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Diversité et démocratie

16 Avr

La fin du néo-libéralisme n’entraînera pas la fin du «Multiculturalisme» et de la mondialisation. De plus, vouloir restreindre la diversité dans nos sociétés au nom du respect de la démocratie et des droits universels ne peut que les affaiblir.

L’origine de la diversité 

Les façons de concevoir la diversité au sein des démocraties libérales se sont grandement transformées au cours de l’histoire, mais la diversité telle que vécue aujourd’hui est le produit des politiques de Multiculturalisme implantées depuis les années soixante. Les États-nations d’alors, aux prises avec la montée des mouvements sociaux des minorités, ont adopté des régimes de citoyenneté permettant de reconnaître des différences, sans pour autant remettre en question le pouvoir de la Majorité. Au Canada, ces politiques étaient des réponses au mouvement souverainiste québécois et aux revendications des peuples autochtones qui étaient dorénavant reconnus de la même façon que les communautés issues de l’immigration.

On peut dire qu’en reconnaissant tout le monde, la reconnaissance n’a plus vraiment de valeur et en ne faisant pas de concession aux groupes nationaux minoritaires, la domination ethnique était ainsi maintenue.

Car reconnaître les Italiens, les Ukrainiens, les Polonais, les Haïtiens, les Pakistanais, etc. dans le Canada de Trudeau père, ça remettait quoi en question? À part aider les libéraux et prévenir la séparation du Québec, les groupes minoritaires n’avaient que des bénéfices marginaux.

Mais le multiculturalisme n’est pas entièrement mauvais, il permet à des individus et des groupes vulnérables d’avoir des moyens pour se défendre de l’abus de la Majorité.  Il donne une valeur à l’individu quelque soit son origine, son genre, son orientation sexuelle, en plus de l’aider à faire partie de la communauté politique si nécessaire à la démocratie.

Nous sommes actuellement à la croisée des chemins au niveau de la reconnaissance identitaire. La réaction des nationalistes conservateurs est du même ordre que la réaction économique, elles sont liées au refus de participation, ou du moins au refus de participation significative des gens « vulnérables », des minorités qui grâce aux politiques de multiculturalisme ont pris pleinement possession de leur place dans l’espace public.

Aujourd’hui, on peut passer outre les canaux officiels et prendre sa place. Toute cette reconnaissance s’est implantée dans la structure sociale et a forgé l’identité nationale, donnant au plus jeune une plus grande ouverture à ces différences.

La diversité, c’est le multiculturalisme où tous participent pleinement selon ses envies et ses capacités (comme les carrés rouges), sans entraves d’institutions qui voudraient la contrôler. Ni État, ni religion, ni entreprise privée, ni médias; c’est le régime de citoyenneté des citoyens, pour les citoyens, par les citoyens.  La véritable démocratie participative ne passera pas par l’économie, mais par l’identité. En gros, il faut savoir ce que l’on est, avant de savoir ce que l’on va faire…

L’Autoritarisme à la Trump s’est imposé, car certains voyaient dans la diversité une menace à leurs acquis économiques. D’un autre côté, toutefois, la diversité à la Trudeau fils propose une reconnaissance, mais sans pour autant remettre en question l’ordre établi.

Une nécessité économique

Les Réseaux sociaux peuvent être perçus simultanément tant comme des outils de contrôle que de libération.  Le marketing à l’ère du 2.0 permet désormais de mieux définir les individus, de comprendre leurs envies, leurs opinions et leurs comportements. Pourtant, ceux qui semblent le plus faciles à contrôler avec ces nouveaux outils de communications, ceux sont qui les rejette le plus et qui les utilise avec le moins d’habiletés. Entre d’autres mots, dans les réseaux sociaux comme dans les autres domaines, « le savoir c’est le pouvoir».

On a désormais plus de chance de vendre un bien ou un service à quelqu’un en le faisant participer, en l’intégrant dans une communauté de personnes ayant les mêmes goûts et les mêmes valeurs. Un même produit pourra même être décliné en plusieurs marques qui auront une image plus adaptée à chacune de ces communautés, c’est ce qu’on appelle la segmentisation.

Sauf qu’une identité nationale forte, basée sur la participation peut contrer ses divisions qui agissent au sein d’une société et c’est de ça que le Marché a peur…

Réalisme identitaire

Les échanges économiques ont emmené des échanges culturels entre individus. Nous ne formons pas pour autant une même famille. Nous sommes tous dans la même piscine, mais on reste entre amis, chacun dans notre coin.

La langue et la culture sont les seules véritables frontières du XXIe siècle. Les autres frontières, archaïques, doivent être redéfinies.

De son côté, l’autodéfinition multiculturaliste est en quelque sorte une erreur.  Pour participer, il te faut les outils pour échanger avec les individus et les institutions. Si dans un Marché, il faut de l’argent et évidemment ceux qui en ont moins sont désavantagé, il en va de même avec ceux maitrisant le mieux la langue et les codes sociaux dans la société auxquels ils se retrouvent.

Il n’y a personne qui choisi de se placer en position de vulnérabilité, si c’était qu’un choix rationnel, tout le monde prendrait l’identité de la Majorité, au lieu de perdre temps et énergie à faire valoir ses droits collectifs.  Tu ne choisis pas une identité, tu l’acceptes, tu te rends à celle-ci. Le seul véritable choix avec une identité, c’est d’en renier une…

C’est l’erreur des démocraties libérales que de se définir que par des droits individuels. Il est vrai que sans droits universels, il ne peut y avoir de démocratie. Toutefois, sans culture, sans langue commune et identité nationale, on ne peut pas exercer les droits universels qui font une démocratie.

Imposer une langue n’empêche pas de conserver celle que l’on utilisait auparavant, en plus qu’elle permet à ceux qui l’apprenne de mieux s’intégrer à sa société d’accueil et d’échanger avec ses nouveaux concitoyens.

Oui, on peut protéger des valeurs, mais ces valeurs ne peuvent être culturellement exclusives. Pour être conforme à l’idéal démocratique, toute «Charte des Valeurs» se doit de respecter les libertés individuelles ainsi que d’avoir des institutions publiques qui permettent à ces mêmes libertés individuelles de s’exprimer. C’est là toute la différence entre protéger une langue et protéger des valeurs.

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Post-vérité : la peur comme besoin

9 Avr

Dans ma réflexion sur le printemps Érable, j’ai sous-estimé la capacité des plus vieilles générations de se servir des nouveaux outils de communications. Cependant, on peut remarquer qu’ils n’utilisent pas les réseaux sociaux comme l’ont fait les carrés rouges, par exemple.

Le capitalisme est malin, sa capacité d’adaptation est une de ses plus grandes forces.  Des entreprises ont vu là un outil de manipulation des masses (l’expression semble un peu forte, mais c’est exactement ça) et en ont profité. Le Brexit et l’élection de Donald Trump ont changé la donne au niveau stratégique avec l’utilisation des Fake News.

La communauté participative

Auparavant, la communauté politique était une communauté d’échange où les relations « économiques » prévalaient. Les électeurs votaient ou militaient pour le parti qui répondaient le plus adéquatement à leurs besoins, habituellement d’ordre matériel. L’information était contrôlé par des institutions, tels les partis politiques, les Médias, les communautés religieuses, les syndicats, qui exerceraient une autorité sur les individus. En bref, on offrait un choix aux électeurs qui décidaient au mieux de leur connaissance, souvent influencés par les rapports de force au sein de leur milieu social.  Les individus composaient des blocs assez homogènes et stables au niveau de leur nombre, rendant la joute politique assez prévisible.

Aujourd’hui la communauté politique est participative. Tout le monde est désormais producteur de contenus, qu’ils soient d’ordre économique, politique, médiatique… Et ces nouvelles structures amènent de nouvelles normes «sociales».

Cependant, cette production de contenu ne se fait pas dans le monde «réel», mais dans un espace virtuel, les réseaux sociaux, dans une communauté parallèle à l’ancienne communauté d’échange qui n’a pas encore été totalement remplacée.

Si dans la réalité la diversité n’a pas encore été pleinement acceptée il en est tout autre dans le monde virtuel, où tout le monde peut produire de l’information, des produits culturels, de l’opinion et trouver d’autres individus qui vont l’accepter pour la diffuser à son tour, créant ainsi une nouvelle communauté « virtuelle ».  Évidemment, une telle façon de faire va entraîner une diversité et une multiplication des reconnaissances dans ce Nouveau Monde virtuel…

Entre autres mots, la diversité entraine une obligation d’une reconnaissance.  Par contre, la diversification des communautés ne signifie pas pour autant que celles-ci sont ouvertes et amèneront plus de tolérance au sein de la société.

