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Diversité et démocratie

16 Avr

La fin du néo-libéralisme n’entraînera pas la fin du «Multiculturalisme» et de la mondialisation. De plus, vouloir restreindre la diversité dans nos sociétés au nom du respect de la démocratie et des droits universels ne peut que les affaiblir.

L’origine de la diversité 

Les façons de concevoir la diversité au sein des démocraties libérales se sont grandement transformées au cours de l’histoire, mais la diversité telle que vécue aujourd’hui est le produit des politiques de Multiculturalisme implantées depuis les années soixante. Les États-nations d’alors, aux prises avec la montée des mouvements sociaux des minorités, ont adopté des régimes de citoyenneté permettant de reconnaître des différences, sans pour autant remettre en question le pouvoir de la Majorité. Au Canada, ces politiques étaient des réponses au mouvement souverainiste québécois et aux revendications des peuples autochtones qui étaient dorénavant reconnus de la même façon que les communautés issues de l’immigration.

On peut dire qu’en reconnaissant tout le monde, la reconnaissance n’a plus vraiment de valeur et en ne faisant pas de concession aux groupes nationaux minoritaires, la domination ethnique était ainsi maintenue.

Car reconnaître les Italiens, les Ukrainiens, les Polonais, les Haïtiens, les Pakistanais, etc. dans le Canada de Trudeau père, ça remettait quoi en question? À part aider les libéraux et prévenir la séparation du Québec, les groupes minoritaires n’avaient que des bénéfices marginaux.

Mais le multiculturalisme n’est pas entièrement mauvais, il permet à des individus et des groupes vulnérables d’avoir des moyens pour se défendre de l’abus de la Majorité.  Il donne une valeur à l’individu quelque soit son origine, son genre, son orientation sexuelle, en plus de l’aider à faire partie de la communauté politique si nécessaire à la démocratie.

Nous sommes actuellement à la croisée des chemins au niveau de la reconnaissance identitaire. La réaction des nationalistes conservateurs est du même ordre que la réaction économique, elles sont liées au refus de participation, ou du moins au refus de participation significative des gens « vulnérables », des minorités qui grâce aux politiques de multiculturalisme ont pris pleinement possession de leur place dans l’espace public.

Aujourd’hui, on peut passer outre les canaux officiels et prendre sa place. Toute cette reconnaissance s’est implantée dans la structure sociale et a forgé l’identité nationale, donnant au plus jeune une plus grande ouverture à ces différences.

La diversité, c’est le multiculturalisme où tous participent pleinement selon ses envies et ses capacités (comme les carrés rouges), sans entraves d’institutions qui voudraient la contrôler. Ni État, ni religion, ni entreprise privée, ni médias; c’est le régime de citoyenneté des citoyens, pour les citoyens, par les citoyens.  La véritable démocratie participative ne passera pas par l’économie, mais par l’identité. En gros, il faut savoir ce que l’on est, avant de savoir ce que l’on va faire…

L’Autoritarisme à la Trump s’est imposé, car certains voyaient dans la diversité une menace à leurs acquis économiques. D’un autre côté, toutefois, la diversité à la Trudeau fils propose une reconnaissance, mais sans pour autant remettre en question l’ordre établi.

Une nécessité économique

Les Réseaux sociaux peuvent être perçus simultanément tant comme des outils de contrôle que de libération.  Le marketing à l’ère du 2.0 permet désormais de mieux définir les individus, de comprendre leurs envies, leurs opinions et leurs comportements. Pourtant, ceux qui semblent le plus faciles à contrôler avec ces nouveaux outils de communications, ceux sont qui les rejette le plus et qui les utilise avec le moins d’habiletés. Entre d’autres mots, dans les réseaux sociaux comme dans les autres domaines, « le savoir c’est le pouvoir».

On a désormais plus de chance de vendre un bien ou un service à quelqu’un en le faisant participer, en l’intégrant dans une communauté de personnes ayant les mêmes goûts et les mêmes valeurs. Un même produit pourra même être décliné en plusieurs marques qui auront une image plus adaptée à chacune de ces communautés, c’est ce qu’on appelle la segmentisation.

Sauf qu’une identité nationale forte, basée sur la participation peut contrer ses divisions qui agissent au sein d’une société et c’est de ça que le Marché a peur…

Réalisme identitaire

Les échanges économiques ont emmené des échanges culturels entre individus. Nous ne formons pas pour autant une même famille. Nous sommes tous dans la même piscine, mais on reste entre amis, chacun dans notre coin.

La langue et la culture sont les seules véritables frontières du XXIe siècle. Les autres frontières, archaïques, doivent être redéfinies.

De son côté, l’autodéfinition multiculturaliste est en quelque sorte une erreur.  Pour participer, il te faut les outils pour échanger avec les individus et les institutions. Si dans un Marché, il faut de l’argent et évidemment ceux qui en ont moins sont désavantagé, il en va de même avec ceux maitrisant le mieux la langue et les codes sociaux dans la société auxquels ils se retrouvent.

Il n’y a personne qui choisi de se placer en position de vulnérabilité, si c’était qu’un choix rationnel, tout le monde prendrait l’identité de la Majorité, au lieu de perdre temps et énergie à faire valoir ses droits collectifs.  Tu ne choisis pas une identité, tu l’acceptes, tu te rends à celle-ci. Le seul véritable choix avec une identité, c’est d’en renier une…

C’est l’erreur des démocraties libérales que de se définir que par des droits individuels. Il est vrai que sans droits universels, il ne peut y avoir de démocratie. Toutefois, sans culture, sans langue commune et identité nationale, on ne peut pas exercer les droits universels qui font une démocratie.

Imposer une langue n’empêche pas de conserver celle que l’on utilisait auparavant, en plus qu’elle permet à ceux qui l’apprenne de mieux s’intégrer à sa société d’accueil et d’échanger avec ses nouveaux concitoyens.

Oui, on peut protéger des valeurs, mais ces valeurs ne peuvent être culturellement exclusives. Pour être conforme à l’idéal démocratique, toute «Charte des Valeurs» se doit de respecter les libertés individuelles ainsi que d’avoir des institutions publiques qui permettent à ces mêmes libertés individuelles de s’exprimer. C’est là toute la différence entre protéger une langue et protéger des valeurs.

Critique constructive du Multiculturalisme politiquement correct

16 Mai

Le multiculturalisme est devenu l’idéologie dominante dans les sociétés occidentales, il est en quelque sorte l’application politique du « politiquement correct ». C’est à dire, un régime doux et caressant visant à ne heurter personne.  Auparavant, le Multiculturalisme était plus un constat sociologique qu’une politique initiée par les Élites. Et ne vous trompez pas, je suis totalement d’accord avec le Multiculturalisme lorsqu’on réfère à lui dans le sens de « Pluralisme », la société pluraliste c’est bon pour la démocratie.  Cependant, le Multiculturalisme a intégré peu à peu les préceptes du politiquement correct, lui enlevant du même coup toute son essence réformatrice.  Dans le contexte actuel, le Multiculturalisme est devenu le gardien du statu quo sous un masque de progressisme.

On voit deux chemins pris par les États lors des vingt dernières années, le premier est un capitalisme autoritaire concentré uniquement sur la croissance économique et où les droits fondamentaux n’ont plus une grande valeur.  L’autre voie est celle du multiculturalisme, on impose un contrôle de la population sous couvert du respect de l’intégrité des plus vulnérables, toujours en fonction des droits, en oubliant trop souvent la situation socioéconomique des individus.

C’est un peu ce que la « culture du politiquement correct » essaie de gommer, souvent très maladroitement. En bref, elle essaie de ne heurter personne dans un régime où l’on ne peut plaire à tout le monde. Car ce n’est pas les gens insatisfaits qui manquent… Au-delà des « accommodements », il existe une source de tensions bien plus grave,  les inégalités sociales. Inconsciemment ou non, on essai d’éviter cette question dans les lieux officiels du pouvoir, en essayant de faire croire à tout le monde que « tout va bien », « tout le monde il est fin », « tout le monde il est gentil »… baliverne !

