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Post-vérité : la peur comme besoin

9 Avr

Dans ma réflexion sur le printemps Érable, j’ai sous-estimé la capacité des plus vieilles générations de se servir des nouveaux outils de communications. Cependant, on peut remarquer qu’ils n’utilisent pas les réseaux sociaux comme l’ont fait les carrés rouges, par exemple.

Le capitalisme est malin, sa capacité d’adaptation est une de ses plus grandes forces.  Des entreprises ont vu là un outil de manipulation des masses (l’expression semble un peu forte, mais c’est exactement ça) et en ont profité. Le Brexit et l’élection de Donald Trump ont changé la donne au niveau stratégique avec l’utilisation des Fake News.

La communauté participative

Auparavant, la communauté politique était une communauté d’échange où les relations « économiques » prévalaient. Les électeurs votaient ou militaient pour le parti qui répondaient le plus adéquatement à leurs besoins, habituellement d’ordre matériel. L’information était contrôlé par des institutions, tels les partis politiques, les Médias, les communautés religieuses, les syndicats, qui exerceraient une autorité sur les individus. En bref, on offrait un choix aux électeurs qui décidaient au mieux de leur connaissance, souvent influencés par les rapports de force au sein de leur milieu social.  Les individus composaient des blocs assez homogènes et stables au niveau de leur nombre, rendant la joute politique assez prévisible.

Aujourd’hui la communauté politique est participative. Tout le monde est désormais producteur de contenus, qu’ils soient d’ordre économique, politique, médiatique… Et ces nouvelles structures amènent de nouvelles normes «sociales».

Cependant, cette production de contenu ne se fait pas dans le monde «réel», mais dans un espace virtuel, les réseaux sociaux, dans une communauté parallèle à l’ancienne communauté d’échange qui n’a pas encore été totalement remplacée.

Si dans la réalité la diversité n’a pas encore été pleinement acceptée il en est tout autre dans le monde virtuel, où tout le monde peut produire de l’information, des produits culturels, de l’opinion et trouver d’autres individus qui vont l’accepter pour la diffuser à son tour, créant ainsi une nouvelle communauté « virtuelle ».  Évidemment, une telle façon de faire va entraîner une diversité et une multiplication des reconnaissances dans ce Nouveau Monde virtuel…

Entre autres mots, la diversité entraine une obligation d’une reconnaissance.  Par contre, la diversification des communautés ne signifie pas pour autant que celles-ci sont ouvertes et amèneront plus de tolérance au sein de la société.

Tu agis dans une communauté ouverte, tant et aussi longtemps que tu participes et que tu n’empêches personne de participer… Soustraire des individus à la participation, dans une «communauté participative», c’est inéluctablement pousser cette communauté à vouer un culte au mensonge.

Nécessité d’échanger dans un climat sain

C’est quelque chose que la plupart des universitaires comprennent, nous formons une communauté de recherche.  La critique, le débat, la démonstration que l’on fait a tort fait avancer le groupe.  Dans une telle dynamique , il y a une différence entre le chercheur et la personne.  On peut louanger les recherches de quelqu’un que l’on déteste, et d’un autre côté fortement critiquer les conclusions de notre meilleur ami, car on doit se concentrer uniquement sur «l’oeuvre».  En bref, on tire sur le message, pas sur le messager.

La plupart du temps, on ne débat pas sur les réseaux sociaux avec la société dans son ensemble, mais plutôt dans un groupe composé de gens partageant essentiellement les mêmes valeurs que nous, où la surenchère fait avancer les idées les plus radicales, poussant à délaisser le rationnel au profit des émotions.

On peut être en désaccord avec des idées, on peut même haïr certaines d’entre elles, mais il ne faut pas pour autant tenir des propos haineux ou agir violemment envers ceux qui les proposent. Ce n’est pas parce qu’une personne écrit quelque chose avec quoi nous sommes en désaccord ou qui nous heurte violemment, que tout son matériel est non pertinent ou qu’elle est une folle enragée…

Nous sommes sur les réseaux sociaux un avatar, un personnage public. Pour que le débat reste sain, les gens doivent savoir sur nous seulement ce qui est pertinent au débat dans lequel on s’inscrit.

Sauf que les gens d’extrême-droite n’agissent pas comme ça… Ils forment une communauté d’émotions; ils sont fans de haine, comme des jeunes filles sont fans de Taylor Swift (malgré que les suprémacistes blancs sont aussi d’avides fans de Taylor Swift… pour une raison qui me dépasse). Ils agissent de façon anonyme en tant que trolls, ne distinguant aucunement la sphère publique de la sphère privée, par l’acharnement et l’intimidation.

Le vrai coupable

Auparavant, les individus étaient disciplinés par les structures sociopolitiques. Dans les démocraties libérales, les discours haineux étaient découragés par l’État, les médias ainsi que par les Élites.  Les individus étaient foncièrement passifs, même dans la révolte le message provenait d’une entité extérieure. Ce genre de révolte peut être attribué aux «Radio poubelles» qui s’inscrivent dans un courant alternatif. Si elles pouvaient jeter des flots de haine et peuvent avoir été des précurseurs de la montée des mouvements d’extrême-droite actuels, elles ne sont que des entreprises commerciales, visant un style de vie de «white angry men» pour faire du profit.

Ce sont les réseaux sociaux qui ont façonné ces nouveaux groupes d’extrême-droite, de la même façon qu’ils ont créé les carrés rouges. Et ce qui est arrivé durant le printemps Érable, c’est une tentative d’imposition dans la réalité d’un projet né dans un espace virtuel.

Au-delà des propos démagogiques et des controverses médiatiques, tout va passablement bien au Québec, les changements qui doivent avoir lieu sont de l’ordre des ajustements. Par contre, lorsque tu t’es abreuvé quotidiennement de fausses nouvelles t’annonçant catastrophe sur catastrophe, tu veux voir cet état de fait dans la réalité. Et lorsqu’un candidat, comme Donald Trump, propose des actions radicales à des problèmes qui n’existent pas réellement, les gens qui y croient vont appuyer ces actions avec un enthousiasme démesuré.

Nous avons dorénavant un besoin toxique de certitude dans un monde qui se fragmente de plus en plus.  Cependant, la seule certitude qui a une réelle valeur n’est même pas certaine, car elle peut être remise en question par des faits vérifiables. S’abandonner à assemblage de faussetés même si cela nous réconforte n’est évidemment pas une solution.

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Le Québec en 2019…

19 Mai

2019 : le Québec indépendant est devenu une dictature autoritaire dirigée par une main de fer par PKP 1er illustre Empereur des Québécois… Le Journal La Presse est interdit, les syndicats sont abolis et tout le monde est obligé d’être abonné à TVA sports qui sans Nordiques, passe des concours de Big Foot, tandis que l’Impact est toujours à TVAsports 3… Julie Snyder à droit à tous les crédits d’impôts imaginables et Bernard Drainville est nommé Ambassadeur en Arabie Saoudite pour ses bons et loyaux services… Tous les ténors fédéralistes ont virés capot et ont pris leur carte du PQ, Denis Lévesque est nommé ministre des Finances, des Ressources Naturelles et de l’Environnement (anyway c’est la même affaire !)… Tous les intellectuels ont quitté le pays… anyway les gars à la Radio nous disent que penser ça sert à rien…

Lors d’un vox pop à la Chaîne Nationale Ici-Télé-TVA-Nouvelles Paul Laroque demande l’avis des passants sur la rue, sur la situation actuelle :

Une petite dame toute ridée réfléchit une seconde et répond candidement :
« C’est d’la marde, mais c’est moins pire que le service à la clientèle de Bell… »

sur ce, bonne journée ! 😉

Seuls les idiots réussissent l’impossible !

16 Avr

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Il y a des leçons à retenir dans l’Histoire, il y en a même trop que l’on ne retient pas.  Il y a aussi tant de batailles, des discours, des couronnements, mais également encore plus de tragédies…

Mais je crois que les meilleures leçons et la plus grande inspiration que j’ai eu dans ma vie, sont le produit de quatre jours complètement fous survenus lors de la finale de la ligue américaine de baseball de 2004.