Tu agis dans une communauté ouverte, tant et aussi longtemps que tu participes et que tu n’empêches personne de participer… Soustraire des individus à la participation, dans une «communauté participative», c’est inéluctablement pousser cette communauté à vouer un culte au mensonge.

Nécessité d’échanger dans un climat sain

C’est quelque chose que la plupart des universitaires comprennent, nous formons une communauté de recherche.  La critique, le débat, la démonstration que l’on fait a tort fait avancer le groupe.  Dans une telle dynamique , il y a une différence entre le chercheur et la personne.  On peut louanger les recherches de quelqu’un que l’on déteste, et d’un autre côté fortement critiquer les conclusions de notre meilleur ami, car on doit se concentrer uniquement sur «l’oeuvre».  En bref, on tire sur le message, pas sur le messager.

La plupart du temps, on ne débat pas sur les réseaux sociaux avec la société dans son ensemble, mais plutôt dans un groupe composé de gens partageant essentiellement les mêmes valeurs que nous, où la surenchère fait avancer les idées les plus radicales, poussant à délaisser le rationnel au profit des émotions.

On peut être en désaccord avec des idées, on peut même haïr certaines d’entre elles, mais il ne faut pas pour autant tenir des propos haineux ou agir violemment envers ceux qui les proposent. Ce n’est pas parce qu’une personne écrit quelque chose avec quoi nous sommes en désaccord ou qui nous heurte violemment, que tout son matériel est non pertinent ou qu’elle est une folle enragée…

Nous sommes sur les réseaux sociaux un avatar, un personnage public. Pour que le débat reste sain, les gens doivent savoir sur nous seulement ce qui est pertinent au débat dans lequel on s’inscrit.

Sauf que les gens d’extrême-droite n’agissent pas comme ça… Ils forment une communauté d’émotions; ils sont fans de haine, comme des jeunes filles sont fans de Taylor Swift (malgré que les suprémacistes blancs sont aussi d’avides fans de Taylor Swift… pour une raison qui me dépasse). Ils agissent de façon anonyme en tant que trolls, ne distinguant aucunement la sphère publique de la sphère privée, par l’acharnement et l’intimidation.

Le vrai coupable

Auparavant, les individus étaient disciplinés par les structures sociopolitiques. Dans les démocraties libérales, les discours haineux étaient découragés par l’État, les médias ainsi que par les Élites.  Les individus étaient foncièrement passifs, même dans la révolte le message provenait d’une entité extérieure. Ce genre de révolte peut être attribué aux «Radio poubelles» qui s’inscrivent dans un courant alternatif. Si elles pouvaient jeter des flots de haine et peuvent avoir été des précurseurs de la montée des mouvements d’extrême-droite actuels, elles ne sont que des entreprises commerciales, visant un style de vie de «white angry men» pour faire du profit.

Ce sont les réseaux sociaux qui ont façonné ces nouveaux groupes d’extrême-droite, de la même façon qu’ils ont créé les carrés rouges. Et ce qui est arrivé durant le printemps Érable, c’est une tentative d’imposition dans la réalité d’un projet né dans un espace virtuel.

Au-delà des propos démagogiques et des controverses médiatiques, tout va passablement bien au Québec, les changements qui doivent avoir lieu sont de l’ordre des ajustements. Par contre, lorsque tu t’es abreuvé quotidiennement de fausses nouvelles t’annonçant catastrophe sur catastrophe, tu veux voir cet état de fait dans la réalité. Et lorsqu’un candidat, comme Donald Trump, propose des actions radicales à des problèmes qui n’existent pas réellement, les gens qui y croient vont appuyer ces actions avec un enthousiasme démesuré.

Nous avons dorénavant un besoin toxique de certitude dans un monde qui se fragmente de plus en plus.  Cependant, la seule certitude qui a une réelle valeur n’est même pas certaine, car elle peut être remise en question par des faits vérifiables. S’abandonner à assemblage de faussetés même si cela nous réconforte n’est évidemment pas une solution.

Avez-vous pensé, avant d’être… Charlie

19 Jan

Bon je ne vais pas vous parler de Charlie Hebdo, mais plutôt de la réaction que la grande majorité d’entre vous a eue face à ce triste événement.  À chaque fois que quelque chose en ce genre se produit, je suis toujours surpris par l’ampleur de la mobilisation sur les réseaux sociaux et la facilité avec laquelle un nombre important de gens intelligents s’y joint sans trop y réfléchir.

Ces mobilisations virtuelles sont grandes, car elles sont, d’une part, faciles; mais aussi, car elles répondent à un besoin émotionnel. Ce qui construit en quelque sorte des communautés d’émotion, permettant de partager le sentiment qui nous monte à la gorge lorsqu’auparavant nous regardions seuls la télévision. À cette émotion trop forte devant les événements qui dépassent notre compréhension, amène le désir d’avoir une réponse, le plus rapidement possible. Bon ou mauvais, cela importe peu, pour autant qu’elle puisse nous apaiser.

Dorénavant, la réponse et l’action sont instantanées, en plus d’être entremêlées dans l’émotion.  Tout s’accélère et il faut presque aussi instantanément prendre position, on embarque dans le mouvement ou on le regarde passer.  Une réponse hâtive provient d’une réflexion bâclée. Mais malheureusement, nous possédons un innombrable troupeau de démagogues qui ne savent que cela, dans notre merveilleux monde médiatique.

Ce besoin émotif pour une réponse hâtive génère aussi des émotions, créant un cercle de dépendance, à ces réponses qui ne font que nous rassurer dans notre vision du monde, au lieu de la confronter.  Et comment nous rassure-t-on ? En nous faisant passer pour la victime.  C’est ça le langage de la déraison.  Tout le monde (moi y compris), se réfugie au fond de lui-même avec cette pensée : « je n’ai rien à me reprocher, j’aime ce que je fais et je veux continuer de le faire ».  C’est cette voix qui nous force à agir sans penser aux autres.  Cette même voix que l’on apprend à taire, car elle ne fait que blesser les gens autour de nous. Par contre, la victime peut tout faire au nom de la Justice.  Si par exemple, des étrangers voulaient nous envahir et nous imposer leurs valeurs, nous aurions tous les droits du monde à répondre à cette menace.  N’importe quelle étude sur cette question vous démontrera que cette perception est fausse, ou extrêmement exagérée.  Cependant, ce besoin « d’être une victime » devient plus fort que tout.

Ceux qui prennent alors le devant de la scène sont ceux qui perpétuent l’irraisonnable, le problème, c’est les autres.  Et on entre alors dans l’âge des extrêmes, mais le plus triste est que si auparavant tout cela venait d’un chef, d’un État ou d’un parti tout-puissant qui contrôlait les masses, maintenant les groupes les plus extrémistes ne font que répondre aux besoins de sa base.  Nous avons dorénavant des mouvements sans direction, sans chef, qui semblent être portés par eux-mêmes où s’agencent des gens qui ne veulent pas penser, mais qui se sentent obligés d’avoir une opinion.  On peut être dépassé par un événement, on peut prendre le temps de réfléchir, on peut décider de vouloir en savoir plus sur le sujet.

C’est là que le Marché s’arrête, là où commence le domaine des « intellectuels » et même celui-là devient englouti dans la chasse aux nombres de « clics » et de « followers ».  Le libre marché donne accès à des idées, mais la plupart de celles-ci sont malheureusement sans valeur, elles ne font que perpétuer le culte du faux prophète qui se donne une position en disant aux autres quoi penser.

Aurait-on affiché « je suis Charlie », il y a 10, 15 ou 20 ans ?  Le cri de ralliement d’un si grand mouvement collectif, aurait-il été si individualiste ? « Je suis », à la compassion on a substitué l’identification à la victime.  Au lieu de faire état de la situation et chercher des solutions durables, on veut être assassiné froidement pour avoir déconné un peu trop avec des dessins… Pourquoi vouloir s’enduire du sang encore chaud des employés d’un journal controversé, alors que vous n’avez rien fait de tel lorsque Breivik a assassiné une soixantaine de jeunes militants d’un parti de gauche ?