C’est alors que provient une critique assez virulente du polititcly correct, face à cette culture politique artificielle, on se met à frapper sur des commandements tout aussi artificiels. Le problème ce n’est pas les minorités qu’on nous « force » à aimer, mais plutôt le fait qu’on nous force à aimer ses minorités.  On met alors les véritables laissés pour compte dans un cercle vicieux duquel ils ne peuvent se sortir, s’ils attaquent les minorités que l’État libéral et démocratique défend, ils sont des racistes, des fascistes, des réactionnaires, des monstres; et s’ils sont du côté de l’État, ils se voilent les yeux sur « les causes de leur misère »…

Ne soyons pas hypocrites, je n’ai pas d’amis noirs, musulmans, autochtones, transgenres, homosexuels ou handicapés. Et vous savez quoi ? Ça ne change rien. Je peux me foutre mon prochain comme je le veux, mais je ne peux pas atteindre aux droits de mes concitoyens. Mais les humains resteront des humains, ils veulent toujours laisser leur indignation glissée vers l’irrationnel. Si un régime démocratique pour être vraiment démocratique doit favoriser le conflit, donc l’indignation, cette indignation doit être responsable.  L’indignation et la colère sont une bonne chose en démocratie, mais sans rationalité, elle se transforme en violence.

Oui, le fanatisme religieux est mauvais pour la démocratie, mais opprimer la liberté de conscience l’est tout autant. T’as le droit de croire en l’astrologie, mais j’ai le droit de te dire que ce n’est que de la superstition. Si tu ne veux pas louer ton logement à des noirs, l’État a le droit d’intervenir.  T’as le droit d’écrire des commentaires haineux sur Facebook ou en dessous d’un article du Journal de Montréal , mais on a le droit d’enquêter sur toi, car tu es une menace à la démocratie. Tu as le droit de manifester, de bloquer le trafic, de même le faire masqué si tu veux et même de botter le bumper d’un char qui s’approche trop près de toi, mais tu n’as pas le droit de brûler un poste de police ou de mettre une bombe dans le Métro.

Est-ce si grave que certains ne veulent pas s’intégrer à un niveau que tu trouves satisfaisant ?  Oui, les juifs hassidiques ne veulent pas se mélanger aux autres et apprendre le français, reviens-en ! Dalida Awada te fait chier avec son voile, deal avec !

Tu ne peux pas forcer quelqu’un à s’intégrer. Tout ce que tu peux, c’est les forcer à respecter les lois. En démocratie, les gens peuvent faire ce qu’ils veulent tant et aussi longtemps qu’ils ne portent pas atteinte à tes droits fondamentaux.  Si l’on n’atteint pas ton intégrité physique ou morale, tu ne peux rien faire.

Nous n’avons pas vraiment besoin d’un régime de citoyenneté venu « du haut » pour s’accepter et se tolérer. Comme on a pu le voir par exemple lors du printemps Érable, dans un mouvement politique si « tu veux te battre avec moi, tu mon frère/ma soeur », c’est tout ce qui compte.  L’accroissement de la démocratie au sein de nos institutions politiques, de nos lieux de travail ou d’enseignement ferait à lui seul un travail d’inclusion, mais les Élites n’en veulent pas.  Pour eux, il faut une belle histoire attendrissante pour tenir les gens tranquilles.

Ce qu’il manque dans nos démocraties ce n’est pas de la tolérance ou de l’acceptation, mais bien du conflit.  Toute identité par ses critères d’adhésion, va créer de l’exclusion.  On peut créer des identités plus ouvertes que d’autres,  on ne peut pas toutefois créer des identités totalement ouvertes. C’est malheureux, mais c’est la vie…

Jamais la démocratie n’ordonne d’accepter les gens tels qu’ils sont, elle ordonne de respecter leurs droits (nuance, fuckin’ grosse nuance !).  Car, en démocratie toucher aux droits fondamentaux d’un citoyen, c’est toucher aux droits de tous les citoyens. Dès qu’une personne voit ses droits réduits, l’ensemble devient moins libéral, moins démocratique, et petit à petit, on se rend compte que si tous les humains sont égaux, certains le sont plus que d’autres…

 

De la liberté au temps du Printemps 2015… Partie 1 : Pourquoi déteste-t-on autant les carrés rouges ?

4 Avr

Pourquoi déteste-t-on autant les carrés rouges ?

Je ne commencerai pas ce texte avec un diagnostic pessimiste de la société québécoise avec une longue tirade sur mon incompréhension devant un gouvernement oppressif qui ne veut pas tendre l’oreille vers sa jeunesse, son propre avenir…

On vous l’a fait depuis le printemps Érable, ça n’a pas l’air de vous attendrir plus qu’il ne faut… Mais pourtant, un récent sondage de CROP prétend que 40 % des Québécois voudraient que la priorité du gouvernement soit la lutte à la pauvreté et non de « faire le ménage » dans nos finances publiques avec un programme d’austérité.  De l’autre côté, les économistes découvrent que les déficits annoncés par le gouvernement Couillard, sont en fait des surplus masqués

Alors pourquoi il y a seulement les étudiants dans la Rue ? Et pourquoi les « gens ordinaires » les détestent-ils autant ?  Et surtout, pourquoi ne font-ils rien pour contrer des hausses de tarifs et des coupures de services qu’ils ne veulent même pas ?

Cette apathie généralisée et le cynisme ambiant pourraient vous sembler comme une nouveauté, un phénomène récent qui déstabilise les penseurs, et qu’il n’y a pas vraiment de solution à ce problème.  Et si je vous disais, que ce que nous vivons collectivement aujourd’hui, une homme l’avait prédit il y de cela 175 ans…

Non seulement il l’avait prédit, mais il en avait vu la cause. Non pas dans une corruption généralisée de ses dirigeants ou un corporatisme syndical d’une Élite gauchiste, mais dans le régime démocratique lui-même, les citoyens abandonnant peu à peu, leur liberté pour le confort et les petits plaisirs personnels.

Ainsi, c’est Tocqueville plus que tout autre qui décrit le mieux notre situation dans ce fameux extrait de la démocratie en Amérique (Tome II) :

C’est que la Liberté fait peur, nous angoisse, et l’exercer (comme le font les étudiants en ce moment), peut nous apporter de graves conséquences, comme le démontre cet autre extrait de Jacques Ellul :

Alors, pourquoi parlons-nous autant de Liberté !  Pourquoi devant l’exercice de la liberté, d’autres répondent-ils par l’imposition d’une « autre liberté » ? Ou, pourquoi des amoureux déclarée de la liberté, ne veulent aucunement que les autres en fassent l’exercice ? Pourquoi, ces appels à la brutalité policière ou même à l’armée à chaque fois que les étudiants descendent dans la rue ?  Pourquoi ces propos diffamatoires ou même haineux, envers les étudiants ? Pourquoi cette répétition de billets orduriers, sans aucun faits, ni proposition concrète au sujet de la grève ?

Pourquoi tant de gens supposément dotés de capacités de réflexion plus qu’adéquates, s’enfoncent dans l’émotion et la sentimentalité pour un programme dont la réussite est plus qu’hasardeuse, tandis que les « méchants casseurs anarchistes » sont capables faire des propositions concrètes intéressant même les trois partis d’opposition ?

Mais quelle est donc cette liberté remplie de haine ?

Ici Slavoj Zizek tente une réponse :

Ce que ces exaltés de « drettistes » veulent ce n’est pas la liberté, mais cette obsène liberté… de conduire imprudemment, de consommer de la drogue, d’agresser des filles, de se battre à la sortie des bars, d’acheter des marchandises volées, de travailler au noir, et bien d’autres choses.  Selon eux, et quelques fois ils n’ont pas tort, un régime plus équitable profiterait à l’Élite gauchiste (c’est à dire les artistes, les fonctionnaires et les intellectuels) qui pourraient se permettre des transgressions, tandis qu’eux, se feraient sermonner à longueur de journée par un État qui ne leur apporterait que de minces avantages.

Ils ne veulent pas s’engager dans un processus afin d’améliorer leur condition et celle de la collectivité, car ce qui est « bon  pour eux » est défini par des gens qui leurs sont étrangers et ils ont trouvé un moyen de profiter du système, même si ce dernier se relève auto-destructeur…

Comme par exemple, le choix de polluer avec un « gros char », car le choix ne pas polluer est décidé par une Élite qui ne comprend pas leur condition.  Pourtant, ne pas polluer est logiquement une meilleure chose que de polluer, que ce soit pour nous-même ou pour les autres.  Par contre, imposer un choix sur les autres, même s’il est logique et nécessaire, est désormais perçu par celui qui se le fait imposer, comme un manque de respect, une atteinte à sa dignité, un déni de reconnaissance de son individualité… Ce qui poussent les personnes à se radicaliser, car tout compromis politique, devient alors une trahison personnelle.