Il est nécessaire ici pour que vous compreniez bien l’ampleur de l’événement de vous expliquer le contexte…

La malédiction du bambino

C’était sûrement la plus grande légende du sport, les Red Sox de Boston étaient avant les années 1920, la meilleure équipe du baseball professionnel, et possédaient dans leurs rangs un joueur des plus prometteurs un certain George Herman Ruth, surnomé affectueusement « The Babe » par les partisans.  Il était non seulement un des meilleurs lanceurs de l’époque, mais un frappeur exceptionnel.  L’avenir s’annonce radieux pour les Red Sox…

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Mais, voilà… l’équipe a désormais un nouveau propriétaire, un producteur de comédies musicales qui pense plus à avoir des succès sur Broadway que de présenter une équipe gagnante au Fenway Park.  Ce dernier se retrouve à court de liquidités pour son nouveau projet intitulé « No No Nanette » et flairant la bonne affaire, le propriétaire des Yankees, une vulgaire équipe d’expansion vivant dans l’ombre des Giants du mythique John McGraw, offre 100 000 $ pour le contrat de Ruth.

On connait la suite, les Yankees propulsés par les coups de circuits de Babe Ruth, collectionnent les championnats et gagnent leurs 4 premières Séries Mondiales.  Ruth rend les Yankees si populaires qu’ils se construisent leur propre stade dans le Bronx, the « House that Babe Ruth Built » qui verra les plus grands moments du baseball, tandis que les Red Sox eux finissent par croupir dans les bas fonds…

Avant Ruth, un joueur totalisant une vingtaine de circuits après une saison était perçu comme un exploit, Le « Babe » lui en frappait environ 40 par année, si ce n’est pas 50, il réussira 54 à sa première année avec les Yankees,  même 60 en 1927, un exploit inimaginable 10 ans plus tôt !

Le Bambino prend sa retraite, mais les Yankees ne s’arrêtent pas là, et c’est avec les Lou Gehrig, Joe Dimagio et Mickey Mantle qu’ils continuent leur domination du Baseball Majeur…

Petit à petit les Red Sox remonte la pente, et pointe une fois de temps en temps, le bout de leur nez en Série Mondiale, mais à chaque fois le destin s’abat sur eux, on parle alors de la malédiction du Bambino… une punition des Dieux du Baseball pour avoir commis le pire échange de l’histoire du Sport…

En 1946, ils accèdent aux Séries Mondiales, mais perdent en 7 match, après avoir mené 3-2 dans la série.

En 1967, ils perdent encore contre ces mêmes Cardinals après avoir forcé la tenue d’un 7e matchs.

En 1975, ils perdent encore en 7 matchs contre les Reds de Cincinnati, après avoir encore une fois forcé la tenue d’un 7e match, lors du plus grand match des Séries Mondiales Ever, alors que Carlton Fisk réussit un dramatique coup de circuit en 15e manche déviant la balle dans les airs, par la seule force son esprit…

En 1986, le drame ! Les Red Sox sont à un retrait de gagner la Série Mondiale, lorsque le malheureux Bill Buckner manque un léger roulant au premier but, les Mets de New York égalisent la marque, remportent le match, et l’emportent lors du 7e match (encore une fois)…

En plus de ces dramatiques défaites, une suite ininterrompue de malheurs et de mauvaises décisions, s’ajoutent à cette malédiction… Notons d’ailleurs la décision Red Sox de passer leur tour sur un certain Jackie Robinson, car ils ne voyaient pas en lui les habiletés nécessaires pour évoluer dans les Ligues Majeures.  Boston aurait été la première équipe intégrée de l’Histoire, elle finira malheureusement par être la dernière…

Espoirs brisés (encore une fois)

Au début des années 2000, les Red Sox, ont de nouveaux propriétaires qui entendent bien briser la malédiction du Bambino. Premièrement, ils ont de l’argent, beaucoup d’argent.  Deuxièmement, ils prennent la voie tracé par les A’s de Oakland et défient l’establishment du Baseball majeur en utilisant eux-aussi les statistiques avancés.  C’est d’ailleurs grâce à ces statistiques que les Red Sox décident de mettre sous contrats un certain David Ortiz…

Dorénavant, les Red Sox sont à forces égales avec les Yankees, mais malgré cela la malédiction semble encore faire effet.  En 2003, lors du 7e de la finale de la ligue américaine, les deux rivaux s’affrontent, les Red Sox ont l’avance et leur lanceur étoile, Pedro Martinez, tient les frappeurs des Yankees en échec.  Sauf que… Sauf que Pedro a envoyé plus de 100 lancers, et tout le monde sait qu’après 100 lancers,son efficacité chute… chute dramatiquement… mais malgré tout, le gérant des Red Sox décide de le garder au monticule, alors que les fans des Red Sox crient à leur téléviseur de le sortir de là… Comme de fait, les Yankees égalent la marque et on se retrouve en manches supplémentaires.  C’est finalement le pire frappeur des Yankees, Aaron Boone, qui ferme les livres en frappant un circuit en 11e manche, devant un Yankees Stadium en délire.  Il faudrait un miracle pour faire gagner les Red Sox…

Une série revanche en 2004

En 2004, les Red Sox reviennent à la Charge avec un nouvel entraîneur, Terry Francona (qui a déjà joué pour les Expos)… Les Red Sox ont aussi une nouvelle attitude, du moins elle est plus évidente… ils agissent comme des idiots… Ils ont les cheveux longs, porte la barbe, ont le chandail sorti de leur culotte, s’amusent à inventer des poignées de mains super sophistiqués dans l’abri des joueurs, gambadent et font des roulades durant l’échauffement… Après une saison tumultueuse, ils finissent par prendre la place de meilleur deuxième et se retrouvent encore une fois en finale de la ligue américaine contre les Yankees de New York. L’heure de la revanche à sonnée !

Ouais bien… Plus facile à dire qu’à faire, les Yankees remportent les trois premiers matchs de la série, dont le 3e avec une écrasante victoire de 18 à 9, les carottes sont cuites pour les Red Sox, aucune équipe dans la longue histoire du baseball majeur n’a pu revenir d’un déficit le 0-3 dans une série d’après saison…

Et puis…

« Bunch of idiots »

Avant le match 4 au Fenway Park, tout le monde croit à la victoire des Yankees, on espère seulement que les Red Sox éviteront l’humiliation de se faire balayer.  Malgré tout, les joueurs des Red Sox eux croient encore en leurs chances.  Un de leur joueur, déconne avec les journalistes et ses coéquipiers en répétant : « ne nous laissez pas gagner aujourd’hui, car le prochain on a Pedro, ensuite Schilling, et ensuite le match no 7, tout peut arriver… »

et il finit par lâcher une phrase qui résume à elle seule, toute l’histoire de cette Série :

…if a group of idiots can do it, it us !

En 9e manche, les Yankees mènent 4-3, les Red Sox sont au bâton à un retrait seulement de voir leur saison se terminer. Après que Kevin Millar est forcé un but sur balle, on le remplace par un coureur suppléant, Dave Roberts, qui aura la mission de voler le deuxième but, afin de se mettre en position de marquer.

Il y a encore de l’espoir… mais si Roberts se fait retirer dans sa tentative de vol de but, c’est en fini des Red Sox… inutile de vous dire que la tension est à son comble…

Après avoir égalisé, les Red Sox remporte le match sur un circuit de David Ortiz en 12e manche.  Le lendemain les Red Sox répètent leur exploit de la veille en l’emportant en 14e manche sur un double (encore une fois) de David Ortiz.  Au sixième match, les deux équipes retournent aux Yankees Stadium et Curt Schilling lance pour Boston, malgré une cheville bousillée que les médecins ont réussi à rafistoler avec un morceaux de cadavre ! Malgré tout, c’est dans la douleur qu’il retira les frappeurs des Yankees, sa chaussure baignant dans le sang…

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Il y aura alors un 7e match au Yankees Stadium ! Malgré le fait que le momentum semble dorénavant du côté des Red Sox, peu de gens prédissent que l’inconcevable va se produire, les Yankees sont sur leur terrain et la malédiction du bambino devrait encore une fois faire son oeuvre…

Les Red Sox, toutefois, déconcrissent les Yankees dans une victoire décisive de 10 à 3, notamment grâce aux deux circuits de Johnny Daemon (pratiquement invisible jusque là), dont un grand chelem.