On pense par effet d’entrainement.   Lorsque le mouvement démarre, il est difficile de l’arrêter, et la mécanique des réseaux sociaux est encore difficile à cerner.  Pourtant, entre deux attentats l’un commis par un cinglé extrême-droite et l’autre un extrémiste musulman, on tend qu’à s’agiter collectivement qu’au dernier… Comme si l’on savait qu’il vaut mieux ne pas trop en faire lorsque le réactionnaire blanc en colère dépasse la limite, mais que tout est permis lorsque le musulman fait exactement le même geste.  Savons-nous en nous même que les terroristes d’Al-Qaida ne sont pas vraiment une menace, pendant que les disciples de l’ordre, de la race et de l’argent nous tiennent déjà par la gorge ?

Je ne vous condamne pas d’avoir suivi le mouvement, mais en le faisait vous avez intégré un discours, des idées que vous allez sûrement défendre dans les mois ou les années qui suivent, jusqu’au jour où un autre événement du genre vous donnera un nouveau programme idéologique qui pourrait même contredire celui que vous avez décidé de défendre aujourd’hui.  Les émotions que génèrent ces mouvements paraissent désormais plus fortes que celles engendrées par la consommation.  Pourtant, l’individu s’il se révolte, s’il agit pour un monde meilleur, semble inexistant.  Il n’est que dans ce message, habituellement nébuleux. À tous ceux qui lance « Je pense, donc je suis Charlie », je dirai plutôt « Je suis Charlie, car j’ai besoin de penser », car j’en suis incapable par moi-même… Et dans ce monde d’hypercommunication du Web 2.0, si tu ne penses pas, tu n’existes pas…  Mais on ne peut pas penser par soi-même, car ce monde ne fonctionne que par l’approbation des autres, de là le besoin de suivre continuellement la parade.

Ce qui est arrivé à Charlie Hebdo, c’est triste, c’est grave, mais je suppose que si on demandait à tous ceux qui ont mis un « je suis Charlie » comme photo de profil, une très grande majorité ne saurait pas quoi vous répondre… Ou du moins, elle répéterait les propos d’un chroniqueur ou d’un animateur de radio.  Nous avons raison d’être tristes, nous avons raison d’être en colère, mais on ne construit pas des politiques, car on est triste ou en colère.

On a besoin collectivement de prendre une petite pause, de boire une tisane et de commencer à réfléchir.  Il faut se parler calmement et analyser ce qui se passe de manière lucide.  Tout intellectuel qui se respecte a le devoir moral de ne pas répondre au chant des sirènes qu’est le jeu du web 2.0. Sinon, tu n’es qu’un faiseur d’opinions, c’est à ne dire rien.  Hier, tu étais Charlie; demain, tu seras autre chose… Au moins, tu auras plein d’amis sur Facebook, tant mieux pour toi… pauvre con !

Extrait : la télévision, les réseaux sociaux et la démocratie

23 Juil

J’ai terminé la rédaction de mon interminable ouvrage sur le printemps érable.  160 pages à temps perdu et sans l’aide d’aucune subvention (Mes taxes ! Mes taxes !) …

La deuxième partie devrait arriver bientôt, une révision et c’est fini…

entre-temps je publie un extrait (bonne lecture) :

 

L’importance des médias dans la construction identitaire

Si tout type d’échange entre individus est nécessaire à l’exercice réel de nos droits fondamentaux et la construction de nos identités, alors tout moyen de communication est d’une importance capitale dans une société. Sortir les moyens de communication d’une analyse identitaire, c’est faire abstraction du processus décisionnel, de la mécanique sociale faisant en sorte que les valeurs et idées viennent à s’imposer.  Les moyens de communications créent un espace de délibération entre les citoyens (où certains sont plus égaux que d’autres), les idées circulant et forgeant l’opinion publique.  La deuxième moitié de vingtième siècle a vu apparaître l’imposition d’un nouveau média, la télévision, qui transformera profondément nos vies, propulsant l’image aux plus hauts sommets.  L’augmentation des chaînes a diminué le message officiel de l’Élite bien-pensante pour faire place à un vacarme, qui malgré sa grande dissonance, chantait les louanges de l’individualisme néolibéral. Celui-ci prétend l’idée que les Élites culturelles et politiques sont corrompues, que seulement vous seul pouvez déterminer ce que vous voulez, que l’État gaspille continuellement de l’argent et que tous ceux qui sont à gauche sont des profiteurs du système.  Les entrepreneurs sont toujours bons, car ils ne font que répondre automatiquement aux demandes des consommateurs; le Marché étant le seul juge entre le bien et le mal dans nos sociétés.  Les grands projets constitutionnels s’en sont trouvés affaiblis, non seulement pour leurs échecs, mais aussi par la désaffection de la population pour les Élites causés par l’insertion du message néolibéral.

Cependant, comme on peut le constater les Réseaux sociaux prennent dorénavant leur place, faisant désormais compétition à la télévision comme un espace délibératif de première importance. Le combat entre la télévision et les réseaux sociaux, créé alors deux communautés politiques bien différentes, rendant plus ardue la « délibération nationale » sur des enjeux de société (comme ont pu l’être les droits de scolarité ou la Charte des valeurs), car leurs « points de repère » ne sont pas mêmes.

 

Les deux démocraties

La prédominance de l’un ou de l’autre moyen de communication, va changer la façon dont se forme l’opinion publique.  Dans un monde où la télévision prédominait, le citoyen est passif et reçoit l’information sans la demander au préalable.  Malgré la multiplication des chaînes, le choix comparé à l’internet est extrêmement limité.  Non seulement l’information est infinie sur internet, mais le citoyen peut trouver exactement ce qu’il veut et donc, s’associer avec un nombre significatif d’individus qui pensent comme lui.  Avec Internet, il n’y a plus de standardisation des idées, l’idéologie officielle a ainsi plus de difficulté à pénétrer les esprits.  L’internet produit en quelque sorte, des tribus idéologiques.

Ce qui fera en sorte que le processus de construction identitaire est différent  d’une société dominée par la télévision et comparativement à une autre dominée par internet.  Dans une société dominée par la télévision, le citoyen étant passif reçoit les normes et les codes sociaux, c’est-à-dire ce qui est acceptable, sans trop se poser de question.  Les relations familiales, de travail ou entre groupes ethniques sont représentées sous un angle prédéterminé au petit écran. Le téléspectateur s’identifiant à ce qu’il voit, en vient alors à être rassuré dans ces comportements sociaux.  Donc, la télévision en vient à être un instrument de contrôle social.  Cela peut paraître horrible à première vue, mais les émissions de télévisions ont fait beaucoup pour sensibiliser les gens contre la violence conjugale, le sexisme, le racisme et l’homophobie.  Cependant, il ne faut pas que la télévision ne « dérange trop », car sinon peu de gens la regarderont.  La façon de présenter les homosexuels ou les noirs, il y a 30 ou 40 ans dans les émissions peuvent sembler ridicules aujourd’hui, mais il faut savoir qu’à cette époque, c’était tout de même progressiste.  Même si la place des minorités n’était pas équivalente à celle de la majorité, leur situation s’améliorait petit à petit.

Avec la télévision, l’individu est en quelque sorte libre, car il n’est plus nécessairement gérer par son entourage, sa famille, son village, etc.  Il peut voir qu’un autre monde existe, que l’on peut être différent et avoir d’autres idées.  Cependant, avec la télévision, la différence est tout aussi standardisée que ce qui est conforme.  On permet l’individualisme, mais dans un cadre bien établis.  Donc on accepte la différence, mais jusqu’à un certain point, ce que la Majorité est prête à accepter.  Il faut comprendre qu’une société démocratique est permissive comme la nôtre intègre tout de même énormément plus qu’une société où la liberté de parole et de Presse est très limitée.

Une société dominée par la télévision donne à ce qu’on pourrait appeler un « Nous individualiste », l’individu existe, mais en fonction de cadres préétablis.  Tu peux faire partie du groupe, mais en fonction de critères acceptés par le groupe.  L’individu est libre, mais il n’a pas beaucoup d’influence sur les critères identitaires.  Si la télévision rend la nation plus inclusive, c’est la Majorité qui dicte en quelque sorte les espaces de libertés de chacun.   Dans ce type de société, l’individu a le choix d’être ce qu’il veut, mais on peut dire que les options sont déterminées par le groupe.