Les gens de droite pourraient retourner les mêmes arguments aux carrés rouges, et autres progressistes, en leur disant qu’il faut faire des sacrifices pour sauvegarder les finances de l’État, et que cette lutte contre l’Austérité n’est qu’un prétexte pour perturber et faire de la casse. Cependant, si des changements doivent être apportés aux finances publiques, la nécessité de mesures d’Austérité aussi intenses, est fortement discutable.  Tout cela devrait plutôt être un débat stérile entre économistes, technocrates, syndicats et dirigeants d’entreprises, et non une crise sociale à l’échelle nationale !

Les idées politiques deviennent tellement intégrées dans l’identité que si quelqu’un à une idée contraire à la tienne, il devient moins humain.  Une idée doit rester une idée, c’est à dire que l’on peut changer d’idée, lorsque quelqu’un nous prouve que son idée est meilleure que la nôtre.  Chose que l’on apprend encore dans quelques facultés universitaires…  Car la politique dans un contexte démocratique, c’est transformer des institutions, améliorer des programmes, s’assurer du bon fonctionnement des nos organismes publiques, avoir des finances saines et qui profitent à l’ensemble des citoyens, où chacun peut exprimer ses idées dans un contexte sécuritaire et respectueux.  La démocratie ce n’est pas 50%+1 qui écrase 50%-1, car telle est la volonté de la Majorité silencieuse ou pas, la démocratie ne se résume pas qu’aux élections, il y a également toute une structure légale qui l’accompagne, assurant les libertés individuelles, de plus les organisations civiles suivent également les principes démocratiques.

Le refus du dialogue et l’utilisation de la ligne dure, peut rassurer les ministres libéraux autant qu’ils le veulent, mais il ne se construit pas en ce moment, un monde basé sur les « valeurs libérales ».  Ce que les partisans de l’Austérité essaient de faire, ce n’est pas vraiment d’assainir les Finances publiques, mais plutôt d’en finir avec leurs ennemis politiques.  Chose qui semble avoir un vif succès, car même ceux qui rouspètent contre les hausses de tarifs et le gaspillage de fonds publics, tombent automatiquement du côté du gouvernement libéral lorsqu’il frappe les étudiants et les syndicats.  Le débat est si personnalisé que l’on s’attaque plus à ceux qui nous critiquent qu’au problème lui-même.  Malgré tout, on peut utiliser toute la répression que l’on veut, nier l’évidence ne la fera pas disparaître…

Réaction sur le sondage bidon CROP/La Presse au sujet de l’intégrisme religieux

21 Fév

Bidon ! Bidon ! Bidon !

Je m’excuse, mais le sondage envoyé miraculeusement aux lecteurs de La Presse, en pleine crise de confiance envers le gouvernement Couillard à l’aube du « Printemps 2015 » est d’une malhonnêteté tellement crasse que je ne peux pas m’empêcher de réagir.

Comme je vous le dis bidon !

Premièrement les affirmations sont tellement floues et biaisées, que les sondés ne peuvent que se diriger dans le sens indiqué par le sondeur.  Ça pue la manipulation à plein nez.

L’article commence assez bien merci, en nous annonçant que 2 Québécois sur 3, s’inquiètent de la possibilité que l’intégrisme religieux puisse menacer « la sécurité du Québec »…

Ça indique quoi ça, rien ! Je vous dis, absolument rien ! C’est totalement flou.   Vous auriez le même genre de résultats si je vous disais : dans l’éventualité que Godzilla puisse potentiellement détruire Montréal, seriez-vous inquiets que Godzilla détruise Montréal…

Godzilla VS. The Smog Monster

Ben oui, criss tu serais inquiet !

Ensuite on apprend que 85 % des Québécois s’inquiètent du refus de certains immigrants d’adopter les valeurs canadiennes et québécoises…

Encore une fois totalement subjectif !  Flou et n’ayant aucune valeur !

Ici « certains immigrants » est un groupe indéfini, quasi-imaginaire, une vue de l’esprit, n’étant conceptualisé que par la personne qui répond au sondage, sur quelque chose de tout aussi indéfini et individualisé « les valeurs québécoises et canadiennes ». Il y a 8 000 000 de Québécois et Québécoises au Québec et je peux avancer qu’on aurait 8 000 000 de versions différentes sur ce que sont les « valeurs québécoises ».. En fait 85 % des Québécois sont inquiets que des gens qu’ils inventent dans leur imagination attaquent des valeurs qui ne sont même pas les mêmes que leurs voisins… Il aurait été plus judicieux de nommer les groupes et les valeurs explicitement.

Il faut aussi parler de la notion encore très floue de « Certains immigrants ».  Qui sont ces « certains immigrants » et combien sont-ils ? Moi, je pourrais affirmer que 12 musulmans extrémistes sont probablement en train de fomenter un complot quelconque contre le Québec, mais je peux sûrement trouver 12 Italiens, 12 Asiatiques, 12 Mexicains et sûrement une belle collection de Français du Plateau tout aussi dangereux, mais que dire des douzaines de sympathisants nazis oeuvrant dans des confréries de « Québécois de souche » en tout genre ?

On nous parle alors de guerre de valeurs… ben oui, il y a une « Guerre de valeurs » au Québec ! Grosse affaire ! Heille yo bonhomme, ce n’est pas un problème, l’gros, c’est un processus sociologique totalement normal à toute société d’accueil comme la nôtre… On pourrait avoir fait le même sondage en 1915, en 1875 ou en 1985, que les résultats auraient probablement été les mêmes.  Pour la crise identitaire, on repassera !

Pour vous prouver que ce n’est pas nouveau qu’on a peur de « certains immigrants » qui s’attaquent à nos valeurs. voici des exemples du passé :

« l’invasion » irlandaise :

Ganges1876KlantreeromeScientific_racism_irish

Punch_Anti-Irish_propaganda_(1882)_Irish_Frankenstein

 

Ou bien le fameux, « péril jaune » :

Mongolian_octopus YellowTerror

 

Mais revenons à notre article…

Ensuite on nous indique que 79 % des Québécois sont inquiets que des actes terroristes soient commis sur le territoire.  Wow ! Grosse découverte ! C’est sûr que les gens sont inquiets que des choses inquiétantes surviennent… La question adéquate à poser aurait été de demander si les Québécois trouvent cette menace probable et dans quelle mesure ces attentats pourraient subvenir au Québec ? Ou encore, si ces menaces ont transformé les habitudes quotidiennes des Québécoises et Québécois… parce que, si ça ne change absolument rien dans ta vie, ce n’est pas vraiment une menace…

Et ensuite, on nous dit que 79 % sont aussi inquiets que des jeunes soient convertis pour en faire des combattants à l’étranger… Bon, franchement… Je veux dire dans l’histoire, le jugement des plus vieux sur les choix des plus jeunes a toujours été super adéquat au possible…genre… super exact et aucunement à côté de la track… Dois-je vous rappeler le Rock n’ Roll, les Mothers against Kiss, ou les conservateurs outragés contre N.W.A ou Ozzy Osbourne… que dire des délires contre la girafe cancérigène ou les imbéciles de haut-niveau qui refusent de faire vacciner leurs enfants.

Bon je commence à dépomper contre ce sondage et cet article merdiques… Mais je crois ce qu’il faut comprendre dans tout cela, est que l’inquiétude ne pousse pas à des politiques publiques adéquates.  Dans ces temps incertains, le choix politique qui s’offre à nous reste toujours entre voter pour ceux qui nous disent d’écouter nos peurs ou ceux qui nous invitent « à n’avoir peur que de la peur elle-même ».