Mais les Red Sox n’ont pas encore gagné la Série Mondiale et ils doivent affronter les puissants Cardinals de Saint-Louis, Champions de la Ligue Nationale, que bien des spécialistes considèrent favoris.

Finalement, la Série Mondiale ne sera qu’une formalité.  Les Red Sox les balayent en 4 matchs où Saint-Louis joua le rôle de figurant… après 86 ans d’attentes les Red Sox remporte enfin les grands honneurs et s’en est fini de la malédiction du bambino !

Tout est dans l’attitude…

Durant la Première Guerre Mondiale, Winston Churchill dû démissionner de son poste de ministre de la Marine, après sa désastreuse planification opération des Dardanelles et reçu alors un commandement sur le front.  Lorsqu’on le présenta à ses subalternes pour savoir ce qu’on entendait de lui, il demanda aux officiers de rire et de blaguer en présence du danger, afin de renforcer la confiance des soldats.  Selon Churchill, les soldats savaient l’ampleur de la tâche à accomplir dans l’enfer des tranchées et c’était du devoir des officiers de leur enlever un peu de pression sur le dos… C’est cette espèce d’inconscience frivole qui permet de venir à bout des plus grand péril et non la très cérémonielle bravoure qu’on nous montre dans les films hollywoodiens.

Vivre l’échec à répétition permet de mieux le comprendre.  En fait, l’échec lorsqu’il survient dépasse largement le cadre de notre volonté individuelle.  S’il faut mettre un effort soutenu pour vaincre, cela ne garanti pas la victoire.  Cela explique peut-être pourquoi les Red Sox étaient aussi détendus avant le 4e match de la série contre les Yankees. Je veux dire lorsque ça fait 86 ans que tu perds, aussi bien tenter l’impossible…

Cette histoire nous indique aussi qu’il ne faut pas arrêter d’avoir Foi en ses moyens, même si l’univers semble être contre nous.  Un échec peut nous permettre de mieux comprendre nos faiblesses et nous montrer le chemin à suivre pour atteindre le succès.  L’échec quand il survient, est un message de la vie, Dieu, ou l’univers (comme vous le voulez), nous commandant de nous améliorer.

« Prend ce que tu fais au sérieux, mais ne te prends pas trop au sérieux »

L’objectif est sérieux, mais il ne faut pas trop s’en mettre sur les épaules.  Pour gagner, il ne faut pas vouloir plus gagner que l’adversaire, il faut seulement jouer la partie.  On se fait croire que c’est une question de volonté, mais la « dureté du mental » ce n’est pas la victoire à tout prix et par tous les moyens.  Il faut plutôt toujours croire que la victoire est possible, qu’il y a au fond toujours un moyen de gagner et que si on a perdu, c’est qu’on ne l’a pas encore trouvé… L’adversaire n’est jamais fondamentalement meilleur que nous, il a peut-être des forces, des avantages, mais aussi des points faibles qui ne demandent qu’à être exploités.   En fait, la dureté du mental se résume plus au fait de ne pas avoir peur de l’échec que de désirer la victoire.

La vie c’est comme le Baseball

On essaie de vous faire croire que c’est du hockey, du soccer ou du football, mais la vie ressemble beaucoup plus au baseball…  Il n’y a pas de temps au baseball, on sait quand le match commence, mais on ne sait pas quand il va finir.  Si tu frappes un coup sur 3 fois sur 10, tu es considéré comme bon. Et à 162 matchs par saison, tu peux espérer être le héros pour au moins un match, alors que tu seras sûrement anonyme pour le reste de la saison.

Les puissants eux, aiment « jouer le cadran », les puissants intimident pour se donner un avantage, les puissants épuisent l’adversaire.  Les puissants s’effondrent patins en l’air sur Carey Price le premier match des séries ou fracassent la cheville de Valery Kharlamov pour se donner une chance de gagner, mais au baseball…« Ce n’est pas fini tant que ce n’est pas fini »

Il y aura toujours des Yankees de New York, des perpétuels gagnants qui ont tout pour eux, qui ont les moyens de s’acheter des victoires et de réparer leurs erreurs à coup de millions.  Mais quels sont les grands moments du sport ? C’est lorsqu’ils perdent… Les Yankees avec leur 27 victoires en série mondiale et leurs 40 championnats de la ligue américaine, n’attendrissent personne avec leurs succès. Au lieu cela, la planète entière risque de retenir beaucoup plus la victoire inespérées des Red Sox de Boston à leur dépend en 2004.

Lorsqu’on parle de l’équipe de hockey de l’Union Soviétique de quoi parle-t-on ? Du « Miracle on Ice ». Lorsqu’on mentionne les Patriots de la Nouvelle-Anglettre c’est souvent pour parler des Giants de New York, ou même quand on parle du Superbowl, c’est pour raconter l’histoire de Joe Namath sur le bord de sa piscine garantissant la victoire des Jets de New York au dépends des Colts de Baltimore, même si ces derniers ont été favorisés par les preneurs aux livres de Las Vegas par 17 points !

Qui sont les supporters des Yankees de ce monde ? Qui se mettent du côté des gagnants, indépendamment de qui ils sont ? Ceux qui ont peur de la défaite… voilà !  Ceux qu’on appelle les « Bandwagoners », ceux qui ne vont pas voir une partie de leur équipe favorite, mais plutôt une victoire pour se sentir mieux avec eux-mêmes… Personne ne veut être comme ça… Même les New-Yorkais ne font pas exceptions, dévouant beaucoup plus leur amour aux Mets (mais ça, c’est une autre histoire).

Les victoires appartiennent aux puissants. Les grandes victoires, elles, celles dont on se souvient le plus, appartiennent aux laissés pour compte, aux mal-aimés, aux négligés, à tous ces braves inconscients qui veulent gagner d’une autre façon, qui se foutent des conventions et des idées préconçues… aux idiots quoi…

Nos idiots à nous

Aujourd’hui tout est terne, tout est sérieux, tout est austère… La vie n’est que drame sensationnel, fausses réalités et envie de plaire… On ne peut plus froisser personne, surtout pas un establishment sénile, allergique à toute pensée critique.  Les seuls progrès permis semblent une lutte jovialiste pour l’environnement et de la participation citoyenne jetée dans l’abysse d’une conversation à sens unique.  Mais l’environnement on le détruit pareil, et la démocratie perd des plumes quand même…

Rien ne semble fonctionner, il faudrait être fou pour rêver d’un monde meilleur… ou complètement idiot…

Lorsque nos matantes démagogues sont outrés du « Fuck Toute » des étudiants, moi ça me fait rigoler.  Car nos larbins en chef ne comprennent pas que le slogan même est fait pour les choquer.  Que tout ça, c’est du déconnage, un peu la même chose avec le fameux « Le Black Bloc recrute ».  Je le répète souvent, le deuxième degré de la gauche est le premier de la droite.

Je sais qu’il y a plein de justifications super poussées du « Fuck Toute », mais pour moi ce « Fuck Toute » ne s’explique pas vraiment, c’est plus une attitude, un état d’esprit.  Entre le choix de devenir fou ou se tirer une balle dans la tête, on choisit de déconner.  Ceci n’est pas unique au Québec, partout on voit cet esprit dans des perturbations en tout genre, l’attentat au Glitter  visant le président de la Banque Centrale Européenne en est un exemple frappant.

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Les étudiants et les révolutionnaires en herbe du Printemps 2015, refusent le pragmatisme, car ils comprennent que la défaite est plus que probable, mais que le seul moyen de changer les choses est de « jouer pour gagner ».  Ils ont en quelque sorte la même attitude que les Red Sox en 2004 ou des soldats de Winston Churchill dans les tranchées, celle de démontrer à l’ennemi que même si l’on perd, lui, ne gagnera jamais.

