L’adversaire n’est jamais fondamentalement meilleur que nous, il a peut-être des forces, des avantages, mais aussi des points faibles qui ne demandent qu’à être exploités.   En fait, la dureté du mental se résume plus au fait de ne pas avoir peur de l’échec que de désirer la victoire.

La vie c’est comme le Baseball

On essaie de vous faire croire que c’est du hockey, du soccer ou du football, mais la vie ressemble beaucoup plus au baseball…  Il n’y a pas de temps au baseball, on sait quand le match commence, mais on ne sait pas quand il va finir.  Si tu frappes un coup sur 3 fois sur 10, tu es considéré comme bon. Et à 162 matchs par saison, tu peux espérer être le héros pour au moins un match, alors que tu seras sûrement anonyme pour le reste de la saison.

Les puissants eux, aiment « jouer le cadran », les puissants intimident pour se donner un avantage, les puissants épuisent l’adversaire.  Les puissants s’effondrent patins en l’air sur Carey Price le premier match des séries ou fracassent la cheville de Valery Kharlamov pour se donner une chance de gagner, mais au baseball…« Ce n’est pas fini tant que ce n’est pas fini »

Il y aura toujours des Yankees de New York, des perpétuels gagnants qui ont tout pour eux, qui ont les moyens de s’acheter des victoires et de réparer leurs erreurs à coup de millions.  Mais quels sont les grands moments du sport ? C’est lorsqu’ils perdent… Les Yankees avec leur 27 victoires en série mondiale et leurs 40 championnats de la ligue américaine, n’attendrissent personne avec leurs succès. Au lieu cela, la planète entière risque de retenir beaucoup plus la victoire inespérées des Red Sox de Boston à leur dépend en 2004.

Lorsqu’on parle de l’équipe de hockey de l’Union Soviétique de quoi parle-t-on ? Du « Miracle on Ice ». Lorsqu’on mentionne les Patriots de la Nouvelle-Anglettre c’est souvent pour parler des Giants de New York, ou même quand on parle du Superbowl, c’est pour raconter l’histoire de Joe Namath sur le bord de sa piscine garantissant la victoire des Jets de New York au dépends des Colts de Baltimore, même si ces derniers ont été favorisés par les preneurs aux livres de Las Vegas par 17 points !

Qui sont les supporters des Yankees de ce monde ? Qui se mettent du côté des gagnants, indépendamment de qui ils sont ? Ceux qui ont peur de la défaite… voilà !  Ceux qu’on appelle les « Bandwagoners », ceux qui ne vont pas voir une partie de leur équipe favorite, mais plutôt une victoire pour se sentir mieux avec eux-mêmes… Personne ne veut être comme ça… Même les New-Yorkais ne font pas exceptions, dévouant beaucoup plus leur amour aux Mets (mais ça, c’est une autre histoire).

Les victoires appartiennent aux puissants. Les grandes victoires, elles, celles dont on se souvient le plus, appartiennent aux laissés pour compte, aux mal-aimés, aux négligés, à tous ces braves inconscients qui veulent gagner d’une autre façon, qui se foutent des conventions et des idées préconçues… aux idiots quoi…

Nos idiots à nous

Aujourd’hui tout est terne, tout est sérieux, tout est austère… La vie n’est que drame sensationnel, fausses réalités et envie de plaire… On ne peut plus froisser personne, surtout pas un establishment sénile, allergique à toute pensée critique.  Les seuls progrès permis semblent une lutte jovialiste pour l’environnement et de la participation citoyenne jetée dans l’abysse d’une conversation à sens unique.  Mais l’environnement on le détruit pareil, et la démocratie perd des plumes quand même…

Rien ne semble fonctionner, il faudrait être fou pour rêver d’un monde meilleur… ou complètement idiot…

Lorsque nos matantes démagogues sont outrés du « Fuck Toute » des étudiants, moi ça me fait rigoler.  Car nos larbins en chef ne comprennent pas que le slogan même est fait pour les choquer.  Que tout ça, c’est du déconnage, un peu la même chose avec le fameux « Le Black Bloc recrute ».  Je le répète souvent, le deuxième degré de la gauche est le premier de la droite.

Je sais qu’il y a plein de justifications super poussées du « Fuck Toute », mais pour moi ce « Fuck Toute » ne s’explique pas vraiment, c’est plus une attitude, un état d’esprit.  Entre le choix de devenir fou ou se tirer une balle dans la tête, on choisit de déconner.  Ceci n’est pas unique au Québec, partout on voit cet esprit dans des perturbations en tout genre, l’attentat au Glitter  visant le président de la Banque Centrale Européenne en est un exemple frappant.

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Les étudiants et les révolutionnaires en herbe du Printemps 2015, refusent le pragmatisme, car ils comprennent que la défaite est plus que probable, mais que le seul moyen de changer les choses est de « jouer pour gagner ».  Ils ont en quelque sorte la même attitude que les Red Sox en 2004 ou des soldats de Winston Churchill dans les tranchées, celle de démontrer à l’ennemi que même si l’on perd, lui, ne gagnera jamais.

Mon conseil alors, n’écoutez pas trop les supposés appels à la raison et au pragmatisme… Si éviter le plus possible la violence est une bonne chose, n’arrêtez surtout pas de déconner et d’agir en idiot… c’est la seule façon de réussir l’impossible.

Et aussi… Go Red Sox ! 😉

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De la liberté au temps du Printemps 2015… Partie 1 : Pourquoi déteste-t-on autant les carrés rouges ?

4 Avr

Pourquoi déteste-t-on autant les carrés rouges ?

Je ne commencerai pas ce texte avec un diagnostic pessimiste de la société québécoise avec une longue tirade sur mon incompréhension devant un gouvernement oppressif qui ne veut pas tendre l’oreille vers sa jeunesse, son propre avenir…

On vous l’a fait depuis le printemps Érable, ça n’a pas l’air de vous attendrir plus qu’il ne faut… Mais pourtant, un récent sondage de CROP prétend que 40 % des Québécois voudraient que la priorité du gouvernement soit la lutte à la pauvreté et non de « faire le ménage » dans nos finances publiques avec un programme d’austérité.  De l’autre côté, les économistes découvrent que les déficits annoncés par le gouvernement Couillard, sont en fait des surplus masqués

Alors pourquoi il y a seulement les étudiants dans la Rue ? Et pourquoi les « gens ordinaires » les détestent-ils autant ?  Et surtout, pourquoi ne font-ils rien pour contrer des hausses de tarifs et des coupures de services qu’ils ne veulent même pas ?

Cette apathie généralisée et le cynisme ambiant pourraient vous sembler comme une nouveauté, un phénomène récent qui déstabilise les penseurs, et qu’il n’y a pas vraiment de solution à ce problème.  Et si je vous disais, que ce que nous vivons collectivement aujourd’hui, une homme l’avait prédit il y de cela 175 ans…

Non seulement il l’avait prédit, mais il en avait vu la cause. Non pas dans une corruption généralisée de ses dirigeants ou un corporatisme syndical d’une Élite gauchiste, mais dans le régime démocratique lui-même, les citoyens abandonnant peu à peu, leur liberté pour le confort et les petits plaisirs personnels.

Ainsi, c’est Tocqueville plus que tout autre qui décrit le mieux notre situation dans ce fameux extrait de la démocratie en Amérique (Tome II) :

C’est que la Liberté fait peur, nous angoisse, et l’exercer (comme le font les étudiants en ce moment), peut nous apporter de graves conséquences, comme le démontre cet autre extrait de Jacques Ellul :

Alors, pourquoi parlons-nous autant de Liberté !  Pourquoi devant l’exercice de la liberté, d’autres répondent-ils par l’imposition d’une « autre liberté » ? Ou, pourquoi des amoureux déclarée de la liberté, ne veulent aucunement que les autres en fassent l’exercice ? Pourquoi, ces appels à la brutalité policière ou même à l’armée à chaque fois que les étudiants descendent dans la rue ?  Pourquoi ces propos diffamatoires ou même haineux, envers les étudiants ? Pourquoi cette répétition de billets orduriers, sans aucun faits, ni proposition concrète au sujet de la grève ?