P-S : Pour ceux qui veulent lire l’article ou se torcher avec

http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201502/21/01-4846182-lintegrisme-religieux-suscite-lapprehension.php

Extrait : la télévision, les réseaux sociaux et la démocratie

23 Juil

J’ai terminé la rédaction de mon interminable ouvrage sur le printemps érable.  160 pages à temps perdu et sans l’aide d’aucune subvention (Mes taxes ! Mes taxes !) …

La deuxième partie devrait arriver bientôt, une révision et c’est fini…

entre-temps je publie un extrait (bonne lecture) :

 

L’importance des médias dans la construction identitaire

Si tout type d’échange entre individus est nécessaire à l’exercice réel de nos droits fondamentaux et la construction de nos identités, alors tout moyen de communication est d’une importance capitale dans une société. Sortir les moyens de communication d’une analyse identitaire, c’est faire abstraction du processus décisionnel, de la mécanique sociale faisant en sorte que les valeurs et idées viennent à s’imposer.  Les moyens de communications créent un espace de délibération entre les citoyens (où certains sont plus égaux que d’autres), les idées circulant et forgeant l’opinion publique.  La deuxième moitié de vingtième siècle a vu apparaître l’imposition d’un nouveau média, la télévision, qui transformera profondément nos vies, propulsant l’image aux plus hauts sommets.  L’augmentation des chaînes a diminué le message officiel de l’Élite bien-pensante pour faire place à un vacarme, qui malgré sa grande dissonance, chantait les louanges de l’individualisme néolibéral. Celui-ci prétend l’idée que les Élites culturelles et politiques sont corrompues, que seulement vous seul pouvez déterminer ce que vous voulez, que l’État gaspille continuellement de l’argent et que tous ceux qui sont à gauche sont des profiteurs du système.  Les entrepreneurs sont toujours bons, car ils ne font que répondre automatiquement aux demandes des consommateurs; le Marché étant le seul juge entre le bien et le mal dans nos sociétés.  Les grands projets constitutionnels s’en sont trouvés affaiblis, non seulement pour leurs échecs, mais aussi par la désaffection de la population pour les Élites causés par l’insertion du message néolibéral.

Cependant, comme on peut le constater les Réseaux sociaux prennent dorénavant leur place, faisant désormais compétition à la télévision comme un espace délibératif de première importance. Le combat entre la télévision et les réseaux sociaux, créé alors deux communautés politiques bien différentes, rendant plus ardue la « délibération nationale » sur des enjeux de société (comme ont pu l’être les droits de scolarité ou la Charte des valeurs), car leurs « points de repère » ne sont pas mêmes.

 

Les deux démocraties

La prédominance de l’un ou de l’autre moyen de communication, va changer la façon dont se forme l’opinion publique.  Dans un monde où la télévision prédominait, le citoyen est passif et reçoit l’information sans la demander au préalable.  Malgré la multiplication des chaînes, le choix comparé à l’internet est extrêmement limité.  Non seulement l’information est infinie sur internet, mais le citoyen peut trouver exactement ce qu’il veut et donc, s’associer avec un nombre significatif d’individus qui pensent comme lui.  Avec Internet, il n’y a plus de standardisation des idées, l’idéologie officielle a ainsi plus de difficulté à pénétrer les esprits.  L’internet produit en quelque sorte, des tribus idéologiques.

Ce qui fera en sorte que le processus de construction identitaire est différent  d’une société dominée par la télévision et comparativement à une autre dominée par internet.  Dans une société dominée par la télévision, le citoyen étant passif reçoit les normes et les codes sociaux, c’est-à-dire ce qui est acceptable, sans trop se poser de question.  Les relations familiales, de travail ou entre groupes ethniques sont représentées sous un angle prédéterminé au petit écran. Le téléspectateur s’identifiant à ce qu’il voit, en vient alors à être rassuré dans ces comportements sociaux.  Donc, la télévision en vient à être un instrument de contrôle social.  Cela peut paraître horrible à première vue, mais les émissions de télévisions ont fait beaucoup pour sensibiliser les gens contre la violence conjugale, le sexisme, le racisme et l’homophobie.  Cependant, il ne faut pas que la télévision ne « dérange trop », car sinon peu de gens la regarderont.  La façon de présenter les homosexuels ou les noirs, il y a 30 ou 40 ans dans les émissions peuvent sembler ridicules aujourd’hui, mais il faut savoir qu’à cette époque, c’était tout de même progressiste.  Même si la place des minorités n’était pas équivalente à celle de la majorité, leur situation s’améliorait petit à petit.

Avec la télévision, l’individu est en quelque sorte libre, car il n’est plus nécessairement gérer par son entourage, sa famille, son village, etc.  Il peut voir qu’un autre monde existe, que l’on peut être différent et avoir d’autres idées.  Cependant, avec la télévision, la différence est tout aussi standardisée que ce qui est conforme.  On permet l’individualisme, mais dans un cadre bien établis.  Donc on accepte la différence, mais jusqu’à un certain point, ce que la Majorité est prête à accepter.  Il faut comprendre qu’une société démocratique est permissive comme la nôtre intègre tout de même énormément plus qu’une société où la liberté de parole et de Presse est très limitée.

Une société dominée par la télévision donne à ce qu’on pourrait appeler un « Nous individualiste », l’individu existe, mais en fonction de cadres préétablis.  Tu peux faire partie du groupe, mais en fonction de critères acceptés par le groupe.  L’individu est libre, mais il n’a pas beaucoup d’influence sur les critères identitaires.  Si la télévision rend la nation plus inclusive, c’est la Majorité qui dicte en quelque sorte les espaces de libertés de chacun.   Dans ce type de société, l’individu a le choix d’être ce qu’il veut, mais on peut dire que les options sont déterminées par le groupe.

Il en est tout autrement dans une société dominée par Internet.  Dans celle-ci, les individus contribuent « librement » au contenu d’information diffusé.  Le citoyen est actif et peut vivre, s’il le désire, sans l’influence de la Majorité.  Auparavant, les minorités se faisaient imposer les limites par le groupe, avec internet et les réseaux sociaux, c’est la minorité qui indique ses aspects identitaires à la Majorité, pouvant dévoiler tous les aspects de sa vie, et ce, même si la Majorité n’est pas prête à l’accepter.  Cela donne toutefois une nouvelle force aux intégristes, aux fondamentalistes et aux radicaux qui se retrouvent moins seuls.  Par internet, les messages haineux finissent malheureusement par trouver un auditoire.  Toutefois, des problèmes de société souvent marginalisés peuvent prendre le devant de la scène, des causes moins « tendances » ou plus controversées peuvent s’organiser.  La mobilisation n’a plus besoin du « filtre social » national pour exister et les citoyens peuvent s’informer sur les questions qui les intéressent vraiment.  Cela fait en sorte que certaines questions prennent plus de poids dans la société et certaines personnes démonisées par les médias traditionnels viennent à avoir une certaine tribune pour se défendre.  Pour ou contre, bien ou mal, sur internet le message unique n’existe (pratiquement) pas.

Dans ce monde, le processus de construction identitaire s’apparente à un « Je collectif ».  c’est-à-dire que l’individu construit ou choisi son identité et ensuite l’impose à la Société qui doit l’accepter tel quel.  C’est la Majorité qui doit ouvrir le plus possible les critères identitaires de la Nation, afin d’intégrer les personnes qui prétendent la constituer, comme l’est en quelque sorte un réseau social.  La Majorité n’est plus définie selon un groupe d’individus, mais le cadre dans lequel ces individus interagissent.  Celui-ci doit accepter et permettre la différence.  Le Québécois ordinaire n’est plus un individu concret, mais un modèle auquel les gens se réfèrent.  Avec le « Je collectif » on peut dire que l’on passe d’une majorité réelle à une Méta-Majorité.

Ces types de société vont entraîner ou être liées à deux façons de concevoir la démocratie; une positive et une autre négative, une qui écoute et une qui parle.  La démocratie négative en conçue en fonction de la protection des droits individuels, ou plutôt de la limitation du pouvoir.  On limite les pouvoirs des décideurs par des limites judiciaires, de la transparence et des élections.  La démocratie est alors une protection contre les envies despotiques d’un dirigeant.  L’opinion publique, dans une démocratie négative, se forme de haut en bas [top-down], c’est-à-dire que les citoyens ne sont pas la source des développements à l’opinion publique.  Celle-ci est influencée par l’État, des « empires » médiatiques, des syndicats, des groupes de pression qui expédient leurs messages par des canaux traditionnels (journaux, radio, télévision) en espérant que les citoyens vont adhérer tôt ou tard à leur point de vue.