Mon conseil alors, n’écoutez pas trop les supposés appels à la raison et au pragmatisme… Si éviter le plus possible la violence est une bonne chose, n’arrêtez surtout pas de déconner et d’agir en idiot… c’est la seule façon de réussir l’impossible.

Et aussi… Go Red Sox ! 😉

Avez-vous pensé, avant d’être… Charlie

19 Jan

Bon je ne vais pas vous parler de Charlie Hebdo, mais plutôt de la réaction que la grande majorité d’entre vous a eue face à ce triste événement.  À chaque fois que quelque chose en ce genre se produit, je suis toujours surpris par l’ampleur de la mobilisation sur les réseaux sociaux et la facilité avec laquelle un nombre important de gens intelligents s’y joint sans trop y réfléchir.

Ces mobilisations virtuelles sont grandes, car elles sont, d’une part, faciles; mais aussi, car elles répondent à un besoin émotionnel. Ce qui construit en quelque sorte des communautés d’émotion, permettant de partager le sentiment qui nous monte à la gorge lorsqu’auparavant nous regardions seuls la télévision. À cette émotion trop forte devant les événements qui dépassent notre compréhension, amène le désir d’avoir une réponse, le plus rapidement possible. Bon ou mauvais, cela importe peu, pour autant qu’elle puisse nous apaiser.

Dorénavant, la réponse et l’action sont instantanées, en plus d’être entremêlées dans l’émotion.  Tout s’accélère et il faut presque aussi instantanément prendre position, on embarque dans le mouvement ou on le regarde passer.  Une réponse hâtive provient d’une réflexion bâclée. Mais malheureusement, nous possédons un innombrable troupeau de démagogues qui ne savent que cela, dans notre merveilleux monde médiatique.

Ce besoin émotif pour une réponse hâtive génère aussi des émotions, créant un cercle de dépendance, à ces réponses qui ne font que nous rassurer dans notre vision du monde, au lieu de la confronter.  Et comment nous rassure-t-on ? En nous faisant passer pour la victime.  C’est ça le langage de la déraison.  Tout le monde (moi y compris), se réfugie au fond de lui-même avec cette pensée : « je n’ai rien à me reprocher, j’aime ce que je fais et je veux continuer de le faire ».  C’est cette voix qui nous force à agir sans penser aux autres.  Cette même voix que l’on apprend à taire, car elle ne fait que blesser les gens autour de nous. Par contre, la victime peut tout faire au nom de la Justice.  Si par exemple, des étrangers voulaient nous envahir et nous imposer leurs valeurs, nous aurions tous les droits du monde à répondre à cette menace.  N’importe quelle étude sur cette question vous démontrera que cette perception est fausse, ou extrêmement exagérée.  Cependant, ce besoin « d’être une victime » devient plus fort que tout.

Ceux qui prennent alors le devant de la scène sont ceux qui perpétuent l’irraisonnable, le problème, c’est les autres.  Et on entre alors dans l’âge des extrêmes, mais le plus triste est que si auparavant tout cela venait d’un chef, d’un État ou d’un parti tout-puissant qui contrôlait les masses, maintenant les groupes les plus extrémistes ne font que répondre aux besoins de sa base.  Nous avons dorénavant des mouvements sans direction, sans chef, qui semblent être portés par eux-mêmes où s’agencent des gens qui ne veulent pas penser, mais qui se sentent obligés d’avoir une opinion.  On peut être dépassé par un événement, on peut prendre le temps de réfléchir, on peut décider de vouloir en savoir plus sur le sujet.

C’est là que le Marché s’arrête, là où commence le domaine des « intellectuels » et même celui-là devient englouti dans la chasse aux nombres de « clics » et de « followers ».  Le libre marché donne accès à des idées, mais la plupart de celles-ci sont malheureusement sans valeur, elles ne font que perpétuer le culte du faux prophète qui se donne une position en disant aux autres quoi penser.

Aurait-on affiché « je suis Charlie », il y a 10, 15 ou 20 ans ?  Le cri de ralliement d’un si grand mouvement collectif, aurait-il été si individualiste ? « Je suis », à la compassion on a substitué l’identification à la victime.  Au lieu de faire état de la situation et chercher des solutions durables, on veut être assassiné froidement pour avoir déconné un peu trop avec des dessins… Pourquoi vouloir s’enduire du sang encore chaud des employés d’un journal controversé, alors que vous n’avez rien fait de tel lorsque Breivik a assassiné une soixantaine de jeunes militants d’un parti de gauche ?

On pense par effet d’entrainement.   Lorsque le mouvement démarre, il est difficile de l’arrêter, et la mécanique des réseaux sociaux est encore difficile à cerner.  Pourtant, entre deux attentats l’un commis par un cinglé extrême-droite et l’autre un extrémiste musulman, on tend qu’à s’agiter collectivement qu’au dernier… Comme si l’on savait qu’il vaut mieux ne pas trop en faire lorsque le réactionnaire blanc en colère dépasse la limite, mais que tout est permis lorsque le musulman fait exactement le même geste.  Savons-nous en nous même que les terroristes d’Al-Qaida ne sont pas vraiment une menace, pendant que les disciples de l’ordre, de la race et de l’argent nous tiennent déjà par la gorge ?

Je ne vous condamne pas d’avoir suivi le mouvement, mais en le faisait vous avez intégré un discours, des idées que vous allez sûrement défendre dans les mois ou les années qui suivent, jusqu’au jour où un autre événement du genre vous donnera un nouveau programme idéologique qui pourrait même contredire celui que vous avez décidé de défendre aujourd’hui.  Les émotions que génèrent ces mouvements paraissent désormais plus fortes que celles engendrées par la consommation.  Pourtant, l’individu s’il se révolte, s’il agit pour un monde meilleur, semble inexistant.  Il n’est que dans ce message, habituellement nébuleux. À tous ceux qui lance « Je pense, donc je suis Charlie », je dirai plutôt « Je suis Charlie, car j’ai besoin de penser », car j’en suis incapable par moi-même… Et dans ce monde d’hypercommunication du Web 2.0, si tu ne penses pas, tu n’existes pas…  Mais on ne peut pas penser par soi-même, car ce monde ne fonctionne que par l’approbation des autres, de là le besoin de suivre continuellement la parade.

Ce qui est arrivé à Charlie Hebdo, c’est triste, c’est grave, mais je suppose que si on demandait à tous ceux qui ont mis un « je suis Charlie » comme photo de profil, une très grande majorité ne saurait pas quoi vous répondre… Ou du moins, elle répéterait les propos d’un chroniqueur ou d’un animateur de radio.  Nous avons raison d’être tristes, nous avons raison d’être en colère, mais on ne construit pas des politiques, car on est triste ou en colère.

On a besoin collectivement de prendre une petite pause, de boire une tisane et de commencer à réfléchir.  Il faut se parler calmement et analyser ce qui se passe de manière lucide.  Tout intellectuel qui se respecte a le devoir moral de ne pas répondre au chant des sirènes qu’est le jeu du web 2.0. Sinon, tu n’es qu’un faiseur d’opinions, c’est à ne dire rien.  Hier, tu étais Charlie; demain, tu seras autre chose… Au moins, tu auras plein d’amis sur Facebook, tant mieux pour toi… pauvre con !

Petite mise en garde avant de commencer le printemps 2015…

12 Jan

L’annonce d’une grande contestation au printemps 2015, ne semble pas atteindre le gouvernement actuel. Malgré l’évidente adhésion d’une très grande partie de la population à la mobilisation contre les mesures d’austérité, le gouvernement Couillard ne semble pas broncher et garde le cap. Il est clair que les Libéraux cherchent le conflit.

L’horrible tactique du Parti Québécois lors de la dernière campagne électorale, donne l’impression aux libéraux qu’ils ont raison. Il faut se souvenir que les Libéraux ont perdu avec une marge très mince suite à l’élection qui a suivie le Printemps érable.  Ils veulent désormais en finir avec les syndicats et les étudiants.  Il semble que pour certains, le Printemps érable était une erreur de l’histoire, plutôt due à la collusion et la corruption qu’à un ras-le-bol généralisé envers les politiques néolibérales.