Pourquoi tant de gens supposément dotés de capacités de réflexion plus qu’adéquates, s’enfoncent dans l’émotion et la sentimentalité pour un programme dont la réussite est plus qu’hasardeuse, tandis que les « méchants casseurs anarchistes » sont capables faire des propositions concrètes intéressant même les trois partis d’opposition ?

Mais quelle est donc cette liberté remplie de haine ?

Ici Slavoj Zizek tente une réponse :

Ce que ces exaltés de « drettistes » veulent ce n’est pas la liberté, mais cette obsène liberté… de conduire imprudemment, de consommer de la drogue, d’agresser des filles, de se battre à la sortie des bars, d’acheter des marchandises volées, de travailler au noir, et bien d’autres choses.  Selon eux, et quelques fois ils n’ont pas tort, un régime plus équitable profiterait à l’Élite gauchiste (c’est à dire les artistes, les fonctionnaires et les intellectuels) qui pourraient se permettre des transgressions, tandis qu’eux, se feraient sermonner à longueur de journée par un État qui ne leur apporterait que de minces avantages.

Ils ne veulent pas s’engager dans un processus afin d’améliorer leur condition et celle de la collectivité, car ce qui est « bon  pour eux » est défini par des gens qui leurs sont étrangers et ils ont trouvé un moyen de profiter du système, même si ce dernier se relève auto-destructeur…

Comme par exemple, le choix de polluer avec un « gros char », car le choix ne pas polluer est décidé par une Élite qui ne comprend pas leur condition.  Pourtant, ne pas polluer est logiquement une meilleure chose que de polluer, que ce soit pour nous-même ou pour les autres.  Par contre, imposer un choix sur les autres, même s’il est logique et nécessaire, est désormais perçu par celui qui se le fait imposer, comme un manque de respect, une atteinte à sa dignité, un déni de reconnaissance de son individualité… Ce qui poussent les personnes à se radicaliser, car tout compromis politique, devient alors une trahison personnelle.

Les gens de droite pourraient retourner les mêmes arguments aux carrés rouges, et autres progressistes, en leur disant qu’il faut faire des sacrifices pour sauvegarder les finances de l’État, et que cette lutte contre l’Austérité n’est qu’un prétexte pour perturber et faire de la casse. Cependant, si des changements doivent être apportés aux finances publiques, la nécessité de mesures d’Austérité aussi intenses, est fortement discutable.  Tout cela devrait plutôt être un débat stérile entre économistes, technocrates, syndicats et dirigeants d’entreprises, et non une crise sociale à l’échelle nationale !

Les idées politiques deviennent tellement intégrées dans l’identité que si quelqu’un à une idée contraire à la tienne, il devient moins humain.  Une idée doit rester une idée, c’est à dire que l’on peut changer d’idée, lorsque quelqu’un nous prouve que son idée est meilleure que la nôtre.  Chose que l’on apprend encore dans quelques facultés universitaires…  Car la politique dans un contexte démocratique, c’est transformer des institutions, améliorer des programmes, s’assurer du bon fonctionnement des nos organismes publiques, avoir des finances saines et qui profitent à l’ensemble des citoyens, où chacun peut exprimer ses idées dans un contexte sécuritaire et respectueux.  La démocratie ce n’est pas 50%+1 qui écrase 50%-1, car telle est la volonté de la Majorité silencieuse ou pas, la démocratie ne se résume pas qu’aux élections, il y a également toute une structure légale qui l’accompagne, assurant les libertés individuelles, de plus les organisations civiles suivent également les principes démocratiques.

Le refus du dialogue et l’utilisation de la ligne dure, peut rassurer les ministres libéraux autant qu’ils le veulent, mais il ne se construit pas en ce moment, un monde basé sur les « valeurs libérales ».  Ce que les partisans de l’Austérité essaient de faire, ce n’est pas vraiment d’assainir les Finances publiques, mais plutôt d’en finir avec leurs ennemis politiques.  Chose qui semble avoir un vif succès, car même ceux qui rouspètent contre les hausses de tarifs et le gaspillage de fonds publics, tombent automatiquement du côté du gouvernement libéral lorsqu’il frappe les étudiants et les syndicats.  Le débat est si personnalisé que l’on s’attaque plus à ceux qui nous critiquent qu’au problème lui-même.  Malgré tout, on peut utiliser toute la répression que l’on veut, nier l’évidence ne la fera pas disparaître…

Petite mise en garde avant de commencer le printemps 2015…

12 Jan

L’annonce d’une grande contestation au printemps 2015, ne semble pas atteindre le gouvernement actuel. Malgré l’évidente adhésion d’une très grande partie de la population à la mobilisation contre les mesures d’austérité, le gouvernement Couillard ne semble pas broncher et garde le cap. Il est clair que les Libéraux cherchent le conflit.

L’horrible tactique du Parti Québécois lors de la dernière campagne électorale, donne l’impression aux libéraux qu’ils ont raison. Il faut se souvenir que les Libéraux ont perdu avec une marge très mince suite à l’élection qui a suivie le Printemps érable.  Ils veulent désormais en finir avec les syndicats et les étudiants.  Il semble que pour certains, le Printemps érable était une erreur de l’histoire, plutôt due à la collusion et la corruption qu’à un ras-le-bol généralisé envers les politiques néolibérales.

L’oeuvre « immense » des libéraux, le projet de pornographie comptable qu’est l’austérité est un rêve qui se discute depuis des dizaines d’années lors des réceptions des Chambres de commerce partout au Québec.  La crise créé par la Charte des Valeurs a en quelque sorte mis les libéraux au pouvoir par défaut. Pour certains, une telle occasion de remodeler le « modèle québécois » au goût d’une Élite en perte de vitesse, ne passera pas de sitôt. Leur tour va bientôt finir, aussi bien tout prendre pendant qu’on en a encore le temps…

Mais d’un autre côté, quel est le but des contestataires du programme d’austérité ? Malgré la grogne généralisée, les objectifs visées par les différents groupes sont forts différents.  Est-ce que toute la lutte qui s’en vient, mérite un adoucissement des mesures d’Austérité ou le statu quo ? Que ce soit dans le gouvernement actuel ou un autre…  Il faudra proposer autre chose.  Le but doit être de transformer le Québec et on doit s’entendre sur les moyens pour y arriver.

Couper moins c’est vouloir couper le reste plus tard. Il faut investir, arrêter de penser aux dépenses, mais aux revenus.  N’importe quel dirigeant de PME vous le dira, qu’il « vaut mieux penser à faire des piasses, que de sauver des cennes ».

L’histoire impose des actions, cependant personne n’ose les faire, car elles imposent par le fait même, un remaniement des structures de pouvoir.  C’est bien connu, les politiciens et les autres types de décideurs publics ne veulent pas trop faire de compromis sur ce point, afin de ne pas perdre leurs places.

Dans l’État actuel des forces politiques, rien ne semble annoncer un réel changement.  La contestation envers le PLQ et son projet d’austérité, apparaît presque virtuelle.

Il est évident que les syndicats seront le fer de lance de la constestation et ils se battront sûrement avec grande ténacité, mais à part démontrer son mécontentement et nuire à la circulation, que puissent-ils faire de plus?  J’espère que ces mêmes syndicats qui semblaient dépassés par les tactiques des jeunes lors du printemps 2012, auront appris deux ou trois choses utiles pour celui qui s’en vient…

Il ne faut pas oublier qu’incapables de s’emparer du pouvoir, les étudiants ont dû « jouer le système » et s’en remettre au bon vouloir du gouvernement Marois pour « Bloquer la hausse ».  Le goût de la victoire a été un peu fade, compte tenu de la mobilisation.  Il ne faut pas que des démonstrations contre l’Austérité, mais proposer quelque chose qui transcende les divisions actuelles de la société québécoise.