La démocratie positive est conçue en fonction de l’expression du conflit politique.  La démocratie y est perçue comme étant un régime où l’on doit exprimer ses droits individuels pour qu’ils existent vraiment.  Les décisions des gouvernants doivent être l’expression de la volonté populaire et ils n’ont pas carte blanche entre deux élections.  L’opinion publique se forme de bas en haut [bottom-up].  Les citoyens y sont la source des développements de l’opinion publique. Les citoyens communiquent entre eux, surtout avec l’arrivée des réseaux sociaux, les décideurs et les groupes d’intérêts décident alors de suivre ou non les tendances.  Le but est alors de lancer des  mouvements que le plus de citoyens possible pourront adhérer.

Montréal n’est pas le berceau de cette nouvelle identité, car elle est supposément plus progressiste, mais plutôt parce qu’elle est hétérogène.  La pérennité du cadre culturel dans lequel s’expriment les droits universels est beaucoup plus menacée à Montréal, tant du côté francophone qu’anglophone que dans le reste du Québec.  Le besoin d’une spécificité pour se protéger de l’assimilation de l’Autre a eu comme effet de se protéger contre la culture générique néolibérale.  Tandis qu’ailleurs, elle a pénétré sans vraiment de heurts, tranquillement et insidieusement. Que le français perde du terrain sur l’Île de Montréal n’est pas perçu comme une catastrophe, car il faut tenir compte du changement sociologique dans la population à Montréal.  Ce que combat Montréal c’est l’identité générique néo-libérale.  On ne peut pas empêcher la Mondialisation, mais en « Région » la langue et la tradition suffisent, ce qui n’est pas le cas à Montréal qui doit intégrer la Mondialisation et la transformer en quelque chose de nouveau.

Il serait trop facile de diviser en deux le Québec, entre le Montréal « progressiste et ouvert » et les Régions « conservatrices et fermées », la réalité est complexe.  Si l’on tend à se diriger progressivement vers une division entre démocratie négative et démocratie positive, poussés par les transformations qui survient à Montréal, nous sommes en ce moment dans une phase transitoire qui ne mène pas forcément vers la Révolution socialiste, mais un nouveau système de construction identitaire, sur lequel repose le corps délibératif qu’est la nation.  Il y a à Montréal tout autant de conservateurs que dans le reste du Québec qui, lui, est plus vivant intellectuellement et culturellement qu’il n’y paraît.  L’Histoire ne se fait pas par des mouvements saccadés et ce que l’on construit aujourd’hui n’efface jamais totalement ce qui a été fait hier.  Ce que j’avance, c’est que s’est construite à Montréal plus qu’ailleurs au Québec une façon « de faire des Québécois », entraînant une nouvelle identité nationale, basée sur de nouvelles valeurs politiques.  Et finalement, c’est cette nouvelle façon de faire des Québécois, présentée par les carrés rouges durant le printemps Érable, qui va s’imposer.

La souveraineté : Business as usual

20 Mai

Voici un autre extrait, il s’agit du deuxième chapitre, de la deuxième partie de ma réflexion sur le printemps érable… et je crois que ça peut servir dans celle que doivent faire actuellement tous les souverainistes…

La souveraineté : Business as usual

Il y a une différence entre être pour la souveraineté et vouloir la faire.  C’est cette subtilité qui explique les soubresauts de l’adhésion à la souveraineté du Québec depuis la naissance du mouvement dans les années 60.  Peu de Québécois sont fondamentalement contre la Souveraineté du Québec, mais de là à la faire à court terme, il y a un pas…  Le résultat de l’élection de 2014 où le gouvernement Marois a fait plongé le PQ a un niveau historique le démontre bien, les souverainistes sont à la croisée des chemins.  Pourtant, ce n’est pas leur premier creux de vague, toutefois la crise semble plus profonde et le mal plus constant.  L’incapacité d’avoir fait rapidement le Québec un pays indépendant, a conduit l’idée de Souveraineté à être un outil politique comme les autres, alors qu’il devrait transcender les différences et unir les Québécois, tous les Québécois, autour d’un projet commun.  Si l’option souverainiste a atteint un creux historique, tout n’est pas sombre pour autant, alors qu’un nouveau projet de pays semble prendre sa place.

Désengagement de la droite

On raconte souvent que le référendum de 1995 a été propulsé par l’échec du Lac Meech.  Les fédéralistes les plus convaincus indiquent d’ailleurs que l’option souverainiste était moribonde à la suite du premier échec référendaire de 1980 et ce n’est que l’action de Bryan Mulroney qui lui a redonné des forces.  Je dois contredire cette lecture de l’histoire si populaire au Canada anglais.  Le premier échec référendaire est arrivé pour  deux raisons : 1) les Québécois étaient attachés au Canada, et même beaucoup plus qu’aujourd’hui; 2) la majeure partie des Québécois croyaient en votant « Non », voter en fait pour une refonte fondamentale des aménagements constitutionnels entre le Québec et le Canada, ainsi qu’une reconnaissance de la part de l’État fédéral du Québec comme étant une nation.  L’affront du rapatriement de la constitution de 1982 est une humiliation partagée par l’ensemble des Québécois et a contribué bien plus au renforcement de l’identité nationale que les politiques du gouvernement de René Lévesque.  Ce qu’a voulu faire le gouvernement conservateur de Mulroney par le « Beau risque », c’est beaucoup plus remplir une promesse qui n’a jamais été tenue par ses prédécesseurs libéraux, afin de rétablir l’honneur du Canada et l’enthousiasme des Québécois pour ce dernier.

 

L’échec du référendum de 1980 et l’arrivée des progressistes conservateurs à Ottawa ont fait traverser un contingent important de souverainistes de droite dans le parti de Bryan Mulroney.  Selon eux, on pouvait tout de même préserver l’identité québécoise par des réformes constitutionnelles et, de plus, détruire les politiques pancanadiennes et progressistes de Pierre Elliott Trudeau qui, toujours selon eux, menaçait la survie de la nation québécoise.

Désenclaver le Canada allait d’une part responsabiliser les entrepreneurs qu’on n’allait plus favoriser par des mesures protectionnistes, mais aussi les syndicats et les travailleurs qui ne pourraient plus « tenir en otage » les entreprises.  On passa alors d’un climat favorable aux emplois, à un climat favorable aux investissements.  Cette responsabilité allait également s’appliquer à l’État, en coupant et en restructurant la bureaucratie, en privatisant des entreprises nationalisées comme Air-Canada ou Pétro-Canada.  Si ce n’avait pas été du Québec, la politique de Libre-Échange aurait été beaucoup plus difficile à faire passer.  Au Québec, l’intégration continentale signifiait moins de pouvoir au Canada, donc plus de liberté pour le Québec.  Les échecs de Meech et Charlottetown n’ont pas eu l’effet de convaincre les Québécois de la nécessité de faire l’indépendance, mais que le Canada était désormais irréformable, dû en particulier aux règles d’amendements constitutionnels établies par Pierre Elliott Trudeau.  Ces échecs ont entraîné le retour des Libéraux au pouvoir au fédéral, avec une attitude beaucoup plus intransigeante envers le Québec, mais surtout la peur d’un gouvernement progressiste ayant des vues contraires aux intérêts de la nouvelle classe d’affaires du Québec inc.  Jean Chrétien et n’était-il pas contre la TPS et le libre-échange? Les conservateurs qui avaient également failli à leur mission de réduire la taille de l’État et ses dépenses, laissant les finances du gouvernement fédéral dans un état lamentable.  La droite canadienne était dorénavant séparée en deux, principalement sur la question nationale, par la création du Reform Party qui ne voulait rien savoir du Québec. C’est l’échec de cette stratégie qui a fait imploser la droite canadienne en une multitude de régionalismes où chacun protégeait son intérêt particulier.  À gauche, pas de problème, le NPD étant réduit, à cette époque, qu’à une inutile évocation folklorique…

À part le soubresaut extrêmement émotionnel suivant l’échec du Lac Meech, ceux qui vont ressusciter ou du moins redonner de la vivacité à l’option souverainiste, c’est la droite québécoise. Pourquoi ? Car ceux-ci avait une peur énorme de Jean Chrétien et qu’ils ne faisaient aucunement confiance à cet homme tant au plan économique que constitutionnel.  Le Lac Meech ainsi que le Libre-échange visaient à décentraliser l’État fédéral et enlever, tant au niveau politique que fiscal,  les entraves sur le chemin de la prospérité pour les entreprises canadiennes. Il ne faut pas oublier que c’est une frange du parti conservateur qui a fondé le Bloc Québécois, avec, c’est vrai, un petit groupe de libéraux proches de Robert Bourassa, dont le mythique Jean Lapierre.