L’oeuvre « immense » des libéraux, le projet de pornographie comptable qu’est l’austérité est un rêve qui se discute depuis des dizaines d’années lors des réceptions des Chambres de commerce partout au Québec.  La crise créé par la Charte des Valeurs a en quelque sorte mis les libéraux au pouvoir par défaut. Pour certains, une telle occasion de remodeler le « modèle québécois » au goût d’une Élite en perte de vitesse, ne passera pas de sitôt. Leur tour va bientôt finir, aussi bien tout prendre pendant qu’on en a encore le temps…

Mais d’un autre côté, quel est le but des contestataires du programme d’austérité ? Malgré la grogne généralisée, les objectifs visées par les différents groupes sont forts différents.  Est-ce que toute la lutte qui s’en vient, mérite un adoucissement des mesures d’Austérité ou le statu quo ? Que ce soit dans le gouvernement actuel ou un autre…  Il faudra proposer autre chose.  Le but doit être de transformer le Québec et on doit s’entendre sur les moyens pour y arriver.

Couper moins c’est vouloir couper le reste plus tard. Il faut investir, arrêter de penser aux dépenses, mais aux revenus.  N’importe quel dirigeant de PME vous le dira, qu’il « vaut mieux penser à faire des piasses, que de sauver des cennes ».

L’histoire impose des actions, cependant personne n’ose les faire, car elles imposent par le fait même, un remaniement des structures de pouvoir.  C’est bien connu, les politiciens et les autres types de décideurs publics ne veulent pas trop faire de compromis sur ce point, afin de ne pas perdre leurs places.

Dans l’État actuel des forces politiques, rien ne semble annoncer un réel changement.  La contestation envers le PLQ et son projet d’austérité, apparaît presque virtuelle.

Il est évident que les syndicats seront le fer de lance de la constestation et ils se battront sûrement avec grande ténacité, mais à part démontrer son mécontentement et nuire à la circulation, que puissent-ils faire de plus?  J’espère que ces mêmes syndicats qui semblaient dépassés par les tactiques des jeunes lors du printemps 2012, auront appris deux ou trois choses utiles pour celui qui s’en vient…

Il ne faut pas oublier qu’incapables de s’emparer du pouvoir, les étudiants ont dû « jouer le système » et s’en remettre au bon vouloir du gouvernement Marois pour « Bloquer la hausse ».  Le goût de la victoire a été un peu fade, compte tenu de la mobilisation.  Il ne faut pas que des démonstrations contre l’Austérité, mais proposer quelque chose qui transcende les divisions actuelles de la société québécoise.

Les contestataires devront accepter d’accueillir les partis  (PKP compris) et ces mêmes partis (incluant le Grand Satan PKP en personne) devront laisser se transformer par la contestation.  S’il veut le pouvoir et même faire l’indépendance, le PQ devra arrêter de se comporter comme un culte occulte des conditions préalables pour arriver à l’indépendance pour se situer adéquatement dans le contexte politique.

Les Baby-Boomers préfèrent dorénavant mourir dans leur pisse, maltraités par un préposé aux bénéficiaires à qui on a coupé sa pension, que de voir un arabe déménager à côté de chez eux.  Même si tous les fétichistes du terroir aboyaient en même temps, cela ne peut garantir une majorité; tant que le PQ s’attachera à la Charte des Valeurs, il fera partie du problème.

En ce qui concerne Québec Solidaire, à part épancher une détresse qui n’est pas la sienne au banquet des corbeaux, des vautours, qu’a-t-il fait d’autre ?  « Ah oui mais, le PQ si, le PQ ça… », rien ne vous dérange par contre de prêter vos militants à un parti fédéraliste qui veut faire passer un pipeline avec Stephen Harper sur la seule terre qui nous appartient en ce monde, dirigé par un ancien ministre de Jean Charest qui a invité les Québécois à la dernière élection à voter pour Philippe Couillard.

Québec Solidaire, ce n’est pas que vos idées ne sont pas les bonnes et que vous ne faites pas dans l’ensemble du bon travail, mais dans le contexte actuel, vous ne pouvez atteindre le pouvoir que soit en « atténuant » vos intentions ou vous alliant par miracle au PQ. Choses que les plus radicaux ne vous pardonneront jamais.

Les anarchistes en ont fait autant, peut-être même plus, sans se donner de parti…

Oubliez tous les disciples aveugles de Gabriel Nadeau-Dubois, oubliez les itinéraires qui ne se donnent pas, oubliez les excès de langage, ainsi que les confrontations bêtes et sans valeur qui jouent en boucle dans le cirque médiatique québécois.   Les grands gagnants du printemps érable furent les anarchistes, leurs idées ont pénétré par sédimentation les différents domaines de la société québécoise. On commence à penser non seulement la politique et l’économie, mais également l’éducation, la sexualité et l’information autrement.  Autrement pour vrai.  Ce fut depuis longtemps, la seule énergie régénératrice qui eu lieu au Québec.  Tout le reste n’est que « préservation des acquis », division et survivance… Enfin pour certains, il y a des lendemains qui chantent !

Pourquoi eux ? Pourquoi cette idéologie que l’on croyait morte ou incapable ? Pourquoi ce rêve insensé et inatteignable ? Car se sont les seuls qui ne jouent pas selon les règles stupides de notre système actuel qui avantagent toujours les mêmes.

Ce système est mauvais.  Non car il est mené par des gens mauvais, mais car il dévore carrément ceux qui le servent, demandez aux policiers…  Votre hypothèque, votre pension, vos RÉER, votre paradis artificiel que vous devez à une banque et que l’on pompe à même vos impôts.  Vous n’avez rien dans vos poches, dites-vous ? Mais n’importe quel enfant du tiers monde voyant vos Biens dira que vous êtes riches, alors que vous devez sûrement la chemise que vous avez sur le dos…

Nous avons d’un côté une énergie immense qui ne veut pas se contenir et qui est incapable de produire des résultats probants; de l’autre, une machine étatique amorphe, où le changement n’est plus qu’un mot vide dans la bouche d’exécrables acteurs d’opérettes ne convainquant plus personne.  Ceux qui veulent diriger le Québec devront se laisser transformer par cette énergie, ou seront condamnés à faire comme les Libéraux, c’est-à-dire la combattre.

La confrontation à déjà eu lieu, elle a éveillé les consciences, mais elle n’a rien donné de concret. La confrontation pourrait toutefois au printemps 2015, les éteindre.  C’est une vérité qui est difficile à lire, mais le Grand Soir n’arrivera probablement jamais. Si vous suivez uniquement le chemin de la protestation, du remue-ménage et de la manifestation ininterrompue, vous donnerez leurs 15 minutes de gloire à une bande d’idiots sans talent qui ne croient pas avoir eu leur dû lors du Printemps érable.

Le Bien commun passera deuxième, tous ces émules de blanquistes et de guédistes impénitents veulent leur grève sociale, et ils l’auront.  Cependant, répéter la tactique du printemps érable ne donnera rien.  Toutefois, jouer le jeu des parlementaires ne donnera rien non plus. Au projet de la confrontation, du déni de la justice et de la division, il faut répondre par un projet du peuple, par le peuple, pour le peuple.  Qu’on demande aux citoyennes et citoyens ce qu’ils veulent et que l’on trouve un « compromis naturel » sans l’aide du PLQ. Il y a mieux que cette haine intérieure qui sert que les desseins des usurpateurs du Bien commun.  L’heure n’est pas à la destruction, mais à la création.