Les contestataires devront accepter d’accueillir les partis  (PKP compris) et ces mêmes partis (incluant le Grand Satan PKP en personne) devront laisser se transformer par la contestation.  S’il veut le pouvoir et même faire l’indépendance, le PQ devra arrêter de se comporter comme un culte occulte des conditions préalables pour arriver à l’indépendance pour se situer adéquatement dans le contexte politique.

Les Baby-Boomers préfèrent dorénavant mourir dans leur pisse, maltraités par un préposé aux bénéficiaires à qui on a coupé sa pension, que de voir un arabe déménager à côté de chez eux.  Même si tous les fétichistes du terroir aboyaient en même temps, cela ne peut garantir une majorité; tant que le PQ s’attachera à la Charte des Valeurs, il fera partie du problème.

En ce qui concerne Québec Solidaire, à part épancher une détresse qui n’est pas la sienne au banquet des corbeaux, des vautours, qu’a-t-il fait d’autre ?  « Ah oui mais, le PQ si, le PQ ça… », rien ne vous dérange par contre de prêter vos militants à un parti fédéraliste qui veut faire passer un pipeline avec Stephen Harper sur la seule terre qui nous appartient en ce monde, dirigé par un ancien ministre de Jean Charest qui a invité les Québécois à la dernière élection à voter pour Philippe Couillard.

Québec Solidaire, ce n’est pas que vos idées ne sont pas les bonnes et que vous ne faites pas dans l’ensemble du bon travail, mais dans le contexte actuel, vous ne pouvez atteindre le pouvoir que soit en « atténuant » vos intentions ou vous alliant par miracle au PQ. Choses que les plus radicaux ne vous pardonneront jamais.

Les anarchistes en ont fait autant, peut-être même plus, sans se donner de parti…

Oubliez tous les disciples aveugles de Gabriel Nadeau-Dubois, oubliez les itinéraires qui ne se donnent pas, oubliez les excès de langage, ainsi que les confrontations bêtes et sans valeur qui jouent en boucle dans le cirque médiatique québécois.   Les grands gagnants du printemps érable furent les anarchistes, leurs idées ont pénétré par sédimentation les différents domaines de la société québécoise. On commence à penser non seulement la politique et l’économie, mais également l’éducation, la sexualité et l’information autrement.  Autrement pour vrai.  Ce fut depuis longtemps, la seule énergie régénératrice qui eu lieu au Québec.  Tout le reste n’est que « préservation des acquis », division et survivance… Enfin pour certains, il y a des lendemains qui chantent !

Pourquoi eux ? Pourquoi cette idéologie que l’on croyait morte ou incapable ? Pourquoi ce rêve insensé et inatteignable ? Car se sont les seuls qui ne jouent pas selon les règles stupides de notre système actuel qui avantagent toujours les mêmes.

Ce système est mauvais.  Non car il est mené par des gens mauvais, mais car il dévore carrément ceux qui le servent, demandez aux policiers…  Votre hypothèque, votre pension, vos RÉER, votre paradis artificiel que vous devez à une banque et que l’on pompe à même vos impôts.  Vous n’avez rien dans vos poches, dites-vous ? Mais n’importe quel enfant du tiers monde voyant vos Biens dira que vous êtes riches, alors que vous devez sûrement la chemise que vous avez sur le dos…

Nous avons d’un côté une énergie immense qui ne veut pas se contenir et qui est incapable de produire des résultats probants; de l’autre, une machine étatique amorphe, où le changement n’est plus qu’un mot vide dans la bouche d’exécrables acteurs d’opérettes ne convainquant plus personne.  Ceux qui veulent diriger le Québec devront se laisser transformer par cette énergie, ou seront condamnés à faire comme les Libéraux, c’est-à-dire la combattre.

La confrontation à déjà eu lieu, elle a éveillé les consciences, mais elle n’a rien donné de concret. La confrontation pourrait toutefois au printemps 2015, les éteindre.  C’est une vérité qui est difficile à lire, mais le Grand Soir n’arrivera probablement jamais. Si vous suivez uniquement le chemin de la protestation, du remue-ménage et de la manifestation ininterrompue, vous donnerez leurs 15 minutes de gloire à une bande d’idiots sans talent qui ne croient pas avoir eu leur dû lors du Printemps érable.

Le Bien commun passera deuxième, tous ces émules de blanquistes et de guédistes impénitents veulent leur grève sociale, et ils l’auront.  Cependant, répéter la tactique du printemps érable ne donnera rien.  Toutefois, jouer le jeu des parlementaires ne donnera rien non plus. Au projet de la confrontation, du déni de la justice et de la division, il faut répondre par un projet du peuple, par le peuple, pour le peuple.  Qu’on demande aux citoyennes et citoyens ce qu’ils veulent et que l’on trouve un « compromis naturel » sans l’aide du PLQ. Il y a mieux que cette haine intérieure qui sert que les desseins des usurpateurs du Bien commun.  L’heure n’est pas à la destruction, mais à la création.

Fin de ma réflexion sur le Printemps érable

7 Nov

Après des années de dur labeur (à temps partiel) voici un extrait de ma super trop longue réflexion sur le printemps érable qui devait au départ avoir une longueur de 40 pages, finalement ça m’en a pris 163…

vous pouvez tout télécharger ça (en cliquant sur le lien) gratuitement ,  en deux parties.

C’est ma conclusion.  Peut-être que ça pourra vous inspirer pour la prochaine bataille contre l’austérité…

« La prochaine fois qu’ils se regrouperont dans les rues, c’est que le travail sera terminé »

Conclusion

Le résultat de l’élection 2014 qui a fait revenir les libéraux au pouvoir pourrait pour certains annoncer la fin de l’option souverainiste et du mouvement du Printemps Érable.  La déception fut grande, tant chez les partisans d’une diminution massive de la taille de l’État, d’une plus grande justice sociale ou de l’implantation de la Charte des Valeurs.  Avec l’arrivée du gouvernement Couillard, c’est la peur du changement qui triomphe.  Trop divisé sur la direction à prendre, le Québec a décidé de faire du surplace, même si les agents de l’UPAC risquent de visiter souvent le caucus libéral.

Pourtant, les carrés rouges ne sont pas menés par la Peur, ni craindre pour l’avenir, comme peuvent l’être les autres courants politiques au Québec.  S’ils peuvent être radicaux et idéalistes, leurs désirs de tout transformer commencent à porter fruits, les idées commençant tranquillement à pénétrer les esprits.

Les opposants doivent alors user de différentes méthodes, afin d’empêcher au changement de survenir.  Ce qu’on a vu s’offrir sous nos yeux ne sont que des tentatives de ne pas céder aux idées des carrés rouges et conserver le système en place.  Mais le système continue de craquer, il se fissure et il semble irréparable. Les vieux préceptes néolibéraux étant autrefois à la mode sont tout autant vieillis que ceux qui les portent.

La jeunesse québécoise, elle, fait rêver.  Non pas par le projet politique qu’elle propose et la société qu’elle veut mettre en place, mais par son attitude.  Pendant longtemps, nos « leaders » ont reproché aux Québécois leur trop grande humilité, leur peur de réussir et leur jugement trop sévère des riches.  Pourtant, si le Québec a abouti avec une génération qui a confiance en elle-même, n’a pas peur de réussir, est prête à saisir son avenir et qui ne s’excuse pas de vouloir gagner, cela dérange le pouvoir en place? Ce que voulaient les puissants c’était de la reconnaissance ou même de l’adulation; ce qu’ils reçoivent, c’est un défi, plein d’arrogance et sans excuse.  Ce n’est pas leur personne que les plus jeunes envies, ce sont leur place.