La même chose s’est produite au Québec où des jeunes libéraux, guidés par Mario Dumont, ont quitté le Parti libéral du Québec de Robert Bourassa, car ce dernier ne voulait pas, selon eux, faire les gestes économiques et politiques nécessaires à assurer la plus grande autonomie possible au Québec. Afin d’y remédier, ils fondèrent peu après, l’Action démocratique du Québec, un parti clairement de droite.  Extrêmement déçus quant au projet de réforme de la fédération canadienne, ils allèrent momentanément rejoindre le camp souverainiste à la veille du référendum de 1995.  À ce moment, l’option souverainiste avait fait artificiellement renfort d’une masse de nouveaux partisans.

Pourquoi après avoir passé si près de faire un pays, la ferveur a-t-elle décrue ? Premièrement, les Libéraux fédéraux n’ont en aucun cas stoppé les politiques néolibérales, ils les ont même renforcées.  Ce ne serait pas faux, alors, d’évoquer que les libéraux ont acheté la confiance de l’Élite économique québécoise.  Lucien Bouchard, passant du Bloc Québécois au PQ suite à la démission de Jacques Parizeau, a lui aussi implanté un programme néolibéral, contenant de fortes coupures pour atteindre le déficit zéro.  On se retrouvait alors avec des partis supposément de centre gauche qui implantait simultanément sur les scènes fédérales et provinciales des politiques encore plus à droite que leurs prédécesseurs.  Voyant qu’il n’y avait plus péril en la demeure, les Québécois conservateurs ont laissé progressivement l’option souverainiste à elle-même. Depuis 1995, si le Canada survit encore, c’est parce qu’il est une union d’intérêts socio-économique.

Sans dire qu’ils ne croient pas à l’indépendance du Québec, certains s’en servent principalement comme une défense face aux politiques du gouvernement en place. Un gouvernement conservateur va faire entrer des progressistes dans le camp souverainiste, tandis que le contraire est tout aussi vrai, lorsque le Parti Libéral du Canada est au pouvoir.  La peur d’un gouvernement « progressiste » de Jean Chrétien avait poussé l’ADQ (composée d’anciens libéraux provinciaux le plus à droite) à adhérer au camp du Oui en 1995.

Division de la gauche

La Gauche québécoise a toujours, dans une certaine mesure, favorisé l’idée de la Souverainté du Québec.  Cependant, elle a toujours eu une certaine difficulté à bien intégrer les dimensions identitaires, c’est-à-dire la protection du français et la sauvegarde de l’identité québécoise.  Il faut dire qu’au début de la Révolution tranquille, les deux projets d’affirmation nationale étaient complémentaires : tant celui de gauche qui réclamait un rattrapage économique des Canadiens français, ainsi que de meilleures conditions de travail; que celui de droite, voulant freiner l’érosion des francophones en Amérique du Nord.  Cependant, ce projet n’a jamais eu comme but l’indépendance du Québec, mais plutôt l’affirmation politique, économique et culturelle des Québécois, sans tenir compte de l’agencement constitutionnel.

L’État providence était alors tout indiqué pour assurer la place qui revenait aux francophones.  Aussi, il faut comprendre que Montréal a vu arriver une immigration massive des campagnes du Québec depuis le début du siècle qui s’est accompagné, surtout après la Seconde Guerre mondiale, d’une légère amélioration de leur condition socio-économique.  Toutefois, ces Canadiens français devaient être en compétition avec des immigrants qui, par leur appropriation de la langue anglaise et la discrimination que subissaient les francophones, se retrouvaient avec de meilleurs emplois. Le français devait alors s’imposer comme langue de travail, afin que ceux-ci puisse occuper un emploi dans un environnement favorable à leur mobilité sociale et aussi atteindre les postes les plus convoités.

Pourtant avec les années, défendre les Québécois en est venu, pour certains, à assurer la domination d’un groupe sur les autres.  Une portion de la gauche entichée de multiculturalisme a alors commencé à questionner l’envie de leurs camarades d’imposer le français partout, sans exception.   La loi 101 et les politiques d’immigration ayant fait leur œuvre, les Québécois ont commencé à élargir leurs rangs aux « communautés culturelles ». Par la mixité sociale, les caractéristiques mêmes de l’identité nationale en sont venues à être transformées.  Malheureusement, le référendum de 1995 ayant été un échec, les « Québécois de souche » ne sont pas encore entièrement une majorité, et ne peuvent pas être contraints au même titre qu’une « vraie » majorité au sein d’une démocratie libérale entièrement indépendante.

Il faut comprendre que la gauche a grandement souffert des années Bouchard et dans une moindre mesure des années Landry.  Si les souverainistes de droite avaient été plus discrets envers les politiques sociales-démocrates du PQ dans les années soixante-dix, la gauche plus radicale allait se distancer assez rapidement à mesure que vont s’implanter des politiques de « responsabilité financière » très rudes pour le modèle québécois.  En fait, la droite souverainiste avait changé de théâtre dans les années 80, en se déplaçant sur la scène fédérale, tandis que la gauche rejoindra petit à petit les rangs de l’UFP. Cet embryon de Québec Solidaire, était principalement une réponse aux politiques de Lucien Bouchard.  Le NPD-Québec qui s’était désaffilié de son aile fédérale s’alliait à de multiples groupuscules socialistes et révolutionnaires, afin de contrer le néolibéralisme et la mondialisation.  Dès sa conception, la question nationale créait un malaise entre les « citoyens du monde » et les partisans d’une indépendance plus sociale.  Si l’UFP n’a jamais vraiment décollé, le mouvement altermondialiste prendra de l’ampleur, le discours de la résistance économique et de la désobéissance civile, s’enracinant fortement chez une bonne partie de la population.  On en vit la première apparition lors du Sommet de Québec dont le projet d’implanter la ZLÉA nous fit découvrir les premiers indignés québecois.  La droite pleure dorénavant d’effroi devant le pouvoir de « la Rue », mais si notre bon gouvernement fédéral n’avait pas eu la brillante idée de tenir ce Sommet dans la capitale nationale des Québécois, pour cause de relations publiques et de « présence canadienne », nous n’aurions peut-être jamais eu les Grèves étudiantes de 2005 et de 2012.  L’escalade du délire néolibéral ne pouvait que radicaliser et renforcer les rangs de la gauche et même de l’extrême gauche chez la jeunesse québécoise.  Si le PQ a semblé tenir le coup au début en affichant une façade sociale-démocrate qui privilégiant plus l’interventionnisme que les mesures sociales, les répercussions du déficit zéro viendrait par l’ébranler fortement.  Aussi, le modèle québécois allait être également critiqué par une partie de la gauche, avant tout comme étant au service des puissants et des nantis, auxquels le milieu communautaire étant plus près des citoyens se devait de pallier.

Plus les années ont passé, plus la déchirure en sein des souverainistes allait se consommer. Le « virage jeunesse » du Parti Québécois par la nomination au poste de chef d’André Boisclair avec une vision beaucoup plus à droite, au détriment de l’expérimentée Pauline Marois, n’allait guère améliorer la situation. La catastrophique troisième place du PQ, alors que le pouvoir était à porter de main en 2007, est un coup que ce dernier à encore peine à se relever.  Malgré la grogne envers le gouvernement Charest, dès le début de son mandat, la gauche n’a jamais pu, et ce, même avec l’élection de Pauline Marois en 2012, concentrer en elle le désir de changement des Québécois. Il est désormais dissout au travers des tendances qui parcourent le monde politique de la belle province.