La Gauche et le monde ordinaire (Selon une parabole de Jésus)

24 Août

Bonjour mes amis, quelques fois pour mieux comprendre une situation, il faut se mettre dans la peau d’un autre, d’un adversaire, comprendre les critiques qui peuvent nous être faites…

Premièrement, commençons par indiquer ce que la droite appelle la « gauche caviar » est une construction, une image simplifiée d’un phénomène beaucoup trop complexe… Pour la droite, le gauchiste est un être déconnecté de la réalité, privilégié par l’État et les syndicats, qui fait la belle vie au frais des contribuables… et qui se sert de cet argent pour se payer des habitudes moralement acceptable, mais que le gens ordinaires n’ont pas les moyens de se payer…

Ce n’est pas vrai, mais la Gauche (moi y compris) ont certaines habitudes à éviter, surtout si l’on veut paraître crédible aux yeux de la population. Donc, chers gauchistes permettez-moi cette fois-ci de vous sermonner un peu…

Et comme Jésus, pour illustrer mon enseignement, je vais utiliser une parabole. Et comme je suis concept (et lazy) je vais en prendre une de Jésus :

Luc : 18, 9-14

À l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres, Jésus dit la Parabole que voici :

« Deux hommes montèrent au temple pour prier.  L’un était pharisien, et l’autre, publicain (c’est à dire collecteur d’impôts).

Le Pharisien se tenait debout et priait lui-même : « mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres – ils sont voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain.

Je jeune deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.

Le Publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux au ciel; mais il se frappait la poitrine en disant  » Mon Dieu, montre-toi favorable au pêcheur que je suis ».

Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un juste, plutôt que l’autre.  Qui s’élève sera abaissé; qui s’abaisse sera élevé ».

Parabole représentée dans la très « Red State » télé-série The Bible… une très belle scène tout de même, malgré le fait que Jésus ressemble au gars qui te vend de la mauvaise extacy à Woodstock en Beauce…

Vous n’êtes pas obligé de regarder cette Série là, ce n’est pas super bon, mais y’a des anges ninjas (ce qui est quand même cool).

Pour vous mettre en contexte les Pharisiens étaient un groupe de penseurs contre l’Establishment religieux et politique qui sévissait alors.  Ils proposaient entre autres d’éliminer les sacrifices d’animaux et une religion plus moraliste.

Pour ceux qui ont fait leur catéchèse, tous le monde sait que les collecteurs d’impôts étaient détestés chez les juifs, car ils travaillent aux profits de l’occupant Romains et souvent en demandaient plus que nécessaire pour arrondir leurs fin de mois…

Donc, que devons-nous apprendre de cette parabole… hein ?

1.  Le Pharisien fait de bonnes actions que pour s’élever des gens ordinaires qu’il méprise.

2. Ce même Pharisien va au temple seulement pour s’élever au-dessus des autres, au lieu d’en profiter pour faire un peu d’introspection, comme le fait le méchant collecteur d’impôt…

3. Ce qu’il faut comprendre par cette parabole est que ce qui est important c’est « ce qu’on a en dedans ».  En dehors du temple, le Pharisien se comporte noblement alors que c’est un total douchebag, tandis que le Publicain se comporte peut-être comme un douchebag dehors, mais une fois seul avec sa conscience c’est quelqu’un d’humble et qui a honte de sa condition…

Veut, veut pas, à force de s’informer, d’être instruit, d’être Culturé avec un gros C 😉 on finit par avoir une certaine distance par rapport aux autres.  On acquiert des connaissances et des compétences que les autres n’ont pas, et avec cet avantage, bien on vient par se croire plus important que les autres.  C’est normal, c’est humain et ça va comme ça dans tous les domaines.  Nous sommes tous, l’épais de quelqu’un d’autres, sauf qu’être bon dans certains domaines donne un avantage, rapproche du pouvoir, est perçu comme une condition de supériorité.  Alors, le gauchiste cherche désespérément la supériorité morale, afin croit-il d’avoir un avantage sur les autres.  Que ses propos vont avoir plus de poids, si ces habitudes démontrent cette même supériorité.

Et c’est là tout le problème la Gauche devient totalement inatteignable. remplie pour les gens de l’extérieur d’initiés qui essaient d’être toujours plus parfaits que les autres.  Car on ne peut pas toujours être indignés ou préoccupés du sort de nos semblables.  Il faut choisir ses batailles et chacun fait sa part pour « changer le monde » de la façon qu’il croient la meilleure.

De là, l’idée chez beaucoup de gens d’une certaine admiration pour les gens de gauche, sans pour autant une adhésion aux idées, comme l’indique un peu avec dérision le vidéo suivant…

Car gens de gauche, moi y compris, voulons-nous être admirés pour notre abnégation ou voulons-nous imposer des nouvelles structures à notre société ?

S’il est presque impossible d’atteindre la pureté d’âme nécessaire pour « faire partie du groupe », alors comment aller chercher le nombre nécessaire d’électeurs pour gagner une élection ?

Il faut se méfier de l’argument de l’hypocrisie, souvent lancé envers les idéalistes et les progressistes en tout genre.  Du genre « Tu peux bien dire que l’Argent ce n’est pas important, tu es riche », « Comment peux-tu défendre la gratuité scolaire, pendant qu’on maltraite des enfants, tu penses juste à toi », « Françoise David peut bien dévoiler son rapport d’impôts, elle vit sur un héritage », « Tu dis que tu veux payer plus d’impôts, pour faire avancer ta carrière » etc, etc etc… Argument que l’on retrouve aussi de l’autre côté, chez tous ceux qui indiquent que le « Docteur Barrette fait un mauvais ministre de la Santé, car il est obèse »…

Mais il faut faire attention, certaines informations sont « d’intérêt général ». Il serait bon de savoir qu’un éminent partisan anti-avortement a forcé une de ces filles à en subir un ou qu’une grande personnalité publique réclamant que le gouvernement en fasse plus pour contrer l’évasion fiscale cache de l’Argent dans une île des caraïbes.  Les êtres humains doivent chercher à avoir un comportement décent, mais sans pour autant vouloir être parfait.

Pas besoin d’être parfait pour être de gauche, si on est « parfaitement de gauche », c’est nécessairement suspect.  On cache sûrement 2-3 squelettes dans son placard.  Nos défauts, nos travers, il faut plutôt les assumer.  Pas obligé de manger des produits bios ou de crier sa détresse pour toutes les catastrophes qui arrivent sur la terre. On peut se câlisser du sort de nos semblables une fois de temps en temps, pas trop souvent, faut penser à notre petite réalité, à notre petit monde quand même.  Combien de grands philosophes voulant transformer l’humain, ont scrappé leurs enfants…  Personne, je dis bien personne, n’a la capacité d’avoir le piton de l’indignation collé 24h sur 24…

Les gens de gauche doivent assumer leur imperfection et ne pas avoir honte de leurs idées.  Être de Gauche ce n’est pas un style de vie, c’est vouloir mettre en place certaines politiques sociales, modifier certaines lois, implanter de nouvelles institutions ou en abolir d’autres… Que tu manges de la poutine du McDo dans ton hummer qui roule l’air climatisée dans le tapis en écoutant du gangsta rap misogyne, ça, ça te regarde… On peut te faire certaines critiques, mais cela t’empêche pas d’adhérer à certaines valeurs de gauche ou de voter pour une parti de gauche.

On oublie trop souvent la Reconnaissance dans le domaine politique.  Au snobisme de la gauche, on peut évoquer également le mépris de la droite.  Les gens de droite méprisent les moins chanceux qu’eux.  Du larbinisme le plus bas à la démonstration obscène d’une trop grande opulence, les gens de droite ont toujours quelque chose à reprocher à quelqu’un.  Voici un petit exemple fort éclairant pris sur les commentaires suite à la manifestation un peu trop intense des pompiers et policiers au conseil de ville de Montréal de Lundi dernier :

« La violence, le vandalisme et l’intimidation n’est JAMAIS un droit. Nous sommes dans une démocratie et pour les gens insatisfaits, il y a des tribunaux et des élections.