Le Québec fait du surplace depuis 1995, et là, le choc survient.  Ce nouveau Québec sans barrières ni complexe étonne le monde et nos bons décideurs veulent l’éteindre.  Ce que ces décideurs doivent affronter ce n’est pas un mouvement politique dûment organisé, mais un phénomène social.  La jeune génération Y a atteint sa maturité et veut prendre sa place et créer un monde à la mesure de leurs ambitions. Il faut qu’elle soit acceptée et que les individualités qui la composent puissent s’accomplir. Vous direz que cela est applicable à toutes les générations montantes depuis le début de l’histoire de l’humanité, sauf que les Y sont les premiers à véritablement vivre « parallèlement » dans monde virtuel où ils ont l’habitude d’être entendu, écoutée, et ce, même si ce qu’ils ont à dire n’a aucun intérêt.  La structure pour eux ne guide plus, elle accepte.  C’est ce qu’ont tenté d’implanté, en partie, les carrés rouges, des structures « virtuelles » dans le monde réel.

Les plus vieux de leur côté veulent conserver leurs structures, leur choix limité d’options avec l’Autorité qui leur indique ce qu’il vaut mieux choisir.  Ils ne veulent pas de ce monde d’hypercommunication où la capacité d’atteindre l’autre est la pierre d’accise de tout pouvoir. Ils veulent continuer dans ce monde où celui qui détient les moyens de production du message détermine le vrai du faux, comme tout patron décide pour tous les autres domaines de leur vie.  Ce monde où personne ne décide rien, mais ne donne leur opinion sur tout les effraie, car tout ce qu’ils croient comme étant « naturel » est désormais remis en question.  Dans la situation dans laquelle ils se retrouvent, la peur n’est plus une réaction, c’est un besoin.

Les néolibéraux ont cru que l’individualisme exacerbé allait enterrer les revendications collectives.  Malheureusement pour eux, c’est le contraire qui se produit.  Ces êtres remplis d’égocentrisme ne réclame que du collectif : un meilleur partage des revenus, un gouvernement ouvert, une véritable représentation politique et surtout de donner la chance à chacun de s’accomplir.  En fait, ils veulent que tous soient mis en place pour qu’ils n’aient pas à demande l’aide de personne.  Qu’on leur donne la chance et ils la prendront, pour dire par la suite qu’ils ont eu besoin de l’aide de personne.  Ils sont ingrats, peut-être, mais au moins ils veulent changer les choses.

Lorsqu’on regarde de l’intérieur le Québec à l’air morne et paralysé, mais de l’extérieur, c’est un des endroits les plus dynamiques du monde.  Dans certains milieux au Québec, rien ne semble impossible, le monde est à conquérir et ces jeunes québécois plus métissés que jamais l’accomplissent d’une manière qui semble facile.  Le seul domaine qui semble impossible de conquérir, c’est celui de la politique.

Le printemps Érable ce n’est pas une tentative de conquête, c’est une prise de conscience par cette jeunesse de sa force et de son identité politique.  Dorénavant, ils savent qu’un groupe important, ayant la capacité d’imposer ses vues au reste de la population, existe.  Tout ce que font ces jeunes maintenant, c’est de travailler pour que cette vision s’établisse un peu partout, dans les partis politiques, les organisations, les institutions d’enseignement et même les compagnies privées.  Ce théâtre ridicule de ces politiciens, dignes mandataires des « honnêtes gens », va bien arriver à sa fin.  Manifester perpétuellement afin de renverser l’ordre établi ne donnera rien, alors ils créent déjà cet ordre.  La prochaine fois qu’ils se regrouperont dans les rues, c’est que le travail sera terminé.  Et tous seront obligés de dire que les carrés rouges avaient raison.

La souveraineté : Business as usual

20 Mai

Voici un autre extrait, il s’agit du deuxième chapitre, de la deuxième partie de ma réflexion sur le printemps érable… et je crois que ça peut servir dans celle que doivent faire actuellement tous les souverainistes…

La souveraineté : Business as usual

Il y a une différence entre être pour la souveraineté et vouloir la faire.  C’est cette subtilité qui explique les soubresauts de l’adhésion à la souveraineté du Québec depuis la naissance du mouvement dans les années 60.  Peu de Québécois sont fondamentalement contre la Souveraineté du Québec, mais de là à la faire à court terme, il y a un pas…  Le résultat de l’élection de 2014 où le gouvernement Marois a fait plongé le PQ a un niveau historique le démontre bien, les souverainistes sont à la croisée des chemins.  Pourtant, ce n’est pas leur premier creux de vague, toutefois la crise semble plus profonde et le mal plus constant.  L’incapacité d’avoir fait rapidement le Québec un pays indépendant, a conduit l’idée de Souveraineté à être un outil politique comme les autres, alors qu’il devrait transcender les différences et unir les Québécois, tous les Québécois, autour d’un projet commun.  Si l’option souverainiste a atteint un creux historique, tout n’est pas sombre pour autant, alors qu’un nouveau projet de pays semble prendre sa place.

Désengagement de la droite

On raconte souvent que le référendum de 1995 a été propulsé par l’échec du Lac Meech.  Les fédéralistes les plus convaincus indiquent d’ailleurs que l’option souverainiste était moribonde à la suite du premier échec référendaire de 1980 et ce n’est que l’action de Bryan Mulroney qui lui a redonné des forces.  Je dois contredire cette lecture de l’histoire si populaire au Canada anglais.  Le premier échec référendaire est arrivé pour  deux raisons : 1) les Québécois étaient attachés au Canada, et même beaucoup plus qu’aujourd’hui; 2) la majeure partie des Québécois croyaient en votant « Non », voter en fait pour une refonte fondamentale des aménagements constitutionnels entre le Québec et le Canada, ainsi qu’une reconnaissance de la part de l’État fédéral du Québec comme étant une nation.  L’affront du rapatriement de la constitution de 1982 est une humiliation partagée par l’ensemble des Québécois et a contribué bien plus au renforcement de l’identité nationale que les politiques du gouvernement de René Lévesque.  Ce qu’a voulu faire le gouvernement conservateur de Mulroney par le « Beau risque », c’est beaucoup plus remplir une promesse qui n’a jamais été tenue par ses prédécesseurs libéraux, afin de rétablir l’honneur du Canada et l’enthousiasme des Québécois pour ce dernier.

 

L’échec du référendum de 1980 et l’arrivée des progressistes conservateurs à Ottawa ont fait traverser un contingent important de souverainistes de droite dans le parti de Bryan Mulroney.  Selon eux, on pouvait tout de même préserver l’identité québécoise par des réformes constitutionnelles et, de plus, détruire les politiques pancanadiennes et progressistes de Pierre Elliott Trudeau qui, toujours selon eux, menaçait la survie de la nation québécoise.

Désenclaver le Canada allait d’une part responsabiliser les entrepreneurs qu’on n’allait plus favoriser par des mesures protectionnistes, mais aussi les syndicats et les travailleurs qui ne pourraient plus « tenir en otage » les entreprises.  On passa alors d’un climat favorable aux emplois, à un climat favorable aux investissements.  Cette responsabilité allait également s’appliquer à l’État, en coupant et en restructurant la bureaucratie, en privatisant des entreprises nationalisées comme Air-Canada ou Pétro-Canada.  Si ce n’avait pas été du Québec, la politique de Libre-Échange aurait été beaucoup plus difficile à faire passer.  Au Québec, l’intégration continentale signifiait moins de pouvoir au Canada, donc plus de liberté pour le Québec.  Les échecs de Meech et Charlottetown n’ont pas eu l’effet de convaincre les Québécois de la nécessité de faire l’indépendance, mais que le Canada était désormais irréformable, dû en particulier aux règles d’amendements constitutionnels établies par Pierre Elliott Trudeau.  Ces échecs ont entraîné le retour des Libéraux au pouvoir au fédéral, avec une attitude beaucoup plus intransigeante envers le Québec, mais surtout la peur d’un gouvernement progressiste ayant des vues contraires aux intérêts de la nouvelle classe d’affaires du Québec inc.  Jean Chrétien et n’était-il pas contre la TPS et le libre-échange? Les conservateurs qui avaient également failli à leur mission de réduire la taille de l’État et ses dépenses, laissant les finances du gouvernement fédéral dans un état lamentable.  La droite canadienne était dorénavant séparée en deux, principalement sur la question nationale, par la création du Reform Party qui ne voulait rien savoir du Québec. C’est l’échec de cette stratégie qui a fait imploser la droite canadienne en une multitude de régionalismes où chacun protégeait son intérêt particulier.  À gauche, pas de problème, le NPD étant réduit, à cette époque, qu’à une inutile évocation folklorique…