Certains analystes prétendent désormais que nous sommes passés d’un  conflit entre fédéralistes et souverainistes, à un conflit gauche/droite plus conventionnel. Cette explication viendrait en premier lieu de la victoire-surprise du NPD aux élections fédérales de mai 2011, les Québécois rejetant l’idée de la souveraineté et décidant de réintégrer la fédération canadienne, en votant pour un parti fédéraliste. Il me semble que cette explication est trop simpliste.   Nonobstant la sympathie très catholique des Québécois pour Jack Layton, ceux-ci ont voté pour le NPD, pour la simple et bonne raison qu’ils les croyaient plus aptes à défendre le Québec face à Stephen Harper.

Il n’est pas dur de comprendre que Stephen Harper représente une telle menace aux Québécois, c’est sûrement la première pour la majorité d’entre nous.  Et en mai 2011, il semblait être une bonne idée d’intégrer un parti fédéraliste aux visées idéologiques aux antipodes d’un gouvernement paraissant aux Québécois comme réactionnaire, insensible et avant tout inculte.  Par ce geste, les Québécois ont fait le pari de la fédération canadienne les résultats se font malheureusement toujours attendre.

La Souveraineté comme mécanisme de défense

Que cela nous plaise ou non, chacune des formations politiques au Québec croit travailler pour le Bien commun. Leur distinction se base non pas sur une position idéologique assumée, mais plus tôt à l’éradication d’une menace qu’elles considèrent plus importante que les autres.  Preuve que le nationalisme canadien prend moins de place dans la population québécoise, chacun de ses partis se penche plutôt à secourir la population d’un mal menaçant, avant tout, le Québec. Depuis un certain temps, le Québec s’est replié sur lui-même pour s’attaquer uniquement à des problèmes qui ne regarde que lui.  Il est vrai que dans le désir d’accéder au monde, on n’a pu délaisser certaines questions, mais celles-ci semblent dorénavant prendre toute la place.

Si le Parti Québécois a depuis longtemps combattu Ottawa, il a principalement concentré ses attaques envers le gouvernement Charest dont la mauvaise gouvernance s’est avérée désastreuse tant au plan financier que social. Le parti de Pauline Marois a ensuite continué de combattre tout ce qui ne peut renforcer l’identité québécoise, mais ce combat tendait à rendre une bonne partie de la population septique, surtout les jeunes.  De plus, le PQ a eu de la difficulté à nommer clairement cette menace, soit parce qu’elle n’existe plus ou qu’elle n’existe tout simplement pas.

Auparavant, le Parti Québécois avait su maintenir comme étant une force viable en amalgamant des politiques sociales-démocrates à des politiques identitaires musclées.  Le PQ était, avant tout, une coalition de souverainistes de toutes tendances et ces mesures étaient aussi complémentaires, car elles permettaient de faciliter le rattrapage socio-économique des Canadiens français au Québec.

Dans les milieux de droite comme de gauche, on réclame à des degrés divers un désengagement de l’État dans le domaine de la lutte identitaire, où le renforcement de la loi 101 et une Charte de la Laïcité est vue d’un mauvais œil.

À l’élection de 2012, le PLQ a délaissé là où ils avaient lamentablement échoué, pour se porter comme les gardiens de la Loi et l’Ordre, contre les menaces anarchistes et révolutionnaires de tout acabit qui portent le carré rouge avec Pauline Marois, afin d’instaurer un terrifiant régime de « la Rue et des Référendums ».  En 2014, il a adoucit sa tactique en effrayant les fédéralistes en mettant l’accent sur la peur d’un référendum, dernier refuge d’une bande de malfrats qui ne veulent en aucun cas, laisser les leviers de commande ou du moins les partager pour l’intérêt général.

Pour la CAQ, la menace est plutôt les syndicats, la bureaucratie et les « groupes d’intérêts ».  Ils reprennent enfin la même chanson que Charest en 2003, où « faire le ménage », remplace la réingénierie de l’État.  En 2014, la CAQ a comme les libéraux, adoucit son message afin de profiter des déboires du PQ qui n’a fait que se battre lui-même lors de la campagne électorale.  Perdant une grande partie de ses électeurs fédéralistes, il a reçu un bon contingent de « souverainiste mous » qu’ils préféreraient la Charte sans référendum.

Pour Québec solidaire, la menace est avant tout le capitalisme. Tout de moins ses dérives, mais également les dérives identitaires des partisans d’une droite plus ethnique.  La menace n’est pas comme au PQ, politique et culturelle, mais plutôt économique et idéologique.  Ici tout compromis aux idées de la droite ne peut qu’affaiblir le Québec.  S’aventurer au Centre, comme le fait souvent le PQ, est donc à proscrire.  En 2014, Québec Solidaire a également reçu les offrandes de l’incompétence stratégique du PQ.  Pourtant, la croissance de cette formation de gauche est constante, mais très lente.  Si la population apprécie l’esprit de Québec solidaire, il ne semble pas le prendre très au sérieux.

Si Option nationale peut s’attaquer aux mêmes cibles que le PQ et QS, la raison de son existence est toutefois autre. Elle est due pour les partisans d’ON à une attitude de la part de l’establishment du PQ, étant un manque de vigueur et de volonté pour faire la Souveraineté. Ceci nous amène à un autre aspect du problème, expliquant encore mieux cette étrange division de l’Option souverainiste au Québec.

Lutte pour le pouvoir

Auparavant, on attaquait la Souveraineté du Québec en présageant qu’elle était infaisable, et si elle était faisable, elle serait une catastrophe au niveau économique, politique et social.  Le Québec avait supposément trop besoin du Canada et de ses transferts pour survivre et que le Québec serait alors relégué au statut de république de bananes.  Pourtant, cet argument est de moins en moins utilisé, il a même été réfuté par Jean Charest.  En réalité, la souveraineté ne serait pas aussi néfaste que bien des leaders fédéralistes ont pu laisser entendre ces dernières années.

Les libéraux ne vont plus attaquer l’idée de Souveraineté, mais agité la menace d’un Référendum.  Ils ont passé ces dernières années du rationnel à l’irrationnel, car bon nombre de leurs électeurs, les « Référendums » constituent un grand traumatisme, synonyme de « chicane de famille ».  Pourtant, les débats politiques musclés peuvent être bénéfique dans une société et aucune violence grave n’a été constatée lors des deux référendums sur la Souveraineté.  J’aimerais ajouter que les grandes crises sociales dans l’histoire du Québec moderne (crise d’octobre, crise d’Oka et Printemps Érable) sont toutes survenues sous des gouvernements libéraux.

Toutefois, les souverainistes peuvent également nuire à leur propre projet.  Autrefois, on se servait de la souveraineté afin d’affaiblir un ennemi politique, la gauche ou la droite prétextant que le gouvernement fédéral était une menace au projet idéologique. Les partisans de ce souverainisme circonstanciel est perceptible dans le langage commun, comme étant des « souverainistes mous ». Aujourd’hui on peut apercevoir un autre phénomène, où le degré de souveraineté différencie les formations politiques avec sensiblement le même but : la social-démocratie et l’indépendance nationale.  La souveraineté n’est pas ici un projet commun, mais un point comme les autres, que les partis prennent pour se distinguer.  Si elle était si importante, leurs partisans s’uniraient afin d’établir une stratégie commune pour y accéder.  Aujourd’hui, la quête personnelle du pouvoir semble plus importante que le rêve de tout un peuple.  Ce n’est pas parce que la Souveraineté est faible que les souverainistes sont divisés, mais plutôt parce qu’ils sont divisés qu’elle est faible.

La souveraineté est devenue un prétexte à un jeu de pouvoir, les plus radicaux des mesures sociales et de l’indépendance s’organisant en formation politique, afin de mieux influencer le débat public.  Le plus grand obstacle à la souveraineté n’est pas sa faisabilité ou l’incertitude, mais plutôt la peur de donner un pays à une Majorité qui a des vues contraires aux nôtres. Nous ne sommes pas éloignés de la souveraineté.  Au contraire, ne nous en sommes jamais été aussi près, mais la teneur des fondements de cette future nation indépendante semble plus nous diviser, plus qu’elle nous unis.  Nous sommes rendus à un point où les souverainistes ont peur d’autres souverainistes.

La limite de toute intransigeance, si vertueuse soit-elle, est l’exercice du pouvoir.  Imposer sa vision sans tenir compte de la réalité du terrain, équivaut à rejeter le politique.  Et rejeter le politique est, malheureusement, rejeter toutes les forces sociales qui constituent une nation.  Il faut comprendre qu’on ne peut avoir raison, mais on peut convaincre les autres qu’ils ont torts.