Il en est tout autrement dans une société dominée par Internet.  Dans celle-ci, les individus contribuent « librement » au contenu d’information diffusé.  Le citoyen est actif et peut vivre, s’il le désire, sans l’influence de la Majorité.  Auparavant, les minorités se faisaient imposer les limites par le groupe, avec internet et les réseaux sociaux, c’est la minorité qui indique ses aspects identitaires à la Majorité, pouvant dévoiler tous les aspects de sa vie, et ce, même si la Majorité n’est pas prête à l’accepter.  Cela donne toutefois une nouvelle force aux intégristes, aux fondamentalistes et aux radicaux qui se retrouvent moins seuls.  Par internet, les messages haineux finissent malheureusement par trouver un auditoire.  Toutefois, des problèmes de société souvent marginalisés peuvent prendre le devant de la scène, des causes moins « tendances » ou plus controversées peuvent s’organiser.  La mobilisation n’a plus besoin du « filtre social » national pour exister et les citoyens peuvent s’informer sur les questions qui les intéressent vraiment.  Cela fait en sorte que certaines questions prennent plus de poids dans la société et certaines personnes démonisées par les médias traditionnels viennent à avoir une certaine tribune pour se défendre.  Pour ou contre, bien ou mal, sur internet le message unique n’existe (pratiquement) pas.

Dans ce monde, le processus de construction identitaire s’apparente à un « Je collectif ».  c’est-à-dire que l’individu construit ou choisi son identité et ensuite l’impose à la Société qui doit l’accepter tel quel.  C’est la Majorité qui doit ouvrir le plus possible les critères identitaires de la Nation, afin d’intégrer les personnes qui prétendent la constituer, comme l’est en quelque sorte un réseau social.  La Majorité n’est plus définie selon un groupe d’individus, mais le cadre dans lequel ces individus interagissent.  Celui-ci doit accepter et permettre la différence.  Le Québécois ordinaire n’est plus un individu concret, mais un modèle auquel les gens se réfèrent.  Avec le « Je collectif » on peut dire que l’on passe d’une majorité réelle à une Méta-Majorité.

Ces types de société vont entraîner ou être liées à deux façons de concevoir la démocratie; une positive et une autre négative, une qui écoute et une qui parle.  La démocratie négative en conçue en fonction de la protection des droits individuels, ou plutôt de la limitation du pouvoir.  On limite les pouvoirs des décideurs par des limites judiciaires, de la transparence et des élections.  La démocratie est alors une protection contre les envies despotiques d’un dirigeant.  L’opinion publique, dans une démocratie négative, se forme de haut en bas [top-down], c’est-à-dire que les citoyens ne sont pas la source des développements à l’opinion publique.  Celle-ci est influencée par l’État, des « empires » médiatiques, des syndicats, des groupes de pression qui expédient leurs messages par des canaux traditionnels (journaux, radio, télévision) en espérant que les citoyens vont adhérer tôt ou tard à leur point de vue.

La démocratie positive est conçue en fonction de l’expression du conflit politique.  La démocratie y est perçue comme étant un régime où l’on doit exprimer ses droits individuels pour qu’ils existent vraiment.  Les décisions des gouvernants doivent être l’expression de la volonté populaire et ils n’ont pas carte blanche entre deux élections.  L’opinion publique se forme de bas en haut [bottom-up].  Les citoyens y sont la source des développements de l’opinion publique. Les citoyens communiquent entre eux, surtout avec l’arrivée des réseaux sociaux, les décideurs et les groupes d’intérêts décident alors de suivre ou non les tendances.  Le but est alors de lancer des  mouvements que le plus de citoyens possible pourront adhérer.

Montréal n’est pas le berceau de cette nouvelle identité, car elle est supposément plus progressiste, mais plutôt parce qu’elle est hétérogène.  La pérennité du cadre culturel dans lequel s’expriment les droits universels est beaucoup plus menacée à Montréal, tant du côté francophone qu’anglophone que dans le reste du Québec.  Le besoin d’une spécificité pour se protéger de l’assimilation de l’Autre a eu comme effet de se protéger contre la culture générique néolibérale.  Tandis qu’ailleurs, elle a pénétré sans vraiment de heurts, tranquillement et insidieusement. Que le français perde du terrain sur l’Île de Montréal n’est pas perçu comme une catastrophe, car il faut tenir compte du changement sociologique dans la population à Montréal.  Ce que combat Montréal c’est l’identité générique néo-libérale.  On ne peut pas empêcher la Mondialisation, mais en « Région » la langue et la tradition suffisent, ce qui n’est pas le cas à Montréal qui doit intégrer la Mondialisation et la transformer en quelque chose de nouveau.

Il serait trop facile de diviser en deux le Québec, entre le Montréal « progressiste et ouvert » et les Régions « conservatrices et fermées », la réalité est complexe.  Si l’on tend à se diriger progressivement vers une division entre démocratie négative et démocratie positive, poussés par les transformations qui survient à Montréal, nous sommes en ce moment dans une phase transitoire qui ne mène pas forcément vers la Révolution socialiste, mais un nouveau système de construction identitaire, sur lequel repose le corps délibératif qu’est la nation.  Il y a à Montréal tout autant de conservateurs que dans le reste du Québec qui, lui, est plus vivant intellectuellement et culturellement qu’il n’y paraît.  L’Histoire ne se fait pas par des mouvements saccadés et ce que l’on construit aujourd’hui n’efface jamais totalement ce qui a été fait hier.  Ce que j’avance, c’est que s’est construite à Montréal plus qu’ailleurs au Québec une façon « de faire des Québécois », entraînant une nouvelle identité nationale, basée sur de nouvelles valeurs politiques.  Et finalement, c’est cette nouvelle façon de faire des Québécois, présentée par les carrés rouges durant le printemps Érable, qui va s’imposer.

Extrait : Plus grand pouvoir citoyen

19 Mai

Voici un extrait de la deuxième partie de mon « livre » sur le printemps Érable :

 

Plus grand pouvoir citoyen

L’idée d’un gouvernement plus près des citoyens n’appartient pas qu’à une poignée de révolutionnaires, mais a une bonne partie de la jeunesse.  Ceux-ci étant habitué de se consulter continuellement par le biais des réseaux sociaux, ils ont acquis une éthique de la discussion beaucoup plus poussée que leurs aînés. De plus, cette conviction qu’ils peuvent tout faire par eux-mêmes les amène à être naturellement méfiants de toute institution voulant contrôler leur façon de faire.   Cela se traduit dans deux demandes, premièrement par la démocratie directe; deuxièmement, par l’établissement d’un « gouvernement ouvert », c’est-à-dire un gouvernement qui « n’a rien à caché » en rendant public l’ensemble des documents regardant les dépenses publiques et les processus décisionnels.

Les deux reflètent la méfiance des citoyens envers l’État.  Ici, les citoyens doivent reprendre le contrôle et imposer sa volonté sur l’appareil bureaucratique qui est devenu, selon eux, complètement déconnecté de la réalité quotidienne des citoyens.

La démocratie directe, pour les plus jeunes, n’est pas un type de gouvernement, mais un moyen pour se faire entendre.  Pour eux, le conflit doit s’institutionnaliser par lui-même, au cas par cas.  Créer une structure permanente, répondant en tout point à leur idéal, serait rejeté automatiquement.  Ils craignent l’institutionnel, car il peut être facilement usurpé.  Les chefs, ils les dévorent; les porte-paroles, ils les font taire.  Se faire reconnaître pour eux, c’est se rendre.  Leur place, ils l’ont déjà prise.  Si la politique les ennuie, ils quittent; qu’on touche à leurs droits, ils reviendront.  Il est alors difficile de réformer le système à leur goût, mais je crois toutefois qu’il faudra le réformer quand même, afin  d’éviter de finir avec deux États parallèles qui s’entrechoquent de crises sociales en crises sociales…

Si le Néo-Libéralisme nous a légué quelque chose de bon, c’est l’idée de la discipline budgétaire, en plus de la transparence, ce qu’on appelle la Bonne Gouvernance. Même si souvent le 1% ne prêche pas par l’exemple, cette plus grande rigueur permettrait à un État d’investir plus massivement, tout en évitant le plus possible le gaspillage.