À part le soubresaut extrêmement émotionnel suivant l’échec du Lac Meech, ceux qui vont ressusciter ou du moins redonner de la vivacité à l’option souverainiste, c’est la droite québécoise. Pourquoi ? Car ceux-ci avait une peur énorme de Jean Chrétien et qu’ils ne faisaient aucunement confiance à cet homme tant au plan économique que constitutionnel.  Le Lac Meech ainsi que le Libre-échange visaient à décentraliser l’État fédéral et enlever, tant au niveau politique que fiscal,  les entraves sur le chemin de la prospérité pour les entreprises canadiennes. Il ne faut pas oublier que c’est une frange du parti conservateur qui a fondé le Bloc Québécois, avec, c’est vrai, un petit groupe de libéraux proches de Robert Bourassa, dont le mythique Jean Lapierre.

La même chose s’est produite au Québec où des jeunes libéraux, guidés par Mario Dumont, ont quitté le Parti libéral du Québec de Robert Bourassa, car ce dernier ne voulait pas, selon eux, faire les gestes économiques et politiques nécessaires à assurer la plus grande autonomie possible au Québec. Afin d’y remédier, ils fondèrent peu après, l’Action démocratique du Québec, un parti clairement de droite.  Extrêmement déçus quant au projet de réforme de la fédération canadienne, ils allèrent momentanément rejoindre le camp souverainiste à la veille du référendum de 1995.  À ce moment, l’option souverainiste avait fait artificiellement renfort d’une masse de nouveaux partisans.

Pourquoi après avoir passé si près de faire un pays, la ferveur a-t-elle décrue ? Premièrement, les Libéraux fédéraux n’ont en aucun cas stoppé les politiques néolibérales, ils les ont même renforcées.  Ce ne serait pas faux, alors, d’évoquer que les libéraux ont acheté la confiance de l’Élite économique québécoise.  Lucien Bouchard, passant du Bloc Québécois au PQ suite à la démission de Jacques Parizeau, a lui aussi implanté un programme néolibéral, contenant de fortes coupures pour atteindre le déficit zéro.  On se retrouvait alors avec des partis supposément de centre gauche qui implantait simultanément sur les scènes fédérales et provinciales des politiques encore plus à droite que leurs prédécesseurs.  Voyant qu’il n’y avait plus péril en la demeure, les Québécois conservateurs ont laissé progressivement l’option souverainiste à elle-même. Depuis 1995, si le Canada survit encore, c’est parce qu’il est une union d’intérêts socio-économique.

Sans dire qu’ils ne croient pas à l’indépendance du Québec, certains s’en servent principalement comme une défense face aux politiques du gouvernement en place. Un gouvernement conservateur va faire entrer des progressistes dans le camp souverainiste, tandis que le contraire est tout aussi vrai, lorsque le Parti Libéral du Canada est au pouvoir.  La peur d’un gouvernement « progressiste » de Jean Chrétien avait poussé l’ADQ (composée d’anciens libéraux provinciaux le plus à droite) à adhérer au camp du Oui en 1995.

Division de la gauche

La Gauche québécoise a toujours, dans une certaine mesure, favorisé l’idée de la Souverainté du Québec.  Cependant, elle a toujours eu une certaine difficulté à bien intégrer les dimensions identitaires, c’est-à-dire la protection du français et la sauvegarde de l’identité québécoise.  Il faut dire qu’au début de la Révolution tranquille, les deux projets d’affirmation nationale étaient complémentaires : tant celui de gauche qui réclamait un rattrapage économique des Canadiens français, ainsi que de meilleures conditions de travail; que celui de droite, voulant freiner l’érosion des francophones en Amérique du Nord.  Cependant, ce projet n’a jamais eu comme but l’indépendance du Québec, mais plutôt l’affirmation politique, économique et culturelle des Québécois, sans tenir compte de l’agencement constitutionnel.

L’État providence était alors tout indiqué pour assurer la place qui revenait aux francophones.  Aussi, il faut comprendre que Montréal a vu arriver une immigration massive des campagnes du Québec depuis le début du siècle qui s’est accompagné, surtout après la Seconde Guerre mondiale, d’une légère amélioration de leur condition socio-économique.  Toutefois, ces Canadiens français devaient être en compétition avec des immigrants qui, par leur appropriation de la langue anglaise et la discrimination que subissaient les francophones, se retrouvaient avec de meilleurs emplois. Le français devait alors s’imposer comme langue de travail, afin que ceux-ci puisse occuper un emploi dans un environnement favorable à leur mobilité sociale et aussi atteindre les postes les plus convoités.

Pourtant avec les années, défendre les Québécois en est venu, pour certains, à assurer la domination d’un groupe sur les autres.  Une portion de la gauche entichée de multiculturalisme a alors commencé à questionner l’envie de leurs camarades d’imposer le français partout, sans exception.   La loi 101 et les politiques d’immigration ayant fait leur œuvre, les Québécois ont commencé à élargir leurs rangs aux « communautés culturelles ». Par la mixité sociale, les caractéristiques mêmes de l’identité nationale en sont venues à être transformées.  Malheureusement, le référendum de 1995 ayant été un échec, les « Québécois de souche » ne sont pas encore entièrement une majorité, et ne peuvent pas être contraints au même titre qu’une « vraie » majorité au sein d’une démocratie libérale entièrement indépendante.

Il faut comprendre que la gauche a grandement souffert des années Bouchard et dans une moindre mesure des années Landry.  Si les souverainistes de droite avaient été plus discrets envers les politiques sociales-démocrates du PQ dans les années soixante-dix, la gauche plus radicale allait se distancer assez rapidement à mesure que vont s’implanter des politiques de « responsabilité financière » très rudes pour le modèle québécois.  En fait, la droite souverainiste avait changé de théâtre dans les années 80, en se déplaçant sur la scène fédérale, tandis que la gauche rejoindra petit à petit les rangs de l’UFP. Cet embryon de Québec Solidaire, était principalement une réponse aux politiques de Lucien Bouchard.  Le NPD-Québec qui s’était désaffilié de son aile fédérale s’alliait à de multiples groupuscules socialistes et révolutionnaires, afin de contrer le néolibéralisme et la mondialisation.  Dès sa conception, la question nationale créait un malaise entre les « citoyens du monde » et les partisans d’une indépendance plus sociale.  Si l’UFP n’a jamais vraiment décollé, le mouvement altermondialiste prendra de l’ampleur, le discours de la résistance économique et de la désobéissance civile, s’enracinant fortement chez une bonne partie de la population.  On en vit la première apparition lors du Sommet de Québec dont le projet d’implanter la ZLÉA nous fit découvrir les premiers indignés québecois.  La droite pleure dorénavant d’effroi devant le pouvoir de « la Rue », mais si notre bon gouvernement fédéral n’avait pas eu la brillante idée de tenir ce Sommet dans la capitale nationale des Québécois, pour cause de relations publiques et de « présence canadienne », nous n’aurions peut-être jamais eu les Grèves étudiantes de 2005 et de 2012.  L’escalade du délire néolibéral ne pouvait que radicaliser et renforcer les rangs de la gauche et même de l’extrême gauche chez la jeunesse québécoise.  Si le PQ a semblé tenir le coup au début en affichant une façade sociale-démocrate qui privilégiant plus l’interventionnisme que les mesures sociales, les répercussions du déficit zéro viendrait par l’ébranler fortement.  Aussi, le modèle québécois allait être également critiqué par une partie de la gauche, avant tout comme étant au service des puissants et des nantis, auxquels le milieu communautaire étant plus près des citoyens se devait de pallier.