Si on veut la faire, vraiment la faire, il va falloir que tous les souverainistes s’unissent d’une façon ou d’une autre pour mener ce projet à terme.  Si cela n’a plus d’importance à vos yeux, arrêtez d’en parler au lieu de trouver des divergences faussement irréconciliables dans des stratégies qui n’auront jamais lieu.

Québec Solidaire sont les premiers divergents du mouvement, plus précisément les premiers à s’organiser de façon convenable.  Ce parti est avant tout un parti de gauche et il a recueillie dans ses rangs des militants de gauche d’abord qui sont souvent souverainistes seulement qu’en second lieu.  Même si l’option souverainiste a causé un malaise lors de leur acte de fondation (plutôt leur changement de nom), les plus progressistes avaient tout de même décidé de conserver le combat pour l’indépendance dans leurs objectifs.  Pour QS, la souveraineté du Québec est un prétexte pour la survie interne du parti.  Françoise David n’avait-elle pas déclaré ne pas voir d’un mauvais œil le fait d’avoir comme membres des fédéralistes ou des indépendantistes très mous?  Le malaise constitutionnel de QS a été, en quelque sorte, tranché par les carrés rouges.  La jeunesse remplie d’espoir et n’ayant pas été contaminée par les idéologues marxistes, ont apporté l’élan identitaire du Printemps Érable et pousser tous ces anciens abstentionnistes à prendre une position plus soutenue en faveur de la Souveraineté du Québec.

Ce mode de survie est tout aussi présent au Parti Québécois, qui a fait voter en 2011 une série de mesures dans le seul but de sauvegarder l’unité d’un parti en pleine implosion au moment où ses appuis atteignaient un maigre 17 %.   Devant l’impossibilité de réussir  à gagner un référendum et ne voulant perdre l’alternance du pouvoir au profit de l’équipe de l’ancien « plus souverainiste des souverainistes », François Legault; le PQ a décidé d’un programme plus près de sa base militante, comprenant des politiques plus dures au niveau de l’identité et certaines mesures sociale-démocrates.

Exercice de survie dû en grande partie aux défections des purs et durs.  C’est avant tout la formation d’Option Nationale qui fait le plus mal au PQ en 2012, non à cause des aux idées « révolutionnaires » de leur charismatique chef, mais par une ponction assez grande de la base militante qui composait en quelque sorte la « machine électorale » du PQ. Il faut se rappeler que le but originel de ce parti était de déstabiliser Pauline Marois et son équipe, afin de mettre un chef plus réceptif aux vues de cette faction indépendantiste.  L’excuse était de ne faire aucun compromis sur la Souveraineté, mais le vrai but était la lutte interne pour le pouvoir.  Le seul et unique but d’ON était de nuire au PQ, même si les idées et les talents de certains candidats ont surpris les observateurs, la majorité des Québécois se demande encore à quoi sert cette formation politique.  Sa popularité fut plutôt concentrée dans les milieux d’initiés et a toujours du mal à se réaliser sur le terrain.

Maintenant, les partis souverainistes dépensent plus d’énergie à se définir les uns face aux autres avec des projets de souveraineté différents, que ce se distinguer du fédéralisme et du gouvernement canadien.  On en vient à oublier que l’actuel gouvernement à Ottawa est celui qui a le moins tenu compte du Québec. La lutte de pouvoir au sein du mouvement souverainiste est désormais plus importante que le combat pour l’indépendance.  C’est triste parce que pour « l’électeur québécois moyen », c’est du pareil au même.  Leurs adversaires les détestent de façon équivalente, le degré de progressisme ou de souverainisme importe peu.  Que l’on en met qu’une infime couche, pour les fédéralistes et le R.O.C., c’est trop!

C’est sûrement désolant pour tout le monde, mais tant et aussi longtemps que le Québec est dans le Canada et qu’il y aura des Québécois qui voudront quitter ce dernier, il faudra que les différentes tendances de la grande famille souverainiste s’entendent d’une manière ou d’une autre. Après, cela indique conséquemment des compromis de chacun, mais ce n’est qu’une nécessité dans la mesure où l’indépendance nationale est de première importance.  Sinon, la lutte pour le pouvoir peut continuer comme si de rien n’était…

Renier l’évidence

Même si cela n’était pas le but premier des carrés rouges, la question est tout de même intrinsèque au mouvement, c’est-à-dire qu’il propose l’établissement d’un pays clairement à l’encontre des façons de faire traditionnellement convenues.

À forcer la main de Québec Solidaire à démontrer sa foi souverainiste, où il était ironique des grands partisans de l’abstentionnisme de 1980, sont déclarés devant tous leur attachement indéfectible par l’indépendance alors que dans leur stratégie, ils veulent remettre l’odieux de l’initiative au peuple pour s’en laver les mains.  C’est aussi ce qui a fait pencher Option nationale pour la gratuité scolaire, voyant que les jeunes indépendantistes les plus convaincus proviendraient des carrés rouges.  En fait, tous les partis souverainistes ont voulu faire le plein de carrés rouges, car la grande majorité de ceux-ci étaient pour l’indépendance.

Le Parti Québécois était favorable aux éléments politiques du Printemps Érable, mais pas à ces éléments idéologiques et identitaires.  Ils ont établis des politiques publiques le plus loin qu’ils leurs étaient acceptables et ont essayés par la suite tenté de contenir ce mouvement que dans à une dimension comptable, comme si tout ce vacarme se résumait qu’à une question d’administration publique.

Le PQ a voulu mettre tout ça sous le tapis, et ainsi faire oublier le grand « tonnerre révolutionnaire ».  On a voulu faire diversion de tout le requestionement du système en place survenu lors du Printemps Érable, en proposant une Charte des Valeurs.  Celle-ci avait la double fonction d’éviter la remise en question de la nécesssité de faire la Souverainté du Québec et mettait en second plan les problèmes structurels de l’économie québécoise.  Tant pour les problèmes sociaux, économiques, fiscaux et constitutionnels la Charte des valeurs donnait au PQ ce qu’il avait le plus besoin : du temps.  Du temps, pourquoi ? Pour amortir le choc révolutionnaire qui poussait vers un projet de pays axé avant tout sut la justice sociale, pour ensuite redéfinir le PQ comme le parti de l’identité et ainsi refaire sa base d’électeurs à droite.

Peu de gens l’ont perçu, mais le Printemps Érable est un acte de fondation d’un nouveau « paradigme identitaire », mais non pour imposer une liberté de marché, mais une identité nous préservant d’une culture générique, servant avant tout à nous faire consommer des « produits culturels ». L’éveil d’un nouveau souverainisme qui tend à forcer la main aux souverainistes et aux progressistes.  Rejeter ce nouveau projet de souveraineté, c’est rejeter la possibilité de faire un jour l’indépendance du Québec.

Nos amis les Anglos

11 Mai

Pour certains, les Anglophones au Québec réfèrent encore aux « maudits Anglais », aux Patrons, à la majorité qui humilie les Canadiens français.  Mais malgré certains événements, on est loin du temps où il fallait faire des coups d’éclats seulement pour avoir un Menu en français…  Le Québec s’est modernisé, les francophones ont pris leur place, une « mise à jour » est désormais nécessaire concernant l’image qu’on les Québécois sur sa minorité anglophone.

 

C’est pour cela que je vous ai laissé certains éléments de consultation.  Ce sont des opinions, donc il faut les prendre avec un grain de sel, mais elles constituent tout de même un bon portrait de la réalité vécue par les anglophones. En fait, pour mieux savoir comment un anglophone perçoit sa réalité à l’intérieur du Québec.

 

Je vous invite à ce sujet à lire l’Article suivant : Five Myths about Quebec anglophones

et aussi à regarder les reportages vidéos suivants produits par la chaîne Global, ça date de 2012, mais je crois que ça éclaire tout de même sur la situation actuelle :

1. Us and Them

2. What’s in a name

3. Families Divided

4. Why we stay

 

Aussi pour vous donner un aperçu de « l’Anglophone de demain » et de ses aspirations politiques : Hi, my name is Brendan and I’m a political orphan