Aussi, avec l’avancement de la technologie, on peut passer à un « gouvernement ouvert » où l’ensemble des données publiques peuvent être dévoilées à la population.  Ces nouvelles infrastructures ne poussent donc pas à la réduction des dépenses, mais plutôt à leur augmentation, puisqu’on  peut savoir combien vont vraiment pour les services aux citoyens.  Si on perd de l’argent dans la gestion de ce service, on peut mieux attribuer des tâches des fonctionnaires, ou tout simplement réduire leur nombre, s’il l’on démontre hors de tout doute, qu’ils ne serviront strictement à rien.

grosse déprime 2e partie (avec photos d’animaux cutes)

13 Déc

Tu me déprimes Oh Kébec ! Tu me déprimes car tu dis souvent n’importe quoi et que tu te fous pas mal de ce que les autres pensent…

 « La liberté des autres, s’arrête où mon opinion commence. »

            – Le/La Québécois(e) débattant sur la Charte

Illustrer mon propos avec une image et attirer l’attention des gens, car des propos intelligents ne suffisent malheureusement pas sur Internet. Ce pauvre pitou à vraiment raison d’être déprimé… 😛

L’individu a mené une telle quête de l’affirmation de soi, que l’on ne laisse désormais place qu’à ce qui nous ressemble, ou qui rejoint nos valeurs.  L’opinion des autres n’ont plus de place, car elle crée un malaise entraînant un effort d’acceptation ou de tolérance.  Le besoin de comprendre l’Autre qui ont façonné les Lumières et les Révolutions libérales, n’existe plus.

Avant, on éliminait la différence au nom d’une Grande Vérité, telle que Dieu, la Nation ou la Révolution.  Maintenant, cette Grande Vérité n’est plus que soi.  Chacun est un Dieu, une Nation, une Révolution auquel il faut se soumettre. Et lorsque ceux-ci finissent par rayonner dans un groupe, ils éclipsent (le croient-ils du moins) tous les autres.

La laïcité pourtant sous le couvert de la Raison est dans sa forme actuelle plus qu’irrationnelle.  D’abord imposée en occident (et ensuite ailleurs) pour écraser la religion dominante pour qu’on puisse intégrer les membres des autres religions, nous sommes dorénavant passé à l’inverse.  Il n’est pas vraiment clair à qui la Charte profite, les Catholiques ou les Athées ? Mais on sait au moins qui elle vise, c’est tout ce qui compte pour certains de ses partisans.

Déjà travaillés entre son patrimoine religieux et sa volonté de se défaire de ses vieilles superstition, le Québécois moyen n’a pas de place pour la « Religion des autres »…

Un chat aussi, car il faut rejoindre les amateurs de chats. Sinon je vais avoir du hate-mail, car j’ai oublié les chats qui sont supposément plus cute que les chiens. Que ne faut-il pas faire pour attirer l’attention sur internet… 😉

Why we fight?

Le pire c’est que toute cette zizanie n’a qu’un effet minime sur la souveraineté et les intentions de vote au PQ. En fait, si cela a un peu amélioré les scores quant à la confiance envers le gouvernement Marois, les votes ne suivent pas et les Libéraux sont encore premier (ceux qui s’énervent avec le dernier sondage CROP donnant le PQ à égalité avec le PLQ devrait lire ceci).   On voit toutefois poindre une légère baisse pour les Libéraux à l’horizon , mais cela est plutôt dû au manque d’expérience, de charisme, de volonté et de compétence de Philippe Couillard.  Voyant que rien ne prend, les péquistes ont fait de la Charte un enjeu qui va dorénavant les définir devant l’électorat. C’est le parti de la sauvegarde de « nos valeurs », qui se tient debout et qui ne se laisse pas faire.  Tout ça, c’est du pathos.  Nous sommes pas capable de le définir, mais on le ressent. Et si je le ressent, bien ça doit être vrai… Nous ne sommes pas malheureusement dans une chambre de hockey, le but ici n’est pas de s’exciter afin d’écraser son adversaire, mais bien d’apporter la meilleure solution possible à des problèmes réels. Pourtant, malgré tout ce qui indique que ce n’est pas une si bonne idée, le gouvernement semble s’accrocher.

Le coup de dé du gouvernement ne paie pas en ce moment. S’il ne cherchait que le pouvoir, il ajusterait le tir, essayerait de trouver une porte de sortie, mais on persiste. Cependant, revenir en arrière sur quelque chose d’aussi prenant émotivement pourrait s’avérer une catastrophe.  Mais nulle part personne ne semble percevoir l’échec. Le « Peuple est derrière nous » crient-ils, « mais le peuple ne vote pas pour toi » lui répond l’écho de la Raison. Devant tout cela, l’esprit de corps prend le dessus et la partisanerie fait son oeuvre.  Plus personne ne veut critiquer la décision et on va l’assumer jusqu’au bout, sans tenir compte des critiques.  C’est ce qu’on appelle en Gestion le « Groupthink ». Pourtant, le Printemps érable devrait rappeler quelques souvenirs et mettre en garde nos décideurs à suivre une telle voie. Mais eux, ce n’est pas pareil, leurs partisans vous le diront…

Le jeu dangereux du PQ qu’en passant la puck au plus conservateurs qu’eux et en minimisant la souveraineté, ils disparaissent avec elle.  L’Annonce la mort du « paradigme » souverainiste-fédéraliste pour être remplacer par celui de la « Majorité Historique » et la « Laïcité Ouverte », n’est en fait que le reflet d’une chicane entre souverainistes progressistes et conservateurs.  En fait, elles sont pour le moment deux visions d’une république qui n’existera fort probablement jamais.

Les fédéralistes ne sont pas mieux, en fait il sont  complètement perdus.  La petite tempête générée par Fatima Houda-Pépin, démontre une grande maladresse des Libéraux à se positionner dans les questions identitaires.  La liberté de choix à tout craindre et le relativisme multiculturel a de la difficulté à rejoindre la base des Canadiens français plus conservateurs.  C’est un fait, les libéraux rejoignent depuis aussi les catholiques, longtemps septiques devant les changements avancés par le PQ qui a toujours trimballé les valeurs issues de la Révolution tranquille.  Paradoxe bien Québécois, les Libéraux sont un peu le parti des religieux, où la neutralité le l’État ne sert qu’à n’offusquer personne.

Certains souverainistes ont cru dès le début dans l’expulsion de Maria Mourani du caucus du Bloc Québécois qui suivait la signature d’une lettre de souverainistes en faveur de la laïcité ouverte, qu’une autre voie allait se  créer.  Mais non, la discussion promise n’a jamais vraiment eu lieu, et tout le monde est rentré gentiment dans le rang.  En ce qui concerne Maria Mourani, elle ne s’est pas mise à la tête de souverainistes contre la Charte.  On s’est rendu compte assez vite, qu’elle a prise cette porte de sortie comme une bénédiction, pouvant dorénavant même remettre en cause sa ferveur souverainiste.  Ce n’était pas question de principe, mais plutôt d’égo mal placé, de vengeance personnelle et d’opportunisme…

Le miroir de ce qu’on veut être

Les professionnels du Marketing l’on vite compris, les gens veulent se sentir dans un milieu qui les revalorise, dans un univers positif où ils peuvent s’épanouir. Les stratèges politiques l’ont aussi compris et on commencé à faire de leur parti (ses anciennes machines qui englobaient tout tel un léviathan) des contenants, des nids douillets aux états âmes les plus divers.  La politique positive, basée avant tout sur des phrases creuses qui n’ont pour but que de toucher l’irrationnel.  Le parti ne t’explique plus, ne sensibilise plus, il te « cruise ».  Ce n’est plus de la désinformation ou de la propagande comme dans les années 30, où il fallait se donner corps et âme à la machine, mais d’adhérer sans rien en retour. Au mariage forcé, on n’a substitué le relation ouverte, ta formation politique c’est une amie moderne, sans réel engagement.  Mais dans ce type de relations, on ne peut pas demander non plus un réel engagement de sa partenaire.  Donc, venez pas réclamer du concret, ou le respect de promesses vagues quand ton influence ce résume qu’à un vulgaire like sur Facebook. Malheureusement,  les réseaux sociaux, s’il facilite les mobilisations contestataires, rend l’adhésion trop facile. C’est-à-dire que les politiciens ont un moins grand chemin à faire pour aller chercher ton vote, juste de te paraître agréable, intéressant. Plus besoin de trouver le programme politique comme viable. J’aime bien la photo sur son wall ou le video qu’un de mes amis à partager,  me voilà un sympathisant à une cause et ça paraît bien auprès du monde que je ne connais pas vraiment… C’est facile, mais ça ne donne pas grand chose.  De là, l’apparition de veudette politique, de contenant vide, d’insignifiants personnages qui manient cependant la communication et qui savent s’entourer des bonnes personnes.  Barrack Obama est un cas exceptionnel, car il sait manier aussi bien le contenant que le contenu, mais le contenu déçoit les Américains quand même.  Ici, les cas de Justin Trudeau et de Mélanie Joly sont frappants, et que dire de tous ces journalistes et personnalités médiatiques qu’on repêche à la pelle, pendant ce temps les projets de sociétés sont remis à plus tard… Ce qui fait que le vide entraine encore plus de vide, ce qui agrandit le cynisme et le manque de confiance envers nos institutions démocratique.