Plus les années ont passé, plus la déchirure en sein des souverainistes allait se consommer. Le « virage jeunesse » du Parti Québécois par la nomination au poste de chef d’André Boisclair avec une vision beaucoup plus à droite, au détriment de l’expérimentée Pauline Marois, n’allait guère améliorer la situation. La catastrophique troisième place du PQ, alors que le pouvoir était à porter de main en 2007, est un coup que ce dernier à encore peine à se relever.  Malgré la grogne envers le gouvernement Charest, dès le début de son mandat, la gauche n’a jamais pu, et ce, même avec l’élection de Pauline Marois en 2012, concentrer en elle le désir de changement des Québécois. Il est désormais dissout au travers des tendances qui parcourent le monde politique de la belle province.

Certains analystes prétendent désormais que nous sommes passés d’un  conflit entre fédéralistes et souverainistes, à un conflit gauche/droite plus conventionnel. Cette explication viendrait en premier lieu de la victoire-surprise du NPD aux élections fédérales de mai 2011, les Québécois rejetant l’idée de la souveraineté et décidant de réintégrer la fédération canadienne, en votant pour un parti fédéraliste. Il me semble que cette explication est trop simpliste.   Nonobstant la sympathie très catholique des Québécois pour Jack Layton, ceux-ci ont voté pour le NPD, pour la simple et bonne raison qu’ils les croyaient plus aptes à défendre le Québec face à Stephen Harper.

Il n’est pas dur de comprendre que Stephen Harper représente une telle menace aux Québécois, c’est sûrement la première pour la majorité d’entre nous.  Et en mai 2011, il semblait être une bonne idée d’intégrer un parti fédéraliste aux visées idéologiques aux antipodes d’un gouvernement paraissant aux Québécois comme réactionnaire, insensible et avant tout inculte.  Par ce geste, les Québécois ont fait le pari de la fédération canadienne les résultats se font malheureusement toujours attendre.

La Souveraineté comme mécanisme de défense

Que cela nous plaise ou non, chacune des formations politiques au Québec croit travailler pour le Bien commun. Leur distinction se base non pas sur une position idéologique assumée, mais plus tôt à l’éradication d’une menace qu’elles considèrent plus importante que les autres.  Preuve que le nationalisme canadien prend moins de place dans la population québécoise, chacun de ses partis se penche plutôt à secourir la population d’un mal menaçant, avant tout, le Québec. Depuis un certain temps, le Québec s’est replié sur lui-même pour s’attaquer uniquement à des problèmes qui ne regarde que lui.  Il est vrai que dans le désir d’accéder au monde, on n’a pu délaisser certaines questions, mais celles-ci semblent dorénavant prendre toute la place.

Si le Parti Québécois a depuis longtemps combattu Ottawa, il a principalement concentré ses attaques envers le gouvernement Charest dont la mauvaise gouvernance s’est avérée désastreuse tant au plan financier que social. Le parti de Pauline Marois a ensuite continué de combattre tout ce qui ne peut renforcer l’identité québécoise, mais ce combat tendait à rendre une bonne partie de la population septique, surtout les jeunes.  De plus, le PQ a eu de la difficulté à nommer clairement cette menace, soit parce qu’elle n’existe plus ou qu’elle n’existe tout simplement pas.

Auparavant, le Parti Québécois avait su maintenir comme étant une force viable en amalgamant des politiques sociales-démocrates à des politiques identitaires musclées.  Le PQ était, avant tout, une coalition de souverainistes de toutes tendances et ces mesures étaient aussi complémentaires, car elles permettaient de faciliter le rattrapage socio-économique des Canadiens français au Québec.

Dans les milieux de droite comme de gauche, on réclame à des degrés divers un désengagement de l’État dans le domaine de la lutte identitaire, où le renforcement de la loi 101 et une Charte de la Laïcité est vue d’un mauvais œil.

À l’élection de 2012, le PLQ a délaissé là où ils avaient lamentablement échoué, pour se porter comme les gardiens de la Loi et l’Ordre, contre les menaces anarchistes et révolutionnaires de tout acabit qui portent le carré rouge avec Pauline Marois, afin d’instaurer un terrifiant régime de « la Rue et des Référendums ».  En 2014, il a adoucit sa tactique en effrayant les fédéralistes en mettant l’accent sur la peur d’un référendum, dernier refuge d’une bande de malfrats qui ne veulent en aucun cas, laisser les leviers de commande ou du moins les partager pour l’intérêt général.

Pour la CAQ, la menace est plutôt les syndicats, la bureaucratie et les « groupes d’intérêts ».  Ils reprennent enfin la même chanson que Charest en 2003, où « faire le ménage », remplace la réingénierie de l’État.  En 2014, la CAQ a comme les libéraux, adoucit son message afin de profiter des déboires du PQ qui n’a fait que se battre lui-même lors de la campagne électorale.  Perdant une grande partie de ses électeurs fédéralistes, il a reçu un bon contingent de « souverainiste mous » qu’ils préféreraient la Charte sans référendum.

Pour Québec solidaire, la menace est avant tout le capitalisme. Tout de moins ses dérives, mais également les dérives identitaires des partisans d’une droite plus ethnique.  La menace n’est pas comme au PQ, politique et culturelle, mais plutôt économique et idéologique.  Ici tout compromis aux idées de la droite ne peut qu’affaiblir le Québec.  S’aventurer au Centre, comme le fait souvent le PQ, est donc à proscrire.  En 2014, Québec Solidaire a également reçu les offrandes de l’incompétence stratégique du PQ.  Pourtant, la croissance de cette formation de gauche est constante, mais très lente.  Si la population apprécie l’esprit de Québec solidaire, il ne semble pas le prendre très au sérieux.

Si Option nationale peut s’attaquer aux mêmes cibles que le PQ et QS, la raison de son existence est toutefois autre. Elle est due pour les partisans d’ON à une attitude de la part de l’establishment du PQ, étant un manque de vigueur et de volonté pour faire la Souveraineté. Ceci nous amène à un autre aspect du problème, expliquant encore mieux cette étrange division de l’Option souverainiste au Québec.

Lutte pour le pouvoir

Auparavant, on attaquait la Souveraineté du Québec en présageant qu’elle était infaisable, et si elle était faisable, elle serait une catastrophe au niveau économique, politique et social.  Le Québec avait supposément trop besoin du Canada et de ses transferts pour survivre et que le Québec serait alors relégué au statut de république de bananes.  Pourtant, cet argument est de moins en moins utilisé, il a même été réfuté par Jean Charest.  En réalité, la souveraineté ne serait pas aussi néfaste que bien des leaders fédéralistes ont pu laisser entendre ces dernières années.

Les libéraux ne vont plus attaquer l’idée de Souveraineté, mais agité la menace d’un Référendum.  Ils ont passé ces dernières années du rationnel à l’irrationnel, car bon nombre de leurs électeurs, les « Référendums » constituent un grand traumatisme, synonyme de « chicane de famille ».  Pourtant, les débats politiques musclés peuvent être bénéfique dans une société et aucune violence grave n’a été constatée lors des deux référendums sur la Souveraineté.  J’aimerais ajouter que les grandes crises sociales dans l’histoire du Québec moderne (crise d’octobre, crise d’Oka et Printemps Érable) sont toutes survenues sous des gouvernements libéraux.