Par ailleurs, rien ne vous oblige à travailler pour cet employeur. »

à un autre de ces condisciples de lui répondre :

« Ils ne peuvent pas supporter le rythme de travail et l’exigence de performance du privé »

Je ne veux pas m’étirer sur le sujet de la Loi 3, mais on peut vouloir une réforme des régimes de retraite sans pour autant démontrer un manque flagrant d’empathie envers les travailleurs. Il faut comprendre ceux-ci d’être en colère, malgré certaines largesses dans le passé.  Ces conventions et ces régimes de retraites ont été donnés par des élus, mêmes élus qui ont laissé faire un des plus gros systèmes de corruption et de collusion de l’histoire du Québec…

Alors pourquoi autant de gens qui se font autant mépriser et « enlever le pain de la bouche » votent-ils contre leur propre intérêt et pour celui d’une minorité de privilégiés ? Certains diront que les Médias contrôlent les masses et empêchent le « monde ordinaire » de voir la vérité et qu’à répéter un mensonge, tout le monde finit par le croire.  D’autres diront que les gens moins fortunés rêvant un jour d’atteindre le « 1% » contestent toute entrave à l’accumulation de richesse, même si cela revient à les empêcher d’acquérir leur « juste part ».  Mais, si cela a du sens, je crois que la droite, même si elle méprise, les « crottés de pauvres profiteurs du système », ne conçoit pas son groupe comme inatteignable, les gens n’ont qu’à travailler plus.  Si cette dernière idée  s’avère la plupart du temps incorrecte, le mécanisme implicite de la droite, fait en sorte que tous peuvent y adhérer.  Et ici pas besoin d’assimiler toute une pensée, il ne suffit que de veiller à la perpétuation du système, soit par la collaboration, soit par l’indifférence.

De là la dernière et la plus importe leçon que l’on peut tirer de cette parabole de Jésus.  Car à la fin de la Parabole on annonce : « Qui s’élève sera abaissé; qui s’abaisse sera élevé ».  Je ne veux pas partir sur de grande leçon théologique… mais ce que Jésus indique c’est qu’il ne veut pas donner des directives pour être meilleurs que les autres, mais que l’on peut essayer ensemble de faire un monde meilleur, en essayant tous de devenir de meilleure personne.  Il sait très bien que l’on ne va pas réussir à atteindre l’objectif souhaité (c’est quand même le fils de Dieu), mais ne pas s’engager dans le processus ne peut mener qu’à la destruction de nous-même et de la société dans laquelle nous évoluons.

Ce qui revient à dire que le « Processus est plus important que le résultat »… Pour être une « bonne personne », il ne s’agit pas de répondre à des critères précis ou d’effectuer un certains nombre de rituels , comme le fait le Pharisen ( « Je jeune deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne. »).  Aller à l’Église le Dimanche ne nous donne pas la permission d’haïr les homosexuels, les pauvres, les drogués, les féministes, ou les musulmans, pour le reste de la semaine.  Rendre le monde meilleur c’est un combat de tous les instants, avec ses tentations et ses échecs, et en tant qu’humain c’est une certitude que l’on va échouer, que ce soit par notre faute ou non. S’engager, s’engager pour vrai, ce n’est pas vouloir commettre aucune faute, apparaître comme parfait; c’est qu’à chaque fois que l’on commet une faute ou que l’on rencontre un échec, de continuer à poursuivre son idéal, malgré tout ce que la vie peut nous faire subir.

La Gauche, la vraie gauche, et même tout mouvement politique devrait être comme ça, ce n’est pas un état, c’est un processus. Ce n’est pas pour rien que l’on parle de « mouvement » politique… une idéologie ça évolue, ça se transforme, ça fait de nouveaux adeptes, ça en perd.

À vouloir être trop parfait, on limite, on s’exclue.  La pérennité d’un mouvement politique, ne passe pas par la préservation d’une classe de parfaits partisans, mais d’en accueillir de nouveaux et d’unir les différentes tendances qui avancent vers un même but.

Ce besoin de pseudo-perfection n’est qu’un refuge, que l’on s’engage véritablement pour les idéaux.  Faire des compromis, accepter des adversaires de différentes « teneurs », tant que tous converge vers le même but… ces compromis ne signifient aucunement une compromission… Et nous ne sommes pas les premiers à vivre cette situation et sûrement pas les derniers.  Comme peut nous démontrer la vidéo suivante sur un personnage historique très près et très loin, mais sûrement du même calibre que le Messie sus-mentionné précédemment dans le billet :

Ce que nous avons comme Gauche au Québec est soit des gens qui se cachent dans un « paraître parfait » inefficace ou soit un « semblant de progressisme » pour ne pas s’aliéner ceux qui nous critiquent.  La Gauche ne sera jamais parfaite, elle sera toujours critiquée et vouloir changer le système sera toujours plus difficile que de le conserver.

Ce qu’il faut ce n’est pas des idées « extrêmement parfaites » ou « confortablement acceptables », ce qu’il faut ce sont des progressites engagés et surtout unis.  Le reste n’est que superflu, ce qui est important c’est de partager la même volonté de changer les choses.

Extrait : la télévision, les réseaux sociaux et la démocratie

23 Juil

J’ai terminé la rédaction de mon interminable ouvrage sur le printemps érable.  160 pages à temps perdu et sans l’aide d’aucune subvention (Mes taxes ! Mes taxes !) …

La deuxième partie devrait arriver bientôt, une révision et c’est fini…

entre-temps je publie un extrait (bonne lecture) :

 

L’importance des médias dans la construction identitaire

Si tout type d’échange entre individus est nécessaire à l’exercice réel de nos droits fondamentaux et la construction de nos identités, alors tout moyen de communication est d’une importance capitale dans une société. Sortir les moyens de communication d’une analyse identitaire, c’est faire abstraction du processus décisionnel, de la mécanique sociale faisant en sorte que les valeurs et idées viennent à s’imposer.  Les moyens de communications créent un espace de délibération entre les citoyens (où certains sont plus égaux que d’autres), les idées circulant et forgeant l’opinion publique.  La deuxième moitié de vingtième siècle a vu apparaître l’imposition d’un nouveau média, la télévision, qui transformera profondément nos vies, propulsant l’image aux plus hauts sommets.  L’augmentation des chaînes a diminué le message officiel de l’Élite bien-pensante pour faire place à un vacarme, qui malgré sa grande dissonance, chantait les louanges de l’individualisme néolibéral. Celui-ci prétend l’idée que les Élites culturelles et politiques sont corrompues, que seulement vous seul pouvez déterminer ce que vous voulez, que l’État gaspille continuellement de l’argent et que tous ceux qui sont à gauche sont des profiteurs du système.  Les entrepreneurs sont toujours bons, car ils ne font que répondre automatiquement aux demandes des consommateurs; le Marché étant le seul juge entre le bien et le mal dans nos sociétés.  Les grands projets constitutionnels s’en sont trouvés affaiblis, non seulement pour leurs échecs, mais aussi par la désaffection de la population pour les Élites causés par l’insertion du message néolibéral.

Cependant, comme on peut le constater les Réseaux sociaux prennent dorénavant leur place, faisant désormais compétition à la télévision comme un espace délibératif de première importance. Le combat entre la télévision et les réseaux sociaux, créé alors deux communautés politiques bien différentes, rendant plus ardue la « délibération nationale » sur des enjeux de société (comme ont pu l’être les droits de scolarité ou la Charte des valeurs), car leurs « points de repère » ne sont pas mêmes.

 

Les deux démocraties

La prédominance de l’un ou de l’autre moyen de communication, va changer la façon dont se forme l’opinion publique.  Dans un monde où la télévision prédominait, le citoyen est passif et reçoit l’information sans la demander au préalable.  Malgré la multiplication des chaînes, le choix comparé à l’internet est extrêmement limité.  Non seulement l’information est infinie sur internet, mais le citoyen peut trouver exactement ce qu’il veut et donc, s’associer avec un nombre significatif d’individus qui pensent comme lui.  Avec Internet, il n’y a plus de standardisation des idées, l’idéologie officielle a ainsi plus de difficulté à pénétrer les esprits.  L’internet produit en quelque sorte, des tribus idéologiques.