Ne pouvant avoir ce que l’on désire, que fait-on ? On se positionne en tant que victime.  Pour être une victime aujourd’hui, il ne s’agit plus d’avoir subit un dommage ou une injustice, mais de ne plus être reconnu comme l’on le désirerait .  Il y a des gens qui sont des victimes, des vraies, et qui vivent un enfer.  En politique toutefois, la victimisation permet de justifier des systèmes oppressifs et des actes de violences, car par cette désignation ils deviennent des actes de légitime défense.  Une société qui a la victimisation facile, en vient à avoir l’extrémisme facile, ce qui ouvre la porte à l’Autoritarisme.  La victimisation est efficace, car elle dessine un monde simple, mais cette construction du réel déformé amène des réponses inadéquates.  L’adversaire n’est plus un ennemi, mais un bourreau.  Ce n’est plus un lutte à finir qu’il faut accomplir, mais un acte de justice, pour ne pas dire de vengeance.  On satisfait alors les sentiments de la personne qui a vécu un affront ou une humiliation, mais aucune solution viendra totalement satisfaire cette « souffrance ».

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Car il n’y a pas juste les chats et les chiens qui ont le droit d’être déprimés…

Ça va mal !

De là toute ma grosse déprime, car pour assurer un une cohésion sociale et décideurs et des partis de plus en plus vides (pour ne pas dire insignifiants) s’emploient à rendre le monde plus simple, à tout mettre dans des catégories POUR/CONTRE, et les gens s’y rattachent avec un empressement démesuré.  Il évident de voir que le monde change et que cela effrait la majeure partie de la population.  Tout d’abord la Guerre contre le terrorisme qui nous a sortie du rêve libéral » de la fin de l’Histoire », où est apparu devant nous un monde autant cruel que complexe.  Mais c’est la crise de 2008 qui a tout chamboulé, avec l’apparition des mouvements Occupy, et ensuite chez nous du printemps Érable propulsé par les réseaux sociaux.  Pourtant, cette résurrection du radicalisme de gauche n’est que la conséquences de domaines de financiers et politiques corrompus et uniquement voués au développement économique.  N’ayant pas le temps d’analyser le monde, on se réfugie dans explications simples, dans nos sentiments, car pour cette Réaction nouveau-genre, s’ils abandonnent leurs idéaux d’antan c’est que tous ce qu’il  leur permettait de le comprendre  est en train de disparaître.  Ce qui construisait si habillement l’Opinion publique perd de son importance.  Aujourd’hui, tout semble se faire par les individus eux-mêmes, le prémâché n’est plus, car tout peut être automatiquement contre-vérifié.  Avant, les gens se rassuraient, car ils croyaient qu’on s’occupait d’eux; maintenant ils se rassurent, car ils ont l’illusion qu’ils contrôlent une partie de l’élaboration de l’opinion publique.

Toutefois, la gauche a de la difficulté a rejoindre tous ces individus écœurés du système et voulant changer le monde. Leur plus grande critique est qu’ils sont déconnecté du monde ordinaire, de la réalité du quotidien et qu’ils sont que des « pelleteux de nuages ».  Dans le cas de la Charte, lorsqu’un intellectuel prend la parole ses propos sont souvent rejetés automatiquement, car ils seraient élitistes, le produit d’une gauche caviar qui n’a jamais connu la misère et qui profite du travail des autres pour se donner une condition sociale très enviable.  L’intellectuel ou le militant de gauche ne se préoccupe pas du sort des « gens ordinaires », ce qu’ils leur importe c’est leur théorie… Ce qu’ils vivent au jour le jour, ne semble être très important à tous ces grands esprits.

Ils n’ont pas tout à fait tort, mais l’idée de croire que vous seuls êtes aptes à savoir ce que vous voulez est peut-être le meilleurs moyen de contrôle de la population qui a été imaginé à ce jour.  Je ne ferai pas ici l’histoire des Relations Publiques (vous pouvez en avoir une bonne idée ici), mais mettre de côté toute critique des choix que l’on fait tous les jours, que de croire que notre jugement est nécessairement le meilleur dans les situations qui nous concernent et que ces choix sont rationnels et pleinement justifiables sont des inventions qui n’ont jamais été personnellement innées.   En fait, l’individu a été entraîné socialement à croire que son choix purement émotif est avant tout un choix rationnel et pleinement conscient.

« Je le sais ce que je veux », malheureusement non.  Tu peux le savoir, mais cela demande un très grand travail d’introspection et de recherche, et même là, ce n’est pas sûr que tu vas trouver la réponse.  Mais bon, ce n’est pas la fin du monde… Pour t’acheter des souliers, une auto ou du détergent, on ne va pas virer fou. Cependant, lorsqu’on veut imposer une Chartes des Valeurs, ta réponse ne doit pas être là même que pour un parfum en spray qui sent le chimique ou un Rotato.  Sauf que,  lorsque t’as toujours choisit de la même façon, sans vraiment réfléchir, l’émotif prend le dessus et il n’y a plus rien à faire pour que tu changes d’idée…

Tu bucks, et moi je déprimes… 😉

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En prime : la très malcommode Bulle, chihuahua de ma sœur, qui est  autant déprimée que moi de la situation…

La médiatisation de la politique (Prise 2)

6 Nov

Personne ne détient totalement la Vérité.  Un bon esprit scientifique doit savoir quand il s’est trompé.

J’avais écrit un texte à l’hiver 2012.  Au printemps 2012, les événements m’ont démontré qu’il n’était pas valable.

Donc, je l’ai réécris et c’est devenu un chapitre de livre… l’ancienne version est disponible ici (si vous voulez comparer)

https://pldery.wordpress.com/2012/02/11/la-mediatisation-de-la-politique/

et voici la nouvelle :

La médiatisation de la politique

Actuellement, les médias ne forment plus le quatrième pouvoir, mais plutôt l’arène dans laquelle se fait le conflit politique.  Les trois autres (législatif, exécutif et judiciaire) doivent désormais être filtrés, pour exister significativement, au travers de celui-ci. Surtout à cause d’Internet, la démocratisation de la publication d’information n’agrandit en rien le pouvoir citoyen.  Il y a maintenant, produire gratuitement sans contrôle et produire contre rétribution sous l’œil bienveillant d’un autre.  Malheureusement, cette liberté vient avec un total désintéressement du grand public.  Ce privilège étant maintenant à la portée de tous, qu’une poignée d’individus ne voit de valeur à l’exercer. La facilité qu’a l’information de se rendre aux citoyens, ne renforce pas leur pouvoir, mais renforce au contraire celui qui la lui fournit qu’il soit le fruit du « Capital » ou d’un regroupement de citoyens. L’individu gavé plus qu’il ne le faut se demande maintenant pourquoi creuser plus profond, alors que ce qui ressemble à la vérité nous apparaît en plein visage?

Les journalistes semblent eux aussi être pris dans cette restructuration du monde médiatique, leur rôle semble aussi flou qu’au reste de la population.  Ceux-ci doivent être dorénavant multitâches et produire de plus en plus dans l’instantanéité.  Le débat politique a besoin au contraire de recul, de distance, de temps, d’une réflexion profonde sur des problèmes complexes.  Toutefois, cette complexité semble avoir disparu des médias d’information.  Croyez-vous qu’ils sont un rapport exhaustif de faits vérifiés, lorsqu’il est maintenant devenu possible de commenter un drame national en 140 caractères, seulement 30 secondes après qu’il soit survenu?

Ce besoin boulimique qu’ont les médias de produire trop de contenu, trop rapidement, et ce, avec des ressources décroissantes, donne le beau jeu à tous ceux qui peuvent fournir du contenu d’information préfabriquée et gratuite.  Avec le renforcement du rôle des relationnistes et faiseurs d’image de tout acabit, l’intérêt public laisse place peu à peu à l’intérêt privé. Il s’agit ici d’un déplacement de l’arène politique de l’espace citoyen à la sphère médiatique.

Le simple citoyen n’a pu uniquement besoin de savoir, mais plutôt qu’on lui fasse une analyse de toutes ces nouvelles qui lui parviennent.  Les médias se donnant de plus en plus la tâche d’analyser l’actualité politique; les politiciens, eux, y voient la nécessité de s’y intégrer. Ce qui entraîne que les équipes de communication concentrée autour des chefs deviennent plus importantes et que les équipes locales qui sont autour des représentants le sont de moins en moins.  La diffusion des idées est alors dorénavant plus réduite au sein du milieu politique et plus étendue parmi les citoyens.