Toutefois, les souverainistes peuvent également nuire à leur propre projet.  Autrefois, on se servait de la souveraineté afin d’affaiblir un ennemi politique, la gauche ou la droite prétextant que le gouvernement fédéral était une menace au projet idéologique. Les partisans de ce souverainisme circonstanciel est perceptible dans le langage commun, comme étant des « souverainistes mous ». Aujourd’hui on peut apercevoir un autre phénomène, où le degré de souveraineté différencie les formations politiques avec sensiblement le même but : la social-démocratie et l’indépendance nationale.  La souveraineté n’est pas ici un projet commun, mais un point comme les autres, que les partis prennent pour se distinguer.  Si elle était si importante, leurs partisans s’uniraient afin d’établir une stratégie commune pour y accéder.  Aujourd’hui, la quête personnelle du pouvoir semble plus importante que le rêve de tout un peuple.  Ce n’est pas parce que la Souveraineté est faible que les souverainistes sont divisés, mais plutôt parce qu’ils sont divisés qu’elle est faible.

La souveraineté est devenue un prétexte à un jeu de pouvoir, les plus radicaux des mesures sociales et de l’indépendance s’organisant en formation politique, afin de mieux influencer le débat public.  Le plus grand obstacle à la souveraineté n’est pas sa faisabilité ou l’incertitude, mais plutôt la peur de donner un pays à une Majorité qui a des vues contraires aux nôtres. Nous ne sommes pas éloignés de la souveraineté.  Au contraire, ne nous en sommes jamais été aussi près, mais la teneur des fondements de cette future nation indépendante semble plus nous diviser, plus qu’elle nous unis.  Nous sommes rendus à un point où les souverainistes ont peur d’autres souverainistes.

La limite de toute intransigeance, si vertueuse soit-elle, est l’exercice du pouvoir.  Imposer sa vision sans tenir compte de la réalité du terrain, équivaut à rejeter le politique.  Et rejeter le politique est, malheureusement, rejeter toutes les forces sociales qui constituent une nation.  Il faut comprendre qu’on ne peut avoir raison, mais on peut convaincre les autres qu’ils ont torts.

Si on veut la faire, vraiment la faire, il va falloir que tous les souverainistes s’unissent d’une façon ou d’une autre pour mener ce projet à terme.  Si cela n’a plus d’importance à vos yeux, arrêtez d’en parler au lieu de trouver des divergences faussement irréconciliables dans des stratégies qui n’auront jamais lieu.

Québec Solidaire sont les premiers divergents du mouvement, plus précisément les premiers à s’organiser de façon convenable.  Ce parti est avant tout un parti de gauche et il a recueillie dans ses rangs des militants de gauche d’abord qui sont souvent souverainistes seulement qu’en second lieu.  Même si l’option souverainiste a causé un malaise lors de leur acte de fondation (plutôt leur changement de nom), les plus progressistes avaient tout de même décidé de conserver le combat pour l’indépendance dans leurs objectifs.  Pour QS, la souveraineté du Québec est un prétexte pour la survie interne du parti.  Françoise David n’avait-elle pas déclaré ne pas voir d’un mauvais œil le fait d’avoir comme membres des fédéralistes ou des indépendantistes très mous?  Le malaise constitutionnel de QS a été, en quelque sorte, tranché par les carrés rouges.  La jeunesse remplie d’espoir et n’ayant pas été contaminée par les idéologues marxistes, ont apporté l’élan identitaire du Printemps Érable et pousser tous ces anciens abstentionnistes à prendre une position plus soutenue en faveur de la Souveraineté du Québec.

Ce mode de survie est tout aussi présent au Parti Québécois, qui a fait voter en 2011 une série de mesures dans le seul but de sauvegarder l’unité d’un parti en pleine implosion au moment où ses appuis atteignaient un maigre 17 %.   Devant l’impossibilité de réussir  à gagner un référendum et ne voulant perdre l’alternance du pouvoir au profit de l’équipe de l’ancien « plus souverainiste des souverainistes », François Legault; le PQ a décidé d’un programme plus près de sa base militante, comprenant des politiques plus dures au niveau de l’identité et certaines mesures sociale-démocrates.

Exercice de survie dû en grande partie aux défections des purs et durs.  C’est avant tout la formation d’Option Nationale qui fait le plus mal au PQ en 2012, non à cause des aux idées « révolutionnaires » de leur charismatique chef, mais par une ponction assez grande de la base militante qui composait en quelque sorte la « machine électorale » du PQ. Il faut se rappeler que le but originel de ce parti était de déstabiliser Pauline Marois et son équipe, afin de mettre un chef plus réceptif aux vues de cette faction indépendantiste.  L’excuse était de ne faire aucun compromis sur la Souveraineté, mais le vrai but était la lutte interne pour le pouvoir.  Le seul et unique but d’ON était de nuire au PQ, même si les idées et les talents de certains candidats ont surpris les observateurs, la majorité des Québécois se demande encore à quoi sert cette formation politique.  Sa popularité fut plutôt concentrée dans les milieux d’initiés et a toujours du mal à se réaliser sur le terrain.

Maintenant, les partis souverainistes dépensent plus d’énergie à se définir les uns face aux autres avec des projets de souveraineté différents, que ce se distinguer du fédéralisme et du gouvernement canadien.  On en vient à oublier que l’actuel gouvernement à Ottawa est celui qui a le moins tenu compte du Québec. La lutte de pouvoir au sein du mouvement souverainiste est désormais plus importante que le combat pour l’indépendance.  C’est triste parce que pour « l’électeur québécois moyen », c’est du pareil au même.  Leurs adversaires les détestent de façon équivalente, le degré de progressisme ou de souverainisme importe peu.  Que l’on en met qu’une infime couche, pour les fédéralistes et le R.O.C., c’est trop!

C’est sûrement désolant pour tout le monde, mais tant et aussi longtemps que le Québec est dans le Canada et qu’il y aura des Québécois qui voudront quitter ce dernier, il faudra que les différentes tendances de la grande famille souverainiste s’entendent d’une manière ou d’une autre. Après, cela indique conséquemment des compromis de chacun, mais ce n’est qu’une nécessité dans la mesure où l’indépendance nationale est de première importance.  Sinon, la lutte pour le pouvoir peut continuer comme si de rien n’était…

Renier l’évidence

Même si cela n’était pas le but premier des carrés rouges, la question est tout de même intrinsèque au mouvement, c’est-à-dire qu’il propose l’établissement d’un pays clairement à l’encontre des façons de faire traditionnellement convenues.

À forcer la main de Québec Solidaire à démontrer sa foi souverainiste, où il était ironique des grands partisans de l’abstentionnisme de 1980, sont déclarés devant tous leur attachement indéfectible par l’indépendance alors que dans leur stratégie, ils veulent remettre l’odieux de l’initiative au peuple pour s’en laver les mains.  C’est aussi ce qui a fait pencher Option nationale pour la gratuité scolaire, voyant que les jeunes indépendantistes les plus convaincus proviendraient des carrés rouges.  En fait, tous les partis souverainistes ont voulu faire le plein de carrés rouges, car la grande majorité de ceux-ci étaient pour l’indépendance.

Le Parti Québécois était favorable aux éléments politiques du Printemps Érable, mais pas à ces éléments idéologiques et identitaires.  Ils ont établis des politiques publiques le plus loin qu’ils leurs étaient acceptables et ont essayés par la suite tenté de contenir ce mouvement que dans à une dimension comptable, comme si tout ce vacarme se résumait qu’à une question d’administration publique.

Le PQ a voulu mettre tout ça sous le tapis, et ainsi faire oublier le grand « tonnerre révolutionnaire ».  On a voulu faire diversion de tout le requestionement du système en place survenu lors du Printemps Érable, en proposant une Charte des Valeurs.  Celle-ci avait la double fonction d’éviter la remise en question de la nécesssité de faire la Souverainté du Québec et mettait en second plan les problèmes structurels de l’économie québécoise.  Tant pour les problèmes sociaux, économiques, fiscaux et constitutionnels la Charte des valeurs donnait au PQ ce qu’il avait le plus besoin : du temps.  Du temps, pourquoi ? Pour amortir le choc révolutionnaire qui poussait vers un projet de pays axé avant tout sut la justice sociale, pour ensuite redéfinir le PQ comme le parti de l’identité et ainsi refaire sa base d’électeurs à droite.