Ce qui fera en sorte que le processus de construction identitaire est différent  d’une société dominée par la télévision et comparativement à une autre dominée par internet.  Dans une société dominée par la télévision, le citoyen étant passif reçoit les normes et les codes sociaux, c’est-à-dire ce qui est acceptable, sans trop se poser de question.  Les relations familiales, de travail ou entre groupes ethniques sont représentées sous un angle prédéterminé au petit écran. Le téléspectateur s’identifiant à ce qu’il voit, en vient alors à être rassuré dans ces comportements sociaux.  Donc, la télévision en vient à être un instrument de contrôle social.  Cela peut paraître horrible à première vue, mais les émissions de télévisions ont fait beaucoup pour sensibiliser les gens contre la violence conjugale, le sexisme, le racisme et l’homophobie.  Cependant, il ne faut pas que la télévision ne « dérange trop », car sinon peu de gens la regarderont.  La façon de présenter les homosexuels ou les noirs, il y a 30 ou 40 ans dans les émissions peuvent sembler ridicules aujourd’hui, mais il faut savoir qu’à cette époque, c’était tout de même progressiste.  Même si la place des minorités n’était pas équivalente à celle de la majorité, leur situation s’améliorait petit à petit.

Avec la télévision, l’individu est en quelque sorte libre, car il n’est plus nécessairement gérer par son entourage, sa famille, son village, etc.  Il peut voir qu’un autre monde existe, que l’on peut être différent et avoir d’autres idées.  Cependant, avec la télévision, la différence est tout aussi standardisée que ce qui est conforme.  On permet l’individualisme, mais dans un cadre bien établis.  Donc on accepte la différence, mais jusqu’à un certain point, ce que la Majorité est prête à accepter.  Il faut comprendre qu’une société démocratique est permissive comme la nôtre intègre tout de même énormément plus qu’une société où la liberté de parole et de Presse est très limitée.

Une société dominée par la télévision donne à ce qu’on pourrait appeler un « Nous individualiste », l’individu existe, mais en fonction de cadres préétablis.  Tu peux faire partie du groupe, mais en fonction de critères acceptés par le groupe.  L’individu est libre, mais il n’a pas beaucoup d’influence sur les critères identitaires.  Si la télévision rend la nation plus inclusive, c’est la Majorité qui dicte en quelque sorte les espaces de libertés de chacun.   Dans ce type de société, l’individu a le choix d’être ce qu’il veut, mais on peut dire que les options sont déterminées par le groupe.

Il en est tout autrement dans une société dominée par Internet.  Dans celle-ci, les individus contribuent « librement » au contenu d’information diffusé.  Le citoyen est actif et peut vivre, s’il le désire, sans l’influence de la Majorité.  Auparavant, les minorités se faisaient imposer les limites par le groupe, avec internet et les réseaux sociaux, c’est la minorité qui indique ses aspects identitaires à la Majorité, pouvant dévoiler tous les aspects de sa vie, et ce, même si la Majorité n’est pas prête à l’accepter.  Cela donne toutefois une nouvelle force aux intégristes, aux fondamentalistes et aux radicaux qui se retrouvent moins seuls.  Par internet, les messages haineux finissent malheureusement par trouver un auditoire.  Toutefois, des problèmes de société souvent marginalisés peuvent prendre le devant de la scène, des causes moins « tendances » ou plus controversées peuvent s’organiser.  La mobilisation n’a plus besoin du « filtre social » national pour exister et les citoyens peuvent s’informer sur les questions qui les intéressent vraiment.  Cela fait en sorte que certaines questions prennent plus de poids dans la société et certaines personnes démonisées par les médias traditionnels viennent à avoir une certaine tribune pour se défendre.  Pour ou contre, bien ou mal, sur internet le message unique n’existe (pratiquement) pas.

Dans ce monde, le processus de construction identitaire s’apparente à un « Je collectif ».  c’est-à-dire que l’individu construit ou choisi son identité et ensuite l’impose à la Société qui doit l’accepter tel quel.  C’est la Majorité qui doit ouvrir le plus possible les critères identitaires de la Nation, afin d’intégrer les personnes qui prétendent la constituer, comme l’est en quelque sorte un réseau social.  La Majorité n’est plus définie selon un groupe d’individus, mais le cadre dans lequel ces individus interagissent.  Celui-ci doit accepter et permettre la différence.  Le Québécois ordinaire n’est plus un individu concret, mais un modèle auquel les gens se réfèrent.  Avec le « Je collectif » on peut dire que l’on passe d’une majorité réelle à une Méta-Majorité.

Ces types de société vont entraîner ou être liées à deux façons de concevoir la démocratie; une positive et une autre négative, une qui écoute et une qui parle.  La démocratie négative en conçue en fonction de la protection des droits individuels, ou plutôt de la limitation du pouvoir.  On limite les pouvoirs des décideurs par des limites judiciaires, de la transparence et des élections.  La démocratie est alors une protection contre les envies despotiques d’un dirigeant.  L’opinion publique, dans une démocratie négative, se forme de haut en bas [top-down], c’est-à-dire que les citoyens ne sont pas la source des développements à l’opinion publique.  Celle-ci est influencée par l’État, des « empires » médiatiques, des syndicats, des groupes de pression qui expédient leurs messages par des canaux traditionnels (journaux, radio, télévision) en espérant que les citoyens vont adhérer tôt ou tard à leur point de vue.

La démocratie positive est conçue en fonction de l’expression du conflit politique.  La démocratie y est perçue comme étant un régime où l’on doit exprimer ses droits individuels pour qu’ils existent vraiment.  Les décisions des gouvernants doivent être l’expression de la volonté populaire et ils n’ont pas carte blanche entre deux élections.  L’opinion publique se forme de bas en haut [bottom-up].  Les citoyens y sont la source des développements de l’opinion publique. Les citoyens communiquent entre eux, surtout avec l’arrivée des réseaux sociaux, les décideurs et les groupes d’intérêts décident alors de suivre ou non les tendances.  Le but est alors de lancer des  mouvements que le plus de citoyens possible pourront adhérer.

Montréal n’est pas le berceau de cette nouvelle identité, car elle est supposément plus progressiste, mais plutôt parce qu’elle est hétérogène.  La pérennité du cadre culturel dans lequel s’expriment les droits universels est beaucoup plus menacée à Montréal, tant du côté francophone qu’anglophone que dans le reste du Québec.  Le besoin d’une spécificité pour se protéger de l’assimilation de l’Autre a eu comme effet de se protéger contre la culture générique néolibérale.  Tandis qu’ailleurs, elle a pénétré sans vraiment de heurts, tranquillement et insidieusement. Que le français perde du terrain sur l’Île de Montréal n’est pas perçu comme une catastrophe, car il faut tenir compte du changement sociologique dans la population à Montréal.  Ce que combat Montréal c’est l’identité générique néo-libérale.  On ne peut pas empêcher la Mondialisation, mais en « Région » la langue et la tradition suffisent, ce qui n’est pas le cas à Montréal qui doit intégrer la Mondialisation et la transformer en quelque chose de nouveau.

Il serait trop facile de diviser en deux le Québec, entre le Montréal « progressiste et ouvert » et les Régions « conservatrices et fermées », la réalité est complexe.  Si l’on tend à se diriger progressivement vers une division entre démocratie négative et démocratie positive, poussés par les transformations qui survient à Montréal, nous sommes en ce moment dans une phase transitoire qui ne mène pas forcément vers la Révolution socialiste, mais un nouveau système de construction identitaire, sur lequel repose le corps délibératif qu’est la nation.  Il y a à Montréal tout autant de conservateurs que dans le reste du Québec qui, lui, est plus vivant intellectuellement et culturellement qu’il n’y paraît.  L’Histoire ne se fait pas par des mouvements saccadés et ce que l’on construit aujourd’hui n’efface jamais totalement ce qui a été fait hier.  Ce que j’avance, c’est que s’est construite à Montréal plus qu’ailleurs au Québec une façon « de faire des Québécois », entraînant une nouvelle identité nationale, basée sur de nouvelles valeurs politiques.  Et finalement, c’est cette nouvelle façon de faire des Québécois, présentée par les carrés rouges durant le printemps Érable, qui va s’imposer.