Dans le monde des réseaux sociaux ont essai perpétuellement de se vendre sous notre meilleur jour et de détruire l’image des autres, les personnes doivent devenir leur propre relationniste.  Dans ce monde hyper médiatisé, les gens apprennent à décrypter les statuts Facebook de leurs proches, alors imaginez leur regard sur le programme électoral d’un parti politique.  Cette suspicion constante des autres mène les gens à se contrôler mutuellement.

On se livre également à une guerre d’image, car on a lié les mains des décideurs qui ne peuvent plus « acheter » leurs votes. Les valeurs et les intérêts se sont volatilisés du milieu politique au profit de la superficielle image publique.  On voit toutefois un regain des idées politiques qu’on place souvent au-dessus de la joute politique.  Les grandes idées ont la cotte tant à gauche qu’à droite, car elles font un plus grand impact sur les gens qui nous entourent.  Mais les grandes idées ont besoin des petites pour survivre. Et les petites ont besoin d’organisation et de militants actifs qui sont près à des actions qui frappent l’imaginaire.

Le retour aux grandes idées est une bonne chose, sauf que l’arène dans laquelle elles se retrouvent ne facilite aucunement leur mise en œuvre.  Auparavant, on retrouvait dans le monde politique des structures très rigides : des partis avec des objectifs très clairs et une discipline interne très forte.  Mais pour ceux qui ont toujours diffusé leurs idées et s’associent au gré des soubresauts de l’histoire, ces structures sont inadéquates.  Pourquoi se soumettre à d’autres, alors qu’ailleurs je peux m’unir et être libre tout à la fois ?  Dans l’arène médiatique, nous sommes dans le domaine du rêve, du désir, du superflu, de  l’exagération.  Le concret et la figure de style s’entremêlent à un point qu’il est devenu impossible de les délier distinctement. Où il fallait mettre son égo de côté et se sacrifier pour la cause, par exemple avec tous ces militants dociles qui composaient les partis de masses, le sacrifice est maintenant au service de cet égo qui ne cherche qu’à se démarquer des autres.

La Cause est malheureusement secondaire, car si cette dernière prime sur tout, ce sont les autres qui s’occuperont de notre image à notre place.  Défendre une cause nous amène dans l’arène médiatique, sinon cette cause n’existe pas. Le monde médiatique ayant fusionné avec la monde politique, les objecteurs de conscience et les critiques les plus acerbes du système en viennent toutefois à intégrer cette nouvelle arène assez rapidement.  Le contenu idéologique des grands partis ayant été dilué pour ensuite  se fractionner, la différence entre ceux-ci et les autres acteurs de la société civile n’est plus très grande.

L’arrivée de l’informatique nous a permis de tout quantifier jusqu’au déraisonnable. En sachant tous les paramètres d’une personne, elle n’avait plus besoin d’être dirigée, c’est ça la liberté des libertariens. Par ce stratagème l’individu en vient à être l’esclave du programme, d’une machine qui n’a pas d’opérateur, auquel tous supposément apportent quelque chose.

Par une série de chiffres, on peut établir des objectifs, des cibles, quantifier les progrès d’un individu dans l’atteinte de ses objectifs.  Rien n’allait plus être laissé au hasard, le marché détermine une cible et la créativité individuelle s’occupe de l’atteindre.  Les expérimentations sociales seraient désormais obsolètes, mais les gens en ont décidé autrement.  Avant l’explosion des Réseaux sociaux, les contenus appartenaient à d’autres et allaient servir à la consolidation d’empires de l’opinion publique où l’informatique n’est plus qu’un vulgaire outil de marketing.

Pour les plus vieux, le pouvoir d’exprimer automatiquement son opinion est amplement suffisant.  Le Marché lui donnant une liberté qu’ils n’avaient pas auparavant, ils n’ont pas le désir de transformer le monde qu’il l’entoure.  Pour les plus jeunes, ce pouvoir lui est inné, c’est un moyen politique au même titre que les autres, et non un privilège accordé par une bienveillante compagnie.  Il est alors normal qu’ils expriment leurs opinions, mais aussi qu’ils agissent en conséquence.

Le conflit était avant tout médiatique, car l’arène politique est dorénavant devenue médiatique, où les « empires traditionnels » affrontent les masses des réseaux sociaux.  Les compétences de nouveaux générateurs d’informations dépassent largement ceux des journalistes, désormais confinés à naviguer dans l’urgence. Un article imprimé générant 100 commentaires, les carrés rouges ont eu l’avantage par leurs connaissances et leurs nombres, constituant en quelque sorte une encyclopédie vivante.

Les compétences ou les « savoirs-êtres » en communication politique des carrés rouges démontrent l’importance des connaissances et des savoirs, mais aussi de leur application dans le débat public.  La « Réforme Marois » servait principalement à amener des travailleurs compétents sur le Marché du travail, elle a amené plutôt des agitateurs qui savent remettre le monde en question et aller chercher l’information pour le faire.

La richesse « par le travail » n’aura plus l’importance qu’elle a eue durant les belles années du néolibéralisme. L’image de la superficialité en prend un coup, on veut maintenant des gens avec du contenu ou qui ont l’air d’en avoir, sans pour autant enlever au contenant.  Des gens qui ont la capacité de dire des choses et de vendre les choses qu’ils disent sont peu à peu apparus dans le paysage politico-médiatique, ce sont les influenceurs.  Ils sont à un ou deux degrés supérieurs aux chroniqueurs des médias traditionnels, car en ont les capacités et la liberté de faire la Nouvelle.  Dans ce vaste univers infini des médias, les gens informés voient habituellement d’un mauvais œil les analyses préparées, à leurs yeux, sous le regard bienveillant des intérêts financiers.  Ne pas faire d’argent pour ce que l’on dit, ou ne pas sembler en faire paraît être la nouvelle norme d’une authenticité qui attire les respects des foules revendicatrices.  Chez ces influenceurs, seules les idées comptent.  Pourtant, la toile est remplie de « moucherons » qui ne veulent pas pousser le monde à la Révolution; mais comme ceux qui ont secoué leurs troupes lors du printemps Érable, leurs produits mis en ligne sous quelque forme que ce soit dans le monde virtuel ont été fait avant tout par pur besoin de créer et non de la commande d’un tiers, que dans un but de créer cet objet.  Si ces créateurs sont devenus riches, ce n’est qu’après que des milliers ou même des millions d’admirateurs aient approuvé le travail.  La valeur dans un produit ou une idée doit maintenant provenir (ou sembler provenir) de l’approbation des masses et non de concepteurs haut perchés déversant une campagne de marketing quelconque. Cela imagine les consommateurs, comme un regroupement de citoyens dans la démocratie athénienne de l’Antiquité.  Et comme celle-ci, ces citoyens consommateurs font face à l’influence quelquefois pernicieuse de rhéteurs qui soulève les foules pour agrandir leur pouvoir.  Les individus ont besoin de savoir si ce qu’ils font est acceptable, si cela est bien aux yeux des autres, ils se tournent alors vers certains dont les opinions sont considérées plus justes .  Si les individus peuvent faire reconnaître leurs actions par les influenceurs, ces derniers peuvent également en suggérer d’autres aux individus, de là très grand pouvoir de mobilisation.  Ils deviennent maintenant un filtre des médias traditionnels qui eux-mêmes filtrent le monde politique.  En dévoilant les altérations de la réalité au profit de certains intérêts des médias traditionnels, on s’est mis à oublier le même processus au sein du monde virtuel, où en démasquant tout un système, on en vient à croire que nos intérêts sont les seuls étant bons et justes, et donc, vrais. Certains valets des médias traditionnels en viennent alors à attaquer la pierre d’assise véritable des influenceurs : leur authenticité.  Toutefois, ces attaques viennent renforcer leur pouvoir, car cela démontre aux yeux de ceux œuvrant dans le monde virtuel que cet influenceur « dérange » et que donc, il doit forcément avoir raison.

Malgré les idées vertueuses, nos influenceurs n’en seront pas moins des gens ambitieux, où l’image sert l’image qui était autrefois au service d’une cause et ensuite d’un produit.  Dans cette ère communicationnelle, le produit, c’est nous.  Nous devons le vendre, si nous voulons vendre ensuite quelque chose de concret aux autres.