Peu de gens l’ont perçu, mais le Printemps Érable est un acte de fondation d’un nouveau « paradigme identitaire », mais non pour imposer une liberté de marché, mais une identité nous préservant d’une culture générique, servant avant tout à nous faire consommer des « produits culturels ». L’éveil d’un nouveau souverainisme qui tend à forcer la main aux souverainistes et aux progressistes.  Rejeter ce nouveau projet de souveraineté, c’est rejeter la possibilité de faire un jour l’indépendance du Québec.

Extrait : Plus grand pouvoir citoyen

19 Mai

Voici un extrait de la deuxième partie de mon « livre » sur le printemps Érable :

 

Plus grand pouvoir citoyen

L’idée d’un gouvernement plus près des citoyens n’appartient pas qu’à une poignée de révolutionnaires, mais a une bonne partie de la jeunesse.  Ceux-ci étant habitué de se consulter continuellement par le biais des réseaux sociaux, ils ont acquis une éthique de la discussion beaucoup plus poussée que leurs aînés. De plus, cette conviction qu’ils peuvent tout faire par eux-mêmes les amène à être naturellement méfiants de toute institution voulant contrôler leur façon de faire.   Cela se traduit dans deux demandes, premièrement par la démocratie directe; deuxièmement, par l’établissement d’un « gouvernement ouvert », c’est-à-dire un gouvernement qui « n’a rien à caché » en rendant public l’ensemble des documents regardant les dépenses publiques et les processus décisionnels.

Les deux reflètent la méfiance des citoyens envers l’État.  Ici, les citoyens doivent reprendre le contrôle et imposer sa volonté sur l’appareil bureaucratique qui est devenu, selon eux, complètement déconnecté de la réalité quotidienne des citoyens.

La démocratie directe, pour les plus jeunes, n’est pas un type de gouvernement, mais un moyen pour se faire entendre.  Pour eux, le conflit doit s’institutionnaliser par lui-même, au cas par cas.  Créer une structure permanente, répondant en tout point à leur idéal, serait rejeté automatiquement.  Ils craignent l’institutionnel, car il peut être facilement usurpé.  Les chefs, ils les dévorent; les porte-paroles, ils les font taire.  Se faire reconnaître pour eux, c’est se rendre.  Leur place, ils l’ont déjà prise.  Si la politique les ennuie, ils quittent; qu’on touche à leurs droits, ils reviendront.  Il est alors difficile de réformer le système à leur goût, mais je crois toutefois qu’il faudra le réformer quand même, afin  d’éviter de finir avec deux États parallèles qui s’entrechoquent de crises sociales en crises sociales…

Si le Néo-Libéralisme nous a légué quelque chose de bon, c’est l’idée de la discipline budgétaire, en plus de la transparence, ce qu’on appelle la Bonne Gouvernance. Même si souvent le 1% ne prêche pas par l’exemple, cette plus grande rigueur permettrait à un État d’investir plus massivement, tout en évitant le plus possible le gaspillage.

Aussi, avec l’avancement de la technologie, on peut passer à un « gouvernement ouvert » où l’ensemble des données publiques peuvent être dévoilées à la population.  Ces nouvelles infrastructures ne poussent donc pas à la réduction des dépenses, mais plutôt à leur augmentation, puisqu’on  peut savoir combien vont vraiment pour les services aux citoyens.  Si on perd de l’argent dans la gestion de ce service, on peut mieux attribuer des tâches des fonctionnaires, ou tout simplement réduire leur nombre, s’il l’on démontre hors de tout doute, qu’ils ne serviront strictement à rien.

Aperçu de la deuxième partie « les effets du printemps Érable »

5 Août

Bonjour groupe,

Je vous ai laissé des extraits de la deuxième partie de ma super réflexion qui portera sur les effets du printemps Érable. En gros c’est  4 chapitres, dont les titres sont en gras. J’ai essayé de mettre des extraits le plus représentatifs possibles, mais les chapitres ne sont pas terminés et certains sont plus avancés que d’autres.

J’veux dire, le meilleur est à venir… 😉

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Que veulent les carrés rouges ?

« Je ne suis pas quelqu’un qui est contre le fait qu’il faut donner un itinéraire à la police quelques heures avant une manifestation.  Cependant, si remettre cet itinéraire pouvait mettre en danger la sécurité des personnes qui participent à une manifestation, il est du devoir ses organisateurs de ne pas le remettre. La sécurité et la liberté d’expression des manifestants doit primer avant tout. »

« Il est du devoir de nos dirigeants politiques à ce que les Forces de l’Ordre soient respectées et non craintes.  L’Autorité est un pouvoir accepté et respecté, la simple peur pousse certains à répondre par la violence, pour faire naître cette peur de l’autre côté.  Le Chaos ne vient pas de l’absence d’ordre, mais lorsque l’Autorité a perdue toute sa légitimité face à la population.  Ce que les carrés rouges veulent, ce n’est pas la fin de la police, mais une police respectable, au service des citoyens au lieu du pouvoir en place.

La Brutalité policière c’est une déshumanisation de certains citoyens et citoyennes, dans le but d’imposer une vision idéologique de la société. »

La souveraineté : business as usual

Autrefois, on se servait de la souveraineté afin d’affaiblir un ennemi politique, la gauche ou la droite prétextant que le gouvernement fédéral était une menace au projet idéologique. Les partisans de ce souverainisme circonstanciel est perceptible dans le langage commun, comme étant des « souverainistes mous ». Aujourd’hui on peut apercevoir un autre phénomène, où le degré de souveraineté différencie les formations politiques avec sensiblement le même but : la social-démocratie et l’indépendance nationale.  La souveraineté n’est pas ici un projet commun, mais un point comme les autres, que les partis prennent pour se distinguer.  Si elle était si importante, leurs partisans s’uniraient afin d’établir une stratégie commune pour y accéder.  Aujourd’hui, la quête personnelle du pouvoir semble plus importante que le rêve de tout un peuple.  Ce n’est pas parce que la Souveraineté est faible que les souverainistes sont divisés, mais plutôt parce qu’ils sont divisés qu’elle est faible.

La souveraineté est devenue un prétexte à un jeu de pouvoir, les plus radicaux des mesures sociales et de l’indépendance s’organisant en formation politique, afin de mieux influencer le débat public.  Le plus grand obstacle à la souveraineté n’est pas sa faisabilité ou l’incertitude, mais plutôt la peur de donner un pays à une Majorité qui a des vues contraires aux nôtres. Nous ne sommes pas éloignés de la souveraineté.  Au contraire, ne nous en sommes jamais été aussi près, mais la teneur des fondements de cette future nation indépendante semble plus nous diviser, plus qu’elle nous unis.  Nous sommes rendus à un point où les souverainistes ont peur d’autres souverainistes.

Les deux identités, les deux démocraties

« La pérennité du cadre culturel dans lequel s’expriment les droits universels est beaucoup plus menacée à Montréal, tant du côté francophone qu’anglophone que dans le reste du Québec.  Le besoin d’une spécificité pour se protéger de l’assimilation de l’Autre a eu comme effet de se protéger contre la culture générique néolibérale.  Tandis qu’ailleurs, elle a pénétré sans vraiment de heurts, tranquillement et insidieusement.  »

La victoire de la peur

« L’effet le plus évident du printemps Érable a été de rabaisser la vie politique québécoise à sa plus simple expression.  Le pouvoir s’est montré nu, libéré du manteau de l’acceptabilité.  Et le drame dans tout ça, c’est que la majorité des citoyens ont préféré se soumettre aveuglément à ce pouvoir qui avait fait preuve d’une réelle carence au niveau de la légitimité, au lieu de choisir le véritable exercice de la Liberté. »