Avec ce débordement d’informations et où le simple citoyen n’a ni les capacités, ni les ressources et le temps de toutes les analyser convenablement, le pouvoir des chroniqueurs et des faiseurs d’opinions s’en est premièrement renforcé.  Par la suite, ceux-ci ont été contrés par les « influenceurs », surtout présents dans les réseaux sociaux.   Pourtant, chacun devrait être en mesure de se faire sa propre opinion par lui-même. Mais encore là, elle nous arrive toute cuite et prémâchée, ce qui est plus que bienvenue lorsqu’on est pris de toute part.

Au début de notre régime parlementaire, alors que notre gracieuse majesté britannique nous fit le présent d’une assemblée législative, les électeurs choisissaient un représentant qui, lui, pouvait avoir ensuite une allégeance.  Les partis se créaient une fois la Chambre constituée. Le cens électoral réduisant considérablement le nombre d’électeurs, la classe politique n’avait pas le besoin de stratégie de communication à grande échelle, avec au programme clair et un message ciblé.

Avec le temps, ce cens électoral s’est constamment agrandi jusqu’à parvenir au suffrage universel avec l’arrivée du vote des femmes.  La « clientèle » électorale est devenue plus grande, les candidats n’ont pas eu le choix de se donner une structure afin de rejoindre le plus d’électeurs possible.  Au début, on se servait de dirigeants locaux qui distribuaient les faveurs et les emplois à ceux qui votaient du « bon bord ».  Ayant compris très vite l’utilité d’une bonne organisation politique, les militants se sont mis  à faire leur œuvre. De temps à autre, les mouvements sociaux ont amené un nombre croissant de sympathisants politiques au sein des partis, la vague associative déferlant presque toujours vers l’action politique.

Ce sont les moyens de communication de masse qui ont peu à peu délocalisé la politique.  Si les journaux avaient leur importance, la capacité de rejoindre un vaste auditoire instantanément, à amener le besoin de « ratisser large » pour rassembler, sur une même plate-forme électorale, le plus de gens possible.  Le marketing politique a commencé à prendre toute la place.  Vendre un programme comme un produit, un parti comme une marque, un candidat comme une vedette.  L’importance de l’argent a aussi donné une place prépondérante aux liens d’affaires.

Lorsque le vote est devenu accessible à tous, les partis ont eu besoin d’énormes montants pour gagner leur élection.  Aujourd’hui, les citoyens reprennent leur place grâce aux réseaux sociaux.  En fait, Barack Obama l’a démontré qu’il faut dorénavant être le réceptacle des aspirations politiques de la population, que le programme nous soit donné par une base citoyenne et que le pouvoir est une courroie de transmission. Le Marché ne permettant plus aux personnes de s’épanouir ou d’améliorer leur sort, ceux-ci le font dans la lutte politique.  À la suite, de la crise économique des années 30 et de la Deuxième Guerre mondiale, on a assisté à un passage de l’Élite financière à l’Élite bureaucratique afin de « sauver le Marché ». Pouvons-nous nous avancer, alors, que le Marché serait sauvé par ces « influenceurs », ces mêmes qui s’évertuaient tant à prétendre le détruire ?

Si l’opinion publique est désormais élaborée par des initiatives citoyennes, celles-ci sont lourdement influencées par l’apport des empires médiatiques qui contrôle le contenu de l’information.

L’association est dorénavant illusoire, car les gens contribuent individuellement à un espace collectif et n’ont pas ensuite de contrôle sur leur contribution.  Les citoyens ne déterminent aucunement une position commune, sur laquelle ils se sont préalablement entendus. L’adhésion  à un groupe peut signifier différentes choses, toutes dépendantes de la personne. Ce qui donne un nombre plus grand d’adhérents, mais diminue grandement la cohésion du groupe et donc sa capacité d’action. Les individus ne voulant plus se soumettre aux directives des partis politiques de masse, ceux-ci en sont venus à diluer leur contenu afin de ne pas déplaire durant l’ère du néolibéralisme. Auparavant, l’absence d’opinion défavorable entrainait une adhésion; aujourd’hui, ils se fractionnent afin de permettre une reconnaissance aux individus.  Le pouvoir réside maintenant dans la capacité de reconnaître les individus pour leur donner une valeur dans le débat politique.

L’allégeance souple de ces nouvelles associations fait qu’elles sont plus hétérogènes, ce qui rend la mise en place de stratégie plus difficile. La volatilité de ces groupes les empêche aussi de s’imposer sur le long terme.  Comme on n’a pu le voir lors du Printemps Érable, par leurs structures celles-ci sont aussi très vulnérables à l’usurpation du processus décisionnel par des groupes mieux structurés et qui prétendent se réclamer des mêmes idéaux.  Ce qui rend, aussi l’électorat extrêmement volatile, car les partis ont échangé un message clair pour une capacité d’accueil basée surtout sur les sentiments, plutôt que sur la raison.

Rien ne l’a démontré aussi clairement que lors de la dernière élection fédérale en mai 2011 au Québec, où les gens ont voté avant tout pour un chef, pour une allure, pour une image, lorsqu’officiellement ils doivent voter pour un député qui sera le mieux les représenter au sein d’une assemblée législative.

Le drame dans l’élection du NPD, c’est qu’elle fut soudaine.  Depuis au moins une dizaine d’années, j’entendais un peu partout que plusieurs étaient en accord avec les idées du NPD, mais toutefois sans jamais leur donner leur vote.  Les gens ont attendu que les autres approuvent ce geste, à savoir s’il devenait socialement acceptable.  Ils se sont reconnus entre eux au travers des réseaux sociaux qui ensuite ont été relayés par les médias québécois.  Ce filtre nouvellement imposé par les médias ne fait que diminuer l’influence des convictions personnelles.

Ce que le NPD a prouvé, c’est qu’il même pas nécessaire de rejoindre tout le monde, même pas ses électeurs, même pas ses sympathisants, même pas ses membres, mais seulement ceux qui permettent d’influencer l’opinion publique.   Il ne faut pas viser la population, mais les influenceurs. Cette obligation que ce sont donnés les citoyens de se contrôler par le filtre des grands médias, ne fait qu’agrandir la distorsion amenée par l’intérêt médiatique.  Au Québec, on a réduit Jack Layton à une saveur du mois, avec en prime un martyr télévisé. En tout, un beau spectacle d’environ six mois.  Au Canada, on avait dépeint Stephen Harper comme étant responsable et modéré.  On avait parlé de lui bien plus que défunt chef du NPD, pourtant le Québec a cru que le Canada tout entier s’enflammerait pour ce chef que l’on ridiculisait lors des deux élections précédentes.

Après, les journalistes ont rejeté la responsabilité de cet effet d’entraînement sur le fait que les dirigeants du NPD, notre bon Jack compris, de n’avoir pas dit toute la vérité sur son état de santé.  Refuser de reconnaître une évidence est pourtant l’ingrédient principal de la mauvaise foi.  La meilleure histoire fait vendre plus de journaux et attire les meilleurs cotes d’écoute, c’est tout.  C’est pourquoi ce n’est plus celui qui est le mieux à gérer les affaires de l’État ou simplement vous en donner plus que les autres; c’est le candidat qui arrivera à vous toucher le plus, quelle que soit l’émotion générée, qui l’emportera.

C’est l’expression de notre liberté qui finit par réduire cet espace commun qui est l’arène politique.  Ce territoire, qui était auparavant collectif, s’est peu à peu privatisé ou du moins est entré sous le contrôle d’une poignée d’individu, dont l’intérêt premier n’est pas de s’assurer de la vivacité de notre système démocratique, mais plutôt d’assurer ses propres intérêts, lié à une grande cause ou non.  Les individus devront tout ou tard prendre contrôle des canaux dans lesquels ils souhaitent s’exprimer.  Ces collectivités devront devenir vraiment collectives.

Si les réseaux sociaux ont démontré leur efficacité pour amorcer des révolutions, nous allons devoir trouver un moyen pour que ces liens ne disparaissent pas aussi soudainement qu’elles sont survenues. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les liens permis par les réseaux sociaux ne sont pas assez significatifs pour cela.  Il est bon d’exprimer notre voix, mais il faut également qu’elle soit entendue et qu’elle ait un impact.  Cette nouvelle conscience née du web 2.0 devra tôt ou tard s’assembler dans une structure plus traditionnelle qui lui permettra de détenir les moyens nécessaires pour atteindre ses objectifs. Et non pas pleurnicher à chaque fois qu’un parti ou un autre n’agit pas selon nos préférences.